si, c'est vrai !

Radio France, journalisme et Union Européenne

Jusqu’en 2005, Radio France organisait des séjours de sensibilisation et de découverte des institutions européennes comprenant quelques jours à Bruxelles. Ces séjours étaient organisés et animés par une équipe de Radio France dédiée. Les séjours étaient peu onéreux et semblaient donner entière satisfaction aux participants.

Vers la fin de l’année 2005, soit quelques mois après le non au référendum du TCE (même s’il n’y aucune causalité avérée entre les 2 faits), quelques syndicats de Radio France se sont élevés contre une décision supprimant ce pôle de formation aux institutions européennes et sous-traitant cette prestation à un service de l’Union Européenne.

Alors que le débat qui devrait préoccuper notre société porte sur l’indépendance des médias et des journalistes, on apprend que Radio France sous-traite à l’Union Européenne les formations sur l’Union Européenne ! Le fait que l’Union Européenne soit ici juge et partie ne semble pas déranger Radio France !

Peut-on sincèrement croire qu’une telle formation donnera l’occasion aux formateurs (formés et payés par l’Union Européenne) de déjuger l’Europe et d’apporter un point de vue objectif et critique qui devrait être le point de départ de toute démarche journalistique ?

l'épouvantail de la dette publique

L’épouvantail de la dette publique est un prétexte bien pratique pour orienter la politique gouvernementale.

Chaque fois qu’un gouvernement veut comprimer les dépenses sociales, il tire argument du niveau trop élevé de la dette. En mai, le déficit des caisses de retraite françaises a servi à légitimer l’allongement du temps de travail ; en juin, celui de l’assurance- maladie a justifié le projet gouvernemental de réduire les remboursements de médicaments pour certains traitements prolongés (diabète, cancer, etc.). La dette publique existe bien.Mais est-elle aussi menaçante que certains le prétendent ?

Bruno Tinel et Franck Van de Velde analysent la dette publique française et montrent que la gestion de la dette publique est un moyen d’influer sur la répartition des richesses.

En déplaçant la charge fiscale des foyers les plus cossus vers les revenus moyens et modestes, ces « réformes » ont favorisé les contribuables dont la « propension à épargner » est la plus forte. Et alimenté la demande de titres… En baissant les impôts des riches, les gouvernements ont simultanément contribué à déséquilibrer les finances publiques et obligé l’Etat à offrir des titres sur les marchés financiers.

Ce qu’autrefois l’Etat obtenait de la part des ménages aisés sous la forme d’un prélèvement fiscal, il ne peut désormais l’escompter qu’en échange d’un taux d’intérêt payé par l’ensemble des contribuables. Ainsi, les concessions fiscales accordées aux riches ont créé d’un seul coup un surcroît de dette publique et de rente privée. Elles ont mis en place un flux de redistribution à l’envers (17). Les riches bénéficient alors d’une double récompense : le cadeau fiscal d’un côté, et le paiement d’intérêts de l’autre. Le premier leur permet de dégager l’épargne qui financera la dette. Laquelle a été créée par le cadeau fiscal lui-même. Une telle mécanique, que l’on prétend contredire par d’éternels « plans de rigueur », trouverait un meilleur remède dans un retour à l’impôt progressif. Qui le propose ?

Sous cet angle là, le bouclier fiscal prend tout de suite une autre allure.

à quand une Europe des peuples ?

29 mai 2005, les Français sont appelés à ratifier par référendum le Traité établissant une Constitution pour l’Europe. 54,67 % des suffrages exprimés se prononcent pour le non. Le 1er juin, les Hollandais votent non à 61,6 %. C’est un coup d’arrêt pour le TCE qui est aussitôt enterré.

Le débat était passionné, en France autant qu’en Hollande. Un souffle de démocratie semblait souffler sur l’Europe.

Le traité renaît cependant de ses cendres en 2007, sous le nom de Traité de Lisbonne. Si la forme diffère, le fond reste similaire, selon Valéry Giscard d’Estaing lui-même. L’une des nouveautés est la suppression de l’aspect constitutionnel du traité, dans la forme seulement.

Commence alors le processus de ratification - principalement par les parlements - des pays d’Europe. Le parlement français ratifie le traité le 4 février 2008. Et là rien, ou presque. Pas de débat, peu d’articles dans les journaux. Une brève dans les journaux télévisés du soir, quelques manifestations ça et là pour manifester son désaccord et son indignation. Mais globalement, une réaction populaire quasi inexistante sans commune mesure avec la ferveur des débats de 2005.

Les Français seraient-ils des moutons, bêlants quand on leur demande, broutant l’herbe le reste du temps ?

des moutons

Seule l’Irlande doit encore ratifier le traité par référendum, cette obligation découle de la constitution de ce pays. Le gouvernement français a tout simplement modifié la constitution française pour ne plus être contraint d’organiser un référendum.

L’Irlande rejette à nouveau le traité le 12 juin 2008 par 53,4 % de voies contre.

Quand est-ce que les gouvernements des pays d’Europe comprendront et accepterons le fait que les Européens souhaitent une Europe des peuples, une Europe dotée d’une véritable souveraineté politique et monétaire ?

l'EIA réduit sa prévision de production de pétrole pour 2010

Ce billet est à mettre en parallèle avec un billet précédent : la production mondiale de pétrole a décliné de 0,2% en 2007.

Morceaux choisis d’une dépêche de l’agence Reuter :

Dans ses nouvelles prévisions à long terme, le département statistique du ministère américain de l’Energie a réduit de 1,1 million de barils par jour (bpj) son estimation de la production pétrolière hors-Opep en 2010, la ramenant de 51,8 à 50,7 millions de bpj.

Donc les pays producteurs de pétrole hors-OPEP vont produire moins de pétrole que prévu.

Son estimation de la production Opep pour la même année est réduite de 400.000 bpj, à 37,4 millions de bpj.

Donc les pays producteurs de pétrole de l’OPEP vont aussi produire moins de pétrole que prévu.

L’Arabie saoudite devrait rester le premier producteur mondial en 2030 en dépit d’une baisse de ses pompages à 13,7 millions de bpj, contre 16,4 millions selon le rapport 2007 de l’EIA.

La production de l’Arabie Saoudite, premier producteur de pétrole au monde, va aller en diminuant. L’article ne dit pas si c’est structurel ou conjoncturel. C’est pourtant un point essentiel car c’est ce qui permet de déterminer si l’Arabie Saoudite a passé son peak oil (structurel) où s’il suffirait d’investir un peu plus dans la prospection et l’exploitation du pétrole pour en produire un peu plus (conjoncturel).

Elle ajoute que la consommation mondiale d’énergie devrait augmenter de 50% d’ici 2030.

Mais bon, tout va bien, la consommation va augmenter sans aucun problème lié à la production…

Quel grand média sera le premier à évoquer le peak oil ? Je n’ai aucune certitude quant à la date probable du peak oil (passée, présente ou future), mais je trouve étrange que les médias et les agences de l’énergie ne l’évoquent pas dans leurs communiqués.

Lu sur TradingSat.

l'énergie nucléaire gage de l'indépendance énergétique de la France ?

L’indépendance énergétique est l’un des arguments majeurs invoqués pour justifier le choix de France d’utiliser l’énergie nucléaire à grande échelle pour la production d’électricité.

Si cet état de fait permet à la France d’être relativement moins dépendant du pétrole, du charbon et du gaz - massivement importés - l’argument comporte cependant plusieurs failles.

  • L’énergie électrique est une énergie très utile dans notre société technologique, elle est cependant incapable de remplacer les hydrocarbures pour certains usages essentiels tels que les transports. La France peut ainsi réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis du pétrole mais sera incapable de s’en passer totalement.
  • L’indépendance énergétique est illusoire dans la mesure où la France ne disposait que de 0.5 % des réserves prouvés d’uranium en 1999 comme le montre cette carte. La France est donc fortement dépendante de ses importations d’uranium.
  • L’énergie nucléaire réside dans l’uranium qui est une ressource naturelle limitée. Comme toute ressource naturelle non renouvelable, l’uranium est soumis aux mêmes limites que les hydrocarbures.

L’Energy Watch Group estime que :

  • une pénurie d’uranium se produira dès 2015
  • la production atteindra son maximum en 2025
  • aucune autre technologie nucléaire ne sera disponible avant 2040
  • le prix de l’uranium a été multiplié par dix en quatre ans
  • le coût du combustible prend une importance croissante dans le coût de l’électricité nucléaire.

L’indépendance énergétique de la France est donc toute relative et l’énergie nucléaire ne constitue pas la source d’énergie miracle qui nous sortira de l’impasse énergétique dans laquelle nous nous trouvons.

Un dossier assez complet sur l’uranium est disponible sur le site de Futura Sciences.

Yves Cochet : la plus grande épreuve qu'ait jamais affrontée l'humanité

Conférence d’Yves Cochet pour le collectif parisien pour la décroissance, à Paris, le 22 mai 2008.

Dans la première partie de son intervention, Yves Cochet rappelle les fondamentaux sur le poids de l’énergie fossile, 85% du total, et la perspective du pic énergétique, vraisemblablement bien plus proche que les projections jusqu’alors optimistes de l’AIE ne le prévoient.

Il passe ensuite en revue les impacts de la crise de l’énergie qui s’annonce sur tous les aspects de notre vie, de l’activité économique aux transports, à l’habitat et l’alimentation.

Le temps va nous manquer, avertit-il, pour procéder à la reconversion de nos sociétés, dont le modèle de croissance est indissociable d’une énergie bon marché toujours plus abondante.

Yves Cochet suggère quatre axes de transformation :

  • autosuffisance locale et régionale
  • décentralisation géographique des pouvoirs
  • relocalisation économique
  • planification concertée et quotas

La conférence est disponible en vidéo, en 2 parties de 50 minutes chacune.

la production mondiale de pétrole a décliné de 0,2% en 2007

La production mondiale de pétrole a décliné de 0,2% en 2007, selon BP.

Tony Hayward, le directeur général de BP, a récemment présenté ce rapport.

Morceaux choisis de l’article :

Ce déclin de la production mondiale de pétrole, le premier depuis 2002, est dû, selon le groupe pétrolier britannique, à une baisse de la production de l’Opep sur l’année, accompagnée d’une très faible croissance de la production hors-Opep.

“La production de l’Opep a baissé de 350.000 barils par jour, du fait de l’impact cumulé des réductions de production mises en place en novembre 2006 et en février 2007”, précise le rapport.

Par ailleurs, “la croissance de la production est restée faible hors-Opep, avec une progression d’un peu plus de 200.000 barils seulement en 2007”, ajoute BP. Le groupe pétrolier a observé en particulier une chute de la production de l’OCDE “pour la cinquième année d’affilée”.

L’essentiel de la croissance de l’offre hors-Opep a été assuré par la Russie et l’Azerbaïdjan, qui ont chacun fourni plus de 200.000 barils supplémentaires en 2007.

Et plus loin :

Les réserves mondiales de pétrole sont restées inchangées en 2007, à 1.240 milliards de barils, a par ailleurs estimé BP. “Elles suffisent à produire au niveau actuel pendant 41 ans”, précise le rapport.

Ou encore :

“Les facteurs politiques, les barrières à l’entrée, une fiscalité élevée, tout cela joue. En d’autres termes, dès lors qu’il s’agit de produire plus de pétrole, les problèmes se situent au-dessus du sol, pas dans le sous-sol. Ils ne sont pas géologiques mais politiques”, a-t-il souligné.

Un rapide décryptage fait ressortir quelques arguments plus ou moins percutants :

  • l’OPEP (43% de la production mondiale et 78% des réserves estimées) produit moins de pétrole,
  • l’OCDE produit moins de pétrole,
  • la Russie et l’Azerbaïdjan sont presque les seuls à voir leur production augmenter (qui sont les autres ?)
  • les réserves (lesquelles ? prouvées ? estimées ? possibles ?) n’augmentent pas mais ne diminuent pas (quel équilibre parfait entre la consommation et les découvertes !),
  • les limitations de la production ne sont pas économiques mais répondent uniquement à des problématiques politiques, économiques et fiscales.

Ce n’est pas encore cette fois-ci qu’un média grand public évoquera le pic de pétrole, mais il évoque déjà une baisse de la production. C’est déjà un progrès. Même si les motifs évoqués dans cet article laissent étrangement de côté les contraintes physiques et géologiques, on peut saluer le fait que la problématique énergétique entre un peu plus dans la vie quotidienne de chacun et l’inconscient collectif.

Ce qui est plus inquiétant, c’est de constater que le charbon occupe une part de plus en plus importante dans la consommation énergétique mondiale :

Le charbon a été, pour la quatrième année consécutive, l’énergie progressant le plus dans le monde. Sa consommation a bondi de 4,5% en 2007, de façon quasi uniforme.

Lu sur les Echos.

privatisation de l'électricité et du gaz naturel

En ce moment, les factures de EDF et de GDF sont accompagnées d’un triptyque émanant de la commission de régulation de l’énergie expliquant que “désormais, je peux choisir mon fournisseur d’électricité et mon fournisseur de gaz naturel”.

En parcourant ce document, on tombe sur la question la plus intéressante : “quels sont les avantages pour le consommateurs ?” En effet, la distribution de l’électricité et du gaz naturel était jusqu’en juin 2007 un service public, qui rendait service au public. Il serait donc logique que la privatisation de cette activité se trouve justifiée par un argumentaire solide et convainquant. Et bien non, il n’en est rien.

Extrait :

Quels sont les avantages pour le consommateur ?

La législation française vous permet désormais de choisir l’offre et le fournisseur d’énergie en fonction de vos besoins.

L’ouverture complète des marchés de l’énergie permettra le développement d’offres nouvelles, originales, répondant aux besoins des consommateurs.

Bon. En réalité le service rendu est le même qu’avant, y’a juste l’offre commerciale qui change.

Continuons un peu notre lecture :

La qualité du courant électrique et du gaz risque-t-elle de changer ?

Non, la qualité et la continuité de fourniture sont garanties par le gestionnaire de réseau de distribution chargé de l’acheminement de l’énergie jusqu’à votre habitation. Elles ne dépendent donc pas du fournisseur que vous choisissez.

Ca se confirme, en choisissant un autre fournisseur, j’aurais la même électricité et le même gaz qu’avant. En cas de problème urgent, je fais appel au même gestionnaire de réseau quel que soit mon fournisseur. Pourquoi alors en changer ?

Pour un meilleur prix ?

Le gouvernement se garde bien de mettre l’argument du prix en avant, il se garde bien de le mentionner tout court. Et il a raison quand on sait quelle a été l’évolution du prix de l’énergie dans les autres pays de l’union européenne suite à la privatisation de l’électricité et du gaz : une augmentation sensible des prix dans les années qui suivent.

Alors bien sûr EDF autant que GDF nous promettent un prix garanti jusqu’au 1er juillet 2009. Mais après ? Et bien après il peut augmenter selon le bon vouloir du fournisseur, dans les limites des conditions du contrat signé par le client. Et quand on voit l’évolution du prix de l’énergie ces derniers mois, on se dit qu’il est peu probable que les prix se maintiennent…

Un électron vaut bien un autre électron, comme une molécule de gaz naturel vaut une autre molécule de gaz naturel. Pourquoi alors vouloir changer de fournisseur d’électricité ou de gaz naturel ? Je m’interroge encore…

aides sociales ou assistanat ?

La politique sociale d’une nation est le reflet de l’effort de solidarité national. L’objectif d’une politique sociale est d’aller dans le sens d’une meilleure répartition des richesses.

L’efficacité d’une telle politique dépend grandement des modalités de mise en oeuvre :

  • les aides sociales doivent permettre d’aider significativement les personnes défavorisées
  • elles doivent cependant être conditionnées par des critères suffisamment fins pour éviter de verser dans l’assistanat

Dans le premier cas, la politique sociale permet une répartition des richesses un peu plus juste, où les plus aisés aident les moins favorisés.

Dans le second cas, ceux qui perçoivent les aides sociales ponctionnent indirectement les travailleurs, sans faire d’effort pour tenter d’améliorer leur propre situation.

La grande difficulté d’une politique sociale équitable est de trouver un juste équilibre.

Il est donc important de déterminer si les aides sociales sont justement redistribuées ou bien si les bénéficiaires exploitent un système aux dépends de ceux qui travaillent. En effet, la lutte contre l’assistanat est souvent utilisé comme prétexte à une diminution des aides sociales. Mais qu’en est-il en réalité ? Les bénéficiaires des aides sont-ils des fainéants ? Où ont-ils réellement besoin d’être aidés pour se sortir d’une mauvaise passe ?

L’article du Monde Diplomatique montre qu’en réalité, “seulement 2% des personnes se déclarant au chômage ne souhaitent pas travailler à l’avenir, essentiellement pour des raisons de santé”.

Ceci remet sérieusement en cause les orientations du gouvernement actuel et laisse apparaître au grand jour son objectif véritable : l’assistanat aux plus riches !

Cet article évoque également la question de la santé au travail, et le chômage prend alors une autre dimension. Mais on aborde ici un autre débat…