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Tag - écologie

Fil des billets

lundi 23 mars 2009

climat : cesser d’émettre du CO2 ou aller à la catastrophe

Georges Monbiot estime qu'il n'est nul besoin de savoir s'il est trop tard ou non pour agir et essayer d'infléchir le cours des évènements :

Oui, il est peut-être déjà trop tard - même si nous réduisions demain les émissions à zéro - pour prévenir un réchauffement de plus de deux degrés, mais nous ne pouvons pas nous comporter comme si c’était le cas. Car ainsi nous rendrions cette prédiction certaine. Aussi difficile ce combat soit-il, aussi improbable ses chances de succès soient-elles, nous ne pouvons nous permettre de renoncer.

Lire aussi l'article complet.

mardi 10 mars 2009

énergie et climat : la fin de l'âge d'or ?

Si vous n'avez jamais assisté à une conférence de Jean-Marc Jancovici, ni lu ses livres, ni navigué sur son site internet, voici enfin l'occasion de vous rattraper.

En mars 2008, Jean-Marc Jancovici était invité par une grande entreprise à animer une conférence sur le thème : énergie et climat : la fin de l'âge d'or ?

Contrairement aux grands médias qui ont pour habitude d'aborder le sujet de manière fragmentée, Jean-Marc Jancovici aborde ici tous les aspects majeurs de la problématique. Citons en vrac :

  • c'est un problème de chiffres, d'ordre de grandeur
  • l'aspect démographique
  • la consommation d'énergie par personne
  • l'énergie ne vaut rien, elle est notre esclave énergétique et nous en sommes totalement dépendants
  • la problématique énergétique est une problématique d'énergie primaire
  • le nucléaire n'est qu'une toute petite partie du problème
  • la production de pétrole va décliner, c'est sûr !
  • ce n'est pas une problématique pour les générations futures, mais bien pour celles d'aujourd'hui
  • une production de pétrole qui plafonne, c'est déjà un évènement majeur dans notre économie basée sur la croissance
  • utiliser du charbon quand il n'y aura plus de pétrole serait la pire des solutions
  • le changement climatique est une réalité
  • le PIB est un mauvais outil comptable, il ne prend en compte ni les émissions de CO2 ni l'épuisement des énergies fossiles
  • le climat a une inertie très importante, supérieure à l'échelle d'une vie humaine
  • les simulations climatiques ne prennent pas en compte les aspects sociaux et humains qui résulteront du changement climatique
  • quelques degrés en plus ont un impact énorme sur le climat
  • le développement durable, ou plutôt soutenable, c'est autre chose que faire comme avant, mais avec un coup de peinture verte dessus
  • l'équation de Kaya indique que les variables d'ajustement sont :
    • le contenu en gaz carbonique de l'énergie
    • l'intensité énergétique de l'économie
    • la production par personne
    • la population
  • les énergies renouvelables ne peuvent pas remplacer les énergies fossiles à l'échelle de la consommation actuelle
  • l'énergie est de moins en moins chère alors que l'objectif de sobriété énergétique voudrait que son prix augmente artificiellement et régulièrement afin d'anticiper la pénurie

Pour comprendre vraiment la problématique liée à l'énergie et au climat, prenez le temps de visionner cette conférence d'excellente qualité : énergie et climat : la fin de l'âge d'or ?

jeudi 5 mars 2009

le lièvre et la tortue

Méfiez vous du pétrole pas cher ! nous avertit Jean-Marc Jancovici dans une tribune où il explique que la baisse récente du cours du pétrole ne doit pas nous détourner de la problématique centrale que constituent les transports dans le contexte environnemental et énergétique actuel.

aspect environnemental

L'ORAMIP - Observatoire Régional de l'Air en Midi-Pyrénées - a réalisé au printemps 2008 une étude afin d'évaluer l'exposition des personnes à la pollution de l'air dans différents moyens de transport : voiture, bus, métro, marche à pied et vélo.

Pour ce premier volet de l'étude, trente cinq déplacements, parmi les plus empruntés dans l'agglomération toulousaine sur le trajet domicile-travail, ont été étudiés aux heures de pointe et comparés aux concentrations enregistrées sur les sites de mesures fixes de l'ORAMIP.

Les premiers résultats obtenus sont identiques à ceux obtenus au cours d'une étude similaire à Paris : l'automobiliste au volant de son véhicule ainsi que ses passagers sont les plus exposés à la pollution de l'air.

tableau comparatif de la pollution liée aux différents modes de déplacement

Les concentrations mesurées pour chaque mode de déplacement montrent que l'automobiliste est le plus exposé à tous les polluants pris en compte (dioxyde d'azote, particules en suspension, monoxyde de carbone, benzène). La marche, le vélo et le bus forment le trio gagnant des modes de transport permettant d'échapper le mieux aux polluants.

graphique comparatif de la pollution liée aux différents modes de déplacement

Il est donc illusoire de croire que l'automobile constitue un cocon protecteur et isolant de la pollution extérieure. Plus la circulation est dense, plus l'automobiliste s'intoxique. A l'inverse, le cycliste - qui évolue souvent au sein du même milieu - bénéficie d'une position plus élevée et donc plus éloignée des pots d'échappement. Il est en outre plus agile, ce qui lui permet de ne jamais rester bloqué dans les bouchons, réduisant de ce fait le temps de parcours, donc la durée d'exposition.

aspect énergétique

D'un point de vue énergétique, une autre étude de mars 1973 publiée dans Scientific American compare le coût énergétique du déplacement d'une unité de masse donnée. Elle vise à évaluer le rendement énergétique de différents modes de déplacement.

graphique comparatif de l'énergie nécessaire aux différents modes de déplacement

On constate avec étonnement que le vélo est très performant. Il a un rendement supérieur à de nombreux animaux, dont le cheval - taillé pour la galop - et le dauphin - dont les qualités hydrodynamiques sont connues de tous les nageurs. Le vélo présente le double avantage de permettre d'échapper en partie à la pollution urbaine et de ne pas contribuer à celle-ci.

A l'inverse, l'automobile se retrouve plutôt mal placée, à peu près aussi performante qu'un homme à pied ou qu'un avion de transport. Ce dernier fait est intéressant à noter : l'automobile, l'avion de transport et l'homme à pied sont d'un rendement équivalent.

Il faut nuancer ce propos en insistant sur le fait qu'il y a 2 différences majeures entre l'homme à pied d'une part, et l'automobile et l'avion d'autre part :

  • l'homme à pied fonctionne à l'aide d'énergie renouvelable (la nourriture) quand l'automobile et l'avion fonctionnent à l'aide d'énergie non renouvelable (à base de pétrole),
  • l'homme à pied peut difficilement parcourir plus de 50 kilomètres par jour quand l'automobile et l'avion peuvent parcourir plusieurs milliers de kilomètres en une journée.

Le rendement d'un mode de transport ne fait donc pas tout. L'intérêt environnemental et énergétique d'un mode de transport réside avant tout dans les caractéristiques renouvelables et écologiques de l'énergie primaire utilisée par le mode de transport et dans la distance moyenne parcourue à l'aide de ce moyen de transport.

Nous nous déplaçons trop, et à l'aide d'une énergie non écologique et non renouvelable. Notre mode de vie - fortement dépendant de transports énergivores - n'est pas durable et il cessera un jour ou l'autre, que nous le voulions ou non. Il nous appartient de décider si on préfère faire le choix d'un autre mode de vie, ou d'y être contraint tôt ou tard.

Etes-vous plutôt lièvre ou plutôt tortue ? Qu'on se le dise, dans un monde où les ressources sont finies, la tortue a plus d'avenir que le lièvre ! L'espérance de vie des tortues (plus de 50 ans) et l'ancienneté de l'espèce des testudines (plus de 200 millions d'années) en sont la preuve !

mercredi 25 février 2009

empreinte écologique et démographie

L'empreinte écologique est indicateur évaluant sur une base simple l'impact de notre mode de vie. Elle vise à quantifier le niveau de consommation de notre mode de vie dans l'objectif de ne plus l'inscrire dans un processus linéaire décrié par le documentaire Story of stuff (extraction, transformation, distribution, consommation, destruction), pour l'inscrire dans un cycle vertueux où nos déchets deviennent nos matières premières (quand les phases d'extraction et de destruction fusionnent en une unique phase de recyclage).

L'empreinte écologique s'exprime dans une unité composite mêlant une surface et une unité de population. A l'échelle mondiale, l'empreinte écologique durable maximale est de 1,8 hectare par être humain (d'après Living Planet Report 2006).

L'empreinte écologique est donc fonction :

  • du mode de vie moyen des êtres humains,
  • et de la population humaine sur terre.

L'impact écologique maximal que la terre peut supporter de manière durable étant à peu près constant, il devient dès lors évident que l'empreinte écologique maximale par personne dépend étroitement du nombre d'êtres humains sur terre. Il y a donc une forte dimension démographique dans la notion d'empreinte écologique, et donc dans celle d'écologie.

Il est étonnant de constater que l'aspect démographique est bien souvent passé sous silence dans les programmes écologiques, qu'ils soient politiques ou non. La question démographique dérange et les débats abordant ce sujet tabou sont rares et souvent coupés court par quelques interventions irrationnelles et passionnées (il suffit pour s'en convaincre de lire le troisième commentaire de l'article - parfois politiquement incorrect - éloge de la dénatalité).

Reste que ce n'est pas en ignorant ce débat que la pensée écologique règlera l'aspect démographique de la problématique, puisqu'il est indissociable de l'écologie. Par conséquent, en matière d'écologie, toute proposition de solution ne prenant pas en compte l'aspect démographique est vouée à l'échec.

La maîtrise de la démographie est nécessaire et décisive pour tout projet écologique sérieux, il est temps d'aborder le débat sereinement et d'en discuter sérieusement.

lundi 26 janvier 2009

l'écologie doit s'émanciper de la sphère individuelle

Le pacte écologique de Nicolas Hulot a fait grand bruit pendant la campagne présidentielle française mais n'a rien donné, le rapport Stern été largement relayé par les média mais n'a pas (encore ?) été suivi d'effets, le grenelle de l'environnement contraste avec les mesures de relance initiées récemment par le gouvernement français. Jusqu'à présent, les grandes initiatives en faveur de l'écologie n'ont pas débouché sur des résultats concrets.

Dans ce contexte, on serait tenté de déserter le terrain politique et médiatique pour se concentrer sur les initiatives individuelles. Cependant, plusieurs voix s'élèvent pour affirmer que pour sauver la planète, les petits gestes ne suffisent pas.

Le rapport Stern montre qu'il est urgent d'agir afin que l'humanité limite ses émissions de gaz à effet de serre avant que le changement climatique n'induise de trop nombreux changements dans notre environnement. Or notre objectif n'est pas de diminuer individuellement notre empreinte écologique un petit peu plus chaque année, mais bien d'arriver collectivement à une empreinte écologique durable, et ce dans une durée limitée ! Même si la démarche écologique commence souvent par des initiatives individuelles, elle doit nécessairement se traduire, à un moment ou à un autre, par des choix collectifs donc politiques (au sens du vivre ensemble).

Le petit pas individuel est certes une avancée sur la voie de la durabilité, mais uniquement s'il est suivi d'autres pas, uniquement si on a conscience de l'état global de l'environnement et des progrès qu'il reste à faire à chacun pour adopter un mode de vie durable. Le pire danger est bien qu'un premier pas soit aussi le dernier, juste un moyen de se donner bonne conscience à peu de frais.

Alors, à tous ceux qui se donnent bonne conscience en fermant le robinet pendant qu'ils se lavent les dents et attendent que tout le monde en fasse autant pour faire un deuxième pas, sachez que l'urgence n'attend pas, surtout quand l'auteur même du rapport Stern, Nicholas Stern, reconnaît avoir « gravement sous-estimé » l’ampleur des risques climatiques !

Finalement, quand on marche, il est quand même essentiel de savoir vers quel objectif on marche, non ?

samedi 24 janvier 2009

le rapport Stern

Ancien économiste en chef de la banque mondiale, Nicholas Stern a dirigé la rédaction d'un rapport remis au gouvernement britannique en octobre 2006. Ce rapport est disponible auprès du ministère de l’économie et des finances britannique en plusieurs langues, dans une version résumée de 34 pages et sous la forme d'une note de synthèse de 5 pages.

Voici quelques extraits marquants tirés du résumé :

  • Les bénéfices d’une action forte et rapide sur le changement climatique dépassent considérablement les coûts.
  • L'électricité n'est pas l'énergie miracle du futur : elle contribue à hauteur de 24% aux émissions de gaz à effet de serre (en 2000).
  • Les effets du changement climatique ne sont pas également répartis – ce sont les pays et les populations les plus pauvres qui seront les premiers et les plus durement touchés. Et lorsque les dommages éventuels apparaîtront, il sera trop tard pour faire machine arrière. Nous sommes donc contraints de tourner notre regard vers des horizons lointains.
  • Les analyses qui prennent en compte les gammes complètes à la fois des effets et des résultats éventuels – c’est-à-dire qui emploient l’économie basique du risque – suggèrent que le changement climatique dans le scénario d’inaction (BAU) réduira le bien-être d’un montant équivalent à une réduction de la consommation par habitant allant de 5% à 20%. Si l’on tient compte des preuves scientifiques de plus en plus grandes de risques accrus, du refus face aux possibilités de catastrophes et d’une approche plus vaste face aux conséquences que ne le laissaient entendre des mesures de sortie étroites, il est probable que l’estimation correcte se situera dans la partie supérieure de cette fourchette.
  • Les estimations des coûts de ressources suggèrent qu’il est probable que, pour une trajectoire menant à une stabilisation à 550 ppm éq. CO2, le plafond du coût annuel attendu des réductions d’émissions se situera autour de 1% du PIB d’ici 2050.
  • L’infléchissement vers une économie mondiale moins carbonée se fera dans le contexte de ressources abondantes en combustibles fossiles. Par cela, on veut dire que les stocks d’hydrocarbures qu’il est rentable d’extraire (dans le cadre des politiques actuelles) sont plus que suffisants pour amener le monde à des niveaux de concentrations de gaz à effet de serre bien supérieures à 750 ppm éq. CO2, ce qui aurait des conséquences désastreuses. En effet, dans un scénario d’inaction (BAU), il est probable que les utilisateurs d’énergie s’orienteront vers des shales de charbon et de pétrole qui rejettent davantage de carbone, augmentant par là même les taux de croissance des émissions.
  • La politique sur le changement climatique peut contribuer à traquer les incompétences actuelles. Au niveau des sociétés, l’application des politiques concernant le climat peut attirer l’attention sur des possibilités d’épargner. Au niveau de l’ensemble de l’économie, la politique sur le changement climatique peut être un moyen de pression pour réformer les systèmes énergétiques inefficaces et retirer les subventions énergétiques qui faussent les marchés et pour lesquelles les gouvernements du monde entier dépensent actuellement près de 250 milliards de dollars US par an.
  • Trois éléments sont essentiels pour les mesures d’atténuation : le prix du carbone, la politique en matière de technologie et le démantèlement des obstacles au changement de comportement. Si l’on retire l’un quelconque de ces éléments, cela accroîtra considérablement les coûts de l’action.
    • Fixer un prix du carbone, au travers de taxes, du commerce ou d’une réglementation, constitue une assise essentielle pour toute politique sur le changement climatique. Le premier élément de cet axe d’action est la fixation du prix du carbone. Les gaz à effet de serre sont, en termes économiques, une externalité : ce sont ceux qui produisent des émissions de gaz à effet de serre qui engendrent le changement climatique, par là même imposant des coûts au monde et aux générations futures ; par contre, ils ne sont pas eux-mêmes confrontés aux pleines conséquences de leurs actions. Mettre un prix approprié sur le carbone – ouvertement au travers de taxes ou du commerce, ou implicitement au travers de la réglementation – signifie que les gens sont confrontés au plein coût social de leurs actions. Ceci amènera les particuliers et les entreprises à se détourner des biens et des services à fortes émissions de carbone et à investir dans des technologies alternatives moins carbonées. L’efficacité économique fait ressortir les avantages que présenterait un prix mondial commun du carbone : les réductions d’émissions auront alors lieu là où elles coûtent moins cher.
    • Des lignes d’actions sont indispensables pour encourager le développement de toute urgence d’une gamme de technologies moins carbonées et à haut rendement.
    • Le démantèlement des obstacles au changement de comportement est le troisième élément essentiel, un élément qui est particulièrement important pour encourager la saisie des opportunités en matière d’efficacité énergétique.
  • Il est crucial d’encourager une compréhension commune de la nature du changement climatique et de ses conséquences pour façonner le comportement, de même que pour étayer l’action nationale et internationale. Les gouvernements peuvent servir de catalyseur pour le dialogue grâce aux preuves, à l’éducation, à la persuasion et à la discussion. Eduquer sur le changement climatique ceux qui sont actuellement à l’école contribuera à façonner et à soutenir l’élaboration des décisions futures ; d’autre part, un débat public et international de grande envergure encouragera les décideurs d’aujourd’hui à adopter une action vigoureuse dès à présent. Une politique d’adaptation est cruciale pour traiter les effets inévitables du changement climatique mais, dans de nombreux pays, on ne lui donne pas beaucoup d’importance.
  • Le défi à relever en matière d’adaptation sera particulièrement intense dans les pays en développement où une vulnérabilité et une pauvreté plus grandes limiteront la capacité à agir. Tout comme pour les pays industrialisés, il est difficile d’en estimer les coûts, mais il est probable qu’ils atteindront des dizaines de milliards de dollars.
  • Il est urgent d’agir : la demande en matière d’énergie et de transport grandit rapidement dans de nombreux pays en développement, et de nombreux pays industrialisés sont également sur le point de renouveler une proportion considérable de leur capital social. Les investissements qui seront effectués au cours des dix à vingt prochaines années pourraient sceller de très fortes émissions pour le demi-siècle à venir ou, au contraire, présenter l’occasion de positionner le monde sur une voie plus durable.
  • Garantir une coopération générale et soutenue requiert une répartition équitable des efforts à la fois sur les pays industrialisés et sur les pays en développement. Il n’y a pas de formule unique qui, à elle seule, saisisse toutes les dimensions de l’équité, mais les calculs basés sur le revenu, sur la responsabilité historique et sur les émissions par habitant indiquent toutes que les pays riches devraient accepter la responsabilité de réduire d’ici 2050 les émissions de 60% à 80% par rapport aux niveaux de 1990. La coopération peut être encouragée et soutenue par une plus grande transparence et une plus grande comparabilité de l’action nationale.
  • Mais par dessus tout, réduire les risques du changement climatique exige une action collective. Cela exige une coopération entre les pays, à travers des cadres internationaux qui soutiennent la réalisation d’objectifs partagés.
  • Il est encore possible d’éviter les pires effets du changement climatique ; mais cela exige une action collective vigoureuse de toute urgence. Tout retard serait coûteux et désastreux.

Vous devriez plutôt lire le résumé complet, d'autant plus que Nicholas Stern reconnaît avoir « gravement sous-estimé » l’ampleur des risques climatiques !

vendredi 23 janvier 2009

adaptabilité des espèces et longévité

D'aucuns considèrent que l'espèce humaine est la plus évoluée, la plus puissante, la plus intelligente. L'espèce ultime en quelque sorte.

Et si ce n'était pas le niveau d'évolution, ni la puissance ou la force, ni l'intelligence pure qui assurent la longévité d'une espèce ? Et si c'était son adaptabilité ?

C'était en tout cas l'avis de Charles Darwin :

It is not the strongest of the species that survives, nor the most intelligent that survives. It is the one that is the most adaptable to change.

Ce n'est pas la plus forte des espèces qui survit, ni la plus intelligente. C'est celle qui est la plus adaptable au changement.

Et si dans la collaboration et l'intelligence collective résidait la possibilité de faire émerger des solutions permettant à l'espèce humaine de s'adapter aux changements qu'elle est en train de causer ?

jeudi 22 janvier 2009

nous y sommes

par Fred Vargas, archéologue et écrivain

le mardi 16 décembre 2008

Nous y voilà, nous y sommes. Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l'incurie de l'humanité, nous y sommes.

Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l'homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu'elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d'insouciance.

Nous avons chanté, dansé.

Quand je dis « nous », entendons un quart de l'humanité tandis que le reste était à la peine.

Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l'eau, nos fumées dans l'air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu'on s'est bien amusés.

On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.

Franchement on s'est marrés.

Franchement on a bien profité.

Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.

Certes.

Mais nous y sommes.

A la Troisième Révolution.

Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu'on ne l'a pas choisie.

« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.

Oui.

On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.

C'est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.

La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets.

De pétrole, de gaz, d'uranium, d'air, d'eau.

Son ultimatum est clair et sans pitié :

Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l'exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d'ailleurs peu portées sur la danse).

Sauvez-moi, ou crevez avec moi.

Évidemment, dit comme ça, on comprend qu'on n'a pas le choix, on s'exécute illico et, même, si on a le temps, on s'excuse, affolés et honteux.

D'aucuns, un brin rêveurs, tentent d'obtenir un délai, de s'amuser encore avec la croissance.

Peine perdue.

Il y a du boulot, plus que l'humanité n'en eut jamais.

Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l'avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, (attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille) récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n'en a plus, on a tout pris dans les mines, on s'est quand même bien marrés).

S'efforcer. Réfléchir, même.

Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.

Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde.

Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.

Pas d'échappatoire, allons-y.

Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l'ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.

Qui n'empêche en rien de danser le soir venu, ce n'est pas incompatible.

A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut être.

A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.

A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

vendredi 9 janvier 2009

l'histoire des choses, l'histoire des idées

Nous sommes dans une société de consommation, une société de consommation de biens physiques. Le cycle de vie de ces biens physiques suit le processus suivant :

  • extraction des matières premières
  • production des biens physiques
  • distribution des biens physiques (commercialisation)
  • consommation des biens physiques (utilisation)
  • et enfin élimination des biens physiques

Le cycle de vie suit donc un processus linéaire alors que nous vivons sur une planète dont les ressources sont finies (dans le sens où elles ne sont pas infinies). Ce cycle de vie n'est donc pas durable dans la mesure où nous finirons tôt ou tard par manquer de matières premières et par être saturés de déchets.

Le défi qu'il nous faut relever est de parvenir à remplacer ce cycle de vie linéaire par un cycle de vie cyclique (l'expression cycle de vie cyclique peut paraître redondante mais elle montre à quelle point l'expression cycle de vie linéaire est dénuée de sens) où l'élimination des biens physique consiste à fournir des matières premières nécessaire à la production de nouveaux produits. On évite ainsi l'extraction de matières premières (ce qui diminue notre pression sur l'environnement) et l'accumulation de déchets (qui contribue aussi à dégrader l'environnement). Une des bases de notre société doit être le recyclage !

Cette problématique est très clairement présentée dans le petit film Story of stuff qui vous offre 20 minutes de bon sens.

Pour aller plus loin, on pourrait imaginer de passer d'une société de consommation de biens physiques à une société de consommation d'idées. En effet, une idée ne coûte pas cher à produire (la matière grise remplace les matières premières), une idée se distribue facilement (elle se multiplie à chaque fois qu'elle est donnée), une idée se consomme à volonté (il faut juste un peu de temps pour y penser) et enfin une idée n'a pas besoin d'être éliminée (elle sera naturellement éliminée lorsque plus personne n'y pensera).

Or, si une croissance infinie des biens physiques est illusoire du fait des ressources limitées disponibles sur notre planète, une croissance spirituelle (non pas dans le sens strictement religieux, mais dans le sens de l'esprit) n'est limitée que par notre capacité à penser ! Il faut donc dépasser le débat lié aux objets et à leur nécessaire recyclage pour s'approprier le débat de l'éducation populaire.

L'éducation populaire est un courant d'idées qui milite pour une diffusion de la connaissance au plus grand nombre afin de permettre à chacun de s'épanouir et de trouver la place de citoyen qui lui revient. En France, l'éducation populaire était sur le point de devenir un projet d'envergure nationale après la seconde guerre mondiale quand la cinquième république l'a stoppé net. Pour en savoir plus, lisez le livre de Franck Lepage : L’éducation populaire, Monsieur, ils n’en ont pas voulu... qui est également proposé en spectacle et en dvd auprès de la scop le pavé.

mercredi 26 novembre 2008

stopper la montée de l'insignifiance

Cornélius Castoriadis est un philosophe, économiste et psychanalyste français du siècle dernier dont le propos reste totalement d'actualité. Ce billet est l'occasion de découvrir ou de redécouvrir ce penseur qui promouvait l'éducation citoyenne.

la citoyenneté

Il y a la merveilleuse phrase d’Aristote : « Qui est citoyen ? Est citoyen quelqu’un qui est capable de gouverner et d’être gouverné. » Il y a des millions de citoyens en France. Pourquoi ne seraient-ils pas capables de gouverner ? Parce que toute la vie politique vise précisément à le leur désapprendre, à les convaincre qu’il y a des experts à qui il faut confier les affaires. Il y a donc une contre-éducation politique. Alors que les gens devraient s’habituer à exercer toutes sortes de responsabilités et à prendre des initiatives, ils s’habituent à suivre ou à voter pour des options que d’autres leur présentent. Et comme les gens sont loin d’être idiots, le résultat, c’est qu’ils y croient de moins en moins et qu’ils deviennent cyniques.

Dans les sociétés modernes, depuis les révolutions américaine (1776) et française (1789) jusqu’à la seconde guerre mondiale (1945) environ, il y avait un conflit social et politique vivant. Les gens s’opposaient, manifestaient pour des causes politiques. Les ouvriers faisaient grève, et pas toujours pour de petits intérêts corporatistes. Il y avait de grandes questions qui concernaient tous les salariés. Ces luttes ont marqué ces deux derniers siècles.

On observe un recul de l’activité des gens. C’est un cercle vicieux. Plus les gens se retirent de l’activité, plus quelques bureaucrates, politiciens, soi-disant responsables, prennent le pas. Ils ont une bonne justification : « Je prends l’initiative parce que les gens ne font rien. » Et plus ils dominent, plus les gens se disent : « C’est pas la peine de s’en mêler, il y en a assez qui s’en occupent, et puis, de toute façon, on n’y peut rien. »

le capitalisme

Si le capitalisme avait été laissé à lui-même, il se serait effondré cent fois. Il y aurait eu une crise de surproduction tous les ans. Pourquoi ne s’est-il pas effondré ? Parce que les travailleurs ont lutté, ont imposé des augmentations de salaire, ont créé d’énormes marchés de consommation interne. Ils ont imposé des réductions du temps de travail, ce qui a absorbé tout le chômage technologique. On s’étonne maintenant qu’il y ait du chômage. Mais depuis 1940 le temps de travail n’a pas diminué.

Les libéraux nous disent : « Il faut faire confiance au marché. » Mais les économistes académiques eux-mêmes ont réfuté cela dès les années 30. Ces économistes n’étaient pas des révolutionnaires, ni des marxistes ! Ils ont montré que tout ce que racontent les libéraux sur les vertus du marché, qui garantirait la meilleure allocation possible des ressources, la distribution des revenus la plus équitable, ce sont des aberrations ! Tout cela a été démontré.

la démocratie

L’idée selon laquelle il n’y a pas de spécialiste de la politique et que les opinions se valent est la seule justification raisonnable du principe majoritaire. Donc, chez les Grecs, le peuple décide et les magistrats sont tirés au sort ou désignés par rotation. Pour les activités spécialisées - construction des chantiers navals, des temples, conduite de la guerre -, il faut des spécialistes. Ceux-là, on les élit. C’est cela, l’élection. Election veut dire « choix des meilleurs ». Là intervient l’éducation du peuple. On fait une première élection, on se trompe, on constate que, par exemple, Périclès est un déplorable stratège, eh bien on ne le réélit pas ou on le révoque.

Mais il faut que la doxa soit cultivée. Et comment une doxa concernant le gouvernement peut-elle être cultivée ? En gouvernant. Donc la démocratie - c’est important - est une affaire d’éducation des citoyens, ce qui n’existe pas du tout aujourd’hui.

la politique et l'économie

Récemment, un magazine a publié une statistique indiquant que 60 % des députés, en France, avouent ne rien comprendre à l’économie. Des députés qui décident tout le temps ! En vérité, ces députés, comme les ministres, sont asservis à leurs techniciens. Ils ont leurs experts, mais ils ont aussi des préjugés ou des préférences. Si vous suivez de près le fonctionnement d’un gouvernement, d’une grande bureaucratie, vous voyez que ceux qui dirigent se fient aux experts, mais choisissent parmi eux ceux qui partagent leurs opinions. C’est un jeu complètement stupide et c’est ainsi que nous sommes gouvernés.

Les institutions actuelles repoussent, éloignent, dissuadent les gens de participer aux affaires. Alors que la meilleure éducation en politique, c’est la participation active, ce qui implique une transformation des institutions qui permette et incite à cette participation.

L’éducation devrait être beaucoup plus axée vers la chose commune. Il faudrait comprendre les mécanismes de l’économie, de la société, de la politique, etc. Les enfants s’ennuient en apprenant l’histoire alors que c’est passionnant. Il faudrait enseigner une véritable anatomie de la société contemporaine, comment elle est, comment elle fonctionne. Apprendre à se défendre des croyances, des idéologies.

l'écologie

Or, aujourd’hui, il y a une libération dans tous les sens du terme par rapport aux contraintes de la socialisation des individus. On est entré dans une époque d’illimitation dans tous les domaines, et c’est en cela que nous avons le désir d’infini. Cette libération est en un sens une grande conquête. Il n’est pas question de revenir aux sociétés de répétition. Mais il faut aussi - et c’est un très grand thème - apprendre à s’autolimiter, individuellement et collectivement. La société capitaliste est une société qui court à l’abîme, à tous points de vue, car elle ne sait pas s’autolimiter. Et une société vraiment libre, une société autonome, doit savoir s’autolimiter, savoir qu’il y a des choses qu’on ne peut pas faire ou qu’il ne faut même pas essayer de faire ou qu’il ne faut pas désirer.

Nous vivons sur cette planète que nous sommes en train de détruire, et quand je prononce cette phrase je songe aux merveilles, je pense à la mer Egée, je pense aux montagnes enneigées, je pense à la vue du Pacifique depuis un coin d’Australie, je pense à Bali, aux Indes, à la campagne française qu’on est en train de désertifier. Autant de merveilles en voie de démolition. Je pense que nous devrions être les jardiniers de cette planète. Il faudrait la cultiver. La cultiver comme elle est et pour elle-même. Et trouver notre vie, notre place relativement à cela. Voilà une énorme tâche. Et cela pourrait absorber une grande partie des loisirs des gens, libérés d’un travail stupide, productif, répétitif, etc. Or cela est très loin non seulement du système actuel mais de l’imagination dominante actuelle. L’imaginaire de notre époque, c’est celui de l’expansion illimitée, c’est l’accumulation de la camelote - une télé dans chaque chambre, un micro-ordinateur dans chaque chambre -, c’est cela qu’il faut détruire. Le système s’appuie sur cet imaginaire- là.

Extraits d'un entretien avec Cornélius Castoriadis paru dans le Monde Diplomatique en août 1998.

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