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Tag - logiciel libre

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jeudi 15 juillet 2010

le logiciel libre est-il encore une option pour les acteurs de l'informatique ?

Le logiciel libre est-il encore une option pour les acteurs de l'informatique ? La fiction documentaire intitulée libre à vous (également disponible au format flash) tente de présenter les différentes options qui s'offrent aux acteurs de l'informatique propriétaire :

  • ignorer le phénomène du logiciel libre (un choix risqué)
  • devenir un acteur du logiciel libre, un acteur ouvert sur ses clients et sur la communauté des utilisateurs et des contributeurs
  • lutter contre le logiciel libre en renforcant l'équipe marketing et l'équipe juridique et effectuer un important travail de lobbying

L'exposé de 16 minutes est d'une clarté saisissante. A mettre sous les yeux et dans les oreilles de tous les décideurs.

mardi 13 juillet 2010

une histoire de la propriété intellectuelle dans le cyberespace

Il est important de préserver nos libertés sur internet. Or de nombreuses lois françaises (DADVSI, HADOPI et HADOPI 2, LOPPSI) ou accords internationaux (DMCA, EUCD, ACTA) restreignent petit à petit ces libertés.

Ceux qui n'ont pas le courage de lire de longs articles seraient bien avisés de jeter donc un coup d'oeil à une histoire de la propriété intellectuelle dans le cyberespace. Cette bande dessinée sympathique et didactique présente un aperçu complet des enjeux.

jeudi 17 décembre 2009

standards, interopérabilité et modularité

standard de fait et standard ouvert

Il ne faut pas confondre un standard de fait et un véritable standard ouvert.

La différence entre un standard de fait et un standard ouvert permet de mettre en évidence la différence entre la compatibilité et l'interopérabilité. Le standard de fait résulte de la position dominante d'un acteur (du fait de l'absence de concurrence, de la qualité d'un produit...) tandis que le standard ouvert résulte d'une concertation entre les différents acteurs qui s'accordent pour définir et adopter un même standard. La gestion d'un standard ouvert est souvent assurée par une structure plutôt indépendante (association, consortium, fondation...) qui conduit souvent à la publication des spécifications et permet donc l'interopérabilité, y compris avec les acteurs externes à la structure en charge de la gestion du standard.

On peut critiquer la technologie Flash sur de nombreux points, elle est cependant très répandue sur le web et en avance sur certains points par rapport aux standards du web. L'expansion rapide de cette technologie propriété d'une seule société s'explique en partie du fait de capacités plus étendues que celles des standards du web. D'autre part, la disponibilité de la technologie Flash comme plugin a permis son déploiement rapide.

La technologie Flash fait partie des standards de fait : c'est une technologie détenue et pilotée par une seule société. En conséquence, les évolutions du standard Flash peuvent être très rapides car la société éditrice peut faire évoluer à sa guise tous les éléments constitutifs de la technologie Flash : le format Flash proprement dit, le lecteur Flash (le plugin évoqué ci-dessus) et les outils pour créer des documents Flash.

En revanche, HTML 5 est un standard ouvert géré par le W3C. Le W3C coordonne les contributions de nombreux acteurs tels que des universités, des instituts et des sociétés impliquées dans l'évolution du web. Etablir un standard ouvert nécessite du temps afin de mettre en accord toutes les parties en vue d'un consensus.

Il est donc naturel et compréhensible de voir la technologie Flash prendre de l'avance sur le web standard. Seulement, l'utilisateur à tout intérêt à ne pas devenir dépendant d'un acteur dominant et cette indépendance de l'utilisateur est garantie par l'utilisation de standards ouverts.

Seulement, là où la technologie Flash a réussi à se répandre jusqu'à sembler devenir indispensable pour certains, les standards du web (dont le HTML 5 fera partie lorqu'il sera publié) progressent lentement. HTML, XHTML, CSS sont autant de standards mal supportés par certains navigateurs très répandus à travers le monde bien que technologiquement à la traine.

Pourquoi une technologie propriétaire et pilotée par une seule société s'est diffusée à travers le web alors qu'un standard ouvert et interopérable n'y arrive pas ?

la modularité de Flash est un avantage

Cela peut s'expliquer par l'aspect modulaire du plugin Flash. Si la technologie Flash présente en effet l'avantage de proposer des fonctionnalités plus avancées, elle a également l'atout de pouvoir s'installer facilement de part son architecture modulaire à travers le plugin Flash.

  • Si je veux afficher du Flash, il me suffit d'installer le plugin Flash. Mon navigateur me propose d'ailleurs de l'installer d'un clic si toutefois il n'est pas déjà installé.
  • Si je veux afficher du HTML 5, je ne peux pas le faire à travers un plugin. Il me faudra alors installer une nouvelle version de mon navigateur, voir un autre navigateur, avec toutes les problématiques que cela peut soulever : gestion en double de mes favoris et de mes bookmarks, rétro-compatibilité délicate des anciens sites avec mon nouveau navigateur...

Autant d'arguments qui plaident en faveur d'une plus grand modularité du navigateur. C'est la démarche adoptée par Google qui, voyant avec désespoir Internet Explorer 6 et 7 disposer encore d'une part de marché non négligeable, propose depuis quelques temps un module pour Internet Explorer appelé Google Chrome Frame permettant d'utiliser les fonctionnalités des interfaces riches (RIA) de Google.

Evidemment, Microsoft s'est empressé de contre-attaquer et affirme que cela accroit la vulnérabilité potentielle d'Internet Explorer. Si cela n'est pas infondé, on peut cependant remarquer que c'est déjà le cas de tous les plugins comme Flash ou ActiveX. La contre-attaque de Microsoft est donc plus une lapalissade qu'un argument réellement percutant.

Reste que la solution Google Chrome Frame revient à intégrer le navigateur Chrome de Google dans le navigateur Internet Explorer de Microsoft, avec les difficultés et les inconvénients techniques et ergonomiques que cela peut occasionner. La fondation Mozilla (éditrice du navigateur de Firefox) émet également quelques réserves sur la solution proposée par Google. Mozilla avait pourtant travaillé une solution similaire, depuis abandonnée.

Les arguments invoqués pour dénigrer cette solution sont plutôt d'ordre technique, mais pas d'ordre conceptuel. En d'autres termes, ce sont les navigateurs qui sont trop fermés pour pouvoir utiliser d'autres moteurs de rendu html que celui par défaut. Tout comme Internet Explorer est trop lié à Windows pour pouvoir être désinstallé de ce dernier, le moteur de rendu par défaut de Internet Explorer est trop lié à Internet Explorer pour pouvoir être remplacé par un autre moteur de rendu (comme Google Chrome) dans des conditions satisfaisantes. C'est pourtant le même problème avec le plugin Flash dont l'intégration avec le html est difficile et peu ergonomique.

modularité du navigateur

La voie à suivre serait donc de spécifier une interface ouverte et interopérable entre le navigateur web et le moteur de rendu html. Cela ne signifie pas réduire l'adhérence entre le navigateur et le moteur de rendu : cette adhérence doit être suffisamment forte pour permettre des fonctions avancées, une gestion solide de la sécurité et une bonne ergonomie. On pourrait alors imaginer installer le navigateur de son choix, puis des moteurs de rendu html additionnels et choisir lequel ou lesquels utiliser.

Pour aller encore plus loin, Flash deviendrait un moteur de rendu (non html, mais moteur de rendu quand même) parmi d'autres, les plugins vidéo en seraient d'autres. On arriverait donc à une page composite, dont le rendu final serait calculé par une conjonction de moteurs de rendu coopératif.

Cette architecture modulaire prend tout son sens aujourd'hui alors que le web tend à intégrer de plus en plus de technologies hétérogènes et de plus en plus d'usages différents. Il serait bon de jeter un oeil en arrière et de voir ce qui a fait la puissance et le succès d'unix : des outils simples et coopératifs où le tout vaut plus que la somme des parties.

Ceci dit, il est peu probable que Microsoft ne s'engage dans cette voie d'ouverture et d'interopérabilité, à moins d'y être contraint. En attendant, proposer Google Chrome Frame pour amener Internet Explorer et Microsoft sur le chemin de l'interopérabilité est probablement un moindre mal...

vendredi 6 mars 2009

les limites du vote électronique

En France comme en Europe, le vote électronique est parfois présenté comme un remède à une démocratie en perte de vitesse où le taux de participation aux élections baisse régulièrement.

L'abstention n'est probablement pas dû au type de scrutin, mais le fait est que le vote électronique bénéficie de cette image de solution miracle.

Cependant, plusieurs voix s'élèvent pour contester cette image faussée du vote électronique. Selon ses détracteurs, les bénéfices supposés du vote électronique ne font pas le poids face aux dangers qu'il induit.

Examinons de plus près les avantages et inconvénients du vote électronique.

une rapide description

Tout d'abord, le vote électronique recouvre plusieurs types de vote. Leur point commun est d'utiliser un système informatique pour recueillir et compter les votes.

  • La forme la plus commune du vote électronique consiste à placer un ordinateur de vote dans chaque isoloir et à amener le citoyen à exprimer son vote en appuyant sur un bouton. Ce type de vote a été pratiqué en France dans plusieurs communes lors des dernières élections.
  • Le vote électronique peut également consister à voter à distance, depuis un ordinateur personnel relié à internet ou depuis un téléphone mobile.

Dans chaque pays où le vote électronique a été expérimenté (Hollande, Irelande, Belgique, France, Allemagne, Estonie, Suisse), il a fait l'objet de nombreuses réclamations diminuant d'autant la légitimité du scrutin incriminé.

les principes du vote

La légitimité du vote - électronique ou non - repose sur 3 principes :

  • le secret du vote
    • il permet des élections libre
    • le choix du vote ne doit avoir aucune conséquence sur le citoyen votant
    • le vote ne doit pouvoir être vendu ni acheté
  • l'auditabilité du processus de vote
    • les mesures d'assurance qualité doivent permettre d'identifier et de corriger les erreurs
    • l'auditabilité doit permettre le recompte des voies
    • l'auditabilité ne peut se substituer à la transparence
  • la transparence du processus de vote
    • assurance que le vote est conforme aux lois et mené selon les principes en vigueur, chacun doit pouvoir s'en assurer
    • la transparence crée la confiance des citoyens, donc la légitimité du vote
    • permet de limiter la contestation du vote
    • la transparence ne peut être déléguée à une autorité

les avantages du vote électronique

Le vote électronique est autant plébiscité pour de mauvaises raisons que pour de bonnes raisons.

Les mauvaises raisons :

  • C'est plus rapide à dépouiller.
    • Les quelques heures nécessaires aux dépouillements sont-elles si importantes ? Est-ce crucial de pouvoir annoncer les résultats le soir même ? N'est-ce pas au contraire important d'impliquer les citoyens dans le processus de dépouillement ?
  • C'est moins cher.
    • Le prix d'un ordinateur de vote est de plusieurs milliers d'euros et sa durée de vie est limitée à quelques années. Par ailleurs, l'impression des bulletins de vote ne représente qu'environ 10% du coût de l'impression global pour une élection (en tenant compte des professions de foi et autres documents imprimés à cette occasion)
  • C'est plus écologique.
    • Argument à rapprocher du précédent. Si l'argument écologique est si important, il serait bien mieux défendu en s'attaquant aux publicités imprimées à tour de bras dans les boites aux lettres. Ne nous trompons pas de combat.

Les bonnes raisons :

  • meilleure expression du citoyen par l'utilisation de mécanismes plus élaboré (comme la méthode de Condorcet)
  • ben en fait, c'est la seule bonne raison, mais il est vrai qu'elle est de taille !

les inconvénients du vote électronique

Le vote traditionnel possède des caractéristiques simples mais essentielles :

  • l'urne est un périphérique passif
  • l'urne ne fait pas de traitement : ce qui entre dans l'urne est ce qui sort de l'urne
  • l'urne est littéralement transparente et toutes les manipulations sont publiquement effectuées

Le vote électronique ne dispose pas de ces caractéristiques essentielles :

  • l'ordinateur de vote est un périphérique actif
  • l'ordinateur de vote effectue des traitements : ce qui rentre dans l'ordinateur de vote peut-être différent de ce qui en sort
  • le traitement n'est pas observable (même si l'ordinateur de vote utilise un logiciel libre)

des palliatifs pour légitimer le vote électronique ?

Pour pallier ces faiblesses, les défenseurs du vote électronique ont imaginé 2 mécanismes censés renforcer la légitimité du vote électronique :

  • la production d'une preuve physique du vote, pour garantir l'auditabilité du processus de vote
  • l'utilisation de technologies de chiffrement, pour garantir le secret du vote

production d'une preuve physique

La production d'une preuve physique consiste à imprimer un bulletin papier, vérifié par le citoyen avant d'être glissé dans une urne, comme pour le vote classique. Ce mécanisme présente cependant plusieurs problèmes :

  • Si la contestation du vote électronique est fréquente, il faut recompter toutes les preuves physiques et on perd tous les avantages du vote électronique (que ces avantages soient les bonnes ou les mauvaises raisons) alors que les citoyens ne sont a priori pas mobilisés pour ce recomptage (puisque l'ordinateur de vote est censé être là pour ça).
  • Si le résultat du recomptage des preuves physiques donne un résultat différent de celui de l'ordinateur de vote, lequel prendre en compte ? Si on prend en compte le recomptage des preuves physiques, on admet implicitement que le vote électronique est moins fiable...
  • Si on réalise un recomptage d'un échantillon de preuves physiques, qui décide des bureaux de vote à auditer ? Qui décide de la manière de déterminer l'échantillon, de la taille minimale de l'échantillon (les élections se jouent parfois à peu de chose près) ? Qui est en charge de la gestion des preuves physiques ?

Une fraude réussie est indétectable. Une fraude légère et discrète est suffisante pour avoir des conséquences importantes sur le résultat du scrutin.

chiffrement de la preuve physique

Plusieurs études se sont intéressées à l'utilisation de mécanismes de chiffrement pour garantir le secret du vote, mais ce chiffrement n'a de sens que dans le cadre de la production d'une preuve physique.

Par ailleurs, l'utilisation des technologies de chiffrement rend le processus complexe et non transparent. C'est un difficile équilibre entre respect de la transparence et respect du secret du vote, l'auditabilité étant déléguée à des experts du chiffrement.

En cas de contestation, peu de personnes seront capables d'évaluer l'intégrité du vote et sa légitimité. L'auditabilité du processus de vote n'est plus accessible à tous les citoyens, elle devient une bataille d'experts.

combinaison des deux mécanismes

La preuve physique peut également être conservée par le citoyen qui pourra par la suite effecuter une vérification sur un listing imprimé.

  • Cette solution combine les deux mécanismes précédents en ce sens qu'il implique la production d'une preuve physique anonymisée par un mécanisme de chiffrage de l'identité du citoyen.
  • Cette solution permet de vérifier que le vote a été comptabilisé et qu'il correspond bien au vote exprimé par le citoyen.

Cette combinaison des deux mécanismes n'apporte cependant pas toute les garanties souhaitées car elle ne permet pas :

  • le respect du secret (en récupérant la preuve physique on peut savoir quel vote a été exprimé, on peut donc vendre son vote ou contraindre le citoyen à voter de telle ou telle manière)
  • la prévention du bourrage électronique du vote en ajoutant des votes fictifs et en faisant pointer plusieurs preuves physiques sur le même vote exprimé
  • le recomptage des votes exprimés

conclusion

Les études les plus avancées dans le domaine du vote électronique utilisent les technologies de chiffrement pour garantir le secret. Parallèlement, tous les efforts d'amélioration de l'auditabilité et de la transparence fragilisent le secret du vote.

Un vote électronique évolué pourrait présenter l'avantage d'utiliser la méthode de Condorcet. Il n'est cependant pas souhaitable de proposer ce type de vote s'il n'est pas possible de garantir dans le même temps la transparence de ce dernier. En effet, la perte de légitimité d'un tel scrutin aurait pour effet de saper les bases même de la démocratie. Aujourd'hui, les avantages procurés par le vote électronique sont mineurs par rapport aux inconvénients qu'il induit.

Ce billet traite principalement du vote à bulletin secret qui est le plus délicat à transposer dans le cadre du vote électronique car il nécessite de garantir le secret du vote. Or, en France, pour les raisons exposées au début de ce billet, la quasi-totalité des scrutins sont à bulletin secret. Le vote à bulletin public n'amènerait probablement pas la même réponse vis-à-vis du vote électronique.

Ce billet est librement inspiré de la présentation d'Ulrich Wiesner lors de la 25c3, 25e édition du CCC.

dimanche 26 octobre 2008

un écosystème internet libre

Le web en tant que plateforme applicative est piloté par des acteurs du logiciel libre avec les composants libres tels que Webkit (par Apple), Chromium (par Google) ou gecko (par Mozilla). La course aux performances qui dure depuis un an entre les compilateurs/exécuteurs javascript jit met en évidence que Adobe et Microsoft sont simplement hors course, malgré leur solutions Air et Silverlight.

Malgré tout, l'acteur principal de la libération du web, Mozilla, a pour le moment limité son activité à des applications exécutées sur le poste de travail de l'utilisateur : Firefox comme navigateur web, Thunderbird comme logiciel de mail et Sunbird comme outil de calendrier (il existe d'autres projets mais ceux-ci sont les projets majeurs).

J'assistais tout récemment à une conférence de Mozilla Europe représentée par Tristan Nitot. Les usages du web cités par le conférencier ou dans les questions de l'assistance se sont limités à des applications web propriétaires : Google Applications, Flickr, YouTube et Facebook. Ces applications web ont été citées car elles sont populaires et donc susceptibles d'être connues par la majorité de l'assistance. Même si le web se base sur des briques libres comme apache, dns, ip et firefox, les applications web restent majoritairement propriétaires. L'application cliente - Firefox - est libre, mais l'application serveur ne l'est pas...

Ne soyons pas mauvaise langue, il existe certaines applications libres : la plus connue est certainement Wikipedia et les autres projets de Wikimedia, mais il y a aussi OpenStreetMap qui vise à ce que tous les GPS du monde s'allient pour créer des cartes libres. Cependant, ces applications, même libres, restent centralisées et hébergées sur quelques serveurs centraux.

A contrario, des outils collaboratifs libres tels que les forges et les wiki sont décentralisés et respectent en cela l'esprit internet. Mozilla évolue dans ce sens en proposant l'extension Weave dont la partie serveur est libre et peut s'installer sur le serveur de son choix.

L'esprit internet évoqué ci-dessus consiste en une interconnexion d'ordinateurs, chacun étant à la fois client et serveur des autres ordinateurs. Chaque ordinateur héberge donc les services et les données que son propriétaire souhaite mettre à disposition des autres ordinateurs. Chaque propriétaire garde donc la maîtrise de ses données et le contrôle sur les services qu'il propose. L'esprit internet invite à la localisation des données et des services au plus près de l'utilisateur, idéalement sur son ordinateur personnel.

Or l'évolution du web s'oriente de nos jours vers une architecture centralisée où des ordinateurs serveurs proposent des services et des contenus à des ordinateurs clients. Une architecture où les clients et les serveurs sont 2 parcs d'ordinateurs distincts : les serveurs d'un côté, les ordinateurs personnels de l'autre. Cette architecture est précisément l'architecture centralisée du minitel où France Telecom avait un contrôle total sur l'architecture et les serveurs minitel. Internet est, avec le web 2.0, en train de régresser à l'âge du minitel des années 80 ! Si mon propos ne vous semble pas clair, ou au contraire s'il vous interpelle (bref, dans tous les cas !), visionnez la conférence Internet libre, ou minitel 2.0 ? qui mérite réellement d'y prêter attention. Vous pouvez également lire une interview de Benjamin Bayart, conférencier de la conférence précédente, qui permet d'appréhender simplement les dangers du minitel 2.0.

L'objectif que devrait se fixer Mozilla, ainsi que l'ensemble des acteurs du logiciel libre, devrait être de mettre en place un écosystème internet libre (et pas seulement le navigateur). Cela n'est pas simple et peut se décomposer en plusieurs étapes :

  • se réapproprier son ordinateur personnel en tant qu'outil (avec linux, OpenOffice.org...)
  • se réapproprier internet dont l'usage devrait se fondre dans l'ordinateur personnel (surtout si son ordinateur personnel devient également serveur pour les autres ordinateurs personnels, et réciproquement)
  • se réapproprier ses données personnelles et la maîtrise de ses liens vers les autres ressources sur internet

Pour en revenir aux applications web mentionnées en début de ce billet, on peut estimer que les outils de groupeware viennent en partie marcher sur les platebandes de Google Applications même si ces dernières bénéficient d'un large plébiscite du fait de leur avantage technologique et ergonomique. Flickr peut également être remplacé par des galeries photo en php ou autre.

Les initiatives les moins avancées semblent donc concerner les réseaux sociaux comme YouTube (qui n'est finalement qu'un réseau social dédié aux vidéos), Facebook et ses concurrents. Or, c'est précisément dans ce domaine que le contrôle des données est le plus important car se sont des données personnelles qui sont en cause. C'est donc sur ce point que doivent se concentrer les efforts.

On se doit cependant de mentionner les briques techniques suivantes :

  • Mozilla prévoit d'intégrer les balises video et audio dans Firefox 3.1, permettant d'intégrer facilement des vidéos dans les pages web. C'est une excellente nouvelle car c'est un prérequis à l'éclosion d'un YouTube-like libre.
  • XDI ne prend pas position pour un réseau centralisé ou non mais propose cependant toutes les briques techniques nécessaires (XRI et XDI) permettant d'établir un réseau social interopérable, ouvert et extensible.
  • Il existe également des initiatives intéressantes comme FOAF (friend of a friend) qui permet de décrire des personnes et les relations qu'elles entretiennent entre elles.
  • Une autre initiative intéressante concerne les microformats qui permettent de normaliser les données de systèmes hétérogènes afin de les rendre interopérables.
  • Les projets AppleSeed et HelloWorld sont 2 initiatives qui visent à mettre en place un réseau social distribué.
  • Enfin, BioloGeek a publié plusieurs billets sur le thème du web sémantique.

Il manque toutefois à ces initiatives un liant pour transformer ces composants en solutions facilement installables et utilisables ainsi qu'un vernis pour les rendre attractives et accessibles au plus grand nombre, afin de réellement répondre à l'objectif précédemment fixé : un écosystème internet libre !

lundi 21 avril 2008

logiciel libre et (in)dépendance

De nombreux utilisateurs d'ordinateur ont une vision à court terme de l'outil informatique : ils ne s'intéressent qu'à l'usage qu'ils peuvent en faire au jour le jour sans prendre en compte les implications qu'il induit à long terme : pérennité des données, patrimoine numérique commun, indépendance, liberté de choix...

Mais faisons l'analogie avec l'automobile : conduire un véhicule sur la voie publique nécessite une formation. Cela se justifie d'une part du fait qu'il est nécessaire de savoir contrôler son véhicule et d'autre part du fait qu'il est impératif de savoir s'intégrer dans la circulation sans mettre en péril la sécurité des autres automobilistes. En serait-il autrement de l'informatique ?

L'une des plus belles supercheries de l'industrie de l'informatique est d'être arrivée à faire croire qu'il était possible d'utiliser l'informatique sans formation, sans connaissance préalable de l'outil. Il suffirait donc de s'installer au volant de l'ordinateur et de commencer à l'utiliser sur les sinueuses et difficiles routes de montagne ?

Or, si tous les éditeurs tentent de rendre l'informatique aussi intuitif, simple et abordable que possible, la technique de l'informatique ne cesse de se complexifier avec la diversification des usages (on fait de plus en plus de chose avec un ordinateur).

En conséquence, il n'est pas pas très étonnant de constater 2 dérives :

  • Des utilisateurs dont l'ordinateur plante et pestent contre lui, tentent parfois de le réparer eux-même et finissent souvent par aller chez leur revendeur ou chez un prestataire de micro-informatique et demandent à un "spécialiste" de remettre l'ordinateur en état de marche.
  • D'autres utilisateurs cèdent aux sirènes d'un éditeur de micro-informatique qui leur promet monts et merveilles contre monnaie sonnante et trébuchante. Ils sont alors rassurés d'être pris par la main et payent pour avoir un système d'exploitation plus récent, des mises à jour, un antivirus, un firewall, un antispyware, un antipopup, un antispam et que sais-je encore...

Ces deux dérives ont la même conséquence : elles maintiennent l'utilisateur dans l'ignorance et la dépendance. Finalement, des deux dérives, seule diffère l'entité qui perçoit la monnaie : le prestataire ou l'éditeur. Les mauvaises langues argueront qu'elles ne sont en aucun cas des conséquences fortuites mais des objectifs sciemment poursuivis.

Pour sortir de l'ornière et faire tomber les oeillères, la première des choses à faire est probablement d'énoncer quelques vérités :

  • oui, l'informatique est technique,
  • non, l'informatique n'est pas si simple que certains veulent le faire croire,
  • oui, une formation est souvent nécessaire pour commencer à maîtriser un outil.

L'informatique ne diffère pas des autres outils ni des autres techniques : il faut apprendre à l'utiliser.

Si certains utilisateurs ne rencontrent pas de problème avec leur ordinateur, il est toutefois possible qu'ils en causent à d'autres. Tout comme l'automobile s'insère la circulation, un ordinateur est de nos jours bien souvent connecté à internet tout ou partie du temps, pouvant ainsi causer des dommages en tout point du réseau internet. La connaissance de l'outil informatique permet de combler les failles de sécurité et d'éviter de causer des problèmes aux autres utilisateurs à son insu. Il est donc primordial de savoir correctement sécuriser son ordinateur afin d'éviter de se faire le relai d'attaques malintentionnées.

On peut à nouveau faire le parallèle avec l'automobile. En effet, il est aujourd'hui quasiment impossible pour un particulier d'assurer l'entretien quotidien d'un véhicule récent. Même la vidange n'est maintenant plus possible et doit être faite par un garagiste, qui plus est agréé. Ce garagiste aura payé son agrément, une formation et souvent du matériel spécifique à une marque de voiture (matériel propriétaire qu'il devra renouveler régulièrement).

L'informatique grand public va dans le même sens, proposant du poisson à celui qui a faim tandis que le logiciel libre propose en outre d'apprendre à pécher. Il est plus long et laborieux d'apprendre à pêcher que de simplement déguster un poisson déjà cuisiné. Mais à moyen terme, savoir pécher est assurément la solution la plus avantageuse.

Idéologiquement parlant, le logiciel propriétaire est la vente d'un produit à consommer tandis que le logiciel libre est le partage de la connaissance.

Ceci dit, chacun doit pouvoir décider s'il souhaite demeurer dépendant et assisté ou s'il préfère apprendre et gagner son autonomie. Mais la moindre des choses serait que chacun puisse faire ce choix en connaissance de cause, conscient des tenants et aboutissants.

Et si chacun avait conscience qu'utiliser l'informatique nécessite une formation, nul doute qu'un nombre non négligeable d'utilisateurs opteraient pour le logiciel libre, conscient que c'est un investissement qui s'inscrit dans le temps et dans une perspective humaniste.