si, c'est vrai !

les paradis fiscaux, pierre angulaire du système financier mondial

En 1996, sept grands magistrats anti-corruption lancent l’appel de Genève. 12 ans après, le bilan de Renaud Van Ruymbeke est bien maigre :

  • Quel bilan tirez-vous douze ans après l’appel de Genève ?

Le bilan n’est pas totalement négatif. Des structures ont été mises en place, comme Eurojust. Des magistrats de liaisons nous facilitent la tâche, mais, fondamentalement, nous n’avons pas créé les outils : parquet européen, espace judiciaire européen, levée du secret bancaire dans un certain nombre de pays qui font partie de l’Union européenne. On se heurte toujours aux mêmes obstacles. Les enquêtes n’aboutissent pas, la plupart du temps.

13 associations ont créé une plate-forme paradis fiscaux et judiciaires qui fédère les initiatives et les informations liées aux paradis fiscaux et judiciaires. En avril 2007, cette plateforme a publié une brochure permettant de mieux comprendre les mécanismes liés aux paradis fiscaux et judiciaires et leurs impacts sur l’économie mondiale.

Le site paradisfj.info est un portail complet proposant beaucoup d’informations et de liens.

On notera que les chambres de compensation comme Clearstream ou Euroclear sont intimement liées aux paradis fiscaux et judiciaires. Ces chambres de compensation sont en quelque sorte de l’huile des rouages de la finance internationale. Mieux contrôler cette huile permettrait probablement d’assainir la finance internationale. Par ailleurs, alors que Clearstream était empêtrée dans l’affaire Clearstream 1 (une affaire financière), l’affaire Clearstream 2 (une affaire politico-financière) est opportunément venue occuper le devant de la scène médiatique tandis que l’affaire Clearstream 1 a été mise en retrait (les quelques procédures judiciaires se terminant par un non-lieu). Cela laisse présumer de protections discrètes mais puissantes envers les chambres de compensation mais surtout de l’absence de volonté politique forte de reprendre la main sur ce sujet sensible mais capital.

stopper la montée de l'insignifiance

Cornélius Castoriadis est un philosophe, économiste et psychanalyste français du siècle dernier dont le propos reste totalement d’actualité. Ce billet est l’occasion de découvrir ou de redécouvrir ce penseur qui promouvait l*'éducation citoyenne*.

la citoyenneté

Il y a la merveilleuse phrase d’Aristote : « Qui est citoyen ? Est citoyen quelqu’un qui est capable de gouverner et d’être gouverné. » Il y a des millions de citoyens en France. Pourquoi ne seraient-ils pas capables de gouverner ? Parce que toute la vie politique vise précisément à le leur désapprendre, à les convaincre qu’il y a des experts à qui il faut confier les affaires. Il y a donc une contre-éducation politique. Alors que les gens devraient s’habituer à exercer toutes sortes de responsabilités et à prendre des initiatives, ils s’habituent à suivre ou à voter pour des options que d’autres leur présentent. Et comme les gens sont loin d’être idiots, le résultat, c’est qu’ils y croient de moins en moins et qu’ils deviennent cyniques.

Dans les sociétés modernes, depuis les révolutions américaine (1776) et française (1789) jusqu’à la seconde guerre mondiale (1945) environ, il y avait un conflit social et politique vivant. Les gens s’opposaient, manifestaient pour des causes politiques. Les ouvriers faisaient grève, et pas toujours pour de petits intérêts corporatistes. Il y avait de grandes questions qui concernaient tous les salariés. Ces luttes ont marqué ces deux derniers siècles.

On observe un recul de l’activité des gens. C’est un cercle vicieux. Plus les gens se retirent de l’activité, plus quelques bureaucrates, politiciens, soi-disant responsables, prennent le pas. Ils ont une bonne justification : « Je prends l’initiative parce que les gens ne font rien. » Et plus ils dominent, plus les gens se disent : « C’est pas la peine de s’en mêler, il y en a assez qui s’en occupent, et puis, de toute façon, on n’y peut rien. »

le capitalisme

Si le capitalisme avait été laissé à lui-même, il se serait effondré cent fois. Il y aurait eu une crise de surproduction tous les ans. Pourquoi ne s’est-il pas effondré ? Parce que les travailleurs ont lutté, ont imposé des augmentations de salaire, ont créé d’énormes marchés de consommation interne. Ils ont imposé des réductions du temps de travail, ce qui a absorbé tout le chômage technologique. On s’étonne maintenant qu’il y ait du chômage. Mais depuis 1940 le temps de travail n’a pas diminué.

Les libéraux nous disent : « Il faut faire confiance au marché. » Mais les économistes académiques eux-mêmes ont réfuté cela dès les années 30. Ces économistes n’étaient pas des révolutionnaires, ni des marxistes ! Ils ont montré que tout ce que racontent les libéraux sur les vertus du marché, qui garantirait la meilleure allocation possible des ressources, la distribution des revenus la plus équitable, ce sont des aberrations ! Tout cela a été démontré.

la démocratie

L’idée selon laquelle il n’y a pas de spécialiste de la politique et que les opinions se valent est la seule justification raisonnable du principe majoritaire. Donc, chez les Grecs, le peuple décide et les magistrats sont tirés au sort ou désignés par rotation. Pour les activités spécialisées - construction des chantiers navals, des temples, conduite de la guerre -, il faut des spécialistes. Ceux-là, on les élit. C’est cela, l’élection. Election veut dire « choix des meilleurs ». Là intervient l’éducation du peuple. On fait une première élection, on se trompe, on constate que, par exemple, Périclès est un déplorable stratège, eh bien on ne le réélit pas ou on le révoque.

Mais il faut que la doxa soit cultivée. Et comment une doxa concernant le gouvernement peut-elle être cultivée ? En gouvernant. Donc la démocratie - c’est important - est une affaire d’éducation des citoyens, ce qui n’existe pas du tout aujourd’hui.

la politique et l’économie

Récemment, un magazine a publié une statistique indiquant que 60 % des députés, en France, avouent ne rien comprendre à l’économie. Des députés qui décident tout le temps ! En vérité, ces députés, comme les ministres, sont asservis à leurs techniciens. Ils ont leurs experts, mais ils ont aussi des préjugés ou des préférences. Si vous suivez de près le fonctionnement d’un gouvernement, d’une grande bureaucratie, vous voyez que ceux qui dirigent se fient aux experts, mais choisissent parmi eux ceux qui partagent leurs opinions. C’est un jeu complètement stupide et c’est ainsi que nous sommes gouvernés.

Les institutions actuelles repoussent, éloignent, dissuadent les gens de participer aux affaires. Alors que la meilleure éducation en politique, c’est la participation active, ce qui implique une transformation des institutions qui permette et incite à cette participation.

L’éducation devrait être beaucoup plus axée vers la chose commune. Il faudrait comprendre les mécanismes de l’économie, de la société, de la politique, etc. Les enfants s’ennuient en apprenant l’histoire alors que c’est passionnant. Il faudrait enseigner une véritable anatomie de la société contemporaine, comment elle est, comment elle fonctionne. Apprendre à se défendre des croyances, des idéologies.

l’écologie

Or, aujourd’hui, il y a une libération dans tous les sens du terme par rapport aux contraintes de la socialisation des individus. On est entré dans une époque d’illimitation dans tous les domaines, et c’est en cela que nous avons le désir d’infini. Cette libération est en un sens une grande conquête. Il n’est pas question de revenir aux sociétés de répétition. Mais il faut aussi - et c’est un très grand thème - apprendre à s’autolimiter, individuellement et collectivement. La société capitaliste est une société qui court à l’abîme, à tous points de vue, car elle ne sait pas s’autolimiter. Et une société vraiment libre, une société autonome, doit savoir s’autolimiter, savoir qu’il y a des choses qu’on ne peut pas faire ou qu’il ne faut même pas essayer de faire ou qu’il ne faut pas désirer.

Nous vivons sur cette planète que nous sommes en train de détruire, et quand je prononce cette phrase je songe aux merveilles, je pense à la mer Egée, je pense aux montagnes enneigées, je pense à la vue du Pacifique depuis un coin d’Australie, je pense à Bali, aux Indes, à la campagne française qu’on est en train de désertifier. Autant de merveilles en voie de démolition. Je pense que nous devrions être les jardiniers de cette planète. Il faudrait la cultiver. La cultiver comme elle est et pour elle-même. Et trouver notre vie, notre place relativement à cela. Voilà une énorme tâche. Et cela pourrait absorber une grande partie des loisirs des gens, libérés d’un travail stupide, productif, répétitif, etc. Or cela est très loin non seulement du système actuel mais de l’imagination dominante actuelle. L’imaginaire de notre époque, c’est celui de l’expansion illimitée, c’est l’accumulation de la camelote - une télé dans chaque chambre, un micro-ordinateur dans chaque chambre -, c’est cela qu’il faut détruire. Le système s’appuie sur cet imaginaire- là.

Extraits d’un entretien avec Cornélius Castoriadis paru dans le Monde Diplomatique en août 1998.

la privatisation de la poste

A l’heure de la débâcle financière, le gouvernement français vient d’annoncer que le projet de privatisation de la poste n’était plus d’actualité mais simplement retardé.

Un document synthétique et didactique publié par AITEC, Attac France, Fondation Copernic explique pourquoi la privatisation de la poste n’est ni nécessaire, ni obligatoire, ni inéluctable mais qu’elle s’inscrit dans une dimension supranationale qui ne repose sur aucun fondement solide :

Il faut donc procéder par étapes, tout en martelant que la libéralisation est indispensable, qu’elle entraîne la modernisation, la baisse des prix et la création d’emplois, déclaration relevant plus de la foi que de la réalité. D’ailleurs, les hérauts de la concurrence ont bien du mal à trouver des preuves, et l’avouent parfois naïvement, à l’image de la Commission européenne et de son Livre vert sur les services d’intérêt général (2003) : « On ne dispose pas encore d’éléments suffisants pour évaluer l’incidence à long terme de l’ouverture des services d’intérêt général à la concurrence, mais rien ne prouve dans les informations disponibles que la libéralisation ait exercé un effet négatif sur leur performance globale, du moins en ce qui concerne l’accessibilité tarifaire et la fourniture d’un service universel. »

La crise financière a au moins l’heur de reporter une date ultérieure les privatisations d’entreprises publiques. Il faut profiter de ce répit pour défendre le service public qu’est encore la poste !

le travail le dimanche

En septembre 2008, un institut de sondage a été mandaté pour mieux connaître l’avis des Français vis-à-vis de l’ouverture des magasins le dimanche. La méthodologie utilisée et le détail des résultats sont présentés dans le rapport publié par l’institut de sondage.

Le sondage est constitué de quatre questions :

  1. Personnellement, êtes-vous favorable à l’ouverture de magasins le dimanche ?
  2. Savez-vous qu’aujourd’hui la plupart des magasin n’ont pas le droit d’ouvrir le dimanche. Personnellement, êtes-vous favorable à un assouplissement de la législation sur ce sujet afin que des magasins puissent ouvrir le dimanche ?
  3. Si davantage de magasins étaient ouverts le dimanche, vous-même feriez-vous des courses dans ces magasins le dimanche ?
  4. Travailler le dimanche est payé davantage qu’en semaine. Si votre employeur vous proposait de travailler le dimanche, accepteriez-vous ?

Les question portent sur les thèmes suivants :

  1. L’adhésion à l’ouverture des magasins le dimanche. Ce premier thème aborde le sujet dans sa globalité, sans positionner la question du point de vue du client ou du travailleur.
  2. L’adhésion à un assouplissement de la législation sur l’ouverture des magasins le dimanche. Ce second thème aborde l’aspect règlementaire, sans positionner non plus la question ni du point de vue du client ou du travailleur.
  3. L’intention de fréquentation des magasins le dimanche. Ce troisième aborde l’aspect pratique du point de vue du client.
  4. L’intention de travailler le dimanche. Ce quatrième thème aborde l’aspect pratique du point de vue du travailleur.

Les résultats sont ensuite présentés en fonction :

  • de l’évolution de la réponse dans le temps (en lien avec des sondages antérieurs)
  • du type de tissus urbain (communes rurales, agglomérations de province, agglomération parisienne)
  • de critères sociologiques (sexe, age, profession, région, proximité politique)
  • des réponses aux questions précédentes

l’adhésion à l’ouverture des magasins le dimanche

Cette question ne positionne la personne interrogée ni du point de vue du client ni du point de vue du travailleur. Chacun se positionne donc naturellement en fonction de son métier et de la probabilité qu’il a de travailler le dimanche : si cette probabilité est faible il se positionnera en tant que client, si elle est forte il se positionnera en tant que travailleur.

L’agglomération parisienne est ici très favorable à l’ouverture des magasins le dimanche. Les agglomérations de province sont beaucoup plus partagées (50/50). Quant aux communes rurales, elles sont majoritairement contre.

Mais allons plus loin et regardons de plus près les réponses possibles :

  • tout à fait favorable
  • plutôt favorable
  • plutôt pas favorable
  • pas favorable du tout
  • ne se prononce pas

Tout d’abord, il n’y a aucune réponse ne se prononce pas, tout le monde a un avis. C’est plutôt étonnant car il y a habituellement toujours une part de non-réponse…

Ensuite, on constate que les personnes favorables sont majoritairement plutôt favorable et plus rarement tout à fait favorable. Inversement, lorsqu’elles sont pas favorable, elles sont majoritairement pas favorable du tout et plus rarement plutôt pas favorable. Autrement dit, ceux qui sont d’accord sont plutôt assez d’accord tandis que ceux qui ne sont pas d’accord sont plutôt pas d’accord du tout. C’est un premier point qui relativise déjà les gros titres de la presse.

l’adhésion à un assouplissement de la législation sur l’ouverture des magasins le dimanche

Cette question est la question centrale du sondage car elle porte précisément sur l’objectif visé par le gouvernement : assouplir la législation sur l’ouverture des magasins le dimanche.

Cette question ne positionne pas non plus la personne interrogée ni du point de vue du client ni du point de vue du travailleur. Chacun se positionne donc encore une fois naturellement en fonction de son métier et de la probabilité qu’il a de travailler le dimanche. Cette question est mise en perspective dans le temps avec les résultats de sondages précédents (mai 2004, juin 2006, décembre 2007 et mai 2008). Etrangement, cette question n’a pas été posée lors du sondage (septembre 2008) mais uniquement lors des sondages précédents. On peut également relever que ces sondages sont fréquents, preuve que la volonté du gouvernement à assouplir le droit du travail est forte, dans la continuité de ses actions sur la casse du droit du travail en général.

Ensuite, on peut voir que les avis favorables à l’assouplissement de la législation sont en forte baisse en 2008. Après être passé par un maximum en décembre 2008, les résultats sont maintenant mitigés avec 50% des personnes interrogées plutôt pas favorables à un assouplissement de la législation contre seulement 49% favorables. Cela a rarement été mentionné dans les médias ayant titré sur le sondage alors que la tendance est plutôt au refus de l’assouplissement de la législation.

Parmi les indicateurs sociologiques regroupant le plus fort taux (supérieurs à 50%) de personnes défavorables à un assouplissement de la législation, on trouve :

  • les ouvriers et les professions intermédiaires
  • les communes rurales
  • les gens de gauche et ceux sans proximité politique

Parmi les indicateurs sociologiques regroupant le plus fort taux (supérieurs à 60%) de personnes favorables à un assouplissement de la législation, on trouve :

  • les personnes de profession libérale, les cadres et les retraités
  • l’agglomération parisienne
  • les gens de droite

On retrouve pour les avis défavorables les personnes dont la profession les amènera le plus probablement à travailler le dimanche, les habitants des communes rurales qui ne passent pas leur temps dans les centres commerciaux et qui ont d’autres centres d’intérêt, les gens de gauche qui ont peut-être conscience de l’importance du lien social et les gens sans proximité politique qui sont peut-être désabusés des manigances politiques et ne souhaitent pas se faire avoir une fois de plus.

Il semble se dessiner deux tendances, selon que les personnes interrogées soient susceptibles ou non de travailler le dimanche. Autrement dit, les réponses varient selon que les personnes interrogées se considèrent comme client potentiel ou comme travailleur potentiel. Nous allons pouvoir vérifier cette hypothèse avec les deux dernières questions qui sont clairement orientées du point de vue du client pour l’une et du point de vue du travailleur pour l’autre.

l’intention de fréquentation des magasins le dimanche

Les réponses à cette question sont intéressantes car elles font apparaître que les Français n’ont pas une attente forte vis-à-vis de l’ouverture des magasins le dimanche. Ils souhaitent principalement pouvoir les fréquenter occasionnellement, en dépannage. En effet, si près d’un tiers des personnes interrogées ont l’intention de ne jamais fréquenter les magasins le dimanche, seul 24% ont l’intention de les fréquenter souvent ou très régulièrement. Le reste, c’est à dire 44% des personnes interrogées, n’auraient l’intention de les fréquenter que de manière occasionnelle, comme on fréquente déjà aujourd’hui le petit épicier du coin, ouvert le dimanche et le soir tard.

Les réponses des Franciliens se distinguent nettement celles des communes rurales et des agglomérations de province. Les Franciliens semblaient dans les questions précédentes beaucoup plus favorables à l’ouverture des magasins le dimanche, or ils ne sont que 30% (moins d’un tiers) à avoir l’intention de fréquenter souvent ou très régulièrement les magasins le dimanche. On est donc dans un schéma où les Français souhaitent pouvoir se rendre occasionnellement dans les magasins le dimanche, comme c’est déjà le cas pour bon nombre de magasins. Il serait ici intéressant de connaître le type de magasins que les Français souhaiteraient pouvoir fréquenter le dimanche.

Croiser les réponses à cette question avec les réponses à la première question n’apporte pas beaucoup d’informations supplémentaires sinon l’évidence que les personnes les plus favorables à l’ouverture des magasins le dimanche sont également les personnes ayant l’intention de les fréquenter le plus souvent le dimanche.

Les indicateurs sociologiques nous apportent un éclairage intéressant : les jeunes (de 18 à 24 ans) sont les plus enclins à souhaiter fréquenter souvent les magasins le dimanche. Le taux d’activité étant faible dans cette classe d’âge à cause du chômage important et des étudiants, il faut peut-être voir un lien entre le temps libre des jeunes et leur souhait de pouvoir aussi passer le temps dans les magasins le dimanche. Cela correspondrait alors non pas à une nécessité mais à une envie, ce qui change fondamentalement la donne.

l’intention de travailler le dimanche

On aborde ici une question importante du sondage. En effet, pour ouvrir un magasin, il faut bien que certains travaillent dans ces magasins. Il faut noter que la question est biaisée par une formulation trompeuse : “Si votre employeur vous proposait de travailler le dimanche, accepteriez-vous ?” Or le contrat de travail induit un lien de subordination entre l’employeur et l’employé. L’employeur ne propose pas, il demande. Dans les faits, si l’employeur peut proposer à l’employé, il reste décisionnaire en cas de désaccord avec ce dernier, dans la limite du code du travail (celui justement que le gouvernement souhaite assouplir).

Un tiers des personnes interrogées n’accepteraient jamais de travailler le dimanche.

La moitié des personnes interrogées sont prêtes à travailler de temps en temps, si on le leur propose. Mais que signifie de temps en temps dans ce cadre là : 2 fois par an, 10 fois par an ou 52 fois par an ? C’est une information qui aurait dû faire l’objet d’une question supplémentaire afin de fixer des limites malgré le projet de révision du code du travail.

De plus, est-ce que les 84% des personnes interrogées qui sont prêtes à travailler toujours ou de temps en temps le font par conviction et de leur propre volonté ou bien sont-ils contraints pour ne pas se faire licencier ou pour des raisons budgétaires et de salaires trop faibles ? Cette information aurait également pu faire l’objet d’une question supplémentaire. Il est en effet très différent d’assouplir le code du travail pour permettre l’ouverture des magasins le dimanche et d’augmenter le salaire minimum alors que les deux actions conduisent à augmenter le revenu des travailleurs. Quelles auraient été les réponses à la question : “Si votre employeur vous obligeait à travailler le dimanche, accepteriez-vous ?”

Il aurait été intéressant de pouvoir croiser ces résultats avec le fait que les personnes interrogés travaillent déjà le dimanche ou non. Ce critère aurait d’ailleurs dû faire partie des critères de représentativité de l’échantillon. Sachant qu’un quart des Français travaillent déjà le dimanche, peut-être finalement que les Français sont satisfaits de la situation actuelle, et que le statu quo leur conviendrait parfaitement, si toutefois cette éventualité leur était proposée.

en conclusion

Les Parisiens, les citadins, les CSP aisées sont globalement favorables à l’ouverture des magasins le dimanche car ils estiment qu’ils ne seront probablement pas amenés à travailler le dimanche. Ils trouvent appréciable de pouvoir fréquenter occasionnellement des magasins le dimanche. Si le sondage le leur propose, pourquoi refuser ? Encore une fois, l’ouverture des magasins le dimanche n’apparaît ici pas comme une nécessité mais comme un gain de souplesse appréciable de manière occasionnelle.

Pour les moins riches, les banlieusards, les ruraux, les plus probablement visés par cette réforme et le plus fortement contraints par leur milieu professionnel, sont beaucoup moins enthousiastes à cette idée car ils craignent de se trouver plus souvent derrière la caisse-enregistreuse que derrière le caddie.

En mettant en avant certaines réponses plutôt que d’autres, les média tentent de donner de la visibilité à ceux qui profiteront de l’ouverture des magasins le dimanche en étant clients alors que ceux qui seront réellement amenés à travailler le dimanche sont bien moins enthousiastes.

Mais finalement, si les gens souhaitent aller faire leurs courses le samedi ou le dimanche, peut-être y a-t-il un problème dans le mode de vie des travailleurs aujourd’hui ! C’est ici que se cache la vraie question. Celui qui travaille toute la semaine, avec deux heures de transport par jour, souhaite évidemment pouvoir faire ces courses le samedi ou le dimanche car il n’a simplement pas le temps de les faire à un autre moment. Mais la véritable problématique, c’est le mode de vie auquel il est contraint !

La vie ne se résume pas à la vie économique. Ne pas pouvoir se passer des magasins au moins un jour par semaine, c’est mettre en évidence que l’organisation du travail est problématique. Alors passons rapidement sur le débat de l’ouverture des magasins le dimanche et parlons plutôt des véritables questions comme les horaires de travail, le travail précaire, le salaire minimum et le partage des richesses entre le capital et le travail (surtout si le travail le dimanche devait être à l’origine d’une hausse des prix !).

Rien ne sert de libérer une croissance déjà sauvage si elle est à l’origine des problèmes qui servent de prétexte à la libération de ladite croissance !

D’autres analyses des résultats de ce sondage présentent les mêmes réserves que ce billet où en soulèvent d’autres :

les limites du libre marché

Pour Jean-François Couvrat, la crise actuelle trouve son origine dans un excès de profits.

Trop de profits pour quelques-uns : le capital accumulé nourrit la spéculation boursière ou la distribution de crédits de plus en plus risqués. Pas assez de salaires pour la plupart : les ménages consomment à crédit, jusqu’à épuisement de celui-ci, au lieu de justifier par une demande solvable l’investissement du capital dans de nouveaux moyens de production.

Loïc Abadie, partisan de la théorie de la déflation, explique la crise actuelle par des facteurs psychologiques. La cause-racine qu’il identifie consiste en une trop grande confiance des opérateurs du marché, entraînant des prises de risques trop importantes.

Après une période de grande agitation (crise des années 30, guerre mondiale, reconstruction), nous avons eu des variations d’ampleur moyenne pendant les années 70 (chocs pétroliers), puis très réduites dans les années 80-90. L’implosion de la bulle internet en 2000 et la petite récession de 1991 ont provoqué des perturbations très légères.

Conséquence de cette évolution de fond : le sentiment de sécurité a progressé chez tous les opérateurs qui étaient de plus en plus confiants, constatant autour d’eux un environnement économique de plus en plus stable et tranquille. De cette confiance naît l’euphorie et la perte de conscience du risque…Les générations qui ont toujours vécu dans cet environnement « tranquille » et sont arrivées au sommet de la hiérarchie sociale ont porté aussi au sommet cette euphorie.

La cause racine de la crise, c’est cela, et rien d’autre. Tous les échelons de la société ont été touchés par cette excès de confiance.

Mais si les incertitudes ont diminué du côté des opérateurs du marché et de la consommation, elles ont parallèlement augmenté du côté des travailleurs. Le travail intérimaire s’est accru de façon sans précédent, entraînant une précarisation accrue d’une part toujours plus grande de travailleurs et réduisant de ce fait la durée moyenne du travail. L’indice de Gini a augmenté, mettant en lumière une augmentation des inégalités de revenu. L’évolution des salaires a de la peine à compenser l’inflation. En somme, le fait que certains indicateurs économiques étaient au vert jusque récemment montre qu’il est temps de remettre en question leur pertinence et d’imaginer de nouveaux indicateurs, représentatifs de la réalité.

Sans pouvoir l’affirmer avec certitude, il semble qu’il y ait une incompatibilité entre les intérêts des opérateurs de marché et des consommateurs d’une part, et ceux des travailleurs d’autre part. Ils évoluent selon un facteur inverse comme si le Dr Jekyll consommateur et le Mr Hyde travailleur étaient irrémédiablement inconciliables, l’opérateur de marché finissant toujours par avoir le dessus sur le travailleur, aidé en cela par le consommateur. Dr Jekyll n’étant pas conscient des limites à ne pas franchir, il se comporte en parasite affaiblissant trop son hôte, jusqu’à le mener à sa perte, entraînant de ce fait sa propre perte !

Le libre marché repose sur l’idée de la main invisible, une idée d’Adam Smith reprise ensuite par des économistes pour fonder leurs théories de non interventionnisme étatique. L’idée de la main invisible présuppose que la recherche de l’intérêt individuel par chacun a pour conséquence l’intérêt collectif. Elle justifie le fait de privilégier l’intérêt individuel et de ne pas oeuvrer à l’intérêt collectif, le second étant la conséquence naturelle du premier. Elle promeut l’individualisme. Or, rien ne prouve que cette idée de main invisible soit effectivement applicable à l’économie, rien ne prouve que les individualités des opérateurs du marché sauront s’autolimiter de manière à ne pas trop affaiblir les individualités du travail, permettant à l’ensemble de trouver un équilibre où chacun puisse s’épanouir.

Si l’on voulait schématiser l’évolution d’une société au lendemain d’une situation difficile, on pourrait présenter le scénario type suivant :

  1. Au lendemain d’une situation difficile, la population est confrontée à des difficultés, elle est soudée, unie dans l’adversité. Un gouvernement de gauche est élu et porté au pouvoir. Il privilégie une politique sociale, instaurant des services publics et préférant l’action collective à l’action individuelle. L’incertitude du marché est encore élevée mais elle diminue. La consommation des ménages est faible.
  2. La situation s’améliore peu à peu et les difficultés s’estompent une à une. Dans une situation de plus en plus confortable, la population devient plus individualiste. Un gouvernement de droite arrive au pouvoir et privatise les services publics les uns après les autres, flatte l’initiative individuelle tout en stigmatisant les soi-disant assistés. L’incertitude du marché se stabilise. La consommation des ménages commence à augmenter.
  3. Selon les indicateurs économiques officiels, l’économie se porte au mieux et la conjoncture économique incite à un excès de confiance. L’économie tend à se découpler des besoins réels de la population et la publicité et le marketing sont appelés en renfort afin de d’écouler les surplus de production. Il faut stimuler la demande pour entretenir la production. L’incertitude du marché diminue rapidement. La consommation des ménages augmente rapidement.
  4. La machine économique s’emballe et ne peut plus reculer, au risque de s’enrayer. Une bulle spéculative apparaît et se développe. Inévitablement, le décalage grandissant entre la bulle spéculative et la réalité entraînera l’éclatement de la bulle spéculative et le douloureux retour à une phase 1, plus ou moins long et grave selon l’ampleur de la bulle considérée. L’incertitude du marché est faible, trop faible et ce jusqu’à ce qu’elle se mette à augmenter rapidement avec l’éclatement de la bulle spéculative. La consommation des ménages est au plus haut avant de chuter violemment. La boucle est bouclée.

Dans le cas qui nous intéresse, depuis la seconde moitié du 20ième siècle, la progression croissante du capitalisme s’est accompagné d’un accroissement des inégalités. Une part importante du PIB a glissé des salaires vers le capital. Cela n’a cependant pas trop entraîné de protestations de la part des travailleurs car si les salaires ont diminué en proportion, ils ont augmenté en numéraire. Autrement dit, même si la part du gâteau est proportionnellement plus petite qu’avant, le gâteau est tellement plus gros qu’au final, chacun a plus de gâteau qu’avant. C’est sur cet état de fait que le capitalisme actuel, de droite comme de gauche, a fondé sa légitimité et a tenté de couper court à toute contestation.

Comment ledit gâteau a-t-il tellement augmenté ces dernières décennies ? Tout simplement grâce à une énergie bon marché qui nous permet de disposer de nombreux esclaves énergétiques. Nous vivons au dessus de nos moyens grâce à une énergie abondante. Or l’ère de l’énergie abondante et bon marché arrive à son terme, le gâteau est donc amené à diminuer année après année (le lien de cause à effet peut sembler difficile à cerner, mais cela nécessiterait d’y consacrer un autre billet). En conséquence, la part de gâteau des travailleurs est amenée à diminuer. Ce fait constitue, avec l’actuelle crise financière, l’un des premiers épiphénomènes de la triple crise qui s’annonce.

Durant les mois et les années à venir, il est probable que le gouvernement soit mis en difficulté par la population qui, voyant sa part de gâteau diminuer en numéraire, devrait contester de plus en plus l’action du gouvernement et le libre marché en général. Cette contestation devrait monter en puissance au fur et à mesure que la vie deviendra plus difficile pour les citoyens.

En réponse à cette contestation populaire, on peut imaginer 3 scénarios possibles :

  • une dictature (gouvernement fort à même de museler la contestation populaire)
  • un chaos social (une sorte d’anomie où règne la loi du plus fort)
  • une démocratie sociale qui se situerait bien à gauche de la gauche actuelle

L’évolution vers un de ces scénarios dépendra de la vigilance de chacun, de la mobilisation des idées et des citoyens et surtout de leur capacité à maintenir les idées en vie et à se constituer en force de proposition.

le piège du too big to fail

A l’heure où les gouvernements volent au secours des plus grandes banques pour sauver ce qui peut encore l’être, on voit se refermer sur les contribuables le piège de l’économie de marché dérégulée. Les gouvernements se retrouvent actuellement victimes (et complices !) du syndrome du too big to fail.

Sans l’aide des gouvernements, les grandes banques déposeraient le bilan les unes après les autres. Alors pour justifier les milliards mobilisés pour les sauver, les gouvernements arguent qu’il serait encore plus dévastateur et plus coûteux de laisser ces banques faire faillite. C’est le syndrome du too big to fail !

Les gouvernements sont complices d’avoir laissé faire, d’avoir autorisé les multiples acquisitions, fusions et autres opérations financières ayant pour conséquence de passer d’un monopole public à un oligopole privé. Avec 3 opérateurs de téléphonie mobile en France tous condamnés pour entente illicite, avec la grande distribution elle aussi coupable et condamnée pour entente illicite, qui peut encore croire que les acteurs du grand marché désirent réellement une concurrence libre et non faussée alors qu’ils la suppriment insidieusement dès qu’ils en ont le pouvoir ? Le monde de l’automobile et celui de l’aviation civile ne dérogent pas à la règle.

Les banques locales et régionales ont disparu les unes après les autres, absorbées par un groupe bancaire plus important. Les banques qui existent encore aujourd’hui sont toutes des banques de stature internationale et constitue un cartel financier mondial.

Peu de politiciens ont remis en cause l’OMC et son principal objectif consistant à supprimer les barrières douanières et tous les obstacles à la libre circulation des marchandises et des flux financiers (tout en durcissant la circulation des êtres humains). La classe politique s’est discréditée en se privant volontairement de moyens d’action efficaces pour réguler le monde de la finance et de l’économie.

De leur côté, les multinationales, banque ou géant d’un secteur industriel, se sont lancées dans la compétition des fusions et acquisitions afin d’atteindre la taille critique leur permettant d’être couvertes par les gouvernements sous prétexte du too big to fail.

Cette taille critique leur permet aussi d’inverser le rapport de force vis-à-vis des gouvernements et de devenir ainsi des lobbies influents auprès de ces derniers. Enfin, cela leur permet également d’user et d’abuser des mécanismes financiers liés aux paradis fiscaux, toujours sous la bénédiction discrète des gouvernements.

C’est pourquoi le CADTM propose de “réunir les énergies pour créer un rapport de force favorable à la mise en pratique de solutions radicales qui ont comme priorité la justice sociale”. Les propositions du CADTM constituent à ce titre une piste d’étude intéressante.

un écosystème internet libre

Le web en tant que plateforme applicative est piloté par des acteurs du logiciel libre avec les composants libres tels que Webkit (par Apple), Chromium (par Google) ou gecko (par Mozilla). La course aux performances qui dure depuis un an entre les compilateurs/exécuteurs javascript jit met en évidence que Adobe et Microsoft sont simplement hors course, malgré leur solutions Air et Silverlight.

Malgré tout, l’acteur principal de la libération du web, Mozilla, a pour le moment limité son activité à des applications exécutées sur le poste de travail de l’utilisateur : Firefox comme navigateur web, Thunderbird comme logiciel de mail et Sunbird comme outil de calendrier (il existe d’autres projets mais ceux cités ci-dessus sont les projets majeurs).

Lors d’une récente conférence de Mozilla Europe, le conférencier Tristan Nitot et les questions de l’assistance ont évoqués des usages du web limités à des applications web propriétaires : Google Applications, Flickr, YouTube et Facebook. Ces applications web ont été citées car elles sont populaires et donc susceptibles d’être connues par la majorité de l’assistance. Même si le web se base sur des briques libres comme apache, dns, ip et firefox, les applications web restent majoritairement propriétaires. L’application cliente - Firefox - est libre, mais l’application serveur ne l’est pas (pour celles citées)…

Ne soyons pas mauvaise langue, il existe certaines applications libres : la plus connue est certainement Wikipedia et les autres projets de Wikimedia, mais il y a aussi OpenStreetMap qui vise à ce que tous les GPS du monde s’allient pour créer des cartes libres. Cependant, ces applications, même libres, restent centralisées et hébergées sur quelques serveurs centraux.

A contrario, des outils collaboratifs libres tels que les forges et les wiki sont décentralisés et respectent en cela l*'esprit internet*. Mozilla évolue dans ce sens en proposant l’extension Weave dont la partie serveur est libre et peut s’installer sur le serveur de son choix.

L’esprit internet évoqué ci-dessus consiste en une interconnexion d’ordinateurs, chacun étant à la fois client et serveur des autres ordinateurs. Chaque ordinateur héberge donc les services et les données que son propriétaire souhaite mettre à disposition des autres ordinateurs. Chaque propriétaire garde donc la maîtrise de ses données et le contrôle sur les services qu’il propose. L’esprit internet invite à la localisation des données et des services au plus près de l’utilisateur, idéalement sur son ordinateur personnel.

Or l’évolution du web s’oriente de nos jours vers une architecture centralisée où des ordinateurs serveurs proposent des services et des contenus à des ordinateurs clients. Une architecture où les clients et les serveurs sont 2 parcs d’ordinateurs distincts : les serveurs d’un côté, les ordinateurs personnels de l’autre. Cette architecture est précisément l’architecture centralisée du minitel où France Telecom avait un contrôle total sur l’architecture et les serveurs minitel. Internet est, avec le web 2.0, en train de régresser à l’âge du minitel des années 80 ! Si mon propos ne vous semble pas clair, ou au contraire s’il vous interpelle (bref, dans tous les cas !), visionnez la conférence Internet libre, ou minitel 2.0 ? qui mérite réellement d’y prêter attention. Vous pouvez également lire une interview de Benjamin Bayart, conférencier de la conférence précédente, qui permet d’appréhender simplement les dangers du minitel 2.0.

L’objectif que devrait se fixer Mozilla, ainsi que l’ensemble des acteurs du logiciel libre, devrait être de mettre en place un écosystème internet libre (et pas seulement le navigateur). Cela n’est pas simple et peut se décomposer en plusieurs étapes :

  • se réapproprier son ordinateur personnel en tant qu’outil (avec linux, OpenOffice.org…)
  • se réapproprier internet dont l’usage devrait se fondre dans l’ordinateur personnel (surtout si son ordinateur personnel devient également serveur pour les autres ordinateurs personnels, et réciproquement)
  • se réapproprier ses données personnelles et la maîtrise de ses liens vers les autres ressources sur internet

Pour en revenir aux applications web mentionnées en début de ce billet, on peut estimer que les outils de groupeware viennent en partie marcher sur les platebandes de Google Applications même si ces dernières bénéficient d’un large plébiscite du fait de leur avantage technologique et ergonomique. Flickr peut également être remplacé par des galeries photo en php ou autre.

Les initiatives les moins avancées semblent donc concerner les réseaux sociaux comme YouTube (qui n’est finalement qu’un réseau social dédié aux vidéos), Facebook et ses concurrents. Or, c’est précisément dans ce domaine que le contrôle des données est le plus important car se sont des données personnelles qui sont en cause. C’est donc sur ce point que doivent se concentrer les efforts.

On se doit cependant de mentionner les briques techniques suivantes :

  • Mozilla prévoit d’intégrer les balises video et audio dans Firefox 3.1, permettant d’intégrer facilement des vidéos dans les pages web. C’est une excellente nouvelle car c’est un prérequis à l’éclosion d’un YouTube-like libre.
  • XDI ne prend pas position pour un réseau centralisé ou non mais propose cependant toutes les briques techniques nécessaires (XRI et XDI) permettant d’établir un réseau social interopérable, ouvert et extensible.
  • Il existe également des initiatives intéressantes comme FOAF (friend of a friend) qui permet de décrire des personnes et les relations qu’elles entretiennent entre elles.
  • Une autre initiative intéressante concerne les microformats qui permettent de normaliser les données de systèmes hétérogènes afin de les rendre interopérables.
  • Les projets AppleSeed et HelloWorld sont 2 initiatives qui visent à mettre en place un réseau social distribué.
  • Enfin, BioloGeek a publié plusieurs billets sur le thème du web sémantique.

Il manque toutefois à ces initiatives un liant pour transformer ces composants en solutions facilement installables et utilisables ainsi qu’un vernis pour les rendre attractives et accessibles au plus grand nombre, afin de réellement répondre à l’objectif précédemment fixé : un écosystème internet libre !

se comprendre

La langue française est - dans les livres - une langue riche. Mais dans notre quotidien, le Français courant s’appauvrit, lui.

En premier lieu, certains mots passe-partout permettent de réduire l’étendue du lexique courant. Prenons quelques exemples utilisant les mots passe-partout que sont prendre et faire :

  • prendre le train : voyager en train
  • prendre du bon temps : passer du bon temps
  • prendre une douche : se doucher
  • faire du vélo : se balader en vélo
  • faire une bonne affaire : conclure une bonne affaire
  • faire l’idiot : se comporter comme un idiot

L’objet de ce billet n’est pas de dénigrer l’existence de ces verbes passe-partout, parfois bien utiles, mais plutôt de dénoncer l’usage immodéré qui en est fait de nos jours, contribuant ainsi à appauvrir notre langue.

En outre, l’utilisation plus large de nouvelles technologies de communication comme internet ou les terminaux mobiles (téléphones mobiles ou pda) favorisent l’usage de nouveaux modes d’expression et de communication adaptés aux textos des terminaux mobiles et à la messagerie instantanée des ordinateurs. Pour satisfaire aux contraintes d’instantanéité et de concision de la scripturalisation de l’oral, l’usage commun tend à réduire le champ lexical, la variété des lemmes (avec l’utilisation des mots passe-partout) ou encore de modifier l’orthographe des mots pour adopter une orthographe phonétique (comme dans le langage sms).

Cette évolution du langage, qui s’explique en partie par les claviers restreints et peu pratiques des terminaux mobiles, entraîne un appauvrissement certain du langage, une moindre finesse et moins de nuances dans l’expression. Or savoir s’exprimer, c’est aussi savoir régler ses différents autrement que par la force, c’est savoir discuter, parlementer, débattre, exprimer sa colère ou son désarroi. Si les jeunes (et les autres !) d’aujourd’hui ne disposent plus du langage comme outil d’expression de leurs idées et de leurs sentiments, il n’est pas étonnant de voir la violence physique (et la violence verbale qui l’accompagne) se développer.

Certains trouveront que le raccourcis est un peu rapide mais on peut malgré tout formuler l’hypothèse d’un lien fort entre le niveau d’éducation et le niveau de violence d’un groupe social. Faut-il voir dans la diminution des fonds alloués à l’éducation nationale un prélude à la barbarie ? Comme le disait si justement Abraham Lincoln : “si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance”.

Communiquer est déjà compliqué entre individus civilisés, et cela renforce la nécessité de maintenir un système éducatif efficace. En effet, le langage une composante majeure d’une société, permettant d’établir des liens entre individus, donc de contribuer au tissus social.

Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous voulez entendre, ce que vous entendez, ce que vous croyez en comprendre, ce que vous voulez comprendre, et ce que vous comprenez, il y a au moins neuf possibilités de ne pas se comprendre. Mais, s’il vous plaît, essayons quand même. Bernard Werber

espérer le meilleur, s'attendre au pire

La crise financière rampante qui court depuis l’été 2007 était prévisible (et prévue !) tant nos sociétés occidentales vivent au dessus de leurs moyens. Notre mode de vie n’est pas durable et la finance est en train de s’en rendre compte.

Cette crise financière comporte tous les éléments annonciateurs d’une triple crise dont les conséquences amènent certains à estimer que nous vivons actuellement la fin d’une ère : la fin de l’holocène (partie 1, partie 2).

La mondialisation a amené tous les pans de notre monde à être interconnectés : toutes les régions du monde, tous les secteurs de notre économie. Aussi, quand une région du monde ou qu’un secteur est en crise, tous les autres secteurs et toutes les autres régions du monde peuvent être affectés par ricochet, selon un facteur multiplicateur variable.

La mondialisation permet la dilution des risques sur les acteurs du monde entier mais elle entraîne également l’augmentation du risque de crise systémique de grande ampleur. Une crise systémique est comme un jeu de domino où le premier domino qui tombe entraîne la chute des autres dominos les uns après les autres.

La crise systémique qui menace actuellement comporte trois facettes principale :

  • une crise énergétique
  • une crise sociale
  • une crise écologique

La crise énergétique trouve son origine dans l’épuisement progressif des ressources énergétiques, en premier lieu les hydrocarbures. Même si les médias ne sont pas diserts sur ce sujet, il y a fort à parier que l’année 2007 constitue un tournant du point de vue énergétique car de nombreux indices tendent à indiquer que le pic de pétrole a été atteint en 2007. Cela ne pourra être confirmé qu’a posteriori, d’ici quelques années. En effet, le pic de pétrole est d’autant plus délicat à analyser qu’il a de bonne chance d’être en réalité un plateau - une limite maximum de production indépassable - pendant quelques années, avant de décliner doucement et régulièrement. La production de pétrole diminuant, le coût de cette énergie indispensable va augmenter, signant ainsi l’arrêt de mort de l’énergie bon marché.

La crise sociale résulte de la crise énergétique susmentionnée. Elle engendrera une mutation en profondeur de notre société, aujourd’hui droguée à l’énergie bon marché. L’énergie bon marché permet à chacun de disposer de nombreux esclaves énergétiques mais cette ère étant bientôt définitivement révolue, nous sommes condamnés à imaginer un nouveau mode de vie, plus sobre et moins consommateur d’énergie.

Et enfin, la crise écologique, comme une épée de Damoclès suspendue au-dessus de nos têtes, est annoncée par le GIEC qui étudie depuis 1988 le changement climatique. Le GIEC est un groupement international d’experts pluridisciplinaire dont les prospectives climatiques se basent en partie sur des modèles mathématiques. Ces modèles sont sans cesse corrigés et perfectionnés par les chercheurs mais ils comportent encore beaucoup d’inconnues, ce qui amène les chercheurs à formuler des hypothèses. Les prévisions des experts sont par conséquent difficilement chiffrables avec précision et les fourchettes communiquées sont généralement assez larges. Il est possible que les effets réels constatés dans quelques années ou quelques dizaines d’années soient bien au-delà de ce qui a été envisagé par le GIEC. Cela est d’autant plus vrai qu’il est parfois très difficile de prendre en compte les rétroactions. On parle de rétroaction dans le cas où un élément A a un effet sur un élément B qui a lui-même a un effet sur l’élément A. Dans certains cas, l’action cyclique des éléments A et B l’un sur l’autre peut avoir un effet d’emballement, entraînant la réalité des faits hors du périmètre exploré par les experts du GIEC. En conséquence - et même sans connaître avec précisions les conséquences futures de nos actes actuels - le principe de précaution impose de changer notre mode de vie. Et si on ne le fait pas pour nous, il est de notre devoir moral de le faire pour les jeunes générations et les générations futures. Cette crise sera vraisemblablement la dernière à apparaître à nos consciences borgnes car plus insidieuse et moins visible.

Ces problématiques sont abordées dans le texte mentionné au début de ce billet : Adieu à l’holocène (partie 1, partie 2) :

Les accords du type de celui de Kyoto supposent que tous les grands acteurs, une fois acceptées les conclusions scientifiques des rapports du GIEC, considéreront la maîtrise de l’effet de serre comme relevant d’un intérêt commun supérieur. Mais le réchauffement de la planète n’est pas « la guerre des mondes », où les envahisseurs martiens sont décidés à anéantir l’humanité toute entière sans distinction. Le changement climatique, au lieu de cela, aura des impacts très inégaux selon les régions du monde et les classes sociales. Il ne réduira pas, mais renforcera les inégalités géopolitiques et les conflits.

Comme l’a souligné le Programme de Développement des Nations Unies dans son rapport publié l’an dernier, le réchauffement de la planète est avant tout une menace pour les pauvres et les enfants à naître, qui sont « deux catégories n’ayant que peu ou pas de voix au chapitre politique. » Coordonner une action mondiale en leur nom supposerait soit que leur pouvoir se renforce de manière extraordinaire (un scénario non étudié par le GIEC), soit la transformation de l’égoïsme des pays riches et des classes sociales favorisées en une « solidarité éclairée », sans précédent dans l’histoire. D’un point de vue rationnel, cette dernière option semble la seule réaliste, à condition que soit démontré que les groupes privilégiés ne disposent pas d’une « porte de sortie » qui leur soit réservée, que l’opinion publique se préoccupant de questions internationales conduise l’élaboration des politiques dans les pays prépondérants, et que la diminution des gaz à effet de serre puisse être obtenue sans grands sacrifices dans le niveau de vie de l’hémisphère Nord. Mais aucune de ces éventualités ne semble très probable.

Et que se passera-t-il si la déstabilisation de l’environnement et les troubles sociaux, au lieu de dynamiser l’élan de l’innovation et de la coopération internationale, poussent seulement les élites vers des tentatives frénétiques pour se mettre à l’abri du reste de l’humanité ? Dans ce scénario, non étudié mais pour autant pas improbable, les efforts mondiaux pour réduire les émissions seraient tacitement abandonnés (comme, dans une certaine mesure, c’est déjà le cas) en faveur de l’accélération des investissements d’adaptation sélective destinés aux passagers de première classe de la Terre. Il s’agirait alors de créer un oasis vert de prospérité permanente isolé à l’écart d’une planète malade.

Finalement, le véritable danger - mais également la clé de la solution à tous les autres problèmes - est bien une problématique humaine :

À la lumière de ces études, la concurrence impitoyable entre les marchés de l’énergie et de l’alimentation, amplifiée par la spéculation internationale sur les matières premières et les terres agricoles, n’est qu’un modeste augure du chaos qui pourrait bientôt connaître une croissance exponentielle avec la concomitance de l’épuisement des ressources, des inégalités ingérables et du changement climatique.

Le véritable danger serait alors que la solidarité humaine elle-même, à l’image de la banquise de l’Ouest Antarctique, se rompe tout à coup et se brise en mille fragments.

Alors, que faire ? On peut commencer par utiliser la méthode préconisée par l’économiste libéral Milton Friedman (mais pour atteindre des objectifs différents !) : simplement diffuser et maintenir les idées en vies, jusqu’à ce qu’elles deviennent “acceptables”. Ce qui est vrai pour Milton Friedman et le libéralisme est vrai pour tout être humain se battant pour ses idées.

de la pertinence des indicateurs économiques

Le Produit Intérieur Brut (PIB) et le Produit National Brut (PNB) ne sont pas des indicateurs significatifs de développement humain d’un pays. Ils ne sont que des indicateurs économiques qui n’ont pas de lien direct avec les populations.

Si le PIB par habitant permet de comparer les PIB entre les pays, il n’est qu’un indicateur économique basé sur l’évaluation de l’activité des acteurs économiques, principalement les entreprises. Ramener cette donnée au niveau de l’habitant ne permet pas d’évaluer le niveau de vie de la population.

La banque mondiale, consciente des limites de ces indicateurs, a mis au point dès 1990 un autre indicateur qui combine le PIB à d’autres indicateurs pour constituer l’indice de développement humain (IDH). Cet indicateur composite - décrit dans le livre Beyond Economic Growth - est une simple moyenne de trois indices reflétant les réalisations d’un pays en termes de santé et de longévité (sur la base de l’espérance de vie à la naissance), d’éducation (à partir du taux d’alphabétisation des adultes et des taux combinés de scolarisation ou d’inscriptions dans le primaire, le secondaire et l’enseignement supérieur), et de niveau de vie (au moyen du PIB par habitant exprimé en parité de pouvoir d’achat).

Pour en revenir au “PIB par habitant”, un autre axe d’étude intéressant est d’accompagner ce “PIB par habitant” (qui est une moyenne) d’un écart type (qui est une mesure de dispersion de la moyenne). Cet écart type ne peut pas s’appliquer au PIB qui n’est qu’une somme de flux de production. Il prend en revanche tout son sens appliqué au revenu. C’est justement l’objet du coefficient de Gini, un indicateur mesurant le degré d’inégalité de distribution des revenus. Le coefficient de Gini est un nombre variant de 0 à 1, où 0 signifie l’égalité parfaite (tout le monde a le même revenu) et 1 signifie l’inégalité totale (une personne a tout le revenu, les autres n’ont rien).

Aux Etats-Unis, le coefficient de Gini augmente continuellement entre 1967 et 2007, avec une accélération de cette augmentation au cours des années 70, 80 et 90, comme le montre le graphique ci-dessous :

évolution du coefficient de Gini aux Etats-Unis

Ainsi un pays A ayant un PNB par habitant moins élevé qu’un pays B pourrait être considéré comme plus évolué de par son coefficient de Gini moins élevé. Cela signifie que la population de ce pays A est plus homogène, que la répartition des richesses est meilleure et que la précarité y est potentiellement moins présente.

Il serait même plus significatif de s’intéresser à la variation dans le temps du coefficient de Gini qu’à sa valeur. Si le PNB par habitant d’un pays A est supérieur à celui d’un pays B avec un coefficient de Gini inférieur, on pourrait en conclure que le pays A est plus riche et que les richesses y sont mieux réparties. Mais si l’on met en perspective ces indicateurs dans le temps et qu’on se rend compte que le coefficient de Gini augmente pour le pays A alors qu’il diminue pour le pays B, on peut en conclure que - indépendamment du niveau de vie moyen des habitants des pays A et B - la cohérence du tissus social du pays B se renforce alors que celle des plus pauvres du pays A s’affaiblit. Est-ce que la situation d’un pays riche dont le tissus social se délite est plus enviable que celle d’un pays plus pauvre mais dont le tissus social se renforce ?

Les Etats-Unis, qui semblent être un pays riche de part son PIB par habitant laisse en réalité apparaître de grandes inégalités du fait de son coefficient de Gini élevé et en augmentation continue.

Le coefficient de Gini gagnerait à être plus largement connus et utilisé. La principale limite de cet outil réside dans le fait qu’il ne considère que le revenu.

Or le revenu n’est qu’une dimension économique de la qualité de vie. Qu’en est-il des aspects culturels et sociaux, de l’impact écologique ? Comment évaluer ces dimensions difficilement chiffrables ? Un pays qui détruit son patrimoine naturel et celui de ses voisins pour se développer n’est-il pas en train de scier la branche sur laquelle il s’appuie ? Quand prendra-t-on en compte l’impact écologique pour évaluer les coûts et le niveau de développement d’un pays ou d’un continent ?

Il faudrait donc imaginer un indicateur de durabilité. Ce dernier évaluerait la capacité d’un pays ou d’un continent à se développer pour fournir à la population l’accès aux biens publics tout en garantissant la survie et la pérennité des générations futures donc en tenant compte de l’environnement au sens large de manière à préserver la biodiversité.

Un tel indicateur serait à même de remettre en perspective les avantages et les risques d’une économie libre et non faussée.

Pour continuer la réflexion : Peut-on mesurer le bonheur ? Réflexions sur les indicateurs de bien-être.