si, c'est vrai !

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mardi 2 mars 2010

de la nécessité d'un protectionnisme européen

Jacques Sapir a accordé un entretien à Pascale Fourier. La retranscription de cet entretien est disponible en 3 parties : partie 1, partie 2 et partie 3 (à venir).

Il traite de nombreux sujet, dont de la nécessité d'un protectionnisme européen :

C'est bien pour ça que je dis qu'il va falloir mettre des droits de douanes et des droits de douanes relativement importants, en comprenant aussi que les pays du cœur de l'Europe, les pays du cœur historique, peuvent très bien fonctionner d'une certaine manière en circuit fermé. Nous avons peu de choses à exporter vers le reste du monde, sauf peut-être évidemment des avions, et encore, parce que nous sommes aussi un gros consommateur de mode de transport etc. Donc je pense qu'il faut abandonner cette attitude où l'on dit: « Mais si l'on met les droits de douane, alors nous n'exporterons plus vers la Chine ». Oui, bien sûr, nos exportations vont baisser, mais elles vont baisser de toutes les manières. Il vaut mieux anticiper ce phénomène et se donner comme objectif une consolidation et une reconstruction de nos industries dans le pays du cœur de l'Europe.

Visiblement, la question du protectionnisme (qu'il soit français ou européen) fait débat : certains le croient nécessaire voir inéluctable, d'autres l'estiment indésirable.

En complément de cet entretien, Pascale Fourier nous propose un autre texte de Jacques Sapir intitulé l'horizon de la présidentielle de 2012 et le piège de la personnalisation du débat.

lundi 7 décembre 2009

le livre qui dynamite les idées reçues sur le travail

La France du travail, le livre qui dynamite les idées reçues sur le travail :

  • c'est la croissance qui crée l'emploi
  • la réduction du temps de travail est néfaste pour l'emploi
  • le marché du travail est trop rigide
  • le coût du travail est trop élevé
  • la sortie de crise est à portée de main

Pour assister au dynamitage de ces idées reçues, allez lire l'article sur le site de Michel Husson.

mardi 17 février 2009

une autre relance est possible

Certains affirment vouloir moraliser le capitalisme ou réguler les excès du capitalisme financier. Les gouvernements s'attachent surtout à mettre en oeuvre des plans de relance de juguler la crise et relancer la croissance au plus vite.

Actuellement, le système capitaliste active ses défenses immunitaires, il se défend pour ne pas mourir. Les gouvernements jouent le jeu : à force de mettre l'accent sur les plans de relance qui constituent l'essentiel de l'urgence, on passe sous silence l'urgence de l'essentiel : pour qui, pour quoi et jusqu'où la croissance ?

Il parait que la croissance conditionne l'emploi, qu'elle est une condition nécessaire à l'emploi. Mais il faut croire les économistes qui l'affirment sur parole car ils ne sont pas en mesure de fournir une preuve tangible (corrélation n'est pas causalité). Or, d'autres économistes pensent que la croissance n'est pas une condition nécessaire à l'emploi.

C'est le terrain sur lequel s'aventure Jean Gadrey pour qui une autre relance est possible : créer des emplois sans croissance, c'est possible mais il faut réduire fortement les inégalités.

samedi 24 janvier 2009

le rapport Stern

Ancien économiste en chef de la banque mondiale, Nicholas Stern a dirigé la rédaction d'un rapport remis au gouvernement britannique en octobre 2006. Ce rapport est disponible auprès du ministère de l’économie et des finances britannique en plusieurs langues, dans une version résumée de 34 pages et sous la forme d'une note de synthèse de 5 pages.

Voici quelques extraits marquants tirés du résumé :

  • Les bénéfices d’une action forte et rapide sur le changement climatique dépassent considérablement les coûts.
  • L'électricité n'est pas l'énergie miracle du futur : elle contribue à hauteur de 24% aux émissions de gaz à effet de serre (en 2000).
  • Les effets du changement climatique ne sont pas également répartis – ce sont les pays et les populations les plus pauvres qui seront les premiers et les plus durement touchés. Et lorsque les dommages éventuels apparaîtront, il sera trop tard pour faire machine arrière. Nous sommes donc contraints de tourner notre regard vers des horizons lointains.
  • Les analyses qui prennent en compte les gammes complètes à la fois des effets et des résultats éventuels – c’est-à-dire qui emploient l’économie basique du risque – suggèrent que le changement climatique dans le scénario d’inaction (BAU) réduira le bien-être d’un montant équivalent à une réduction de la consommation par habitant allant de 5% à 20%. Si l’on tient compte des preuves scientifiques de plus en plus grandes de risques accrus, du refus face aux possibilités de catastrophes et d’une approche plus vaste face aux conséquences que ne le laissaient entendre des mesures de sortie étroites, il est probable que l’estimation correcte se situera dans la partie supérieure de cette fourchette.
  • Les estimations des coûts de ressources suggèrent qu’il est probable que, pour une trajectoire menant à une stabilisation à 550 ppm éq. CO2, le plafond du coût annuel attendu des réductions d’émissions se situera autour de 1% du PIB d’ici 2050.
  • L’infléchissement vers une économie mondiale moins carbonée se fera dans le contexte de ressources abondantes en combustibles fossiles. Par cela, on veut dire que les stocks d’hydrocarbures qu’il est rentable d’extraire (dans le cadre des politiques actuelles) sont plus que suffisants pour amener le monde à des niveaux de concentrations de gaz à effet de serre bien supérieures à 750 ppm éq. CO2, ce qui aurait des conséquences désastreuses. En effet, dans un scénario d’inaction (BAU), il est probable que les utilisateurs d’énergie s’orienteront vers des shales de charbon et de pétrole qui rejettent davantage de carbone, augmentant par là même les taux de croissance des émissions.
  • La politique sur le changement climatique peut contribuer à traquer les incompétences actuelles. Au niveau des sociétés, l’application des politiques concernant le climat peut attirer l’attention sur des possibilités d’épargner. Au niveau de l’ensemble de l’économie, la politique sur le changement climatique peut être un moyen de pression pour réformer les systèmes énergétiques inefficaces et retirer les subventions énergétiques qui faussent les marchés et pour lesquelles les gouvernements du monde entier dépensent actuellement près de 250 milliards de dollars US par an.
  • Trois éléments sont essentiels pour les mesures d’atténuation : le prix du carbone, la politique en matière de technologie et le démantèlement des obstacles au changement de comportement. Si l’on retire l’un quelconque de ces éléments, cela accroîtra considérablement les coûts de l’action.
    • Fixer un prix du carbone, au travers de taxes, du commerce ou d’une réglementation, constitue une assise essentielle pour toute politique sur le changement climatique. Le premier élément de cet axe d’action est la fixation du prix du carbone. Les gaz à effet de serre sont, en termes économiques, une externalité : ce sont ceux qui produisent des émissions de gaz à effet de serre qui engendrent le changement climatique, par là même imposant des coûts au monde et aux générations futures ; par contre, ils ne sont pas eux-mêmes confrontés aux pleines conséquences de leurs actions. Mettre un prix approprié sur le carbone – ouvertement au travers de taxes ou du commerce, ou implicitement au travers de la réglementation – signifie que les gens sont confrontés au plein coût social de leurs actions. Ceci amènera les particuliers et les entreprises à se détourner des biens et des services à fortes émissions de carbone et à investir dans des technologies alternatives moins carbonées. L’efficacité économique fait ressortir les avantages que présenterait un prix mondial commun du carbone : les réductions d’émissions auront alors lieu là où elles coûtent moins cher.
    • Des lignes d’actions sont indispensables pour encourager le développement de toute urgence d’une gamme de technologies moins carbonées et à haut rendement.
    • Le démantèlement des obstacles au changement de comportement est le troisième élément essentiel, un élément qui est particulièrement important pour encourager la saisie des opportunités en matière d’efficacité énergétique.
  • Il est crucial d’encourager une compréhension commune de la nature du changement climatique et de ses conséquences pour façonner le comportement, de même que pour étayer l’action nationale et internationale. Les gouvernements peuvent servir de catalyseur pour le dialogue grâce aux preuves, à l’éducation, à la persuasion et à la discussion. Eduquer sur le changement climatique ceux qui sont actuellement à l’école contribuera à façonner et à soutenir l’élaboration des décisions futures ; d’autre part, un débat public et international de grande envergure encouragera les décideurs d’aujourd’hui à adopter une action vigoureuse dès à présent. Une politique d’adaptation est cruciale pour traiter les effets inévitables du changement climatique mais, dans de nombreux pays, on ne lui donne pas beaucoup d’importance.
  • Le défi à relever en matière d’adaptation sera particulièrement intense dans les pays en développement où une vulnérabilité et une pauvreté plus grandes limiteront la capacité à agir. Tout comme pour les pays industrialisés, il est difficile d’en estimer les coûts, mais il est probable qu’ils atteindront des dizaines de milliards de dollars.
  • Il est urgent d’agir : la demande en matière d’énergie et de transport grandit rapidement dans de nombreux pays en développement, et de nombreux pays industrialisés sont également sur le point de renouveler une proportion considérable de leur capital social. Les investissements qui seront effectués au cours des dix à vingt prochaines années pourraient sceller de très fortes émissions pour le demi-siècle à venir ou, au contraire, présenter l’occasion de positionner le monde sur une voie plus durable.
  • Garantir une coopération générale et soutenue requiert une répartition équitable des efforts à la fois sur les pays industrialisés et sur les pays en développement. Il n’y a pas de formule unique qui, à elle seule, saisisse toutes les dimensions de l’équité, mais les calculs basés sur le revenu, sur la responsabilité historique et sur les émissions par habitant indiquent toutes que les pays riches devraient accepter la responsabilité de réduire d’ici 2050 les émissions de 60% à 80% par rapport aux niveaux de 1990. La coopération peut être encouragée et soutenue par une plus grande transparence et une plus grande comparabilité de l’action nationale.
  • Mais par dessus tout, réduire les risques du changement climatique exige une action collective. Cela exige une coopération entre les pays, à travers des cadres internationaux qui soutiennent la réalisation d’objectifs partagés.
  • Il est encore possible d’éviter les pires effets du changement climatique ; mais cela exige une action collective vigoureuse de toute urgence. Tout retard serait coûteux et désastreux.

Vous devriez plutôt lire le résumé complet, d'autant plus que Nicholas Stern reconnaît avoir « gravement sous-estimé » l’ampleur des risques climatiques !

lundi 12 janvier 2009

tous propriétaires, tous actionnaires

Dans le monde diplomatique de décembre 2008, Laurent Bonelli publie un billet intitulé Tous petits propriétaires dans lequel il analyse et réagit aux propos de Alan Greenspan, directeur de la banque centrale des Etats-Unis de 1987 à 2006.

Alan Greenspan : Je me rendais bien compte que l'assouplissement du crédit hypothécaire accroissait le risque financier, et que l'accession à la propriété immobilière, grâce à des prêts subventionnés, déformait les verdicts du marché. Mais j'ai également estimé et j'estime toujours, que l'augmentation du nombre de propriétaires renforçait le soutien au capitalisme de marché. J'estimais donc, et je continue de le faire, que l'élargissement de la propriété immobilière individuelle valait bien l'accroissement du risque. La protection des droits de propriété , si essentielle dans une économie de marché, requiert une masse critique de propriétaires pour conserver un soutien politique.

Ce à quoi Laurent Bonelli répond en faisant un parallèle entre la propriété foncière et l'actionnariat salarial :

Au-delà de ce qui pourrait passer pour des campagnes publicitaires pour le bâtiment et les travaux publics (BTP), s'énonce une véritable philosophie de l'histoire : l'individu responsabilisé doit l'emporter sur un collectif toujours suspect de passions irrationnelles (voire pis, révolutionnaires). C'est assez connu. Mais derrière les propos de M. Greenspan se cache également l'une des nouvelles ruses de la raison des dominants. Il s'agit de faire participer, sur un mode mineur, les dominés à l'ordre dominant, de sorte qu'ils ne puissent pas contester cet ordre, sans eux-mêmes subir directement les préjudices de leur propre contestation. L'actionnariat salarial repose exactement sur le même principe. Il n'est pas suffisamment important pour peser sur les décisions stratégiques d'une entreprise, mais lie les pieds et les poings des employés, qui peuvent difficilement mener des actions affectant sa productivité sans en souffrir les conséquences.

Alors, tous propriétaires ? Tous actionnaires ?

Vous pouvez consulter l'article complet.

mardi 30 décembre 2008

le protectionnisme en question

Après un premier billet à la recherche des causes de l'actuelle crise financière, voici une intervention intéressante de Jacques Sapir qui explore certaines pistes en marge des sentiers battus.

Cet économiste explique que notre modèle de capitalisme est déstabilisé par les mouvements incontrôlés de capitaux et de biens. Il préconise donc de réguler notre modèle économique en renforçant le contrôle des mouvements des capitaux et en instaurant une certaine dose de protectionnisme.

Selon Jacques Sapir, le protectionnisme n'est nullement la cause de la seconde guerre mondiale, il a au contraire permis de limiter les effets néfastes de la crise des années 30. Il souhaite à la zone euro d'adopter au plus vite des mesures protectionnistes sans quoi l'existence même de la zone euro serait menacée.

lundi 19 mai 2008

les chiffres du chômage

Les chiffres du chômage régulièrement publiés sont souvent sujet à discussion. En effet, la définition d'un chômeur n'est pas la même selon les différents organismes que sont l'INSEE, l'OCDE, l'ANPE, le BIT ou encore Eurostat.

Quelle que soit la définition du chômage retenue, il faut distinguer les principales typologies de chômage :

  • le chômage conjoncturel
  • le chômage structurel
  • le chômage frictionnel

Le chômage conjoncturel s'explique généralement par une diminution de l'activité qui peut être due à une baisse de la demande (suite par exemple à des évènements terroristes, des perturbations financières, une baisse de morale généralisée de la population).

Le chômage structurel n'est par définition pas lié à la conjoncture mais à la structure même de l'appareil de production : non adéquation entre les rythmes de production et de consommation, sur-productivité durable. Le chômage structurel apparaît dans une société dont la vitesse d'évolution est trop faible.

Enfin, le chômage frictionnel est lié à la mobilité : soit une mobilité géographique soit une mobilité sectorielle. Ce type de chômage est bénéfique dans la mesure où il constitue le fluide permettant à une société d'évoluer vers les régions les plus porteuses et vers les activités en développement. C'est donc plutôt un signe de bonne santé d'une société, qui marque le renouvellement des métiers et donc une meilleure adéquation avec les besoins de ladite société.

Il apparaît donc que la notion de chômage recouvre plusieurs réalités. Parler du taux de chômage n'a donc pas de signification tant qu'il ne rentre pas dans le détail de chaque type de chômage.

Le seul chômage bénéfique, le chômage frictionnel, a pour particularité d'être de courte durée (cette courte durée étant forcément relative). Lorsqu'un secteur d'activité décroit, il génère du chômage, compensé par d'autres secteurs en croissance. Le chômage frictionnel est limité dans la durée au temps nécessaire aux employés du secteur en décroissance pour retrouver un emploi dans un secteur en croissance.

Plutôt que de taux de chômage, il serait peut-être préférable de parler de durée moyenne de chômage (ou au moins d'intégrer cet indicateur dans les chiffres du chômage).