si, c'est vrai !

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vendredi 13 août 2010

climat, énergie et prospective

Jean-Marc Jancovici a déjà été mentionné plusieurs fois dans des billets tels que :

Voici une conférence de Jean-Marc Jancovici, qui porte sur ses thèmes de prédilection : climat, énergie et prospective. A visionner et à partager sans retenue.

mardi 9 février 2010

la prime à la casse écologique

La prime à la casse est souvent présentée comme une mesure à dimension écologique. En changeant de voiture pour un modèle plus récent, on dispose alors d'une voiture plus performante et moins polluante que la précédente. On a donc agit pour l'environnement. C'est du moins le discours officiel servi dans tous les médias.

Mais en réalité, cette prime à la casse est-elle aussi écologique et verte que cela ? Ce n'est pas l'avis de du journal Fakir qui publie un article démontant ce mythe et dévoilant que cette mesure est plutôt une mesure de soutien à l'industrie automobile qui ne veut pas dire son nom.

mardi 5 janvier 2010

énergie et équité

En 1973, Ivan Illich publie un ouvrage intitulé énergie et équité qui n'a rien perdu de sa fraicheur 37 ans plus tard. Le texte intégral est disponible sur le site infokiosques.net.

Voici quelques extraits pour vous donner envie de lire l'ouvrage dans sa totalité.

La crise de l'énergie qui nous menace :

Aujourd'hui il est devenu inévitable de parler d'une crise de l'énergie qui nous menace. Cet euphémisme cache une contradiction et consacre une illusion. Il masque la contradiction inhérente au fait de vouloir atteindre à la fois un état social fondé sur l'équité et un niveau toujours plus élevé de croissance industrielle. Il consacre l'illusion que la machine peut absolument remplacer l'homme. Pour élucider cette contradiction et démasquer cette illusion, il faut reconsidérer la réalité que dissimulent les lamentations sur la crise: en fait, l'utilisation de hauts quanta d'énergie a des effets aussi destructeurs pour la structure sociale que pour le milieu physique. Un tel emploi de l'énergie viole la société et détruit la nature.

Prospective sur la société en l'an 2000 :

Les politiques de l'énergie qui seront appliquées dans les dix prochaines années décideront de la marge de liberté dont jouira une société en l'an 2000. Une politique de basse consommation d'énergie permet une grande variété de modes de vie et de cultures. La technique moderne peut être économe en matière d'énergie, elle laisse la porte ouverte à différentes options politiques. Si, au contraire, une société se prononce pour une forte consommation d'énergie, alors elle sera obligatoirement dominée dans sa structure par la technocratie et, sous l'étiquette capitaliste ou socialiste, cela deviendra pareillement intolérable.

La crise sociale qui en découle :

On croit souvent trouver un remède universel à ces maux dans l'hypothèse de carburants non polluants et disponibles en abondance, mais c'est là retourner au sophisme politique qui imagine pouvoir accorder, dans certaines conditions politiques, le règne d'une équité et d'une consommation d'énergie également illimitées. On confond bien-être et abondance énergétique, telle que l'énergie nucléaire la promet pour 1990. Si nous acceptons cette vue illusoire, alors nous tendrons à négliger toute limitation énergétique socialement motivée et à nous laisser aveugler par des considérations écologiques : nous accorderons à l'écologiste que l'emploi de forces d'origine non physiologique pollue l'environnement, et nous ne verrons pas qu'au-delà d'un certain seuil, les forces mécaniques corrompent le milieu social. Le seuil de la désintégration sociale due aux grandes quantités d'énergie est indépendant du seuil auquel la transformation de l'énergie se retourne en destruction physique. Ce seuil, exprimé en kwh ou en calories, est sans doute peu élevé. Le concept de quanta d'énergie socialement critiques doit d'abord être élucidé en théorie avant qu'on puisse discuter la question politique de la consommation d'énergie à laquelle une société doit limiter ses membres.

La fracture énergétique à travers le monde :

La quantité d'énergie consommée par tête qui représente un seuil critique pour une société, se place dans un ordre de grandeur que peu de nations, sauf la Chine de la révolution culturelle, ont pris en considération. Cet ordre de grandeur dépasse largement le nombre de kwh dont disposent déjà les quatre cinquièmes de l'humanité, et il reste très inférieur à l'énergie totale que commande le conducteur d'une petite voiture de tourisme. Ce chiffre apparaît, aux yeux du sur-consommateur comme a ceux du sous-consommateur, comme dépourvu de sens. Pour les anciens élèves de n'importe quel collège, prétendre limiter le niveau d'énergie revient à détruire l'un des fondements de leur conception du monde. Pour la majorité des Latino-Américains, atteindre ce même niveau d'énergie signifie accéder au monde du moteur. Les uns et les autres n'y parviennent que difficilement. Pour les primitifs, l'abolition de l'esclavage est subordonnée à l'introduction d'une technique moderne appropriée ; pour les pays riches, le seul moyen d'éviter une exploitation encore plus dure consiste à reconnaître l'existence d'un seuil de consommation d'énergie, au-delà duquel la technique dictera ses exigences à la société. En matière biologique comme en matière sociale, on peut digérer un apport calorique tant qu'il reste dans la marge étroite qui sépare assez de trop.

Le financement de la recherche en détermine les conclusions :

A la paralysie de la société moderne, on donne le nom de crise de l'énergie ; on ne peut la vaincre en augmentant l'input d'énergie. Pour la résoudre, il faut d'abord écarter l'illusion que notre prospérité dépend du nombre d'esclaves fournisseurs d'énergie dont nous disposons. A cet effet, il faut déterminer le seuil au-delà duquel l'énergie corrompt, et unir toute la communauté dans un procès politique qui atteigne ce savoir et fonde sur lui une auto-limitation. Parce que ce genre de recherche va à l'opposé des travaux actuels des experts comme des institutions, je lui donne le nom de contre-recherche. Elle compte trois étapes. D'abord la nécessité de limiter la consommation d'énergie par tête doit être reconnue comme un impératif théorique et social. Ensuite il faut déterminer l'intervalle de variation où se situent ces grandeurs critiques. Enfin chaque société doit fixer le degré d'injustice, de destruction et d'endoctrinement que ses membres sont prêts à accepter pour le plaisir d'idolâtrer les machines puissantes et de se plier docilement aux injonctions des experts.

Effets du développement de la puissance mécanique :

A pied, les hommes sont plus ou moins à égalité. Ils vont spontanément à la vitesse de 4 à 6 kilomètres à l'heure, en tout lieu et dans toute direction, dans la mesure où rien ne leur est défendu légalement ou physiquement. Améliorer cette mobilité naturelle par une nouvelle technique de transport, cela devrait lui conserver son propre degré d'efficacité et lui ajouter de nouvelles qualités: un plus grand rayon d'action, un gain de temps, un meilleur confort, des possibilités accrues pour les handicapés. Au lieu de quoi, partout jusqu'ici, le développement de l'industrie de la circulation a eu des conséquences opposées. Dès que les machines ont consacré à chaque voyageur plus qu'une certaine puissance en chevaux-vapeur, cette industrie a diminué l'égalité entre les gens, restreint leur mobilité en leur imposant un réseau d'itinéraires obligés produits industriellement, engendré un manque de temps sans précédent. Dès que la vitesse de leur voiture dépasse un certain seuil, les gens deviennent prisonniers de la rotation quotidienne entre leur logement et leur travail.

La vitesse moyenne d'une voiture est de 6 km/h :

S'il exerce une activité professionnelle, l'Américain moyen dépense mille six cents heures chaque année pour parcourir dix mille kilomètres; cela représente à peine 6 kilomètres à l'heure. Dans un pays dépourvu d'industrie de la circulation, les gens atteignent la même vitesse, mais ils vont où ils veulent à pied, en y consacrant non plus 28 %, mais seulement 3 à 8 % du budget-temps social. Sur ce point, la différence entre les pays riches et les pays pauvres ne tient pas à ce que la majorité franchit plus de kilomètres en une heure de son existence, mais à ce que plus d'heures sont dévolues à consommer de fortes doses d'énergie conditionnées et inégalement réparties par l'industrie de la circulation.

Effets du développement des transports mécaniques :

Passé un certain seuil de consommation d'énergie, l'industrie du transport dicte la configuration de l'espace social. La chaussée s'élargit, elle s'enfonce comme un coin dans le coeur de la ville et sépare les anciens voisins. La route fait reculer les champs hors de portée du paysan mexicain qui voudrait s'y rendre à pied. Au Brésil, l'ambulance fait reculer le cabinet du médecin au-delà de la courte distance sur laquelle on peut porter un enfant malade. A New York, le médecin ne fait plus de visite à domicile, car la voiture a fait de l'hôpital le seul lieu où il convienne d'être malade. Dès que les poids lourds atteignent un village élevé des Andes, une partie du marché local disparaît. Puis, lorsque l'école secondaire s'installe sur la place, en même temps que s'ouvre la route goudronnée, de plus en plus de jeunes gens partent à la ville, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus une seule famille qui n'espère rejoindre l'un des siens, établi là-bas, sur la côte, à des centaines de kilomètres.

Les coûts cachés du transport :

Il [l'usager] réclame des améliorations techniques des véhicules, des voies de circulation et des horaires ; ou bien il appelle de ses voeux une révolution qui organise des transports publics rapides en nationalisant les moyens de transport. Jamais il ne calcule le prix qu'il lui en coûtera pour être ainsi véhiculé dans un avenir meilleur. Il oublie que de toute accélération supplémentaire, il payera lui-même la facture, sous forme d'impôts directs ou de taxes multiples. Il ne mesure pas le coût indirect du remplacement des voitures privées par des transports publics aussi rapides. Il est incapable d'imaginer les avantages apportés par l'abandon de l'automobile et le recours à la force musculaire de chacun.

Au final, la valeur qui importe est le temps :

La vitesse incontrôlée est coûteuse et de moins en moins de gens peuvent se l'offrir. Tout surcroît de vitesse d'un véhicule augmente son coût de propulsion, le prix des voies de circulation nécessaires et, ce qui est plus grave, la largeur de l'espace que son mouvement dévore. Dès qu'un certain seuil de consommation d'énergie est dépassé par les voyageurs les plus rapides, il se crée à l'échelle du monde entier une structure de classe de capitalistes de la vitesse. La valeur d'échange du temps reprend la première place, comme le montre le langage : on parle du temps dépensé, économisé, investi, gaspillé, mis à profit. A chacun la société colle une étiquette de prix qui indique sa valeur horaire : plus on va vite, plus l'écart des prix se creuse. Entre l'égalité des chances et la vitesse, il y a corrélation inverse.

Le temps ne se gagne qu'aux dépends des autres :

Au-delà d'une vitesse critique, personne ne « gagne » du temps sans en faire « perdre » à quelqu'un d'autre. Celui qui réclame une place dans un véhicule plus rapide affirme ainsi que son temps vaut plus cher que celui du passager d'un véhicule plus lent. Au-delà d'une certaine vitesse, chaque passager se transforme en voleur qui dérobe le temps d'autrui et dépouille la masse de la société. L'accélération de sa voiture lui assure le transfert net d'une part de temps vital. L'importance de ce transfert se mesure en quanta de vitesse. Il défavorise ceux qui restent en arrière et parce que ces derniers composent la majorité, l'affaire pose des problèmes éthiques plus généraux que la dialyse rénale ou les transplantations d'organes.

L'être humain, cet homo mobilis :

On n'a guère étudié les conséquences de la voiture sur le budget-temps (par 24 heures) des individus comme des sociétés. Les travaux déjà faits pour le transport fournissent des statistiques sur le temps nécessaire par kilomètre, sur la valeur de ce temps calculée en dollars ou sur la durée des trajets. Mais rien n'est dit des frais de transport cachés : comment le transport dévore le temps vital, comment la voiture multiplie le nombre des voyages nécessaires, combien de temps on passe à se préparer à un déplacement. De plus, on n'a pas de critère pour estimer la valeur de frais encore plus cachés : le sur-loyer accepté pour résider dans un quartier bien relié au réseau des transports, les dépenses engagées pour préserver un secteur du bruit, de la saleté et des dangers physiques dus aux voitures. Ce n'est pas parce qu'on ne calcule pas les dépenses en budget-temps social qu'il faut croire ce calcul impossible, encore moins faut-il négliger d'utiliser le peu d'informations recueillies. Elles montrent que partout, dès qu'une voiture dépasse la vitesse de 25 kilomètres à l'heure, elle provoque un manque de temps croissant. Ce seuil franchi par l'industrie, le transport fait de l'homme un errant d'un nouveau genre : un éternel absent toujours éloigné de son lieu de destination, incapable de l'atteindre par ses propres moyens, et pourtant obligé de s'y rendre chaque jour. Aujourd'hui les gens travaillent une bonne partie de la journée seulement pour gagner l'argent nécessaire pour aller travailler. Depuis deux générations, dans les pays industrialisés, la durée du trajet entre le logement et le lieu de travail a augmenté plus vite que n'a diminué, dans la même période, la durée de la journée de travail. Le temps qu'une société dépense en transport augmente proportionnellement à la vitesse du moyen de transport public le plus rapide. À présent, le Japon précède les États-Unis dans ces deux domaines. Quand la voiture brise la barrière qui protège l'homme de l'aliénation et l'espace de la destruction, le temps vital est dévoré par les activités nées du transport.

Le concept de monopole radical :

D'abord le monopole radical est institué par l'adaptation de la société aux fins de ceux qui consomment les plus forts quanta ; puis il est renforcé par l'obligation, faite à tous, de consommer le quantum minimum sous lequel se présente le produit. La consommation forcée prend des formes différentes, selon qu'il s'agit d'objets matériels où se concrétise de l'énergie (vêtements, logement, etc.), d'actes où se communique de l'information (éducation, médecine, etc.). D'un domaine à l'autre, le conditionnement industriel des quanta atteindra son niveau critique pour des valeurs différentes, mais pour chaque grande classe de produits on peut fixer l'ordre de grandeur ou se place le seuil critique. Plus la limite de vitesse d'une société est haute, plus le monopole du transport y devient accablant. Qu'il soit possible de déterminer l'ordre de grandeur des vitesses auxquelles le transport commence à imposer son monopole radical à la circulation, cela ne suffit pas à prouver qu'il soit aussi possible de simplement déterminer en théorie quelle limite supérieure de vitesse une société devrait retenir.

Le moyen de transport ultime, la bicyclette :

A bicyclette, l'homme va de trois à quatre fois plus vite qu'à pied, tout en dépensant cinq fois moins d'énergie. En terrain plat, il lui suffit alors de dépenser 0,15 calorie pour transporter un gramme de son corps sur un kilomètre. La bicyclette est un outil parfait qui permet à l'homme d'utiliser au mieux son énergie métabolique pour se mouvoir : ainsi outillé, l'homme dépasse le rendement de toutes les machines et celui de tous les animaux.

Une double tendances, le vélo et l'automobile :

L'invention du roulement à billes marqua une quatrième révolution. Elle permit de choisir entre plus de liberté et d'équité d'une part et une vitesse et une exploitation accrues d'autre part. Le roulement à billes est un élément fondamental dans deux formes de déplacement, respectivement symbolisées par le vélo et par l'automobile. Le vélo élève la mobilité autogène de l'homme jusqu'à un nouveau degré, au-delà duquel il n'y a plus en théorie de progrès possible. A l'opposé, la cabine individuelle accélérée a rendu les sociétés capables de s'engager dans un rituel de la vitesse qui progressivement les paralyse.

Ode à la bicyclette :

Un vélo n'est pas seulement un outil thermodynamique efficace, il ne coûte pas cher. Malgré son très bas salaire, un Chinois consacre moins d'heures de travail à l'achat d'une bicyclette qui durera longtemps qu'un Américain à l'achat d'une voiture bientôt hors d'usage. Les aménagements publics nécessaires pour les bicyclettes sont comparativement moins chers que la réalisation d'une infrastructure adaptée à des véhicules rapides. Pour les vélos, il ne faut de routes goudronnées que dans les zones de circulation dense, et les gens qui vivent loin d'une telle route ne sont pas isolés, comme ils le seraient s'ils dépendaient de trains ou de voitures. La bicyclette élargit le rayon d'action personnel sans interdire de passer où l'on ne peut rouler : il suffit alors de pousser son vélo.

Le vélo nécessite une moindre place. Là où se gare une seule voiture, on peut ranger dix-huit vélos, et l'espace qu'il faut pour faire passer une voiture livre a passage à trente vélos. Pour faire franchir un pont à 40 000 personnes en une heure, il faut deux voies d'une certaine largeur si l'on utilise des trains, quatre si l'on utilise des autobus, douze pour des voitures, et une seule si tous traversent à bicyclette. Le vélo est le seul véhicule qui conduise l'homme de porte à porte, à n'importe quelle heure, et par l'itinéraire de son choix. Le cycliste peut atteindre de nouveaux endroits sans que son vélo désorganise un espace qui pourrait mieux servir à la vie.

La bicyclette permet de se déplacer plus vite, sans pour autant consommer des quantités élevées d'un espace, d'un temps ou d'une énergie devenus également rares. Chaque kilomètre de trajet est parcouru plus rapidement, et la distance totale franchie annuellement est aussi plus élevée. Avec un vélo, l'homme peut partager les bienfaits d'une conquête technique, sans prétendre régenter les horaires, l'espace, ou l'énergie d'autrui. Un cycliste est maître de sa propre mobilité sans empiéter sur celle des autres. Ce nouvel outil ne crée que des besoins qu'il peut satisfaire, au lieu que chaque accroissement de l'accélération produit par des véhicules à moteur crée de nouvelles exigences de temps et d'espace.

La mobilité comme liberté fondamentale :

Les hommes naissent dotés d'une mobilité presque égale. Cette capacité innée plaide en faveur d'une égale liberté d'aller où bon leur semble. Les citoyens d'une société fondée sur des principes de liberté, d'égalité et de fraternité défendront de toute diminution ce droit fondamental. Peu importe la nature de la menace, que ce soit la prison, l'assignement à résidence, le retrait du passeport ou l'enfermement dans un milieu qui nuit à la mobilité naturelle à seule fin de transformer la personne en usager du transport. Ce droit fondamental à la liberté, à l'égalité et à la joie de se déplacer ne tombe pas en désuétude du simple fait que la plupart de nos contemporains sont attachés à leur siège par leur ceinture de sécurité idéologique. La capacité naturelle de transit est le seul critère utile pour évaluer la contribution réelle du transport à la circulation globale. Il n'y a pas plus de transport que la circulation ne peut en supporter. Il reste à souligner comment se distinguent les formes de transport qui mutilent le droit de mobilité et celles qui l'élargissent.

Si ces extraits ont éveillé votre curiosité, le texte intégral est disponible sur le site infokiosques.net.

mercredi 30 septembre 2009

de la généralisation de l'usage de la voiture

Aujourd'hui, l'usage de la voiture s'est généralisé et est entré dans les habitudes à tel point que beaucoup d'automobilistes ne conçoivent pas de vivre sans voiture. Nous allons pourtant voir que la voiture, loin de constituer un moyen de transport optimal, présente en réalité de nombreux handicaps.

Certains handicaps sont liés au véhicule automobile en question, d'autres sont liés à notre mode de vie. Mais comme ce mode de vie est rendu possible par l'utilisation de la voiture, ces 2 typologies de handicap n'en forment en réalité qu'un seule.

Nous allons nous intéresser à 3 caractéristiques évoquées dans un billet traitant des alternatives crédibles à la voiture :

  • la masse du véhicule
  • la distance parcourue
  • la vitesse

la masse du véhicule

La masse des véhicules a connu une augmentation régulière au cours de l'histoire de l'automobile. L'effet rebond avait pour conséquence de compenser les gains liés au progrès technologique (amélioration des matériaux, amélioration des techniques de conception et de fabrication...) par des augmentations de dimensions, de la puissance ou du niveau d'équipement du véhicule.

La fiche Wikipedia sur l'automobile nous indique que : en France, entre 2007 et 2008, la voiture moyenne pèse 1253 kg.

L'INSEE nous apprend que, en février 2007 : un homme déclare peser actuellement 77 kg en moyenne et une femme 63 kg.

Enfin, un article promouvant le covoiturage nous informe que : l’Ile-de-France compte 15 millions de déplacements quotidiens avec un taux d’occupation de 1,3 personne par véhicule.

En supposant qu'il y a autant de conductrice que de conducteur, on calcule que la masse moyenne de personne transportée est de 91 kg.

1,3 * (63 + 77) / 2 = 91

On en déduit rapidement le rapport de la masse utile transporté sur la masse totale pour une voiture : 6%.

91 / (91 + 1253) = 6%

De son côté une bicyclette (qui transporte généralement une seule personne, soit 70 kg), présente un rapport bien plus intéressant : 87,5%.

(63 + 77) / 2 = 70

70 / (70 + 15) = 87,5%

Quand une voiture se déplace, 6% seulement de la masse totale en mouvement correspond aux conducteurs et passagers. Quand un vélo se déplace, 87,5% de la masse totale en mouvement correspond au cycliste.

Trouvez-vous réellement censé de mouvoir plus d'une tonne de métal avec des hydrocarbures pour déplacer moins de 100 kg utile ?

Cette disproportion se retrouve également lorsqu'on s'intéresse à la puissance des voitures : les moteurs de voiture ont une puissance qui va de 90 à 150 chevaux en moyenne. Certains moteurs peuvent atteindre une puissance de 300 chevaux pour les gros véhicules de 2 ou 3 tonnes comme les 4x4 sportifs (si tant est que la notion de 4x4 sportif ait réellement un sens autre que marketing). Un être humain moyennement entraîné a une puissance de 0,2 chevaux.

la réduction de la distance

Un des axes d'optimisation de l'usage de la voiture pourrait paraître de réduire la distance parcourue en voiture. Ce n'est cependant pas la réduction de la distance parcourue par trajet qu'il faut viser, mais bien la réduction du nombre de trajets. En effet, selon l'ADEME : 1/4 des trajets en voiture font moins d’1 km et un trajet en voiture sur deux fait moins de 3 km.

Un bon nombre de ces trajets pourraient être effectués en vélo. 3 km est en effet une distance bien courte en vélo qui ne nécessite pas plus de 10 ou 15 minutes.

la réduction de la vitesse

Un autre axe d'optimisation de l'usage de la voiture peut sembler de réduire la vitesse de circulation des voitures. La ville de Paris affirme que : à Paris, la vitesse moyenne du métro est de 27 km/h et celle d'une voiture de 18 km/h.

Avec une vitesse moyenne de 18 km/h pour les voitures, le vélo est donc généralement un moyen de transport plus rapide que la voiture. La moindre présence de la voiture en ville permettrait d'améliorer la vitesse de circulation des services d'urgence que sont les ambulances, les pompiers ou la police.

une solution : le vélo !

Certes, le vélo bénéficie d'une bonne image mais nombreux sont ceux qui rechignent à emprunter le vélo pour se déplacer. En effet, pédaler demande des efforts physiques, mais surtout, le vélo souffre d'une image négative : le vélo en ville, c'est dangereux !. Or en vérité, de n'est pas le vélo en ville qui est dangereux, ce sont les voitures en ville qui sont dangereuses pour les vélos ! Ce glissement sémantique et syntaxique représente une nuance de taille ! De plus, il apparait qu'en réalité la pratique du vélo n'est pas très dangereuse (à l'inverse de la pratique du 2 roues motorisé) comme le montre ce document de la FUBicy.

En conclusion, on peut certes souhaiter améliorer le fonctionnement des voitures, réduire leur consommation, diminuer les distances parcourues ou encore la vitesse de circulation. Le fait est que les voitures sont congénitalement lourdes, les trajets urbains sont majoritairement déjà très courts, et la vitesse de circulation en ville est déjà faible.

C'est donc la relation de l'être humain à la voiture qu'il convient de modifier. La voiture n'est pas source de liberté, elle est source de dépendance. Il faut chercher à réduire notre dépendance envers la voiture et privilégier l'usage des transports en commun ou du vélo qui ont tous deux un meilleur bilan environnemental et un meilleur rendement énergétique. La qualité de vie de nos villes serait considérablement améliorée si les petits trajets étaient effectués en transports en commun ou en vélo plutôt qu'en voiture.

En définitive, nous serons amenés, volontairement ou non, à réduire nos déplacements, que ce soit en quantité, en vitesse ou en fréquence. Cette réduction étant inéluctable, ne vaut-il mieux pas s'y préparer et y contribuer activement, plutôt que sous la contrainte ?

mardi 10 mars 2009

énergie et climat : la fin de l'âge d'or ?

Si vous n'avez jamais assisté à une conférence de Jean-Marc Jancovici, ni lu ses livres, ni navigué sur son site internet, voici enfin l'occasion de vous rattraper.

En mars 2008, Jean-Marc Jancovici était invité par une grande entreprise à animer une conférence sur le thème : énergie et climat : la fin de l'âge d'or ?

Contrairement aux grands médias qui ont pour habitude d'aborder le sujet de manière fragmentée, Jean-Marc Jancovici aborde ici tous les aspects majeurs de la problématique. Citons en vrac :

  • c'est un problème de chiffres, d'ordre de grandeur
  • l'aspect démographique
  • la consommation d'énergie par personne
  • l'énergie ne vaut rien, elle est notre esclave énergétique et nous en sommes totalement dépendants
  • la problématique énergétique est une problématique d'énergie primaire
  • le nucléaire n'est qu'une toute petite partie du problème
  • la production de pétrole va décliner, c'est sûr !
  • ce n'est pas une problématique pour les générations futures, mais bien pour celles d'aujourd'hui
  • une production de pétrole qui plafonne, c'est déjà un évènement majeur dans notre économie basée sur la croissance
  • utiliser du charbon quand il n'y aura plus de pétrole serait la pire des solutions
  • le changement climatique est une réalité
  • le PIB est un mauvais outil comptable, il ne prend en compte ni les émissions de CO2 ni l'épuisement des énergies fossiles
  • le climat a une inertie très importante, supérieure à l'échelle d'une vie humaine
  • les simulations climatiques ne prennent pas en compte les aspects sociaux et humains qui résulteront du changement climatique
  • quelques degrés en plus ont un impact énorme sur le climat
  • le développement durable, ou plutôt soutenable, c'est autre chose que faire comme avant, mais avec un coup de peinture verte dessus
  • l'équation de Kaya indique que les variables d'ajustement sont :
    • le contenu en gaz carbonique de l'énergie
    • l'intensité énergétique de l'économie
    • la production par personne
    • la population
  • les énergies renouvelables ne peuvent pas remplacer les énergies fossiles à l'échelle de la consommation actuelle
  • l'énergie est de moins en moins chère alors que l'objectif de sobriété énergétique voudrait que son prix augmente artificiellement et régulièrement afin d'anticiper la pénurie

Pour comprendre vraiment la problématique liée à l'énergie et au climat, prenez le temps de visionner cette conférence d'excellente qualité : énergie et climat : la fin de l'âge d'or ?

jeudi 5 mars 2009

le lièvre et la tortue

Méfiez vous du pétrole pas cher ! nous avertit Jean-Marc Jancovici dans une tribune où il explique que la baisse récente du cours du pétrole ne doit pas nous détourner de la problématique centrale que constituent les transports dans le contexte environnemental et énergétique actuel.

aspect environnemental

L'ORAMIP - Observatoire Régional de l'Air en Midi-Pyrénées - a réalisé au printemps 2008 une étude afin d'évaluer l'exposition des personnes à la pollution de l'air dans différents moyens de transport : voiture, bus, métro, marche à pied et vélo.

Pour ce premier volet de l'étude, trente cinq déplacements, parmi les plus empruntés dans l'agglomération toulousaine sur le trajet domicile-travail, ont été étudiés aux heures de pointe et comparés aux concentrations enregistrées sur les sites de mesures fixes de l'ORAMIP.

Les premiers résultats obtenus sont identiques à ceux obtenus au cours d'une étude similaire à Paris : l'automobiliste au volant de son véhicule ainsi que ses passagers sont les plus exposés à la pollution de l'air.

tableau comparatif de la pollution liée aux différents modes de déplacement

Les concentrations mesurées pour chaque mode de déplacement montrent que l'automobiliste est le plus exposé à tous les polluants pris en compte (dioxyde d'azote, particules en suspension, monoxyde de carbone, benzène). La marche, le vélo et le bus forment le trio gagnant des modes de transport permettant d'échapper le mieux aux polluants.

graphique comparatif de la pollution liée aux différents modes de déplacement

Il est donc illusoire de croire que l'automobile constitue un cocon protecteur et isolant de la pollution extérieure. Plus la circulation est dense, plus l'automobiliste s'intoxique. A l'inverse, le cycliste - qui évolue souvent au sein du même milieu - bénéficie d'une position plus élevée et donc plus éloignée des pots d'échappement. Il est en outre plus agile, ce qui lui permet de ne jamais rester bloqué dans les bouchons, réduisant de ce fait le temps de parcours, donc la durée d'exposition.

aspect énergétique

D'un point de vue énergétique, une autre étude de mars 1973 publiée dans Scientific American compare le coût énergétique du déplacement d'une unité de masse donnée. Elle vise à évaluer le rendement énergétique de différents modes de déplacement.

graphique comparatif de l'énergie nécessaire aux différents modes de déplacement

On constate avec étonnement que le vélo est très performant. Il a un rendement supérieur à de nombreux animaux, dont le cheval - taillé pour la galop - et le dauphin - dont les qualités hydrodynamiques sont connues de tous les nageurs. Le vélo présente le double avantage de permettre d'échapper en partie à la pollution urbaine et de ne pas contribuer à celle-ci.

A l'inverse, l'automobile se retrouve plutôt mal placée, à peu près aussi performante qu'un homme à pied ou qu'un avion de transport. Ce dernier fait est intéressant à noter : l'automobile, l'avion de transport et l'homme à pied sont d'un rendement équivalent.

Il faut nuancer ce propos en insistant sur le fait qu'il y a 2 différences majeures entre l'homme à pied d'une part, et l'automobile et l'avion d'autre part :

  • l'homme à pied fonctionne à l'aide d'énergie renouvelable (la nourriture) quand l'automobile et l'avion fonctionnent à l'aide d'énergie non renouvelable (à base de pétrole),
  • l'homme à pied peut difficilement parcourir plus de 50 kilomètres par jour quand l'automobile et l'avion peuvent parcourir plusieurs milliers de kilomètres en une journée.

Le rendement d'un mode de transport ne fait donc pas tout. L'intérêt environnemental et énergétique d'un mode de transport réside avant tout dans les caractéristiques renouvelables et écologiques de l'énergie primaire utilisée par le mode de transport et dans la distance moyenne parcourue à l'aide de ce moyen de transport.

Nous nous déplaçons trop, et à l'aide d'une énergie non écologique et non renouvelable. Notre mode de vie - fortement dépendant de transports énergivores - n'est pas durable et il cessera un jour ou l'autre, que nous le voulions ou non. Il nous appartient de décider si on préfère faire le choix d'un autre mode de vie, ou d'y être contraint tôt ou tard.

Etes-vous plutôt lièvre ou plutôt tortue ? Qu'on se le dise, dans un monde où les ressources sont finies, la tortue a plus d'avenir que le lièvre ! L'espérance de vie des tortues (plus de 50 ans) et l'ancienneté de l'espèce des testudines (plus de 200 millions d'années) en sont la preuve !