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Tag - crise sociale

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lundi 21 décembre 2009

à Copenhague, c’est de nous-mêmes dont il est question

Dans un article récent, George Monbiot estime que le problème vient de l'incapacité de nos sociétés et des individus à se fixer des limites :

L’humanité n’est plus divisée entre conservateurs et libéraux, réactionnaires et progressistes, bien que la vieille politique nous informe sur ces deux bords. Aujourd’hui, la ligne de front se situe entre les chantres de l’expansionnisme et ceux de la modération ; ceux qui croient qu’il ne devrait y avoir aucun obstacle, et ceux qui croient que nous devons vivre avec des limites. [...] Cette guerre va s’enlaidir encore à mesure que les gens repousseront les restrictions qu’impose la décence.

C'est un triste constat que pose George Monbiot dans cet article écrit en marge du sommet de Copenhague. Mais si ce constat est pessimiste, n'est-il pas pour autant réaliste ?

samedi 24 janvier 2009

le rapport Stern

Ancien économiste en chef de la banque mondiale, Nicholas Stern a dirigé la rédaction d'un rapport remis au gouvernement britannique en octobre 2006. Ce rapport est disponible auprès du ministère de l’économie et des finances britannique en plusieurs langues, dans une version résumée de 34 pages et sous la forme d'une note de synthèse de 5 pages.

Voici quelques extraits marquants tirés du résumé :

  • Les bénéfices d’une action forte et rapide sur le changement climatique dépassent considérablement les coûts.
  • L'électricité n'est pas l'énergie miracle du futur : elle contribue à hauteur de 24% aux émissions de gaz à effet de serre (en 2000).
  • Les effets du changement climatique ne sont pas également répartis – ce sont les pays et les populations les plus pauvres qui seront les premiers et les plus durement touchés. Et lorsque les dommages éventuels apparaîtront, il sera trop tard pour faire machine arrière. Nous sommes donc contraints de tourner notre regard vers des horizons lointains.
  • Les analyses qui prennent en compte les gammes complètes à la fois des effets et des résultats éventuels – c’est-à-dire qui emploient l’économie basique du risque – suggèrent que le changement climatique dans le scénario d’inaction (BAU) réduira le bien-être d’un montant équivalent à une réduction de la consommation par habitant allant de 5% à 20%. Si l’on tient compte des preuves scientifiques de plus en plus grandes de risques accrus, du refus face aux possibilités de catastrophes et d’une approche plus vaste face aux conséquences que ne le laissaient entendre des mesures de sortie étroites, il est probable que l’estimation correcte se situera dans la partie supérieure de cette fourchette.
  • Les estimations des coûts de ressources suggèrent qu’il est probable que, pour une trajectoire menant à une stabilisation à 550 ppm éq. CO2, le plafond du coût annuel attendu des réductions d’émissions se situera autour de 1% du PIB d’ici 2050.
  • L’infléchissement vers une économie mondiale moins carbonée se fera dans le contexte de ressources abondantes en combustibles fossiles. Par cela, on veut dire que les stocks d’hydrocarbures qu’il est rentable d’extraire (dans le cadre des politiques actuelles) sont plus que suffisants pour amener le monde à des niveaux de concentrations de gaz à effet de serre bien supérieures à 750 ppm éq. CO2, ce qui aurait des conséquences désastreuses. En effet, dans un scénario d’inaction (BAU), il est probable que les utilisateurs d’énergie s’orienteront vers des shales de charbon et de pétrole qui rejettent davantage de carbone, augmentant par là même les taux de croissance des émissions.
  • La politique sur le changement climatique peut contribuer à traquer les incompétences actuelles. Au niveau des sociétés, l’application des politiques concernant le climat peut attirer l’attention sur des possibilités d’épargner. Au niveau de l’ensemble de l’économie, la politique sur le changement climatique peut être un moyen de pression pour réformer les systèmes énergétiques inefficaces et retirer les subventions énergétiques qui faussent les marchés et pour lesquelles les gouvernements du monde entier dépensent actuellement près de 250 milliards de dollars US par an.
  • Trois éléments sont essentiels pour les mesures d’atténuation : le prix du carbone, la politique en matière de technologie et le démantèlement des obstacles au changement de comportement. Si l’on retire l’un quelconque de ces éléments, cela accroîtra considérablement les coûts de l’action.
    • Fixer un prix du carbone, au travers de taxes, du commerce ou d’une réglementation, constitue une assise essentielle pour toute politique sur le changement climatique. Le premier élément de cet axe d’action est la fixation du prix du carbone. Les gaz à effet de serre sont, en termes économiques, une externalité : ce sont ceux qui produisent des émissions de gaz à effet de serre qui engendrent le changement climatique, par là même imposant des coûts au monde et aux générations futures ; par contre, ils ne sont pas eux-mêmes confrontés aux pleines conséquences de leurs actions. Mettre un prix approprié sur le carbone – ouvertement au travers de taxes ou du commerce, ou implicitement au travers de la réglementation – signifie que les gens sont confrontés au plein coût social de leurs actions. Ceci amènera les particuliers et les entreprises à se détourner des biens et des services à fortes émissions de carbone et à investir dans des technologies alternatives moins carbonées. L’efficacité économique fait ressortir les avantages que présenterait un prix mondial commun du carbone : les réductions d’émissions auront alors lieu là où elles coûtent moins cher.
    • Des lignes d’actions sont indispensables pour encourager le développement de toute urgence d’une gamme de technologies moins carbonées et à haut rendement.
    • Le démantèlement des obstacles au changement de comportement est le troisième élément essentiel, un élément qui est particulièrement important pour encourager la saisie des opportunités en matière d’efficacité énergétique.
  • Il est crucial d’encourager une compréhension commune de la nature du changement climatique et de ses conséquences pour façonner le comportement, de même que pour étayer l’action nationale et internationale. Les gouvernements peuvent servir de catalyseur pour le dialogue grâce aux preuves, à l’éducation, à la persuasion et à la discussion. Eduquer sur le changement climatique ceux qui sont actuellement à l’école contribuera à façonner et à soutenir l’élaboration des décisions futures ; d’autre part, un débat public et international de grande envergure encouragera les décideurs d’aujourd’hui à adopter une action vigoureuse dès à présent. Une politique d’adaptation est cruciale pour traiter les effets inévitables du changement climatique mais, dans de nombreux pays, on ne lui donne pas beaucoup d’importance.
  • Le défi à relever en matière d’adaptation sera particulièrement intense dans les pays en développement où une vulnérabilité et une pauvreté plus grandes limiteront la capacité à agir. Tout comme pour les pays industrialisés, il est difficile d’en estimer les coûts, mais il est probable qu’ils atteindront des dizaines de milliards de dollars.
  • Il est urgent d’agir : la demande en matière d’énergie et de transport grandit rapidement dans de nombreux pays en développement, et de nombreux pays industrialisés sont également sur le point de renouveler une proportion considérable de leur capital social. Les investissements qui seront effectués au cours des dix à vingt prochaines années pourraient sceller de très fortes émissions pour le demi-siècle à venir ou, au contraire, présenter l’occasion de positionner le monde sur une voie plus durable.
  • Garantir une coopération générale et soutenue requiert une répartition équitable des efforts à la fois sur les pays industrialisés et sur les pays en développement. Il n’y a pas de formule unique qui, à elle seule, saisisse toutes les dimensions de l’équité, mais les calculs basés sur le revenu, sur la responsabilité historique et sur les émissions par habitant indiquent toutes que les pays riches devraient accepter la responsabilité de réduire d’ici 2050 les émissions de 60% à 80% par rapport aux niveaux de 1990. La coopération peut être encouragée et soutenue par une plus grande transparence et une plus grande comparabilité de l’action nationale.
  • Mais par dessus tout, réduire les risques du changement climatique exige une action collective. Cela exige une coopération entre les pays, à travers des cadres internationaux qui soutiennent la réalisation d’objectifs partagés.
  • Il est encore possible d’éviter les pires effets du changement climatique ; mais cela exige une action collective vigoureuse de toute urgence. Tout retard serait coûteux et désastreux.

Vous devriez plutôt lire le résumé complet, d'autant plus que Nicholas Stern reconnaît avoir « gravement sous-estimé » l’ampleur des risques climatiques !

jeudi 2 octobre 2008

espérer le meilleur, s'attendre au pire

La crise financière rampante qui court depuis l'été 2007 était prévisible (et prévue !) tant nos sociétés occidentales vivent au dessus de leurs moyens. Notre mode de vie n'est pas durable et la finance est en train de s'en rendre compte.

Cette crise financière comporte tous les éléments annonciateurs d'une triple crise dont les conséquences amènent certains à estimer que nous vivons actuellement la fin d'une ère : la fin de l'holocène (partie 1, partie 2).

La mondialisation a amené tous les pans de notre monde à être interconnectés : toutes les régions du monde, tous les secteurs de notre économie. Aussi, quand une région du monde ou qu'un secteur est en crise, tous les autres secteurs et toutes les autres régions du monde peuvent être affectés par ricochet, selon un facteur multiplicateur variable.

La mondialisation permet la dilution des risques sur les acteurs du monde entier mais elle entraîne également l'augmentation du risque de crise systémique de grande ampleur. Une crise systémique est comme un jeu de domino où le premier domino qui tombe entraîne la chute des autres dominos les uns après les autres.

La crise systémique qui menace actuellement comporte trois facettes principale :

  • une crise énergétique
  • une crise sociale
  • une crise écologique

La crise énergétique trouve son origine dans l'épuisement progressif des ressources énergétiques, en premier lieu les hydrocarbures. Même si les médias ne sont pas diserts sur ce sujet, il y a fort à parier que l'année 2007 constitue un tournant du point de vue énergétique car de nombreux indices tendent à indiquer que le pic de pétrole a été atteint en 2007. Cela ne pourra être confirmé qu'a posteriori, d'ici quelques années. En effet, le pic de pétrole est d'autant plus délicat à analyser qu'il a de bonne chance d'être en réalité un plateau - une limite maximum de production indépassable - pendant quelques années, avant de décliner doucement et régulièrement. La production de pétrole diminuant, le coût de cette énergie indispensable va augmenter, signant ainsi l'arrêt de mort de l'énergie bon marché.

La crise sociale résulte de la crise énergétique susmentionnée. Elle engendrera une mutation en profondeur de notre société, aujourd'hui droguée à l'énergie bon marché. L'énergie bon marché permet à chacun de disposer de nombreux esclaves énergétiques mais cette ère étant bientôt définitivement révolue, nous sommes condamnés à imaginer un nouveau mode de vie, plus sobre et moins consommateur d'énergie.

Et enfin, la crise écologique, comme une épée de Damoclès suspendue au-dessus de nos têtes, est annoncée par le GIEC qui étudie depuis 1988 le changement climatique. Le GIEC est un groupement international d'experts pluridisciplinaire dont les prospectives climatiques se basent en partie sur des modèles mathématiques. Ces modèles sont sans cesse corrigés et perfectionnés par les chercheurs mais ils comportent encore beaucoup d'inconnues, ce qui amène les chercheurs à formuler des hypothèses. Les prévisions des experts sont par conséquent difficilement chiffrables avec précision et les fourchettes communiquées sont généralement assez larges. Il est possible que les effets réels constatés dans quelques années ou quelques dizaines d'années soient bien au-delà de ce qui a été envisagé par le GIEC. Cela est d'autant plus vrai qu'il est parfois très difficile de prendre en compte les rétroactions. On parle de rétroaction dans le cas où un élément A a un effet sur un élément B qui a lui-même a un effet sur l'élément A. Dans certains cas, l'action cyclique des éléments A et B l'un sur l'autre peut avoir un effet d'emballement, entraînant la réalité des faits hors du périmètre exploré par les experts du GIEC. En conséquence - et même sans connaître avec précisions les conséquences futures de nos actes actuels - le principe de précaution impose de changer notre mode de vie. Et si on ne le fait pas pour nous, il est de notre devoir moral de le faire pour les jeunes générations et les générations futures. Cette crise sera vraisemblablement la dernière à apparaître à nos consciences borgnes car plus insidieuse et moins visible.

Ces problématiques sont abordées dans le texte mentionné au début de ce billet : Adieu à l'holocène (partie 1, partie 2) :

Les accords du type de celui de Kyoto supposent que tous les grands acteurs, une fois acceptées les conclusions scientifiques des rapports du GIEC, considéreront la maîtrise de l’effet de serre comme relevant d’un intérêt commun supérieur. Mais le réchauffement de la planète n’est pas « la guerre des mondes », où les envahisseurs martiens sont décidés à anéantir l’humanité toute entière sans distinction. Le changement climatique, au lieu de cela, aura des impacts très inégaux selon les régions du monde et les classes sociales. Il ne réduira pas, mais renforcera les inégalités géopolitiques et les conflits.

Comme l’a souligné le Programme de Développement des Nations Unies dans son rapport publié l’an dernier, le réchauffement de la planète est avant tout une menace pour les pauvres et les enfants à naître, qui sont « deux catégories n’ayant que peu ou pas de voix au chapitre politique. » Coordonner une action mondiale en leur nom supposerait soit que leur pouvoir se renforce de manière extraordinaire (un scénario non étudié par le GIEC), soit la transformation de l’égoïsme des pays riches et des classes sociales favorisées en une « solidarité éclairée », sans précédent dans l’histoire. D’un point de vue rationnel, cette dernière option semble la seule réaliste, à condition que soit démontré que les groupes privilégiés ne disposent pas d’une « porte de sortie » qui leur soit réservée, que l’opinion publique se préoccupant de questions internationales conduise l’élaboration des politiques dans les pays prépondérants, et que la diminution des gaz à effet de serre puisse être obtenue sans grands sacrifices dans le niveau de vie de l’hémisphère Nord. Mais aucune de ces éventualités ne semble très probable.

Et que se passera-t-il si la déstabilisation de l’environnement et les troubles sociaux, au lieu de dynamiser l’élan de l’innovation et de la coopération internationale, poussent seulement les élites vers des tentatives frénétiques pour se mettre à l’abri du reste de l’humanité ? Dans ce scénario, non étudié mais pour autant pas improbable, les efforts mondiaux pour réduire les émissions seraient tacitement abandonnés (comme, dans une certaine mesure, c’est déjà le cas) en faveur de l’accélération des investissements d’adaptation sélective destinés aux passagers de première classe de la Terre. Il s’agirait alors de créer un oasis vert de prospérité permanente isolé à l’écart d’une planète malade.

Finalement, le véritable danger - mais également la clé de la solution à tous les autres problèmes - est bien une problématique humaine :

À la lumière de ces études, la concurrence impitoyable entre les marchés de l’énergie et de l’alimentation, amplifiée par la spéculation internationale sur les matières premières et les terres agricoles, n’est qu’un modeste augure du chaos qui pourrait bientôt connaître une croissance exponentielle avec la concomitance de l’épuisement des ressources, des inégalités ingérables et du changement climatique.

Le véritable danger serait alors que la solidarité humaine elle-même, à l’image de la banquise de l’Ouest Antarctique, se rompe tout à coup et se brise en mille fragments.

Alors, que faire ? On peut commencer par utiliser la méthode préconisée par l'économiste libéral Milton Friedman (mais pour atteindre des objectifs différents !) : simplement diffuser et maintenir les idées en vies, jusqu'à ce qu'elles deviennent "acceptables". Ce qui est vrai pour Milton Friedman et le libéralisme est vrai pour tout être humain se battant pour ses idées.

lundi 16 juin 2008

Yves Cochet : la plus grande épreuve qu’ait jamais affrontée l’humanité

Conférence d’Yves Cochet pour le collectif parisien pour la décroissance, à Paris, le 22 mai 2008.

Dans la première partie de son intervention, Yves Cochet rappelle les fondamentaux sur le poids de l’énergie fossile, 85% du total, et la perspective du pic énergétique, vraisemblablement bien plus proche que les projections jusqu’alors optimistes de l’AIE ne le prévoient.

Il passe ensuite en revue les impacts de la crise de l’énergie qui s’annonce sur tous les aspects de notre vie, de l’activité économique aux transports, à l’habitat et l’alimentation.

Le temps va nous manquer, avertit-il, pour procéder à la reconversion de nos sociétés, dont le modèle de croissance est indissociable d’une énergie bon marché toujours plus abondante.

Yves Cochet suggère quatre axes de transformation :

  • autosuffisance locale et régionale
  • décentralisation géographique des pouvoirs
  • relocalisation économique
  • planification concertée et quotas

La conférence est disponible en vidéo, en 2 parties de 50 minutes chacune.