si, c'est vrai !

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vendredi 21 mai 2010

en route vers la grande dépression ?

Si le sujet de cet article adopte une forme interrogative, son auteur, Frédéric Lordon, semble avoir une petite idée de la réponse : l'attitude actuelle des gouvernements européens a pour effet d'entraîner doucement mais sûrement l'Europe vers une grande période de dépression.

Pour découvrir ce que Frédéric Lordon nous prédit pour la décennie à venir, allez lire l'article du monde diplomatique.

mardi 2 mars 2010

de la nécessité d'un protectionnisme européen

Jacques Sapir a accordé un entretien à Pascale Fourier. La retranscription de cet entretien est disponible en 3 parties : partie 1, partie 2 et partie 3 (à venir).

Il traite de nombreux sujet, dont de la nécessité d'un protectionnisme européen :

C'est bien pour ça que je dis qu'il va falloir mettre des droits de douanes et des droits de douanes relativement importants, en comprenant aussi que les pays du cœur de l'Europe, les pays du cœur historique, peuvent très bien fonctionner d'une certaine manière en circuit fermé. Nous avons peu de choses à exporter vers le reste du monde, sauf peut-être évidemment des avions, et encore, parce que nous sommes aussi un gros consommateur de mode de transport etc. Donc je pense qu'il faut abandonner cette attitude où l'on dit: « Mais si l'on met les droits de douane, alors nous n'exporterons plus vers la Chine ». Oui, bien sûr, nos exportations vont baisser, mais elles vont baisser de toutes les manières. Il vaut mieux anticiper ce phénomène et se donner comme objectif une consolidation et une reconstruction de nos industries dans le pays du cœur de l'Europe.

Visiblement, la question du protectionnisme (qu'il soit français ou européen) fait débat : certains le croient nécessaire voir inéluctable, d'autres l'estiment indésirable.

En complément de cet entretien, Pascale Fourier nous propose un autre texte de Jacques Sapir intitulé l'horizon de la présidentielle de 2012 et le piège de la personnalisation du débat.

mercredi 23 septembre 2009

travailler plus pour payer plus d'impôts !

Plume de presse nous présente dans un très bon billet une étude menée par la fondation Terra Nova. Cette étude porte sur l'évolution des prélèvements obligatoires depuis 2002, elle démonte clairement quelques idées reçues :

Il n’y a pas eu de baisse des impôts en France depuis 2002.

La politique fiscale est marquée par une forte baisse des impôts au profit des ménages les plus aisés. Les deux-tiers des baisses d’impôts de la période, soit 20 milliards d’euros par an sur un total de 30, ont été fléchés vers les plus riches.

La politique fiscale a été orientée vers la rente, en contradiction avec l’objectif affiché de revaloriser le travail.

Il est heureux de constater que des citoyens comme Plume de presse effectuent un véritable travail de décryptage, à contre courant des média dominants.

jeudi 26 février 2009

la révolution conservatrice à la française

Nonobstant le fait que l'objectif de Jacques Sapir semble se limiter à renouer avec la croissance, cet économiste prend le recul nécessaire pour inscrire les évolutions de la politique sociale et économique de la France dans le courant des révolutions conservatrices des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne à partir des années 80.

La crise financière met aussi en lumière une forte hétérogénéité des situations et des réactions au sein des économies occidentales et souligne ainsi la diversité des modèles de capitalisme et de leurs réponses à une même perturbation. La globalisation de l’économie n’a pas été son unification, contrairement à ce qui a été prétendu.

Le « modèle américain », avec ses « clones » souvent donnés en exemple ces dernières années (Grande-Bretagne et Espagne), apparaît comme la première victime de la crise. Ce « modèle » a émergé à la fin des années 1970 et au début des années 1980 dans un contexte marqué à la fois par les tendances à la stagflation (combinaison de faible croissance et d’inflation) et les « révolutions conservatrices » associées à R. Reagan et M. Thatcher. Dans ce contexte, il s’est agi de réduire la part des salaires dans le partage de la valeur ajoutée afin d’accroître le taux de profit et, comme il était alors espéré, ranimer la croissance. La « politique de l’offre » soutenait en effet que l’investissement et la croissance étaient déterminés non par les perspectives de demande solvable (déterminées par la masse salariale) mais par les anticipations de profit et surtout du taux de profit.

Le raisonnement s’est appuyé sur la contre-révolution monétariste qui a cherché à rétablir la légitimité de la pensée économique néo-classique, avec en particulier son refus absolu de l’incertitude et son attachement fondamental à une hypothèse de comportement « rationnel » (au sens de la maximisation d’une utilité anticipée) de la part des agents. Ce discours, qui n’était pas sans de nombreuses incohérences internes, impliquait aussi un refus de toute hypothèse réaliste (ce qui avait été théorisé par Milton Friedman dès 1953), et un enfermement dans un cadre de plus en plus dogmatique. La théorie économique qui sous-tend la mise en place des politiques issues des « révolutions conservatrices », en raison de la clôture dogmatique qu’elle implique, acquiert rapidement toutes les caractéristiques d’une « fausse science », soit d’un discours purement idéologique exprimé dans un vocabulaire à l’apparence scientifique, mais totalement dépourvu de possibilité de vérification et méthodologiquement incohérent.

La mise en place d’une véritable « contre-révolution » dans le domaine des politiques économiques est donc allé de pair avec une régression profonde de la science économique, du moins en ce qui concerne son courant dominant ou « orthodoxe ». L’écart entre la dimension normative et prescriptive du discours économique et ses fondements analytiques de nature scientifique n’a cessé de s’accroître depuis les années 1980. Cet écart était une nécessité politique dans la mesure où les avancées de la recherche respectant les règles méthodologiques de la vérification scientifique montraient progressivement toute la validité des hypothèses keynésiennes les plus radicales, contre lesquelles se construisaient les politiques économiques mises en oeuvre durant ces années.

Pour obtenir le résultat qu’elles recherchaient, ces politiques se sont appuyées sur plusieurs leviers. L’ouverture internationale des économies a été certainement l’un des plus efficaces, une fois libéralisés les mouvements de capitaux. Ces derniers permettaient des gains de productivité important dans des pays où les coûts salariaux directs et indirects étaient très faibles, provoquant à travers un effet de concurrence induit par le libre-échange une puissante déflation salariale dans les pays de tradition keynésienne.

La libéralisation financière apparaît alors comme le complément nécessaire de ces politiques. En permettant aux capitaux de se déplacer sans contrôle, on créait le contexte d’un assujettissement de la production matérielle aux impératifs de rendement des activités spéculatives. C’était très exactement ce que Keynes avait voulu éviter quand, songeant à l’organisation économique du monde après la Seconde Guerre Mondiale, il insiste de manière très explicite sur la nécessité de contrôler les mouvements de capitaux et de limiter la convertibilité des devises au simple compte courant, à l’exclusion du compte de capital.

Une fois actée la libéralisation financière, il convenait de retirer aux gouvernements l’instrument de la politique monétaire, à travers le dogme de l’indépendance des banques centrales. Il faut ici reconnaître que, dans une économie internationale où les flux de capitaux – en particulier à court terme – ont été complètement libéralisés, les marges de manoeuvre pour une politique monétaire autonome sont très limitées par les pressions spéculatives. Dès lors, le problème central devient celui de la « réputation » de la banque centrale, même si cette notion n’a pas de fondement scientifique une fois que l’on admet l’instabilité des hiérarchies des préférences individuelles.

En fait, l’influence de ces politiques s’est étendue bien au-delà des gouvernements conservateurs. La part des salaires dans la valeur ajoutée baisse aussi vite en France, sous un gouvernement socialiste, qu’aux Etats-Unis dans le cours des années 1980. On est donc en présence d’un mouvement global, qui cependant prend des formes assez différentes suivant les pays en fonction des rapports de force sociaux, mais aussi des traditions historiques et de la nature des institutions économiques. Les différences très substantielles dans l’endettement des ménages que l’on note aujourd’hui, mais aussi dans le degré d’inégalité de la répartition du revenu, la persistance plus ou moins marquée de systèmes de patrimoine collectif à travers des services publics non privatisés et des systèmes de protection sociale généralistes, induisent des modèles de capitalisme substantiellement différents.

Ces différences ont été présentées par les idéologues libéraux comme des éléments de « retard » par rapport à la « norme » que le « modèle américain » était censé représenter. Ce dernier semblait en mesure de fournir une forte croissance avec un taux de chômage très faible. La pression qu’exerce la combinaison du libre-échange et de la libéralisation financière sur les économies qui n’ont pas adopté le « modèle américain » se traduit alors par le glissement progressif de la dette publique, dont des pays comme l’Italie et la Belgique sont des cas extrêmes, mais que l’on retrouve aussi bien en France qu’en Allemagne.

La crise actuelle a cependant fourni la démonstration du caractère illusoire de cette croissance, qui n’était pas soutenable à moyen terme.

L'article intitulé 2009 : récession ou dépression ? analyse les mécanismes de propagation de la crise actuelle, ses effets dans les différentes zones économiques, puis les actions à mener en réponse à celle-ci.

mercredi 18 février 2009

les médias et la crise

Le jeudi 5 février 2009, l'économiste Frédéric Lordon intervenait à la Bourse du travail de Paris dans le cadre d'une conférence sur les médias et la crise organisée par Acrimed.

Lors de cette conférence, Frédéric Lordon explique qu'il est inutile de rechercher des responsabilités au niveau des individus. En effet, le comportement des individus est déterminé par les logiques structurelles, par les règles des structures auxquelles ils appartiennent (structures institutionnelles, structures règlementaires, structures légales).

Il faut donc s'abstraire de l'individu et s'intéresser aux forces directrices, aux forces inscrites dans les structures. En conséquence, les véritables responsables sont les architectes de ces structures. Et les architectes de ces structures sont les gouvernements, aidés des médias.

C'est qu'évoquait déjà le billet intitulé le piège du too big to fail : les gouvernements sont complices d'avoir laissé faire.

jeudi 29 janvier 2009

le mandat impératif

Connaissez-vous le mandat impératif ?

Le mandat impératif désigne un pouvoir octroyé à un élu dans lequel ses décisions sont liées à un ensemble d’instructions obligatoires auxquelles il ne peut déroger. Il s’oppose au mandat représentatif. L'actuelle Constitution française indique dans le titre consacré au Parlement que « tout mandat impératif est nul » (article 27).

Comment justifier que le mandat impératif est incompatible avec la constitution française de la cinquième république ?

L'actuelle constitution française se limite au mandat représentatif. Les représentants du peuple (président, députés, sénateurs) sont élus par le peuple, ils le représentent. Le peuple accorde sa confiance à chaque élu en lui donnant carte blanche pour la durée de son mandat. Sauf faute grave, un élu ne peut pas être révoqué avant la fin de son mandat par ceux qui l'ont élu, même si ses décisions ou ses actions vont à l'encontre de son programme électoral. La gouvernance du pays résulte donc du rapport de force entre les différents élus, le rôle de la constitution étant d'assurer la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire et d'équilibrer les rapports de force qui s'établissent entre eux.

A l'inverse, le mandat impératif permet d'élire un commissaire mandaté par le peuple dans le cadre d'une mission précise et pour une durée déterminée. Il est révocable à tout moment par le peuple si ce dernier estime qu'il ne remplit pas sa mission.

Le mandat impératif ne serait-il pas un moyen de combler le fossé grandissant entre les citoyens et les élus ? Ne serait-ce pas un moyen pour le peuple de se réapproprier la vie politique en confiant un mandat précis aux mandatés plutôt que d'élire des représentants tous les 5 ans et d'être contraint de leur faire confiance jusqu'à l'élection suivante ?

samedi 24 janvier 2009

le rapport Stern

Ancien économiste en chef de la banque mondiale, Nicholas Stern a dirigé la rédaction d'un rapport remis au gouvernement britannique en octobre 2006. Ce rapport est disponible auprès du ministère de l’économie et des finances britannique en plusieurs langues, dans une version résumée de 34 pages et sous la forme d'une note de synthèse de 5 pages.

Voici quelques extraits marquants tirés du résumé :

  • Les bénéfices d’une action forte et rapide sur le changement climatique dépassent considérablement les coûts.
  • L'électricité n'est pas l'énergie miracle du futur : elle contribue à hauteur de 24% aux émissions de gaz à effet de serre (en 2000).
  • Les effets du changement climatique ne sont pas également répartis – ce sont les pays et les populations les plus pauvres qui seront les premiers et les plus durement touchés. Et lorsque les dommages éventuels apparaîtront, il sera trop tard pour faire machine arrière. Nous sommes donc contraints de tourner notre regard vers des horizons lointains.
  • Les analyses qui prennent en compte les gammes complètes à la fois des effets et des résultats éventuels – c’est-à-dire qui emploient l’économie basique du risque – suggèrent que le changement climatique dans le scénario d’inaction (BAU) réduira le bien-être d’un montant équivalent à une réduction de la consommation par habitant allant de 5% à 20%. Si l’on tient compte des preuves scientifiques de plus en plus grandes de risques accrus, du refus face aux possibilités de catastrophes et d’une approche plus vaste face aux conséquences que ne le laissaient entendre des mesures de sortie étroites, il est probable que l’estimation correcte se situera dans la partie supérieure de cette fourchette.
  • Les estimations des coûts de ressources suggèrent qu’il est probable que, pour une trajectoire menant à une stabilisation à 550 ppm éq. CO2, le plafond du coût annuel attendu des réductions d’émissions se situera autour de 1% du PIB d’ici 2050.
  • L’infléchissement vers une économie mondiale moins carbonée se fera dans le contexte de ressources abondantes en combustibles fossiles. Par cela, on veut dire que les stocks d’hydrocarbures qu’il est rentable d’extraire (dans le cadre des politiques actuelles) sont plus que suffisants pour amener le monde à des niveaux de concentrations de gaz à effet de serre bien supérieures à 750 ppm éq. CO2, ce qui aurait des conséquences désastreuses. En effet, dans un scénario d’inaction (BAU), il est probable que les utilisateurs d’énergie s’orienteront vers des shales de charbon et de pétrole qui rejettent davantage de carbone, augmentant par là même les taux de croissance des émissions.
  • La politique sur le changement climatique peut contribuer à traquer les incompétences actuelles. Au niveau des sociétés, l’application des politiques concernant le climat peut attirer l’attention sur des possibilités d’épargner. Au niveau de l’ensemble de l’économie, la politique sur le changement climatique peut être un moyen de pression pour réformer les systèmes énergétiques inefficaces et retirer les subventions énergétiques qui faussent les marchés et pour lesquelles les gouvernements du monde entier dépensent actuellement près de 250 milliards de dollars US par an.
  • Trois éléments sont essentiels pour les mesures d’atténuation : le prix du carbone, la politique en matière de technologie et le démantèlement des obstacles au changement de comportement. Si l’on retire l’un quelconque de ces éléments, cela accroîtra considérablement les coûts de l’action.
    • Fixer un prix du carbone, au travers de taxes, du commerce ou d’une réglementation, constitue une assise essentielle pour toute politique sur le changement climatique. Le premier élément de cet axe d’action est la fixation du prix du carbone. Les gaz à effet de serre sont, en termes économiques, une externalité : ce sont ceux qui produisent des émissions de gaz à effet de serre qui engendrent le changement climatique, par là même imposant des coûts au monde et aux générations futures ; par contre, ils ne sont pas eux-mêmes confrontés aux pleines conséquences de leurs actions. Mettre un prix approprié sur le carbone – ouvertement au travers de taxes ou du commerce, ou implicitement au travers de la réglementation – signifie que les gens sont confrontés au plein coût social de leurs actions. Ceci amènera les particuliers et les entreprises à se détourner des biens et des services à fortes émissions de carbone et à investir dans des technologies alternatives moins carbonées. L’efficacité économique fait ressortir les avantages que présenterait un prix mondial commun du carbone : les réductions d’émissions auront alors lieu là où elles coûtent moins cher.
    • Des lignes d’actions sont indispensables pour encourager le développement de toute urgence d’une gamme de technologies moins carbonées et à haut rendement.
    • Le démantèlement des obstacles au changement de comportement est le troisième élément essentiel, un élément qui est particulièrement important pour encourager la saisie des opportunités en matière d’efficacité énergétique.
  • Il est crucial d’encourager une compréhension commune de la nature du changement climatique et de ses conséquences pour façonner le comportement, de même que pour étayer l’action nationale et internationale. Les gouvernements peuvent servir de catalyseur pour le dialogue grâce aux preuves, à l’éducation, à la persuasion et à la discussion. Eduquer sur le changement climatique ceux qui sont actuellement à l’école contribuera à façonner et à soutenir l’élaboration des décisions futures ; d’autre part, un débat public et international de grande envergure encouragera les décideurs d’aujourd’hui à adopter une action vigoureuse dès à présent. Une politique d’adaptation est cruciale pour traiter les effets inévitables du changement climatique mais, dans de nombreux pays, on ne lui donne pas beaucoup d’importance.
  • Le défi à relever en matière d’adaptation sera particulièrement intense dans les pays en développement où une vulnérabilité et une pauvreté plus grandes limiteront la capacité à agir. Tout comme pour les pays industrialisés, il est difficile d’en estimer les coûts, mais il est probable qu’ils atteindront des dizaines de milliards de dollars.
  • Il est urgent d’agir : la demande en matière d’énergie et de transport grandit rapidement dans de nombreux pays en développement, et de nombreux pays industrialisés sont également sur le point de renouveler une proportion considérable de leur capital social. Les investissements qui seront effectués au cours des dix à vingt prochaines années pourraient sceller de très fortes émissions pour le demi-siècle à venir ou, au contraire, présenter l’occasion de positionner le monde sur une voie plus durable.
  • Garantir une coopération générale et soutenue requiert une répartition équitable des efforts à la fois sur les pays industrialisés et sur les pays en développement. Il n’y a pas de formule unique qui, à elle seule, saisisse toutes les dimensions de l’équité, mais les calculs basés sur le revenu, sur la responsabilité historique et sur les émissions par habitant indiquent toutes que les pays riches devraient accepter la responsabilité de réduire d’ici 2050 les émissions de 60% à 80% par rapport aux niveaux de 1990. La coopération peut être encouragée et soutenue par une plus grande transparence et une plus grande comparabilité de l’action nationale.
  • Mais par dessus tout, réduire les risques du changement climatique exige une action collective. Cela exige une coopération entre les pays, à travers des cadres internationaux qui soutiennent la réalisation d’objectifs partagés.
  • Il est encore possible d’éviter les pires effets du changement climatique ; mais cela exige une action collective vigoureuse de toute urgence. Tout retard serait coûteux et désastreux.

Vous devriez plutôt lire le résumé complet, d'autant plus que Nicholas Stern reconnaît avoir « gravement sous-estimé » l’ampleur des risques climatiques !

mardi 30 décembre 2008

le protectionnisme en question

Après un premier billet à la recherche des causes de l'actuelle crise financière, voici une intervention intéressante de Jacques Sapir qui explore certaines pistes en marge des sentiers battus.

Cet économiste explique que notre modèle de capitalisme est déstabilisé par les mouvements incontrôlés de capitaux et de biens. Il préconise donc de réguler notre modèle économique en renforçant le contrôle des mouvements des capitaux et en instaurant une certaine dose de protectionnisme.

Selon Jacques Sapir, le protectionnisme n'est nullement la cause de la seconde guerre mondiale, il a au contraire permis de limiter les effets néfastes de la crise des années 30. Il souhaite à la zone euro d'adopter au plus vite des mesures protectionnistes sans quoi l'existence même de la zone euro serait menacée.

mercredi 26 novembre 2008

stopper la montée de l'insignifiance

Cornélius Castoriadis est un philosophe, économiste et psychanalyste français du siècle dernier dont le propos reste totalement d'actualité. Ce billet est l'occasion de découvrir ou de redécouvrir ce penseur qui promouvait l'éducation citoyenne.

la citoyenneté

Il y a la merveilleuse phrase d’Aristote : « Qui est citoyen ? Est citoyen quelqu’un qui est capable de gouverner et d’être gouverné. » Il y a des millions de citoyens en France. Pourquoi ne seraient-ils pas capables de gouverner ? Parce que toute la vie politique vise précisément à le leur désapprendre, à les convaincre qu’il y a des experts à qui il faut confier les affaires. Il y a donc une contre-éducation politique. Alors que les gens devraient s’habituer à exercer toutes sortes de responsabilités et à prendre des initiatives, ils s’habituent à suivre ou à voter pour des options que d’autres leur présentent. Et comme les gens sont loin d’être idiots, le résultat, c’est qu’ils y croient de moins en moins et qu’ils deviennent cyniques.

Dans les sociétés modernes, depuis les révolutions américaine (1776) et française (1789) jusqu’à la seconde guerre mondiale (1945) environ, il y avait un conflit social et politique vivant. Les gens s’opposaient, manifestaient pour des causes politiques. Les ouvriers faisaient grève, et pas toujours pour de petits intérêts corporatistes. Il y avait de grandes questions qui concernaient tous les salariés. Ces luttes ont marqué ces deux derniers siècles.

On observe un recul de l’activité des gens. C’est un cercle vicieux. Plus les gens se retirent de l’activité, plus quelques bureaucrates, politiciens, soi-disant responsables, prennent le pas. Ils ont une bonne justification : « Je prends l’initiative parce que les gens ne font rien. » Et plus ils dominent, plus les gens se disent : « C’est pas la peine de s’en mêler, il y en a assez qui s’en occupent, et puis, de toute façon, on n’y peut rien. »

le capitalisme

Si le capitalisme avait été laissé à lui-même, il se serait effondré cent fois. Il y aurait eu une crise de surproduction tous les ans. Pourquoi ne s’est-il pas effondré ? Parce que les travailleurs ont lutté, ont imposé des augmentations de salaire, ont créé d’énormes marchés de consommation interne. Ils ont imposé des réductions du temps de travail, ce qui a absorbé tout le chômage technologique. On s’étonne maintenant qu’il y ait du chômage. Mais depuis 1940 le temps de travail n’a pas diminué.

Les libéraux nous disent : « Il faut faire confiance au marché. » Mais les économistes académiques eux-mêmes ont réfuté cela dès les années 30. Ces économistes n’étaient pas des révolutionnaires, ni des marxistes ! Ils ont montré que tout ce que racontent les libéraux sur les vertus du marché, qui garantirait la meilleure allocation possible des ressources, la distribution des revenus la plus équitable, ce sont des aberrations ! Tout cela a été démontré.

la démocratie

L’idée selon laquelle il n’y a pas de spécialiste de la politique et que les opinions se valent est la seule justification raisonnable du principe majoritaire. Donc, chez les Grecs, le peuple décide et les magistrats sont tirés au sort ou désignés par rotation. Pour les activités spécialisées - construction des chantiers navals, des temples, conduite de la guerre -, il faut des spécialistes. Ceux-là, on les élit. C’est cela, l’élection. Election veut dire « choix des meilleurs ». Là intervient l’éducation du peuple. On fait une première élection, on se trompe, on constate que, par exemple, Périclès est un déplorable stratège, eh bien on ne le réélit pas ou on le révoque.

Mais il faut que la doxa soit cultivée. Et comment une doxa concernant le gouvernement peut-elle être cultivée ? En gouvernant. Donc la démocratie - c’est important - est une affaire d’éducation des citoyens, ce qui n’existe pas du tout aujourd’hui.

la politique et l'économie

Récemment, un magazine a publié une statistique indiquant que 60 % des députés, en France, avouent ne rien comprendre à l’économie. Des députés qui décident tout le temps ! En vérité, ces députés, comme les ministres, sont asservis à leurs techniciens. Ils ont leurs experts, mais ils ont aussi des préjugés ou des préférences. Si vous suivez de près le fonctionnement d’un gouvernement, d’une grande bureaucratie, vous voyez que ceux qui dirigent se fient aux experts, mais choisissent parmi eux ceux qui partagent leurs opinions. C’est un jeu complètement stupide et c’est ainsi que nous sommes gouvernés.

Les institutions actuelles repoussent, éloignent, dissuadent les gens de participer aux affaires. Alors que la meilleure éducation en politique, c’est la participation active, ce qui implique une transformation des institutions qui permette et incite à cette participation.

L’éducation devrait être beaucoup plus axée vers la chose commune. Il faudrait comprendre les mécanismes de l’économie, de la société, de la politique, etc. Les enfants s’ennuient en apprenant l’histoire alors que c’est passionnant. Il faudrait enseigner une véritable anatomie de la société contemporaine, comment elle est, comment elle fonctionne. Apprendre à se défendre des croyances, des idéologies.

l'écologie

Or, aujourd’hui, il y a une libération dans tous les sens du terme par rapport aux contraintes de la socialisation des individus. On est entré dans une époque d’illimitation dans tous les domaines, et c’est en cela que nous avons le désir d’infini. Cette libération est en un sens une grande conquête. Il n’est pas question de revenir aux sociétés de répétition. Mais il faut aussi - et c’est un très grand thème - apprendre à s’autolimiter, individuellement et collectivement. La société capitaliste est une société qui court à l’abîme, à tous points de vue, car elle ne sait pas s’autolimiter. Et une société vraiment libre, une société autonome, doit savoir s’autolimiter, savoir qu’il y a des choses qu’on ne peut pas faire ou qu’il ne faut même pas essayer de faire ou qu’il ne faut pas désirer.

Nous vivons sur cette planète que nous sommes en train de détruire, et quand je prononce cette phrase je songe aux merveilles, je pense à la mer Egée, je pense aux montagnes enneigées, je pense à la vue du Pacifique depuis un coin d’Australie, je pense à Bali, aux Indes, à la campagne française qu’on est en train de désertifier. Autant de merveilles en voie de démolition. Je pense que nous devrions être les jardiniers de cette planète. Il faudrait la cultiver. La cultiver comme elle est et pour elle-même. Et trouver notre vie, notre place relativement à cela. Voilà une énorme tâche. Et cela pourrait absorber une grande partie des loisirs des gens, libérés d’un travail stupide, productif, répétitif, etc. Or cela est très loin non seulement du système actuel mais de l’imagination dominante actuelle. L’imaginaire de notre époque, c’est celui de l’expansion illimitée, c’est l’accumulation de la camelote - une télé dans chaque chambre, un micro-ordinateur dans chaque chambre -, c’est cela qu’il faut détruire. Le système s’appuie sur cet imaginaire- là.

Extraits d'un entretien avec Cornélius Castoriadis paru dans le Monde Diplomatique en août 1998.

mardi 25 novembre 2008

la privatisation de la poste

A l'heure de la débâcle financière, le gouvernement français vient d'annoncer que le projet de privatisation de la poste n'était plus d'actualité mais simplement retardé.

Un document synthétique et didactique publié par AITEC, Attac France, Fondation Copernic explique pourquoi la privatisation de la poste n'est ni nécessaire, ni obligatoire, ni inéluctable mais qu'elle s'inscrit dans une dimension supranationale qui ne repose sur aucun fondement solide :

Il faut donc procéder par étapes, tout en martelant que la libéralisation est indispensable, qu’elle entraîne la modernisation, la baisse des prix et la création d’emplois, déclaration relevant plus de la foi que de la réalité. D’ailleurs, les hérauts de la concurrence ont bien du mal à trouver des preuves, et l’avouent parfois naïvement, à l’image de la Commission européenne et de son Livre vert sur les services d’intérêt général (2003) : « On ne dispose pas encore d’éléments suffisants pour évaluer l’incidence à long terme de l’ouverture des services d’intérêt général à la concurrence, mais rien ne prouve dans les informations disponibles que la libéralisation ait exercé un effet négatif sur leur performance globale, du moins en ce qui concerne l’accessibilité tarifaire et la fourniture d’un service universel. »

La crise financière a au moins l'heur de reporter une date ultérieure les privatisations d'entreprises publiques. Il faut profiter de ce répit pour défendre le service public qu'est encore la poste !

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