Écrivain, physicienne, prix Nobel alternatif, la militante écologiste
indienne Vandana Shiva trace un parallèle entre la frontière d'un organisme
vivant et les frontières artificielles appliquées par les états et les entités
économiques :
Aucune frontière n’est jamais totalement fermée. C’est comme la frontière de
notre peau, qui nous protège de l’invasion de toute infection : des
ouvertures permettent à la transpiration de sortir, pour maintenir notre
équilibre, préserver notre santé. Toutes les frontières sont poreuses. Un corps
souverain sait comment réguler ces entrées et sorties. Il sait quand trop de
chaleur entre dans le corps. Il sait comment s’opposer aux virus. Quand un
corps perd cette autonomie, cette souveraineté, il devient malade. C’est la
même chose pour un pays, gouverné par un peuple souverain et autonome. Ce
peuple peut dire : « Notre lait est vendu 14 roupies/litre, votre
lait européen qui débarque à 8 roupies/litre va détruire l’économie laitière en
Inde, donc j’ai le droit de réguler ce qui entre. » La régulation est
vitale pour tout système vivant. La dérégulation, c’est l’appel de la mort. Un
corps dérégulé meurt. De même, une nation, une économie dérégulée meurt.
De cette hypothèse découle une vision plutôt originale du
libre-échange :
Le libre-échange est un protectionnisme pour les puissants. Le
libre-échange, dans la manière dont il a été façonné, n’est pas du tout libre.
Il n’est pas démocratique.
Enfin, elle conclut en militant pour l'action non-violente :
Personne n’a mieux parlé du pouvoir de la non-violence que Gandhi.
« Nous ne pouvons pas démanteler la maison du maître avec les outils du
maître », a dit la poétesse américaine Audre Lorde. Nous avons besoin d’outils
différents. Ils doivent être non-violents, parce que la non-violence est plus
soutenable, et qu’elle efface vos peurs. Ceux qui luttent de manière violente
doivent se cacher tout le temps. Je préfère me tenir droite face aux
multinationales pour leur dire ce que je pense d’elles. Agir « sans
peur » est notre plus puissante arme. Et la non-violence crée également un
soutien plus large. Et nous vivons à une époque où une poignée de personnes ne
peut pas mener les batailles pour toute la société. C’est toute la société qui
doit être engagée. Les actions non-violentes sont une invitation à toute la
société à participer au combat.
L'article intitulé le libre-échange, c’est la dictature des entreprises est
publié sur le site de basta!.