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Tag - progrès

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vendredi 20 janvier 2012

de l'avenir d'internet et de notre société

Benjamin Bayart est l'auteur de la conférence intitulée Internet libre, ou Minitel 2.0 ? au cours de laquelle il explique l'importance de défendre, protéger et promouvoir la caractéristique décentralisée d'internet.

Faisant suite à cette conférence, un entretien numérique intitulé il est désormais possible de relocaliser le monde lui donne l'occasion de revenir sur des sujets importants liés à internet mais qui dépassent la problématique technique d'internet pour s'intéresser aux effets qu'il peut induire sur la société.

En fait, il ne s’agit pas de comprendre le réseau, mais la société qui vient. Et parmi ces fondamentaux, il y a d’abord la nécessité de comprendre la modification du tissus social. C’est assez facile à expliquer. Posons qu’une société se définit par les interactions entre les gens : le média structure la société. Il n’y a là rien de neuf. C’est-à-dire qu’il y a eu la société de l’écriture manuscrite, puis la société que l’imprimerie a formé – qui est l’un des facteur-clés dans le passage du Moyen-Âge à la Renaissance. Il y a ensuite la société que la télévision a formé, qui est encore différente. Et enfin, il y a Internet, qui change beaucoup plus profondément les choses que la télévision.

Ces évolutions techniques portent des modèles profonds. L’imprimerie, c’est un éditeur qui juge que l’écrit est suffisamment important pour être publié et qui le diffuse vers des lecteurs n’ayant pas eu leur mot à dire dans cette décision. C’est un monde vertical. Alors qu’avec Internet, tout le monde publie, et lit qui veut bien lire. Le modèle – je parle bien du réseau, pas de services à la Google ou Facebook – est ainsi totalement horizontal.

Il aborde ensuite le sujet de la propriété intellectuelle, qui a bien occupé nos politiciens et la scène médiatique ces dernières années avec les lois à répétition qui concourent à filtrer internet à le recentraliser.

Bien sûr que non. Parce qu’une idée ne peut pas être à vous. Si vous étiez né dans une grotte d’ermite, abandonné par vos parents et élevé par des loups, et qu’il vous vienne une idée géniale, on pourrait légitimement supposer qu’elle est un peu à vous ; elle serait à 90 % aux loups, mais un peu à vous. La véritable quantité d’innovation dans une œuvre de l’esprit est toujours marginale. À preuve, si une œuvre de l’esprit est trop innovante, elle devient incompréhensible : si vous inventez la langue dans laquelle votre texte est écrit, il ne sera jamais lu.

La très grande majorité d’une œuvre appartient donc de facto à la société. L’apport de l’auteur est extrêmement faible – ce qui ne veut pas dire qu’il n’a pas de valeur. C’est l’une des raisons pour laquelle, dans les débats sur le droit d’auteur au début du XIXe, un grand principe s’est imposé, celui du domaine public. Par principe, toute œuvre appartient au domaine public ; par exception et pendant un temps donné, une exclusivité est accordée à l’auteur. C’était alors une exception de très courte durée ; de mémoire, ce devait être neuf ans renouvelables une fois. Aujourd’hui, cette durée est devenue délirante : on parle de rémunérer les petits-enfants pour le travail effectué par le grand-père...

Enfin, la problématique de la décentralisation peut très bien trouver sa solution dans l'auto-hébergement de ressources informatiques et réseaux.

Il en va de même en ce qui concerne les serveurs. Si vous avez chez vous un petit bout de serveur qui correspond parfaitement à la puissance dont vous avez besoin (soit moins de puissance qu’un iPhone pour la majorité des gens, c’est-à-dire une quantité d’énergie très limitée) : parfait. Pas besoin d’alimenter des bandes passantes énormes vers des serveurs qui sont à l’autre bout de la planète, stockés par centaines de milliers dans un data-center de 30 000 mètres carrés qu’il faut refroidir en permanence – pour peu que ce soit dans les déserts de Californie, il faut les climatiser.... L’efficacité énergétique est bien meilleure quand le réseau est décentralisé, il est même possible de l’alimenter avec un petit peu de photovoltaïque. Essayez un petit peu d’alimenter un data-center avec du photovoltaïque, on va doucement rigoler...

Pour résumer : tel qu’il existe aujourd’hui, le coût énergétique du réseau est négligeable par rapport aux gains qu’il permet ; mais il est très important par rapport à ce qu’il pourrait être. Par contre, le coût énergétique des machines de Google – qui ne participe pas du réseau, mais des services – est tout simplement énorme. Vous saviez que Google, qui doit faire tourner peu ou prou dix millions de machines, était le deuxième ou troisième plus gros fabricant d’ordinateur au monde ? Juste pour ses propres besoins... C’est du délire.

L'avenir nous dira si nous avons su tirer partie d'internet comme un levier de progrès social, ou comme un facteur de régression sociale.

mardi 15 novembre 2011

la semaine de quatre jours, solution à la crise ?

Pierre Larrouturou, ancien socialiste dorénavant membre d'Europe Ecologie revient sur les mesures de réduction du temps de travail : les 35 heures et les 32 heures.

Il défend l'idée que la principale cause du chômage réside dans les gains de productivité non reportés sur la réduction du temps de travail. Les délocalisations souvent évoquées par les politiciens pour justifier leur inaction ne seraient responsables que d'environ 15% des destructions d’emplois.

Le débat public se concentre actuellement sur la mondialisation (ou la démondialisation), mais la plupart des économistes reconnaissent que les délocalisations ne sont responsables que d’environ 15 % des destructions d’emplois. La vraie cause du chômage, ce sont les gains de productivité colossaux enregistrés depuis les années 1970. La productivité a été multipliée « seulement » par 2 entre 1820 et 1960, puis par 5 depuis 1960 grâce à la multiplication des robots et des ordinateurs. C‘est prodigieux ! Parallèlement, sur les quatre dernières décennies, le temps de travail hebdomadaire a quasiment stagné, alors qu’il avait presque diminué de moitié durant le siècle précédent. Mécaniquement, si la révolution de l’informatique ne s’est pas répercutée sur une réduction du temps de travail, elle s’est convertie en destructions d’emplois.

Son article intitulé la semaine de quatre jours, solution à la crise ? mérite une lecture attentive.

mercredi 22 septembre 2010

la bombe humaine

Quarante ans après la publication de son livre controversé The population bomb, le scientifique Paul Ehrlich persiste et signe : la surpopulation – associée aujourd'hui à la surconsommation – est au centre de la crise environnementale à laquelle la planète est confrontée. Et il insiste : ce ne sont pas les solutions technologiques qui changeront quoi que ce soit.

L'article est intéressant mais est à lire sans préjugé. Il est cependant dommage qu'il n'évoque pas le fait que lorsqu'on met la démographie en question, on oublie trop souvent que ce sont avant tout les riches qui détruisent et menacent la planète.

La question démographique ne devrait jamais être abordée sans évoquer celle du partage des richesses.

mardi 22 septembre 2009

la pensée magique

Pour Hervé Kempf, le scientisme [1] est une menace pour notre avenir dans la mesure où il nous amène à chercher notre salut dans toujours plus de science. La pensée magique évoquée par Hervé Kempf trouve son aspect magique dans la certitude que nos espoirs les plus improbables seront comblés par la science, car cette dernière est toute puissante.

Et si ces espoirs n'étaient qu'un pari sur le futur, une sorte d'inconscience incroyablement optimiste (et désespérée) ?

François Rabelais écrivait dès le 16ième siècle science sans conscience n'est que ruine de l'âme. N'allez cependant pas imaginer que progrès est néfaste par nature. Comprenez plutôt que le progrès a pour pré-requis la conscience, et donc la réflexion.

Notre salut n'est ni dans le plus, ni dans le moins, mais dans l'autrement.

Notes

[1] foi dans la toute-puissance des sciences