si, c'est vrai !

pour en finir (vraiment) avec le terrorisme

Dans un article intitulé pour en finir (vraiment) avec le terrorisme, Alain Gresh propose quelques pistes pour désamorcer l’escalade de violence usant de moyens de coercition qui se traduit par des guerres et du terrorisme.

Les combattants ont toujours été nommés de manière différente selon le point de vue de l’observateur : ils pouvaient tout aussi bien être des “soldats” que des “terroristes” selon qu’ils étaient du même bord ou non que l’observateur.

Résistants ? Combattants de la liberté ? Délinquants ? Barbares ? On sait que le qualificatif de « terroriste » est toujours appliqué à l’Autre, jamais à « nos combattants ». L’histoire nous a aussi appris que les terroristes d’hier peuvent devenir les dirigeants de demain.

Mais tous les terroristes ont un point commun : ce sont tous des groupes de taille limitée qui se battent contre une force démesurément plus grande qu’eux et à tendance totalitaire.

Au mieux, on peut inscrire le terrorisme dans la liste des moyens militaires. Et, comme on l’a dit souvent, il est l’arme des faibles.

Ironiquement, rares sont les journalistes occidentaux à faire le lien entre les nombreuses “opérations” qui ont lieu dans les ex-colonies occidentales et les événements terroristes qui ont lieu dans les pays occidentaux ex-colonisateurs.

Si les frères Kouachi et Amedy Coulibaly, auteurs des attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, sont mus fondamentalement par leur haine de la liberté d’expression, comme l’ont proclamé les principaux responsables politiques français, il est inutile de s’interroger sur les conséquences des politiques menées en Libye, au Mali et dans le Sahel. Le jour où l’Assemblée nationale rendait hommage aux victimes des attentats de janvier, elle votait d’un même élan la poursuite des opérations militaires françaises en Irak.

La guerre contre le terrorisme génère du terrorisme.

Ce bilan de la « guerre contre le terrorisme » serait bien fragmentaire s’il ne prenait en compte les désastres géopolitiques et humains. Depuis 2001, les Etats-Unis, parfois avec l’aide de leurs alliés, ont mené des guerres en Afghanistan, en Irak, en Libye et, de manière indirecte, au Pakistan, au Yémen et en Somalie. Bilan : l’Etat libyen a disparu, l’Etat irakien sombre dans le confessionnalisme et la guerre civile, le pouvoir afghan vacille, les talibans n’ont jamais été aussi puissants au Pakistan. Mme Condoleezza Rice, ancienne secrétaire d’Etat américaine, évoquait un « chaos constructif » en 2005 pour justifier la politique de l’administration Bush dans la région, annonçant des lendemains qui chanteraient l’hymne de la démocratie. Dix ans plus tard, le chaos s’est étendu à tout ce que les Etats-Unis appellent le « Grand Moyen-Orient », du Pakistan au Sahel. Et les populations ont été les premières victimes de cette utopie dont on a du mal à mesurer ce qu’elle a de constructif.

Les faibles sont anéantis sans aucune forme de procès tandis que les puissants sont intouchables et ne sont pas inquiétés.

Faut-il s’étonner que leur souvenir alimente une haine grandissante contre les Etats-Unis et l’Occident ? Peut-on envisager que l’ancien président Bush soit traîné devant la Cour pénale internationale pour avoir envahi et détruit l’Irak ? Ces crimes jamais poursuivis confortent le crédit des discours les plus extrémistes dans la région.

Lorsque - enfin - une parole sensée est tenue par un dirigeant politique, cette parole s’envole aussi rapidement qu’elle était arrivée.

Certains dirigeants américains ont parfois des éclairs de lucidité. En octobre 2014, le secrétaire d’Etat John Kerry, célébrant avec les musulmans américains la « fête du sacrifice », déclarait en évoquant ses voyages dans la région et ses discussions concernant l’OEI : « Tous les dirigeants ont mentionné spontanément la nécessité d’essayer d’aboutir à la paix entre Israël et les Palestiniens, parce que [l’absence de paix] favorisait le recrutement [de l’OEI], la colère et les manifestations de la rue auxquels ces dirigeants devaient répondre. Il faut comprendre cette connexion avec l’humiliation et la perte de dignité. »

Selon Alain Gresh, “l’Islam n’est pas le problème” et la situation actuelle au moyen orient ne serait guère différente sans l’Islam.

Ancien de la CIA, excellent spécialiste de l’islam, Graham Fuller vient de publier un livre, A World Without Islam (« Un monde sans islam »), dont il résume lui-même la conclusion principale : « Même s’il n’y avait pas eu une religion appelée islam ou un prophète nommé Mohammed, l’état des relations entre l’Occident et le Proche-Orient aujourd’hui serait plus ou moins inchangé. Cela peut paraître contre-intuitif, mais met en lumière un point essentiel : il existe une douzaine de bonnes raisons en dehors de l’islam et de la religion pour lesquelles les relations entre l’Occident et le Proche-Orient sont mauvaises (…) : les croisades (une aventure économique, sociale et géopolitique occidentale), l’impérialisme, le colonialisme, le contrôle occidental des ressources du Proche-Orient en énergie, la mise en place de dictatures pro-occidentales, les interventions politiques et militaires occidentales sans fin, les frontières redessinées, la création par l’Occident de l’Etat d’Israël, les invasions et les guerres américaines, les politiques américaines biaisées et persistantes à l’égard de la question palestinienne, etc. Rien de tout cela n’a de rapport avec l’islam. Il est vrai que les réactions de la région sont de plus en plus formulées en termes religieux et culturels, c’est-à-dire musulmans ou islamiques. Ce n’est pas surprenant. Dans chaque grand affrontement, on cherche à défendre sa cause dans les termes moraux les plus élevés. C’est ce qu’ont fait aussi bien les croisés chrétiens que le communisme avec sa “lutte pour le prolétariat international”. »

Allons-nous longtemps continuer à croire la novlangue qui répète à l’envi que “la guerre, c’est la paix” ?

les rendements de l'agriculture biologique, un quiproquo tenace

Il est “faux et trompeur” d’affirmer que “l’agriculture biologique présente des limites à cause de ses rendements inférieurs à ceux de l’agriculture conventionnelle”. C’est ce qu’explique Jacques Caplat - agronome et fils de paysan - dans un article intitulé les rendements de l’agriculture biologique, un quiproquo tenace.

Les études académiques généralement citées pour comparer les rendements en agriculture biologique et en agriculture conventionnelle présentent deux points communs qui ne sont pas anodins : elles sont réalisées en milieux tempérés (Europe et Amérique du Nord) et leur méthodologie est caricaturalement réductionniste.

Il est trompeur d’affirmer une généralité qui ne s’applique en réalité qu’à une fraction de la totalité des terres arables :

[…] les milieux tempérés ne couvrent qu’un quart de la planète et ne concernent qu’un dixième de sa population !

Mais il surtout faux de se prononcer sur les rendements de l’agriculture biologique alors que la méthodologie employée lors de ces études ne permet pas de pratiquer l’agriculture biologique :

[…] la définition originelle et fondamentale de l’agriculture biologique est de constituer un système agricole, mettant en relation agrosystème, écosystème et humains. En bio, les paramètres n’ont de sens que dans leurs relations mutuelles et varient toujours de façon combinée. Par conséquent, faire varier « un unique paramètre » dans un système biologique signifie très exactement nier ce système, le détruire, le trahir. Dans la mesure où l’agriculture conventionnelle est, à l’inverse, précisément basée sur une démarche réductionniste et sur des paramètres isolés […]

Il faut également souligner que la part de production comptabilisée ne tient pas compte de la totalité de la production de la parcelle en agriculture biologique :

[les agronomes qui mènent ces pseudo-comparaisons] semblent par ailleurs avoir oublié que, lorsqu’une plante est cultivée en association avec d’autres plantes (cultures associées), le rendement global de la parcelle est toujours supérieur à celui de cultures pures séparées (même si, bien entendu, le rendement particulier de la culture principale est plus faible).

La méthodologie employée est stérile car elle compare l’agriculture conventionnelle à une agriculture qui n’est pas l’agriculture biologique :

D’un côté, ils implantent un blé conventionnel. Pour cela, ils utilisent des semences d’une variété inscrite au catalogue officiel (ce qui est impératif pour autoriser sa culture commerciale), c’est-à-dire une variété standardisée qui a été sélectionnée strictement pour la chimie depuis 70 ans. Ils la sèment en culture pure dans un champ sans relations écosystémiques, puis la cultivent avec le soutien de la chimie (engrais et pesticides).

D’un autre côté, ils implantent la même variété (dogme de toute comparaison réductionniste : un seul facteur doit varier), c’est-à-dire une variété standardisée qui a été sélectionnée strictement pour la chimie depuis 70 ans. Ils la sèment en culture pure dans un champ sans relations écosystémiques, puis la cultivent sans aucun recours à la chimie.

Vous avez bien lu. La deuxième partie de la comparaison est intégralement conventionnelle, à l’exception de la suppression des engrais et pesticides de synthèse. Il s’agit donc d’une comparaison entre un « blé conventionnel standard » et un « blé conventionnel sans chimie ».

Voilà le cœur du malentendu : la plupart des agronomes, par incompréhension ou négligence, semblent croire sincèrement que l’agriculture biologique serait « la même chose moins la chimie », comme s’il existait une seule voie agronomique, comme si les techniques actuelles étaient les seules possibles. C’est hélas la preuve d’une méconnaissance inquiétante de l’histoire agricole mondiale et de la profonde multiplicité des solutions imaginées dans les divers « foyers » d’invention de l’agriculture. Une agriculture basée sur des variétés standardisées (et en outre sélectionnées pour être soutenues par la chimie de synthèse, dans des procédés de sélection qui emploient trois fois plus de chimie que les cultures commerciales !), en culture pure, sans écosystème, n’est pas autre chose que de l’agriculture conventionnelle. Avec ou sans chimie, elle n’est certainement pas une culture biologique.

Ces comparaisons consistent donc à dépenser des millions d’euros (ou de dollars) pour constater qu’un modèle agricole intégralement construit autour de la chimie fonctionne moins bien lorsqu’on lui supprime le recours à la chimie. En d’autres termes, pour enfoncer des portes ouvertes. J’oubliais : cela permet également de publier. Les résultats n’apportent strictement aucune information, mais ils sont conformes aux règles de publication.

Mais la critique est facile, Jacques Caplat tente donc de répondre à la question originelle :

Nous en revenons alors à la question sensible : comment comparer les deux agricultures ?

Sa réponse est simple : passer d’une étude limitée et quasiment hors-sol à un grand échantillon statistique d’études in situ.

L’agriculture biologique est, dans sa définition originelle et sa mise en œuvre concrète, un organisme systémique. Elle est donc obligatoirement liée à un environnement et à des pratiques sociales (techniques, outils, traditions, savoirs, besoins, choix de société), et aucune « parcelle expérimentale » artificielle ne peut la réduire à un modèle simple. Chaque ferme est unique… mais les fermes se comptent par millions en Europe et par centaines de millions dans le monde. Il suffit dès lors de mesurer les rendements réels, sur plusieurs années, dans un vaste échantillon de fermes réelles.

Il est parfaitement possible de définir les pratiques permettant de classer chaque ferme dans la catégorie « conventionnelle » ou dans la catégorie « biologique » : présence ou absence de produits chimiques (qui ne suffisent pas à définir la bio… mais dont la suppression met en branle ses pratiques systémiques), culture pure ou associées, absence ou présence des arbres, semences standardisées ou adaptées aux milieux, etc. Il est parfaitement possible ensuite de mesurer les rendements pluriannuels et de les soumettre à un traitement statistique. Pour peu que l’échantillon soit suffisant, le résultat est parfaitement scientifique… et même publiable dans les revues académiques.

Ce type d’étude a d’ailleurs déjà été mené, et il n’est pas difficile d’imaginer pourquoi les résultats de ces études n’ont pas été plus médiatisés.

Le résultat est édifiant : toutes ces études, réalisées dans les pays non-tempérés (c’est-à-dire les trois-quarts de la planète), montrent que l’agriculture biologique y obtient des rendements supérieurs à ceux de l’agriculture conventionnelle.

En Europe, l’agriculture conventionnelle présente cependant le meilleur rendement. Cela s’explique aisément par des questions de règlementation, de fiscalité, de manque de savoir et de savoir-faire.

Pourtant, il faut l’admettre, les rendements sont moins favorables à la bio dans les milieux tempérés. […] Cela est inévitable, puisque l’agriculture bio de nos pays est soumise à des distorsions considérables : règlementations sur les semences qui obligent à utiliser des variétés standardisées et sélectionnées pour la chimie, faibles connaissances en matière de cultures associées et d’utilisation des arbres en agriculture, fiscalité construite depuis 70 ans pour faire peser les contributions sociales sur le travail (et donc défavoriser le travail au profit du pétrole), etc.

En outre, l’agriculture biologique favorise les 4 facteurs identifiés par la FAO pour lutter contre la famine :

  • la disponibilité alimentaire
  • l’accès à la nourriture
  • la qualité des aliments
  • la résilience de l’environnement (au changement)

TODO check

Le mythe des rendements bio insuffisants pour nourrir le monde est ainsi le résultat combiné d’une erreur méthodologique monumentale, d’un ethnocentrisme occidental et de politiques publiques qui entravent les pratiques biologiques. Il est temps de relever notre regard et d’avancer.

Donner la priorité à l’agriculture biologique, c’est aussi promouvoir la souveraineté alimentaire des êtres humains.

cotisations sociales : pourquoi les patrons fraudeurs sont si rarement poursuivis

Dans un article intitulé cotisations sociales : pourquoi les patrons fraudeurs sont si rarement poursuivis, on découvre un moyen simple de résoudre la question du déficit de la sécurité sociale.

Il existe un moyen pour résorber le déficit de la Sécurité sociale, sans rogner sur les remboursements de soins, les retraites ou les indemnités chômage : combattre réellement les fraudes patronales aux cotisations sociales.

En effet, le montant des fraudes patronales aux cotisations sociales et le déficit de la sécurité sociale sont du même ordres de grandeur.

Selon la Cour des comptes, en 2012, [les fraudes patronales aux cotisations sociales] représentent entre 16,8 milliards et 20,8 milliards d’euros ! Ce montant correspond à celui du déficit des régimes obligatoires de base et du fonds de solidarité vieillesse, soit 19,1 milliards. En clair, si la fraude était réduite à néant – hypothèse utopique s’il en est – la dette cesserait de se creuser, sans avoir à fournir d’effort supplémentaire.

Ainsi, il suffirait de lutter contre les premières pour combler le second, automatiquement.

Ce qui semble évident au citoyen lambda semble pourtant compliqué à comprendre pour un responsable politique.

un code du travail en miettes

Dans un article intitulé un code du travail en miettes, Martine Bulard analyse les projets de modification du code du travail.

Ces réformes se résument souvent à des régressions des droits des salariés au profit des employeurs. Le code du travail est le résultat de plus d’un siècle de luttes sociales. Il résulte d’un compromis entre le patronat et le salariat. Il est stratégiquement hasardeux de remettre en cause profondément ce compromis au risque de rompre l’équilibre entre salariés et employeurs.

Trop complexe, trop confus, trop lourd… Le code du travail est devenu l’ennemi public numéro un — celui qui empêche d’embaucher, de licencier, de créer des emplois, de donner une place aux jeunes, d’innover, d’exporter, etc. L’acte d’accusation se nourrit chaque jour de nouveaux éléments.

On pourrait pourtant faire remarquer qu’il suffit d’enlever toutes les dérogations exigées et obtenues par le patronat (sur le temps de travail, l’intérim, les types de contrat de travail, etc.) pour alléger sensiblement ledit code…

On pourrait se livrer comme certains petits malins au jeu de « qui pèse le plus lourd » : le code du travail (sans les commentaires de l’éditeur Dalloz) atteindrait 0,789 kilogramme (kg), contre 1,450 kg pour le code du commerce ou encore 1,100 kg pour celui des sociétés.

On pourrait tout aussi bien regarder l’évolution de l’épaisseur des différents codes pour s’apercevoir que le premier a augmenté de 3 % par an entre 2003 et 2013… bien moins que tous les autres.

On pourrait, plus sérieusement, se plonger dans les travaux du Fonds monétaire international (FMI) et constater que, contrairement à ce que les idéologues du laisser-faire prétendent, « la réglementation du marché du travail n’a pas d’effets statistiquement significatifs sur la productivité » et donc sur les performances économiques et l’emploi. Ce qui n’empêche pas le docte organisme de réclamer, en toute incohérence, des mesures de déréglementation — on ne plaisante pas avec les dogmes au FMI.

Le code du travail existe pour protéger les salariés de leur employeur. Il vient contre-balancer le lien de subordination du salarié envers son employeur.

Bien sûr, jeter aux orties deux siècles de droits du travail peut s’avérer socialement dangereux et politiquement acrobatique.

Le code du travail date de 1910 mais hérite des lois concernant le travail du code civil depuis 1841. Il permet au salarié de défendre ses droits face à son employeur et donc de limiter le lien de subordination sans verser dans le lien de sujétion.

Auparavant, le code civil comprenait des lois concernant le travail : en 1841, une loi réglemente le travail des enfants, en 1884, les syndicats sont autorisés ; en 1890 un loi instaure le contrat de louage des services sans détermination de durée, ancêtre du CDI.

Les réformes et simplifications envisagées pour le code du travail masquent un renversement de la hiérarchie des normes qui autorise un large régime dérogatoire en marge d’un code du travail dont les lois perdent leur caractère contraignant.

MM. Cette et Barthélemy, eux, avancent sensiblement les mêmes mesures que leurs illustres prédécesseurs, mais ils les enveloppent dans un jargon plus technocratique. Les « grands principes » de M. Badinter deviennent des dispositifs « d’ordre public absolu », le reste étant renvoyé à la négociation : « l’accord collectif pourrait déroger à certaines normes du code du travail ». Ainsi, par exemple, le salaire minimum continuerait d’exister, mais il serait possible d’y « déroger par accord de branche » ; il pourrait donc varier selon les régions, selon l’âge (le retour du Smic-jeune cher à l’ex-premier ministre Edouard Balladur). Trop direct dans ses propositions, le duo joue les idiots utiles pour faire passer le rapport Combrexelle qui propose la même chose mais avec doigté. S’il envisage une « nouvelle architecture du code du travail », il veut l’étaler sur quatre ans. De quoi faire passer la pilule. Mais il entend bien, comme les autres « experts », « faire prévaloir les accords collectifs sur les contrats de travail ». Un renversement de la hiérarchie des normes qui fait voler en éclats deux siècles de progrès social.

Au prétexte de créations d’emploi - supposées, et de fait non avérées - les réformateurs du code du travail cherchent en réalité à renforcer le pouvoir des employeurs sur les salariés.

Qui peut croire qu’un code du travail, fût-il allégé, créera des emplois ? En 2008, il avait déjà perdu des plumes (500 lois, 10 % de texte en moins) avec comme maître d’œuvre, déjà, M. Combrexelle… sous l’autorité de M. Sarkozy. On connaît le résultat sur l’emploi.

Lorsque le taux de chômage est élevé, c’est les droits des salariés qu’il faut renforcer, pas ceux des employeurs !

les droits de la femme et de la citoyenne

Si la déclaration des droits de l’homme et du citoyen est une déclaration écrite en 1789 et qui concernait les êtres humains masculins, certaines femmes avaient bien compris ce qui se jouait à cette époque et ont réagi avec force et intelligence.

Olympe de Gouges est une femme de lettre et une femme politique ayant marqué son temps et pourtant aujourd’hui injustement oubliée. Elle fut l’une des premières à défendre les opprimés, comme les femmes, les esclaves ou les noirs.

Elle rédigea une déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, calquée sur la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, dans laquelle elle affirmait l’égalité des droits civils et politiques des deux sexes, insistant pour qu’on rendît à la femme des droits naturels que la force du préjugé lui avait retirés.

Ainsi elle écrivait : “la femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune.”

Cette déclaration donne toute justification à son combat, car elle périt par l’échafaud pour être monté à la tribune !

les droits de l'homme, avec un petit h ou un grand h ?

Dans un article intitulé “droits humains” vs “droits de l’homme”, on apprend que la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ne s’appliquait à l’origine qu’aux êtres humains masculins : les hommes.

On a longtemps oublié que ce brouillon (le texte devait encore être amendé après le vote de la constitution puis a été conservé en l’état) oubliait la majeure partie de la société française. En effet, le “corps social” dont il est mention, ne comprend à l’époque ni les femmes, ni les esclaves (l’esclavage n’est pas aboli) qui ne bénéficient pas des droits des citoyens. La déclaration décerne donc des droits aux hommes au sens bien masculin du terme. Les femmes, à ce moment, sont encore des mineures, soumises à l’autorité du père ou du mari.

Or, une fois que les femmes ont acquis, au cours du XXe siècle, les mêmes droits que les hommes, toutes les langues ont adapté l’expression “droits de l’homme” qui sont devenus des “droits humains”. L’anglais (Rights of man > Human Rights), le russe, l’allemand, l’espagnol, l’italien, le néerlandais, et même le français du Québec qui choisit l’expression “droits de la personne”. La France résista à cette évolution, prétendant que les “hommes” représentent toute l’humanité et feignant d’ignorer l’histoire. Pour ne pas modifier cette habitude, on inventa un H majuscule, grammaticalement erroné et totalement hypocrite puisqu’il n’est pas employé dans les autres expressions où l’homme est censé représenter l’humanité: “l’homme a détruit la planète”. On dit d’ailleurs “traite des êtres humains” et non “traite de l’homme”, ce qui ne choque personne.

Alors que de nombreuses autres langues ont adopté l’usage des “droits humains”, la langue française reste étonnamment bloquée sur les “droits de l’homme” (et souvent avec un petit h).

Dès aujourd’hui, plus aucune excuse ne nous empêchera de placer notre belle langue dans le concert des langues du monde qui ont validé l’égalité entre les femmes et les hommes. Les droits de l’homme sont morts, vivent les droits humains.

Il appartient à chacun de nous de se réapproprier la langue française et d’employer l’expression “les droits humains” en lieu et place de la désormais désuète expression “les droits de l’homme” !

traité constitutionnel européen : qui a voté quoi en 2005 ?

Dans un article intitulé traité constitutionnel européen : qui a voté quoi en 2005 ?, Gilles Raveaud tente de dégager les grandes lignes du résultat du vote du traité constitutionnel européen en 2005.

Ceux qui ont majoritairement voté “non” :

Deux chiffres retiennent mon attention. 81 % des ouvriers ont voté non. 79 % des chômeurs ont voté non. Ce sont les classes populaires qui ont le plus voté non.

Et ceux qui ont majoritairement voté “oui” :

En clair : les sympathisants démocrate-chrétiens (UDF), les sympathisants de la droite non-gaulliste et libérale (UMP), la moitié (même pas la moitié : 41 %) du Parti Socialiste, les baby-boomers, les vieux, les plus de 65 ans, et les riches.

Comme d’habitude, la nouvelle aristocratie est pour la construction européenne.

Les résultats de ce vote ont rarement été présentés ainsi, mais c’est bien une lutte des classes qui est à l’oeuvre ici : les pauvres votent contre et les riches votent pour !

chiffrement, vie privée, police, justice et état

Dans un échange avec une journaliste, un informaticien expert judiciaire expose sa vision du chiffrement, de la vie privée, de la police, de la justice et de l’état.

Selon lui, les forces au service de l’état se sont toujours plaintes d’un manque de moyens, jusqu’à ce qu’elles imaginent un changement de paradigme.

Les policiers se plaignaient de ne pas avoir assez de voitures puissantes pour poursuivre les malfaiteurs. Jusqu’au moment où ils se sont mis à les attendre aux péages d’autoroute. C’est toujours une course entre le chat et la souris […]

La surveillance généralisée est une impasse stérile qui porte en elle la possibilité d’une déviance vers l’abus de pouvoir.

Je ne crois pas en la réalité d’un État bienveillant qui surveille en masse ces citoyens pour le bien de tous. L’Histoire a plutôt démontré que ce type d’État dérive toujours très vite vers des abus en tout genre.

Quand l’exécutif d’un état s’octroie autant de pouvoir, il en arrive à oublier un principe fondamental en démocratie : la séparation des pouvoirs.

La séparation des pouvoirs est le fait dans la constitution d’un État de distinguer certaines fonctions ou missions de l’État, et d’en confier l’exercice exclusif à différents corps de ce dernier, appelés pouvoirs. La séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire est le principe fondamental des démocraties représentatives. A contrario, les régimes dictatoriaux ou tyranniques se définissent par la concentration, en général dans la main du pouvoir exécutif, de tous les pouvoirs.

Quels sont les recours dont disposent les pouvoirs législatifs et judiciaires dans le cadre des dernières lois liées à la surveillance de masse ?

Quis custodiet ipsos custodes ?

Mais qui gardera ces gardiens ?

une défense peu convaincante des accords commerciaux

Dans un article intitulé une défense peu convaincante des accords commerciaux, Dani Rodrik démonte quelques arguments des promoteurs de ces accords commerciaux.

Il constate avec étonnement que les arguments utilisés se contredisent les uns les autres :

Les objectifs que défendent ces raisonnements sont mutuellement contradictoires. Du point de vue de l’avantage comparatif, les gains issus des échanges commerciaux proviennent des importations ; les exportations sont ce que les pays doivent consentir pour obtenir ces gains. Tous les pays bénéficient de ces gains à condition que les échanges augmentent de manière équilibrée. Les accords commerciaux ne créent pas d’emplois, ils ne font que les redistribuer d’une industrie à l’autre.

Du point de vue mercantiliste, c’est le contraire, les exportations sont une bonne chose et les importations une mauvaise. Les pays qui parviennent à faire progresser leurs exportations nettes gagnent ; tous les autres perdent. Les accords commerciaux peuvent créer des emplois, mais seulement dans la mesure où ils détruisent des emplois dans d’autres pays.

Chaque argument en faveur des accords commerciaux est donc incompatible avec l’affirmation fondamentale de leurs défenseurs voulant que de tels accords puissent à la fois créer des emplois et être mutuellement bénéfiques. Curieusement, les partisans du TPP et du TTIP avancent simultanément ces deux arguments.

Diminution de la souveraineté des pays et atteintes à l’environnement sont des conséquences prévisibles de ces accords commerciaux :

Dans le cas du TTIP, la réduction des barrières commerciales non tarifaires entre les États-Unis et l’Europe restreindra sans aucun doute la capacité des États à légiférer. Même si l’harmonisation des réglementations ne se traduit pas par un nivellement vers le bas, les intérêts des investisseurs et exportateurs porteront plus que jamais préjudice aux objectifs sociaux et environnementaux.

Et le pire pourrait bien être le mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États (ISDS en anglais) :

Dans tous ces domaines, le TPP et le TTIP ressemblent plus à un putsch des entreprises multinationales qu’au libéralisme.

Enfin, il faut garder à l’esprit que la Chine ne fait partie d’aucun des deux projets d’accord commercial avec les Etats-Unis. Habile stratégie géopolitique ?

Négocier ces règles sans la participation de la Chine peut être perçu comme une stratégie visant à amener la Chine à se joindre à un système commercial libéral. Mais cette approche peut également être considérée comme une manière d’isoler la Chine et d’ériger des barrières discriminatoires contre ses marchés lucratifs.

Dani Rodrik réclame un processus d’élaboration transparent et un débat critique ouvert à l’opinion publique.

Grèce : petit guide contre les bobards médiatiques

Un article de l’association Attac intitulé Grèce : petit guide contre les bobards médiatiques s’emploie à démonter quelques idées reçues concernant la Grèce :

  • idée reçue n°1 : annuler la dette grecque : 636 € par Français ?
  • idée reçue n°2 : quand on doit, on rembourse ?
  • idée reçue n°3 : les Grecs se sont goinfrés, ils doivent payer ?
  • idée reçue n°4 : on a aidé les Grecs, ils doivent nous remercier ?
  • idée reçue n°5 : la Grèce doit poursuivre les réformes engagées ?
  • idée reçue n°6 : l’austérité, c’est dur mais ça finit par marcher ?
  • idée reçue n°7 : une cure d’austérité, c’est pas la mort ?
  • idée reçue n°8 : de toutes façons la Grèce a déjà capitulé ?

Et pour chaque idée reçue, l’article s’arrête sur les points suivants :

  • le discours officiel sur la Grèce
  • pourquoi c’est faux ?
  • quelles leçons pour la France et l’Europe ?

Un bon article qui permet de voir la crise grecque sous un angle différent.