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Tag - travail

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jeudi 2 février 2012

un usage du SMIC contre le salaire

Le SMIC a été instauré en 1970 comme un salaire minimum. L'étude intitulée un usage du SMIC contre le salaire montre comment il tend à devenir un salaire maximum.

En premier lieu, il convient de rappeler que l'employeur d'un salarié au SMIC bénéficie d'une importante exemption de cotisations sociales. Si l'on considère ces cotisations sociales comme du salaire mutualisé (ou socialisé), on est donc confronté à un double manque à gagner pour les salariés :

  • faible salaire direct
  • faible salaire indirect mutualisé

Là où l'employeur est doublement gagnant, les salariés sont doublement perdants.

Comme le signalent les bilans sociaux des centres externalisés étudiés, la main-d’oeuvre représente entre 70 et 80 % du chiffre d’affaires, les propos de notre DRH peuvent donc être pris au sérieux. Avec de tels pourcentages, on comprend alors tout l’intérêt des différents groupes à privilégier les formes réversibles de rémunération (les primes cf. infra) et surtout à profiter des opportunités légales propres à certains territoires ou sur toute la France comme l’exonération de cotisations sociales jusqu’à 1,6 SMIC. Précisément, les taux de cotisations patronales au régime général de la Sécurité sociale équivalent en moyenne à 30,3 % du salaire brut. Après exonération, ils sont alors compris dans une fourchette allant de 4,3 à 15,9 % du salaire brut. Cette politique, qui dans le discours gouvernemental et patronal a vocation à « pérenniser l’emploi en France », nuit au premier chef aux salariés puisque les exonérations sont équivalentes à une réduction du salaire total (salaire net plus cotisations sociales). Au surplus, la dotation budgétaire versée par l’État à la Sécurité sociale pour compenser ces exonérations revient, comme la TVA sociale d’ailleurs, à faire payer aux contribuables et donc majoritairement aux salariés ce que les employeurs devaient auparavant assumer.

Certains employeurs contournent la loi en payant leurs salariés en dessous du SMIC au prétexte de compléter le salaire fixe par des primes. On voit donc que si le SMIC constitue de plus en plus un salaire maximum, il ne constitue même plus un salaire minimum.

Les centres d’appels privilégient surtout la prime d’assiduité et la prime aux résultats. Afin de lutter contre un absentéisme important du fait des conditions de travail connues pour leur dureté, certains centres d’appels proposent une prime d’assiduité. Tel groupe par exemple, verse 50 € bruts mensuels si le salarié n’a aucun retard, aucun départ avant l’heure et aucune absence (autorisée ou non) dans le mois. Cette prime n’est pas qualifiée de « prime d’assiduité » ou « de présence », ce qui peut la faire entrer – alors qu’elle en est légalement exclue – dans l’assiette de vérification SMIC. Une telle pratique permet de ne pas respecter à la lettre le versement d’un montant de rémunération équivalent au SMIC quand bien même les absences de l’employé seraient justifiées. Cela change la signification de la prime : d’une récompense de la présence du salarié au cours du mois venant compléter le SMIC, elle devient une pénalité entamant le SMIC si le salarié a dû s’absenter. Mais surtout, elle permet à l’employeur de garder le SMIC comme horizon de rémunération des téléconseillers.

En conclusion, les avantages supposés du SMIC paraissent bien fades au regard de l'usage qui en est fait par les employeurs qui contournent la loi.

Le cas des centres d’appels montre à quel point le SMIC, loin de représenter « idéalement » une première rémunération, se constitue progressivement contre le salaire, c’est-­à-dire contre les cotisations sociales et les qualifications. Une carrière smicarde générant de faibles cotisations employeurs semble être le seul horizon des employés. Les primes réversibles n’ont pas vocation à faire décoller leur rémunération du SMIC et certaines d’entre-elles peuvent même rendre difficile l’exercice concret de droits comme les absences justifiées. Seules la réhabilitation politique des cotisations sociales et la promotion d’une véritable négociation collective de branche permettront de sortir les employés de leur destin de smicard pour leur reconnaître pleinement ce qu’ils sont déjà en substance : des salariés qualifiés.

Au delà de son propre salaire, il importe de lutter pour le salaire des autres, et en particulier les salaires les plus faibles. En augmentant les petits salaires, donc les cotisations sociales associées, on augmente finalement notre salaire global mutualisé !

mardi 15 novembre 2011

la semaine de quatre jours, solution à la crise ?

Pierre Larrouturou, ancien socialiste dorénavant membre d'Europe Ecologie revient sur les mesures de réduction du temps de travail : les 35 heures et les 32 heures.

Il défend l'idée que la principale cause du chômage réside dans les gains de productivité non reportés sur la réduction du temps de travail. Les délocalisations souvent évoquées par les politiciens pour justifier leur inaction ne seraient responsables que d'environ 15% des destructions d’emplois.

Le débat public se concentre actuellement sur la mondialisation (ou la démondialisation), mais la plupart des économistes reconnaissent que les délocalisations ne sont responsables que d’environ 15 % des destructions d’emplois. La vraie cause du chômage, ce sont les gains de productivité colossaux enregistrés depuis les années 1970. La productivité a été multipliée « seulement » par 2 entre 1820 et 1960, puis par 5 depuis 1960 grâce à la multiplication des robots et des ordinateurs. C‘est prodigieux ! Parallèlement, sur les quatre dernières décennies, le temps de travail hebdomadaire a quasiment stagné, alors qu’il avait presque diminué de moitié durant le siècle précédent. Mécaniquement, si la révolution de l’informatique ne s’est pas répercutée sur une réduction du temps de travail, elle s’est convertie en destructions d’emplois.

Son article intitulé la semaine de quatre jours, solution à la crise ? mérite une lecture attentive.

lundi 18 avril 2011

notre modèle actuel de croissance crée des dommages irréversibles sur l'environnement

L'économiste britannique Tim Jackson critique la culture de la consommation et l'obsession de la productivité.

Dans son article notre modèle actuel de croissance crée des dommages irréversibles sur l'environnement, il explique les limites de la croissance et les moyens de faire évoluer le modèle économique actuel.

Son avis est sans appel sur les moyens de lutter contre le chômage :

Le capitalisme actuel poursuit l'augmentation continue de la productivité du travail, si bien qu'on produit la même chose avec toujours moins de gens. Si vous acceptez cette idée que la hausse de la productivité est la clé du progrès économique, vous n'avez que deux options : l'une c'est d'avoir moins d'emplois dans l'économie, l'autre est d'en avoir autant, ce qui signifie toujours plus de croissance - qui se heurte aux limites des ressources et de l'environnement. Le choix est donc soit de conserver la croissance de la productivité et d'admettre par conséquent qu'il y aura moins de travail dans l'économie, ce qui signifie la mise en place de politiques de réduction du temps de travail ; soit opter pour la fin de la hausse de la productivité, et développer les services sociaux - éducation, aide sociale, maintien des espaces publics, rénovation des bâtiments, etc.

Faut-il alors poursuivre la recherche d'une meilleure productivité et d'une meilleure compétitivité ? Ou est-ce qu'on change de paradigme ?

jeudi 14 avril 2011

partage des richesses, partage du travail

Les attaques récurrentes contre les 35 heures françaises prennent souvent le prétexte que les travailleurs français travaillent moins que leurs homologues et que cela grèverait la compétitivité française.

Méfions nous des idées reçues, surtout de celles dont on ignore l'expéditeur.

Suivons les conseils de ce dicton et voyons si les attaques contre les 35 heures se basent sur des faits avérés.

Pierre Larrouturou, dans un article au titre très explicite : Non, il n'est pas vrai qu'on travaille moins en France qu'ailleurs, démontre que les Français ne sont pas moins travailleurs que les Étasuniens ou que les Allemands.

On peut au passage noter que les Français ont - sans le savoir - opté pour un partage du travail très inégal : d'un côté ceux qui ont un travail et qui travaillent beaucoup, d'un autre côté ceux qui sont au chômage et qui ne travaillent pas ou peu. Les Allemands ont opté pour une autre solution pendant la crise financière en 2009 : les entreprises allemandes ont choisi de diminuer le temps de travail de leurs salariés plutôt que d'en licencier certains et de laisser les autres à temps plein. Deux pays frontaliers, deux réponses politiques et sociales différentes.

Alternatives Economiques démonte également les idées reçues et les propos d'Hervé Novelli dans un article intitulé : 35 heures : les contresens d'Hervé Novelli. L'article montre clairement que le coût du travail est plus bas en France qu'en Allemagne.

La conclusion de l'article est éloquente :

Comme l'écrivait Jean-Claude Bayol dans un récent courrier des lecteurs d'Alternatives Economiques (numéro de janvier 2011), justement à propos des « grands médias » et des 35 heures : « Je suis au regret de constater que leurs journalistes laissent assez souvent dire n'importe quoi à leurs interviewés, sans les reprendre, ni au cours de l'entretien, ni dans un commentaire annexe. »

Plus que jamais, il importe de conserver sa capacité à douter et son esprit critique à la lecture de la presse.

mercredi 17 mars 2010

de la valeur ignorée des métiers

Un article court et percutant de Pierre Rimbert pose la question qui fâche :

A force d’évaluer toutes choses et toutes gens à l’aune de leur rendement monétaire — que rapportez-vous aux actionnaires ? —, il était fatal qu’on retournât un jour la question aux évaluateurs, mais posée d’un autre point de vue : que rapportez-vous à la société ?

Et vous, quel est le rendement social de votre métier ?

mercredi 23 décembre 2009

depuis 30 ans, les salaires baissent, sauf au sommet

Depuis 30 ans, les salaires baissent, sauf au sommet.

Les salariés le ressentaient, intuitivement, sans pouvoir facilement fournir des données factuelles pour appuyer leurs dires. Jacques Sapir propose ici un article sérieux et argumenté explique comment et pourquoi cette baisse des salaires s'est opérée en 3 phases distinctes :

On peut alors distinguer trois phases relativement distinctes dans ce processus et qui indiquent que des éléments différents ont joué suivant les époques.

Tout d’abord, le brutal ajustement du partage de la valeur ajoutée initié par Jacques Delors en 1982-83 et qui s’est prolongé durant le premier septennat de François Mitterrand. C’est bien lui qui a provoqué – au nom il faut le rappeler de l’Europe – la grande montée du chômage que l’on a connu dans la seconde moitié des années 1980.

Ensuite, une phase de stagnation des salaires réels, liée au chômage de masse que l’on connaît à la fin de cette première phase et qui sera relayé par la politique dite de « franc fort » pour réussir les conditions de l’entrée dans la zone Euro.

Enfin, une troisième phase qui commence vers 1997 et dans laquelle nous sommes toujours plongés. Elle voit cette fois les salaires évoluer sous la contrainte des importations de produits issus des pays à faibles coûts salariaux. Ceci se traduit par un accroissement plus faible du salaire moyen que celui de la productivité et une quasi-stabilité pour le salaire médian (ce phénomène étant particulièrement sensible dans l’industrie manufacturière). Dans cette phase, l’épisode des 35 heures a bien joué un rôle correctif, mais celui-ci a été limité.

Cela rejoint l'analyse de François Ruffin dans l'article partage des richesses, la question taboue.

lundi 7 décembre 2009

le livre qui dynamite les idées reçues sur le travail

La France du travail, le livre qui dynamite les idées reçues sur le travail :

  • c'est la croissance qui crée l'emploi
  • la réduction du temps de travail est néfaste pour l'emploi
  • le marché du travail est trop rigide
  • le coût du travail est trop élevé
  • la sortie de crise est à portée de main

Pour assister au dynamitage de ces idées reçues, allez lire l'article sur le site de Michel Husson.

mercredi 23 septembre 2009

travailler plus pour payer plus d'impôts !

Plume de presse nous présente dans un très bon billet une étude menée par la fondation Terra Nova. Cette étude porte sur l'évolution des prélèvements obligatoires depuis 2002, elle démonte clairement quelques idées reçues :

Il n’y a pas eu de baisse des impôts en France depuis 2002.

La politique fiscale est marquée par une forte baisse des impôts au profit des ménages les plus aisés. Les deux-tiers des baisses d’impôts de la période, soit 20 milliards d’euros par an sur un total de 30, ont été fléchés vers les plus riches.

La politique fiscale a été orientée vers la rente, en contradiction avec l’objectif affiché de revaloriser le travail.

Il est heureux de constater que des citoyens comme Plume de presse effectuent un véritable travail de décryptage, à contre courant des média dominants.

jeudi 19 février 2009

le travail moderne est incompatible avec une vie épanouie

De nos jours, pour beaucoup, la vie quotidienne est une course, une course après le temps où chacun doit jongler entre :

  • sa vie privée
    • sa vie personnelle
    • sa vie amicale et familiale
    • sa vie associative
  • sa vie professionnelle

Et qui n'a pas entendu un ami, un collègue, un parent lui répondre : j'ai pas l'temps !

C'est pourtant faux, on a tous du temps, on a tous le même temps, on a tous 24 heures par jour dont on dispose pour faire ce qu'on veut.

Seulement, certains choix nous engagent. Ces engagements à plus ou moins long terme nous amènent à considérer que ces contraintes s'imposent à nous alors que c'est nous-même qui nous les sommes imposées un jour, en faisant un choix.

Et il faut bien avouer que la manière dont on fait des choix donne souvent la priorité à la vie professionnelle. Et cette vie professionnelle est chronophage, le travailleur-fou ne butera jamais contre une limite maximale, il ne trouvera que rarement un chef pour lui dire de travailler moins, de rentrer chez lui. Augmenter le chiffre d'affaire, maximiser les bénéfices, assurer la part variable implique de travailler plus. Parfois ce n'est pas l'appât du gain mais la précarité qui implique de travailler plus (sans gagner plus). A chaque fois pourtant, c'est la vie privée qui en pâti.

Pourtant, une fois qu'on est riche, qu'on a une belle situation, qu'on est physiquement et moralement usé, qu'on est vieux, est-ce qu'on est bien avancé si on a tout au long de sa vie négligé sa vie personnelle, si on a perdu de vue ses amis et qu'on a l'impression de ne pas avoir vu grandir sa famille, si on a pris aucun engagement associatif ou militant (qui est l'essence même de la citoyenneté) ?

Les gains de productivités devraient permettre une réduction du temps de travail et un meilleur partage du travail. Au lieu de cela, ces gains de productivité sont toujours mis au service de l'augmentation de l'activité de l'entreprise. On produit plus avec autant de monde, ou on licencie et on produit autant avec moins de monde. Mais jamais on ne fera le choix de produire autant, avec autant de monde, mais en moins longtemps, de manière à libérer du temps libre.

En 1936, le front populaire vote les 40 heures de travail hebdomadaires. Aujourd'hui, la durée légale du travail est de 48 heures, beau progrès ! Comment ont été utilisés les gains de productivité accumulés depuis 1936 ? Ils ont permis de faire redémarrer l'économie après la seconde guerre mondiale, d'élever le niveau de vie des Français, jusqu'à l'emballement économique de ces dernières décennies. Mais ils n'ont pas été utilisés pour développer ou améliorer la qualité de vie des citoyens.

La seule initiative en faveur de la réduction du temps de travail, les 35 heures, a rapidement été compensée par le déplafonnement des heures supplémentaires et leur défiscalisation. Le débat sur le travail le dimanche vise - in fine - à transformer le dimanche en un jour travaillé comme les autres.

Il existe un moyen d'éviter d'atteindre le NAIRU, d'éviter d'avoir affaire à des citoyens trop instruits et en mesure de remettre en cause les orientations des gouvernements, d'éviter que l'activité non-marchande ne se développe, d'inciter le citoyen à muter en consommateur et à devenir dépendant de ce qu'il achète et frustré de ce qu'il n'a pas encore acheté.

Ce moyen simple, c'est augmenter la charge de travail, c'est précariser le travailleur et le chômeur pour les amener à s'intéresser au menu du soir plutôt qu'à un projet démocratique leur permettant d'améliorer leur qualité de vie. C'est rendre le travail est incompatible avec une vie épanouie.

lundi 24 novembre 2008

le travail le dimanche

En septembre 2008, un institut de sondage a été mandaté pour mieux connaître l'avis des Français vis-à-vis de l'ouverture des magasins le dimanche. La méthodologie utilisée et le détail des résultats sont présentés dans le rapport publié par l'institut de sondage.

Le sondage est constitué de quatre questions :

  1. Personnellement, êtes-vous favorable à l'ouverture de magasins le dimanche ?
  2. Savez-vous qu'aujourd'hui la plupart des magasin n'ont pas le droit d'ouvrir le dimanche. Personnellement, êtes-vous favorable à un assouplissement de la législation sur ce sujet afin que des magasins puissent ouvrir le dimanche ?
  3. Si davantage de magasins étaient ouverts le dimanche, vous-même feriez-vous des courses dans ces magasins le dimanche ?
  4. Travailler le dimanche est payé davantage qu'en semaine. Si votre employeur vous proposait de travailler le dimanche, accepteriez-vous ?

Les question portent sur les thèmes suivants :

  1. L'adhésion à l'ouverture des magasins le dimanche. Ce premier thème aborde le sujet dans sa globalité, sans positionner la question du point de vue du client ou du travailleur.
  2. L'adhésion à un assouplissement de la législation sur l'ouverture des magasins le dimanche. Ce second thème aborde l'aspect règlementaire, sans positionner non plus la question ni du point de vue du client ou du travailleur.
  3. L'intention de fréquentation des magasins le dimanche. Ce troisième aborde l'aspect pratique du point de vue du client.
  4. L'intention de travailler le dimanche. Ce quatrième thème aborde l'aspect pratique du point de vue du travailleur.

Les résultats sont ensuite présentés en fonction :

  • de l'évolution de la réponse dans le temps (en lien avec des sondages antérieurs)
  • du type de tissus urbain (communes rurales, agglomérations de province, agglomération parisienne)
  • de critères sociologiques (sexe, age, profession, région, proximité politique)
  • des réponses aux questions précédentes

l'adhésion à l'ouverture des magasins le dimanche

Cette question ne positionne la personne interrogée ni du point de vue du client ni du point de vue du travailleur. Chacun se positionne donc naturellement en fonction de son métier et de la probabilité qu'il a de travailler le dimanche : si cette probabilité est faible il se positionnera en tant que client, si elle est forte il se positionnera en tant que travailleur.

L'agglomération parisienne est ici très favorable à l'ouverture des magasins le dimanche. Les agglomérations de province sont beaucoup plus partagées (50/50). Quant aux communes rurales, elles sont majoritairement contre.

Mais allons plus loin et regardons de plus près les réponses possibles :

  • tout à fait favorable
  • plutôt favorable
  • plutôt pas favorable
  • pas favorable du tout
  • ne se prononce pas

Tout d'abord, il n'y a aucune réponse ne se prononce pas, tout le monde a un avis. C'est plutôt étonnant car il y a habituellement toujours une part de non-réponse...

Ensuite, on constate que les personnes favorables sont majoritairement plutôt favorable et plus rarement tout à fait favorable. Inversement, lorsqu'elles sont pas favorable, elles sont majoritairement pas favorable du tout et plus rarement plutôt pas favorable. Autrement dit, ceux qui sont d'accord sont plutôt assez d'accord tandis que ceux qui ne sont pas d'accord sont plutôt pas d'accord du tout. C'est un premier point qui relativise déjà les gros titres de la presse.

l'adhésion à un assouplissement de la législation sur l'ouverture des magasins le dimanche

Cette question est la question centrale du sondage car elle porte précisément sur l'objectif visé par le gouvernement : assouplir la législation sur l'ouverture des magasins le dimanche.

Cette question ne positionne pas non plus la personne interrogée ni du point de vue du client ni du point de vue du travailleur. Chacun se positionne donc encore une fois naturellement en fonction de son métier et de la probabilité qu'il a de travailler le dimanche. Cette question est mise en perspective dans le temps avec les résultats de sondages précédents (mai 2004, juin 2006, décembre 2007 et mai 2008). Etrangement, cette question n'a pas été posée lors du sondage (septembre 2008) mais uniquement lors des sondages précédents. On peut également relever que ces sondages sont fréquents, preuve que la volonté du gouvernement à assouplir le droit du travail est forte, dans la continuité de ses actions sur la casse du droit du travail en général.

Ensuite, on peut voir que les avis favorables à l'assouplissement de la législation sont en forte baisse en 2008. Après être passé par un maximum en décembre 2008, les résultats sont maintenant mitigés avec 50% des personnes interrogées plutôt pas favorables à un assouplissement de la législation contre seulement 49% favorables. Cela a rarement été mentionné dans les médias ayant titré sur le sondage alors que la tendance est plutôt au refus de l'assouplissement de la législation.

Parmi les indicateurs sociologiques regroupant le plus fort taux (supérieurs à 50%) de personnes défavorables à un assouplissement de la législation, on trouve :

  • les ouvriers et les professions intermédiaires
  • les communes rurales
  • les gens de gauche et ceux sans proximité politique

Parmi les indicateurs sociologiques regroupant le plus fort taux (supérieurs à 60%) de personnes favorables à un assouplissement de la législation, on trouve :

  • les personnes de profession libérale, les cadres et les retraités
  • l'agglomération parisienne
  • les gens de droite

On retrouve pour les avis défavorables les personnes dont la profession les amènera le plus probablement à travailler le dimanche, les habitants des communes rurales qui ne passent pas leur temps dans les centres commerciaux et qui ont d'autres centres d'intérêt, les gens de gauche qui ont peut-être conscience de l'importance du lien social et les gens sans proximité politique qui sont peut-être désabusés des manigances politiques et ne souhaitent pas se faire avoir une fois de plus.

Il semble se dessiner deux tendances, selon que les personnes interrogées soient susceptibles ou non de travailler le dimanche. Autrement dit, les réponses varient selon que les personnes interrogées se considèrent comme client potentiel ou comme travailleur potentiel. Nous allons pouvoir vérifier cette hypothèse avec les deux dernières questions qui sont clairement orientées du point de vue du client pour l'une et du point de vue du travailleur pour l'autre.

l'intention de fréquentation des magasins le dimanche

Les réponses à cette question sont intéressantes car elles font apparaître que les Français n'ont pas une attente forte vis-à-vis de l'ouverture des magasins le dimanche. Ils souhaitent principalement pouvoir les fréquenter occasionnellement, en dépannage. En effet, si près d'un tiers des personnes interrogées ont l'intention de ne jamais fréquenter les magasins le dimanche, seul 24% ont l'intention de les fréquenter souvent ou très régulièrement. Le reste, c'est à dire 44% des personnes interrogées, n'auraient l'intention de les fréquenter que de manière occasionnelle, comme on fréquente déjà aujourd'hui le petit épicier du coin, ouvert le dimanche et le soir tard.

Les réponses des Franciliens se distinguent nettement celles des communes rurales et des agglomérations de province. Les Franciliens semblaient dans les questions précédentes beaucoup plus favorables à l'ouverture des magasins le dimanche, or ils ne sont que 30% (moins d'un tiers) à avoir l'intention de fréquenter souvent ou très régulièrement les magasins le dimanche. On est donc dans un schéma où les Français souhaitent pouvoir se rendre occasionnellement dans les magasins le dimanche, comme c'est déjà le cas pour bon nombre de magasins. Il serait ici intéressant de connaître le type de magasins que les Français souhaiteraient pouvoir fréquenter le dimanche.

Croiser les réponses à cette question avec les réponses à la première question n'apporte pas beaucoup d'informations supplémentaires sinon l'évidence que les personnes les plus favorables à l'ouverture des magasins le dimanche sont également les personnes ayant l'intention de les fréquenter le plus souvent le dimanche.

Les indicateurs sociologiques nous apportent un éclairage intéressant : les jeunes (de 18 à 24 ans) sont les plus enclins à souhaiter fréquenter souvent les magasins le dimanche. Le taux d'activité étant faible dans cette classe d'âge à cause du chômage important et des étudiants, il faut peut-être voir un lien entre le temps libre des jeunes et leur souhait de pouvoir aussi passer le temps dans les magasins le dimanche. Cela correspondrait alors non pas à une nécessité mais à une envie, ce qui change fondamentalement la donne.

l'intention de travailler le dimanche

On aborde ici une question importante du sondage. En effet, pour ouvrir un magasin, il faut bien que certains travaillent dans ces magasins. Il faut noter que la question est biaisée par une formulation trompeuse : Si votre employeur vous proposait de travailler le dimanche, accepteriez-vous ? Or le contrat de travail induit un lien de subordination entre l'employeur et l'employé. L'employeur ne propose pas, il demande. Dans les faits, si l'employeur peut proposer à l'employé, il reste décisionnaire en cas de désaccord avec ce dernier, dans la limite du code du travail (celui justement que le gouvernement souhaite assouplir).

Un tiers des personnes interrogées n'accepteraient jamais de travailler le dimanche.

La moitié des personnes interrogées sont prêtes à travailler de temps en temps, si on le leur propose. Mais que signifie de temps en temps dans ce cadre là : 2 fois par an, 10 fois par an ou 52 fois par an ? C'est une information qui aurait dû faire l'objet d'une question supplémentaire afin de fixer des limites malgré le projet de révision du code du travail.

De plus, est-ce que les 84% des personnes interrogées qui sont prêtes à travailler toujours ou de temps en temps le font par conviction et de leur propre volonté ou bien sont-ils contraints pour ne pas se faire licencier ou pour des raisons budgétaires et de salaires trop faibles ? Cette information aurait également pu faire l'objet d'une question supplémentaire. Il est en effet très différent d'assouplir le code du travail pour permettre l'ouverture des magasins le dimanche et d'augmenter le salaire minimum alors que les deux actions conduisent à augmenter le revenu des travailleurs. Quelles auraient été les réponses à la question : Si votre employeur vous obligeait à travailler le dimanche, accepteriez-vous ?

Il aurait été intéressant de pouvoir croiser ces résultats avec le fait que les personnes interrogés travaillent déjà le dimanche ou non. Ce critère aurait d'ailleurs dû faire partie des critères de représentativité de l'échantillon. Sachant qu'un quart des Français travaillent déjà le dimanche, peut-être finalement que les Français sont satisfaits de la situation actuelle, et que le statu quo leur conviendrait parfaitement, si toutefois cette éventualité leur était proposée.

en conclusion

Les Parisiens, les citadins, les CSP aisées sont globalement favorables à l’ouverture des magasins le dimanche car ils estiment qu’ils ne seront probablement pas amenés à travailler le dimanche. Ils trouvent appréciable de pouvoir fréquenter occasionnellement des magasins le dimanche. Si le sondage le leur propose, pourquoi refuser ? Encore une fois, l'ouverture des magasins le dimanche n'apparaît ici pas comme une nécessité mais comme un gain de souplesse appréciable de manière occasionnelle.

Pour les moins riches, les banlieusards, les ruraux, les plus probablement visés par cette réforme et le plus fortement contraints par leur milieu professionnel, sont beaucoup moins enthousiastes à cette idée car ils craignent de se trouver plus souvent derrière la caisse-enregistreuse que derrière le caddie.

En mettant en avant certaines réponses plutôt que d'autres, les média tentent de donner de la visibilité à ceux qui profiteront de l’ouverture des magasins le dimanche en étant clients alors que ceux qui seront réellement amenés à travailler le dimanche sont bien moins enthousiastes.

Mais finalement, si les gens souhaitent aller faire leurs courses le samedi ou le dimanche, peut-être y a-t-il un problème dans le mode de vie des travailleurs aujourd’hui ! C'est ici que se cache la vraie question. Celui qui travaille toute la semaine, avec deux heures de transport par jour, souhaite évidemment pouvoir faire ces courses le samedi ou le dimanche car il n'a simplement pas le temps de les faire à un autre moment. Mais la véritable problématique, c’est le mode de vie auquel il est contraint !

La vie ne se résume pas à la vie économique. Ne pas pouvoir se passer des magasins au moins un jour par semaine, c’est mettre en évidence que l'organisation du travail est problématique. Alors passons rapidement sur le débat de l'ouverture des magasins le dimanche et parlons plutôt des véritables questions comme les horaires de travail, le travail précaire, le salaire minimum et le partage des richesses entre le capital et le travail (surtout si le travail le dimanche devait être à l'origine d'une hausse des prix !).

Rien ne sert de libérer une croissance déjà sauvage si elle est à l'origine des problèmes qui servent de prétexte à la libération de ladite croissance !

D'autres analyses des résultats de ce sondage présentent les mêmes réserves que ce billet où en soulèvent d'autres :

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