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Tag - capitalisme

Fil des billets

vendredi 21 mai 2010

en route vers la grande dépression ?

Si le sujet de cet article adopte une forme interrogative, son auteur, Frédéric Lordon, semble avoir une petite idée de la réponse : l'attitude actuelle des gouvernements européens a pour effet d'entraîner doucement mais sûrement l'Europe vers une grande période de dépression.

Pour découvrir ce que Frédéric Lordon nous prédit pour la décennie à venir, allez lire l'article du Monde Diplomatique.

jeudi 1 avril 2010

leur écologie et la nôtre

Visionnaire, le philosophe André Gorz avait prévu, dans ce texte paru en 1974, la récupération de l’écologie par l’industrie, les groupes financiers - en un mot, le capitalisme.

Extrait :

Car les partisans de la croissance ont raison sur un point au moins : dans le cadre de l'actuelle société et de l'actuel modèle de consommation, fondés sur l'inégalité, le privilège et la recherche du profit, la non-croissance ou la croissance négative peuvent seulement signifier stagnation, chômage, accroissement de l'écart qui sépare riches et pauvres. Dans le cadre de l'actuel mode de production, il n'est pas possible de limiter ou de bloquer la croissance tout en répartissant plus équitablement les biens disponibles.

Tant qu'on raisonnera dans les limites de cette civilisation inégalitaire, la croissance apparaîtra à la masse des gens comme la promesse - pourtant entièrement illusoire - qu'ils cesseront un jour d'être sous-privilégiés, et la non-croissance comme leur condamnation à la médiocrité sans espoir. Aussi n'est-ce pas tant à la croissance qu'il faut s'attaquer qu'à la mystification qu'elle entretient, à la dynamique des besoins croissants et toujours frustrés sur laquelle elle repose, à la compétition qu'elle organise en incitant les individus à vouloir, chacun, se hisser au-dessus des autres. La devise de cette société pourrait être : Ce qui est bon pour tous ne vaut rien. Tu ne seras respectable que si tu as mieux que les autres.

Or c'est l'inverse qu'il faut affirmer pour rompre avec l'idéologie de la croissance : Seul est digne de toi ce qui est bon pour tous. Seul mérite d'être produit ce qui privilégie ni n'abaisse personne. Nous pouvons être plus heureux avec moins d'opulence, car dans une société sans privilège, il n'y a pas de pauvres.

André Gorz écrivait cela en 1974...

mardi 2 mars 2010

de la nécessité d'un protectionnisme européen

Jacques Sapir a accordé un entretien à Pascale Fourier. La retranscription de cet entretien est disponible en 3 parties : partie 1, partie 2 et partie 3 (à venir).

Il traite de nombreux sujet, dont de la nécessité d'un protectionnisme européen :

C'est bien pour ça que je dis qu'il va falloir mettre des droits de douanes et des droits de douanes relativement importants, en comprenant aussi que les pays du cœur de l'Europe, les pays du cœur historique, peuvent très bien fonctionner d'une certaine manière en circuit fermé. Nous avons peu de choses à exporter vers le reste du monde, sauf peut-être évidemment des avions, et encore, parce que nous sommes aussi un gros consommateur de mode de transport etc. Donc je pense qu'il faut abandonner cette attitude où l'on dit: « Mais si l'on met les droits de douane, alors nous n'exporterons plus vers la Chine ». Oui, bien sûr, nos exportations vont baisser, mais elles vont baisser de toutes les manières. Il vaut mieux anticiper ce phénomène et se donner comme objectif une consolidation et une reconstruction de nos industries dans le pays du cœur de l'Europe.

Visiblement, la question du protectionnisme (qu'il soit français ou européen) fait débat : certains le croient nécessaire voir inéluctable, d'autres l'estiment indésirable.

En complément de cet entretien, Pascale Fourier nous propose un autre texte de Jacques Sapir intitulé l'horizon de la présidentielle de 2012 et le piège de la personnalisation du débat.

mercredi 17 février 2010

une réflexion libérale et intelligente en réponse à la crise

L'article intitulé quelques propositions globales en réponse à la crise permet d'aborder la crise actuelle sous un angle bien rarement mis en lumière dans les courants traditionnels de la pensée libérale.

Le résumé des propositions de l'article est intéressant et novateur. Il invite à la réflexion et au débat :

  • Principe 1 : l'inégalité est indispensable dans toute grande société.
  • Principe 2 : une inégalité extrême ne correspond pas non plus à la nature humaine. Les sociétés de ce type finissent par être rejetées, comme les sociétés égalitaires.
  1. le filet de secours universel, la relance de l'emploi et de la production
    1. le revenu d'existence
    2. la couverture médicale universelle
    3. l'éducation gratuite
    4. coût total du filet de secours universel = solidarité nationale : 25,6% du PIB
  2. la réforme du système monétaire
    1. le système de réserve
    2. l'étalon monétaire
    3. la gestion de la masse monétaire
  3. la neutralité de l'état
    1. une politique monétaire neutre
    2. l'absence totale de subventions
    3. l'absence totale de politiques de relance de la demande
    4. l'absence de mesures protectionnistes
  4. l'interdiction des déficits

jeudi 11 février 2010

Denis Robert : On a occulté la véritable affaire Clearstream

Auteur de nombreuses enquêtes sur la société Clearstream, le journaliste Denis Robert s'est retrouvé pris dans le procès à grand spectacle mettant aux prises Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin.

Alors que le verdict blanchit Denis Robert au nom de la liberté d'informer, ce dernier estime cependant qu'on a occulté la véritable affaire Clearstream.

vendredi 16 octobre 2009

Adam Smith entre les lignes

S'il est toujours préférable de lire les oeuvres des auteurs qu'on cite, il est parfois nécessaire de se baser sur des résumés, des études ou des interprétations rédigés par d'autres personnes que l'auteur. Il devient alors difficile de détecter les erreurs ou les contre-sens qui ont pu se glisser dans ces études.

Adam Smith est un économiste souvent cité comme fondateur du libéralisme économique. Sa théorie de la main invisible est souvent invoquée pour justifier les mesures visant à accroitre l'emprise du libéralisme économique.

Ainsi, on peut lire sur la quatrième de couverture de l’édition de La richesse des nations publiée par Le Monde et France Inter :

Adam Smith développe dans cette oeuvre monumentale la fameuse théorie de la “main invisible” selon laquelle le libre jeu du marché et des intérêts individuels suffit à faire valoir l’intérêt général, sans aucune intervention étatique.

Gilles Raveaud nous propose une analyse novatrice qui tend à démontrer que l'interprétation couramment admise aujourd'hui n'est peut-être pas celle qu'Adam Smith avait en tête lorsqu'il a rédigé son ouvrage.

mardi 11 août 2009

démocratie ou capitalisme, coopération ou concurrence

Le principe fondateur d'une démocratie est la non domination d'un individu sur un autre, ou d'un groupe d'individus sur un autre. La souveraineté du peuple (et non celle du souverain) est bien résumée par la formule d'Abraham Lincoln : le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple.

A l'inverse, le capitalisme est basé sur les inégalités de richesse : il y a d'une part celui qui dispose du capital, et d'autre part celui qui n'en dispose pas et qui vend sa force de travail.

Là où la démocratie table sur la coopération entre citoyens pour gouverner, le capitalisme privilégie la concurrence entre acteurs économiques pour augmenter les profits.

Quel est le meilleur moyen d'arriver à l'émancipation des individus ?

mercredi 15 avril 2009

la concurrence n’est pas le "laissez-faire"

Un très bon billet intitulé la concurrence n’est pas le "laissez-faire" explique avec pédagogie le sens de termes économiques courants.

Il y a, dans les discussions de tous les jours, dans les médias et dans les débats politiques, une source permanente de confusions et de quiproquos dus à une série d’amalgames trompeurs. C'est notamment le cas dès lors que l’on évoque les notions très générales, abstraites, donc faciles, comme le capitalisme, l'économie de marché, le libéralisme, le libéralisme économique ou encore l'ultralibéralisme. Bien souvent, ces notions sont purement et simplement considérées comme synonymes, ce qui est simplement faux et ne peut qu’aboutir à des incompréhensions et à des dialogues de sourds.

Ce billet est tiré du blog comprendre l'actualité économique dont l'objectif est d'enseigner ce qu'il faut savoir pour comprendre les informations économiques quand on n'y connaît absolument rien ou presque.

jeudi 26 février 2009

la révolution conservatrice à la française

Nonobstant le fait que l'objectif de Jacques Sapir semble se limiter à renouer avec la croissance, cet économiste prend le recul nécessaire pour inscrire les évolutions de la politique sociale et économique de la France dans le courant des révolutions conservatrices des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne à partir des années 80.

La crise financière met aussi en lumière une forte hétérogénéité des situations et des réactions au sein des économies occidentales et souligne ainsi la diversité des modèles de capitalisme et de leurs réponses à une même perturbation. La globalisation de l’économie n’a pas été son unification, contrairement à ce qui a été prétendu.

Le « modèle américain », avec ses « clones » souvent donnés en exemple ces dernières années (Grande-Bretagne et Espagne), apparaît comme la première victime de la crise. Ce « modèle » a émergé à la fin des années 1970 et au début des années 1980 dans un contexte marqué à la fois par les tendances à la stagflation (combinaison de faible croissance et d’inflation) et les « révolutions conservatrices » associées à R. Reagan et M. Thatcher. Dans ce contexte, il s’est agi de réduire la part des salaires dans le partage de la valeur ajoutée afin d’accroître le taux de profit et, comme il était alors espéré, ranimer la croissance. La « politique de l’offre » soutenait en effet que l’investissement et la croissance étaient déterminés non par les perspectives de demande solvable (déterminées par la masse salariale) mais par les anticipations de profit et surtout du taux de profit.

Le raisonnement s’est appuyé sur la contre-révolution monétariste qui a cherché à rétablir la légitimité de la pensée économique néo-classique, avec en particulier son refus absolu de l’incertitude et son attachement fondamental à une hypothèse de comportement « rationnel » (au sens de la maximisation d’une utilité anticipée) de la part des agents. Ce discours, qui n’était pas sans de nombreuses incohérences internes, impliquait aussi un refus de toute hypothèse réaliste (ce qui avait été théorisé par Milton Friedman dès 1953), et un enfermement dans un cadre de plus en plus dogmatique. La théorie économique qui sous-tend la mise en place des politiques issues des « révolutions conservatrices », en raison de la clôture dogmatique qu’elle implique, acquiert rapidement toutes les caractéristiques d’une « fausse science », soit d’un discours purement idéologique exprimé dans un vocabulaire à l’apparence scientifique, mais totalement dépourvu de possibilité de vérification et méthodologiquement incohérent.

La mise en place d’une véritable « contre-révolution » dans le domaine des politiques économiques est donc allé de pair avec une régression profonde de la science économique, du moins en ce qui concerne son courant dominant ou « orthodoxe ». L’écart entre la dimension normative et prescriptive du discours économique et ses fondements analytiques de nature scientifique n’a cessé de s’accroître depuis les années 1980. Cet écart était une nécessité politique dans la mesure où les avancées de la recherche respectant les règles méthodologiques de la vérification scientifique montraient progressivement toute la validité des hypothèses keynésiennes les plus radicales, contre lesquelles se construisaient les politiques économiques mises en oeuvre durant ces années.

Pour obtenir le résultat qu’elles recherchaient, ces politiques se sont appuyées sur plusieurs leviers. L’ouverture internationale des économies a été certainement l’un des plus efficaces, une fois libéralisés les mouvements de capitaux. Ces derniers permettaient des gains de productivité important dans des pays où les coûts salariaux directs et indirects étaient très faibles, provoquant à travers un effet de concurrence induit par le libre-échange une puissante déflation salariale dans les pays de tradition keynésienne.

La libéralisation financière apparaît alors comme le complément nécessaire de ces politiques. En permettant aux capitaux de se déplacer sans contrôle, on créait le contexte d’un assujettissement de la production matérielle aux impératifs de rendement des activités spéculatives. C’était très exactement ce que Keynes avait voulu éviter quand, songeant à l’organisation économique du monde après la Seconde Guerre Mondiale, il insiste de manière très explicite sur la nécessité de contrôler les mouvements de capitaux et de limiter la convertibilité des devises au simple compte courant, à l’exclusion du compte de capital.

Une fois actée la libéralisation financière, il convenait de retirer aux gouvernements l’instrument de la politique monétaire, à travers le dogme de l’indépendance des banques centrales. Il faut ici reconnaître que, dans une économie internationale où les flux de capitaux – en particulier à court terme – ont été complètement libéralisés, les marges de manoeuvre pour une politique monétaire autonome sont très limitées par les pressions spéculatives. Dès lors, le problème central devient celui de la « réputation » de la banque centrale, même si cette notion n’a pas de fondement scientifique une fois que l’on admet l’instabilité des hiérarchies des préférences individuelles.

En fait, l’influence de ces politiques s’est étendue bien au-delà des gouvernements conservateurs. La part des salaires dans la valeur ajoutée baisse aussi vite en France, sous un gouvernement socialiste, qu’aux Etats-Unis dans le cours des années 1980. On est donc en présence d’un mouvement global, qui cependant prend des formes assez différentes suivant les pays en fonction des rapports de force sociaux, mais aussi des traditions historiques et de la nature des institutions économiques. Les différences très substantielles dans l’endettement des ménages que l’on note aujourd’hui, mais aussi dans le degré d’inégalité de la répartition du revenu, la persistance plus ou moins marquée de systèmes de patrimoine collectif à travers des services publics non privatisés et des systèmes de protection sociale généralistes, induisent des modèles de capitalisme substantiellement différents.

Ces différences ont été présentées par les idéologues libéraux comme des éléments de « retard » par rapport à la « norme » que le « modèle américain » était censé représenter. Ce dernier semblait en mesure de fournir une forte croissance avec un taux de chômage très faible. La pression qu’exerce la combinaison du libre-échange et de la libéralisation financière sur les économies qui n’ont pas adopté le « modèle américain » se traduit alors par le glissement progressif de la dette publique, dont des pays comme l’Italie et la Belgique sont des cas extrêmes, mais que l’on retrouve aussi bien en France qu’en Allemagne.

La crise actuelle a cependant fourni la démonstration du caractère illusoire de cette croissance, qui n’était pas soutenable à moyen terme.

L'article intitulé 2009 : récession ou dépression ? analyse les mécanismes de propagation de la crise actuelle, ses effets dans les différentes zones économiques, puis les actions à mener en réponse à celle-ci.

mardi 17 février 2009

une autre relance est possible

Certains affirment vouloir moraliser le capitalisme ou réguler les excès du capitalisme financier. Les gouvernements s'attachent surtout à mettre en oeuvre des plans de relance de juguler la crise et relancer la croissance au plus vite.

Actuellement, le système capitaliste active ses défenses immunitaires, il se défend pour ne pas mourir. Les gouvernements jouent le jeu : à force de mettre l'accent sur les plans de relance qui constituent l'essentiel de l'urgence, on passe sous silence l'urgence de l'essentiel : pour qui, pour quoi et jusqu'où la croissance ?

Il parait que la croissance conditionne l'emploi, qu'elle est une condition nécessaire à l'emploi. Mais il faut croire les économistes qui l'affirment sur parole car ils ne sont pas en mesure de fournir une preuve tangible (corrélation n'est pas causalité). Or, d'autres économistes pensent que la croissance n'est pas une condition nécessaire à l'emploi.

C'est le terrain sur lequel s'aventure Jean Gadrey pour qui une autre relance est possible : créer des emplois sans croissance, c'est possible mais il faut réduire fortement les inégalités.

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