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Tag - récession

Fil des billets

mardi 15 mai 2012

regardons plus loin

Jean-Claude Guillebaud, écrivain et journaliste, a publié un article intitulé regardons plus loin dans lequel il imagine un troisième tour électoral après les élections présidentielles. Ce troisième tour concocté par les marchés financiers serait calamiteux, quel que soit le candidat qui l'emporterait au second tour.

Que veut-on dire par là ? Que les agences de notation et les salles de marché peuvent parier sur une faiblesse de la France et organiser une attaque spéculative contre cette dernière. Il leur suffira de renchérir le taux d'intérêt demandé à notre pays pour faire grimper notre dette et boucher l'horizon. Ce risque-là, ce jeu à plusieurs inconnues, tous les candidats l'ont intériorisé. Quelles sont les inconnues de cette fatale équation ?

La première inconnue de cette équation est la dette dont le remboursement des intérêts pèse sur le budget de l'état. Cela conduit les programmes électoraux des candidats à proposer de réduire les dépenses de l'état ou d'augmenter les recettes fiscales (ou les deux).

Mais la deuxième inconnue est autrement plus intéressante :

Les marchés financiers, eux, ne s'y trompent pas : ils craignent une récession résultant d'une austérité qui ne serait pas accompagnée de croissance.

Voilà donc la deuxième inconnue de l'équation. C'est à son propos que nos candidats sont le plus embarrassés. Aucun n'ose dire à voix haute ce qu'on murmure un peu partout : la croissance ne reviendra plus en Europe. Avec ou sans l'austérité, nous sommes condamnés à une croissance minimale, voire nulle. La vraie question devient celle-ci : cette croissance envolée, au fond, était-elle si souhaitable ? D'un point de vue arithmétique, sans doute. Mais pour le reste ? Écologiquement, humainement, qui oserait prétendre que la fuite en avant consumériste, productiviste et gaspilleuse correspond encore à un dessein historique raisonnable ? Est-ce le monde que nous voulons construire ? Les vrais réalistes ne seraient-ils pas ceux qui proposent de changer la règle d'un jeu devenu perdant : vivre autrement, imaginer une autre société, promouvoir d'autres rapports humains.

Il conclut par cette phrase chargée à la fois d'espoir et d'inquiétude : ces questions fondamentales nous attendent de pied ferme.

mercredi 11 janvier 2012

se préparer au pire

En septembre 2011, Jacques Attali invitait à se préparer au pire, pour l’éviter.

Il serait temps, en France, de se préparer au double choc à venir de la crise bancaire et de la crise des finances publiques. Il vient. Il sera là bientôt. Et personne ne réfléchit assez au scénario du pire ; comme s’il suffisait, pour le conjurer, de ne pas y penser.

Il proposait alors un déroulement en dix étapes. Quatre mois plus tard, son intuition ne semble toujours pas démentie par les faits.

Reste à déterminer quelle est l'étape que nous traversons actuellement...

mercredi 13 avril 2011

l'équation de Kaya

L'équation de Kaya est un outil qui permet de mieux appréhender les facteurs qui influent sur les émissions mondiales de gaz carbonique, le principal gaz à effet de serre d'origine humaine.

Elle part du principe que toute chose est égale à elle-même. En d'autres termes, la quantité d'émissions mondiales de gaz carbonique (CO2) est égale à elle-même, soit CO2 = CO2 !

En ajoutant par la suite des termes à l'équation tels que la quantité d'énergie consommée dans le monde, le PIB mondial, et la population mondiale, on aboutit à une équation un peu plus évoluée qui permet de recombiner les termes afin d'en affiner le sens.

En conclusion, les émissions mondiales de gaz carbonique dépendent des facteurs suivants (chaque facteur étant un facteur multiplicateur des autres) :

  • contenu en gaz carbonique de l'énergie,
  • intensité énergétique de l'économie,
  • production par personne,
  • population.

Si l'on souhaite diviser les émissions mondiales de gaz carbonique par 2, il est insensé d'essayer d'influer seulement sur un ou deux paramètres parmi les 4, a fortiori quand les autres paramètres évoluent dans le sens contraire au sens souhaité !

A l'aune de cette grille de lecture, il devient donc intéressant d'analyser les options s'offrant à nous et de différencier celles qui semblent réalistes de celles qui le semblent moins. C'est le travail effectué par Jean-Marc Jancovici dans son article intitulé qu'est-ce que l'équation de Kaya ?.

jeudi 26 février 2009

la révolution conservatrice à la française

Nonobstant le fait que l'objectif de Jacques Sapir semble se limiter à renouer avec la croissance, cet économiste prend le recul nécessaire pour inscrire les évolutions de la politique sociale et économique de la France dans le courant des révolutions conservatrices des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne à partir des années 80.

La crise financière met aussi en lumière une forte hétérogénéité des situations et des réactions au sein des économies occidentales et souligne ainsi la diversité des modèles de capitalisme et de leurs réponses à une même perturbation. La globalisation de l’économie n’a pas été son unification, contrairement à ce qui a été prétendu.

Le « modèle américain », avec ses « clones » souvent donnés en exemple ces dernières années (Grande-Bretagne et Espagne), apparaît comme la première victime de la crise. Ce « modèle » a émergé à la fin des années 1970 et au début des années 1980 dans un contexte marqué à la fois par les tendances à la stagflation (combinaison de faible croissance et d’inflation) et les « révolutions conservatrices » associées à R. Reagan et M. Thatcher. Dans ce contexte, il s’est agi de réduire la part des salaires dans le partage de la valeur ajoutée afin d’accroître le taux de profit et, comme il était alors espéré, ranimer la croissance. La « politique de l’offre » soutenait en effet que l’investissement et la croissance étaient déterminés non par les perspectives de demande solvable (déterminées par la masse salariale) mais par les anticipations de profit et surtout du taux de profit.

Le raisonnement s’est appuyé sur la contre-révolution monétariste qui a cherché à rétablir la légitimité de la pensée économique néo-classique, avec en particulier son refus absolu de l’incertitude et son attachement fondamental à une hypothèse de comportement « rationnel » (au sens de la maximisation d’une utilité anticipée) de la part des agents. Ce discours, qui n’était pas sans de nombreuses incohérences internes, impliquait aussi un refus de toute hypothèse réaliste (ce qui avait été théorisé par Milton Friedman dès 1953), et un enfermement dans un cadre de plus en plus dogmatique. La théorie économique qui sous-tend la mise en place des politiques issues des « révolutions conservatrices », en raison de la clôture dogmatique qu’elle implique, acquiert rapidement toutes les caractéristiques d’une « fausse science », soit d’un discours purement idéologique exprimé dans un vocabulaire à l’apparence scientifique, mais totalement dépourvu de possibilité de vérification et méthodologiquement incohérent.

La mise en place d’une véritable « contre-révolution » dans le domaine des politiques économiques est donc allé de pair avec une régression profonde de la science économique, du moins en ce qui concerne son courant dominant ou « orthodoxe ». L’écart entre la dimension normative et prescriptive du discours économique et ses fondements analytiques de nature scientifique n’a cessé de s’accroître depuis les années 1980. Cet écart était une nécessité politique dans la mesure où les avancées de la recherche respectant les règles méthodologiques de la vérification scientifique montraient progressivement toute la validité des hypothèses keynésiennes les plus radicales, contre lesquelles se construisaient les politiques économiques mises en oeuvre durant ces années.

Pour obtenir le résultat qu’elles recherchaient, ces politiques se sont appuyées sur plusieurs leviers. L’ouverture internationale des économies a été certainement l’un des plus efficaces, une fois libéralisés les mouvements de capitaux. Ces derniers permettaient des gains de productivité important dans des pays où les coûts salariaux directs et indirects étaient très faibles, provoquant à travers un effet de concurrence induit par le libre-échange une puissante déflation salariale dans les pays de tradition keynésienne.

La libéralisation financière apparaît alors comme le complément nécessaire de ces politiques. En permettant aux capitaux de se déplacer sans contrôle, on créait le contexte d’un assujettissement de la production matérielle aux impératifs de rendement des activités spéculatives. C’était très exactement ce que Keynes avait voulu éviter quand, songeant à l’organisation économique du monde après la Seconde Guerre Mondiale, il insiste de manière très explicite sur la nécessité de contrôler les mouvements de capitaux et de limiter la convertibilité des devises au simple compte courant, à l’exclusion du compte de capital.

Une fois actée la libéralisation financière, il convenait de retirer aux gouvernements l’instrument de la politique monétaire, à travers le dogme de l’indépendance des banques centrales. Il faut ici reconnaître que, dans une économie internationale où les flux de capitaux – en particulier à court terme – ont été complètement libéralisés, les marges de manoeuvre pour une politique monétaire autonome sont très limitées par les pressions spéculatives. Dès lors, le problème central devient celui de la « réputation » de la banque centrale, même si cette notion n’a pas de fondement scientifique une fois que l’on admet l’instabilité des hiérarchies des préférences individuelles.

En fait, l’influence de ces politiques s’est étendue bien au-delà des gouvernements conservateurs. La part des salaires dans la valeur ajoutée baisse aussi vite en France, sous un gouvernement socialiste, qu’aux Etats-Unis dans le cours des années 1980. On est donc en présence d’un mouvement global, qui cependant prend des formes assez différentes suivant les pays en fonction des rapports de force sociaux, mais aussi des traditions historiques et de la nature des institutions économiques. Les différences très substantielles dans l’endettement des ménages que l’on note aujourd’hui, mais aussi dans le degré d’inégalité de la répartition du revenu, la persistance plus ou moins marquée de systèmes de patrimoine collectif à travers des services publics non privatisés et des systèmes de protection sociale généralistes, induisent des modèles de capitalisme substantiellement différents.

Ces différences ont été présentées par les idéologues libéraux comme des éléments de « retard » par rapport à la « norme » que le « modèle américain » était censé représenter. Ce dernier semblait en mesure de fournir une forte croissance avec un taux de chômage très faible. La pression qu’exerce la combinaison du libre-échange et de la libéralisation financière sur les économies qui n’ont pas adopté le « modèle américain » se traduit alors par le glissement progressif de la dette publique, dont des pays comme l’Italie et la Belgique sont des cas extrêmes, mais que l’on retrouve aussi bien en France qu’en Allemagne.

La crise actuelle a cependant fourni la démonstration du caractère illusoire de cette croissance, qui n’était pas soutenable à moyen terme.

L'article intitulé 2009 : récession ou dépression ? analyse les mécanismes de propagation de la crise actuelle, ses effets dans les différentes zones économiques, puis les actions à mener en réponse à celle-ci.

mardi 10 février 2009

sortir de la crise

Pour sortir de la crise, les gouvernements consultent leurs meilleurs experts en économie, ceux-là même qui semblent avoir été incapables de sentir le vent tourner. Il nous faut donc avoir confiance en nos gouvernements, ou pas.

Pour sortir de la crise, encore faudrait-il analyser cette crise, en déterminer les causes afin de pouvoir trouver les réponses adaptées. Dave Lindorff estime que l’économie américaine ne se rétablira jamais comme elle était avant.

Ce n’est pas un modèle économique soutenable et c’est un modèle qui vient juste d’encaisser ce qui est certainement un coup mortel.

Tout est résumé dans cette phrase, le modèle économique occidental actuel n'est pas soutenable. Cette crise n'est finalement qu'un retour à la normale après une période de surchauffe. Vouloir mettre en application un plan de relance, c'est s'entêter à mettre en application les méthodes ayant conduit à cette période de surchauffe. Et, en admettant que ces plans de relance atteignent leurs objectifs (de faire perdurer un peu plus cette période de surchauffe), ils ne seraient que le ferment d'une future crise, similaire dans les grandes lignes à celle que nous traversons actuellement.

La vérité est que nous ne sommes menacés sérieusement ni par le communisme, ni par les seigneurs de la drogue, ni par les djihadistes musulmans. Nous sommes plutôt devenus nous-mêmes notre pire ennemi.

Regardons la vérité en face, au lieu de chercher des coupables et des boucs émissaires, reconnaissons que nous avons chacun notre part de responsabilité et qu'il nous faut maintenant inventer un autre modèle économique, durable celui-là.

La question n'est pas de savoir comment relancer la consommation, ou la production, ou l'investissement. La question est de savoir comment gérer la transition vers un modèle économique soutenable, tenant compte des contingences environnementales, sociales et écologiques.

mardi 30 décembre 2008

le protectionnisme en question

Après un premier billet à la recherche des causes de l'actuelle crise financière, voici une intervention intéressante de Jacques Sapir qui explore certaines pistes en marge des sentiers battus.

Cet économiste explique que notre modèle de capitalisme est déstabilisé par les mouvements incontrôlés de capitaux et de biens. Il préconise donc de réguler notre modèle économique en renforçant le contrôle des mouvements des capitaux et en instaurant une certaine dose de protectionnisme.

Selon Jacques Sapir, le protectionnisme n'est nullement la cause de la seconde guerre mondiale, il a au contraire permis de limiter les effets néfastes de la crise des années 30. Il souhaite à la zone euro d'adopter au plus vite des mesures protectionnistes sans quoi l'existence même de la zone euro serait menacée.

lundi 25 février 2008

crise financière : le krach parfait

L’économiste Marin Wolf, éditorialiste au Financial Times, reprend à son compte les thèses de Roubini, et détaille le scénario conduisant au krach financier et à une récession qui pourrait durer plus d’un an, rédigé par ce dernier. Y a t-il des chances d’y échapper ? Peu, juge Wolf, bien peu.

Faites-vous votre avis en lisant l'article, l'avenir nous dira s'ils avaient raisons !

jeudi 10 janvier 2008

vive la récession ?

Vive la récession ! clame George Monbiot.