si, c'est vrai !

quelles perspectives pour l'humanité ?

Dans une conférence donnée au Collège de France en 2017 et portant sur l’habitat du futur, Jean-Marc Jancovici a commencé sa conférence en rappelant quelques informations générales et non spécifiques à l’habitat.

(à 8 minute) Le premier rappel concerne la quantité de gaz à effet de serre (GES) déjà émise et la hausse de températures déjà assurée d’ici 2100.

La quantité de GES émise entre 1850 et 2015 nous assure une hausse de température de plus de 1 degré en 2100, toute autre promesse est un mensonge (exemple : l’accord de Paris qui a fait suite à la COP21).

Le second rappel concerne la marge qu’il nous reste si l’on souhaite rester en dessous des 2 degrés d’augmentation de température.

Rester en dessous de 2 degré, c’est encore possible et cela signifie que nos enfants et petits-enfants (les 2 prochaines générations) ont le droit d’émettre la moitié de ce que nous et nos parents avons déjà émis (les 2 générations précédentes) en terme de GES. Comme ces 2 prochaines générations comportent 3 fois plus d’être humains, chacune de ces 2 futures générations ne doit émettre que le sixième de ce que nous avons déjà émis (les 2 générations précédentes).

Dans la société telle que nous la connaissons depuis la révolution industrielle, 6 fois moins d’émissions de GES signifie 6 fois moins de PIB. Cela constituerait une importante récession. Et comme aucun responsable politique n’envisage d’être élu en promettant une récession, on comprend mieux l’inaction constatée des responsables politiques et leurs fausses promesses.

Si l’on remonte plus loin dans le temps, on constate qu’il y a toujours eu des variation de température et de climat. Mais ces variations étaient 50 fois moins rapides que le changement climatique actuel.

De -20000 à nos jours, la vitesse du réchauffement climatique était d’environ 0,1 degré par siècle. Et l’écosystème d’il y a 20000 ans était totalement différent de l’écosystème d’aujourd’hui, il n’aurait certainement pas pu accueillir plus de quelques centaines de milliers d’êtres humains. Le réchauffement climatique actuel évolue à une vitesse d’environ 0,05 degrés par année, soit 50 fois plus rapidement que depuis 20000 ans.

Par conséquent, le réchauffement climatique actuel nous promet des changements sociétaux importants :

  • l’effondrement des systèmes organisés (les pays ou les unions de pays) et un basculement des régimes politiques vers l’autoritarisme
  • espérance de vie en forte diminution

(à 20 minutes) L’hypothèse d’un réchauffement climatique en dessous de 2 degrés est encore tenable, mais elle impose d’agir d’ici 2050, c’est à dire d’ici à ce que les enfants d’aujourd’hui soient adultes. Limiter le réchauffement climatique en dessous de 2 degrés implique une division des GES planétaires par 3.

Jusqu’à présent, on est loin de pouvoir envisager atteindre cet objectif : les objectifs de l’accord de Paris signés en 2015 ne sont déjà pas tenus. En effet, les émissions de GES sont en augmentation depuis 2015.

Par conséquent, plus on tarde à mettre en place des actions concrètes, plus il faudra que ces actions soient de grande ampleur. Autrement dit, pour diviser par 3 nos émissions de GES d’ici 2050, il faudra que la baisse soit beaucoup plus rapide si elle commence en 2030 (20 ans de délai) que si elle commence en 2020 (30 ans de délai).

Diviser les émissions de GES par 3 en 30 ans implique de diminuer nos émissions de GES de 5 % par an. Pour bien prendre conscience de ce qu’implique une diminution de 5 % par an, il importe de prendre conscience que - depuis le début du vingtième siècle - il n’y a que 2 années où les émissions de GES ont été en baisse de 5 % :

  • la crise de 1929
  • l’anéantissement du Japon et de l’Allemagne à la fin de la seconde guerre mondiale

La réduction de nos émissions de GES implique une diminution du PIB, et donc une contraction du pouvoir d’achat. C’est un passage obligatoire.

Quelles que soient nos décisions et nos actions, le système-monde se régulera de lui-même, d’une manière ou d’une autre. Il se régulera soit avec nous, si l’on met en place les actions de réducion de émissions de GES, soit sans nous, c’est à dire par une sélection de facteurs à choisir parmi les 3 principaux facteurs de régulation sociale : l’oppression politique, la famine et la maladie (la guerre étant une forme particulière d’oppression politique).

les gilets jaunes et la question démocratique

Dans un article intitulé les gilets jaunes et la question démocratique, l’auteur explique comment le mouvement des gilets jaunes remet en cause les fondements même du régime représentatif français. Samuel Hayat est l’auteur d’une thèse intitulée au nom du peuple français, la représentation politique en question autour de la révolution de 1848 en France.

Selon son analyse, une revendication des gilets jaunes serait de décider eux-mêmes, sans avoir à élire un représentant ou un porte-parole.

Aujourd’hui, c’est cette vieille question de la démocratie qui revient : pourquoi, au fond, faudrait-il que ce soit toujours les mêmes qui décident, ces professionnels de la politique, au langage en bois, aux jeux obscurs et au mépris du peuple affiché ? Pourquoi donc le peuple ne pourrait-il pas faire ses affaires lui-même, de temps à autre, au moins pour les choses importantes ?

Même si le mouvement des gilets jaunes est récent, l’aspiration à l’autodétermination n’est pas nouvelle.

Il ne s’agit pas là d’une simple inconstance des médias et des politicien.ne.s. Si le RIC s’est imposé si aisément et si le conflit autour de lui a pris des proportions si grandes, c’est que cette polémique touche à quelque chose de fondamental. Elle est révélatrice d’un affrontement, présent de manière plus ou moins ouverte depuis le début du mouvement, mais qui a ses racines dans une histoire bien plus longue, entre deux conceptions de la politique.

Les deux conceptions de la politique sont la politique partisane :

[…] la politique partisane, est centrée sur la compétition électorale entre professionnel.le.s du champ politique pour accéder au pouvoir. Elle fonctionne par la production de visions du monde antagonistes (des idéologies), objectivées dans des programmes entre lesquels les citoyens sont sommé.e.s de choisir, sous peine de se condamner à l’invisibilité politique.

et la politique citoyenniste :

Mais le mouvement des Gilets jaunes, en particulier depuis que le RIC est devenu son cheval de bataille, a mis sur le devant de la scène une autre conception de la politique, que l’on peut qualifier de citoyenniste. Elle repose sur la revendication d’une déprofessionnalisation de la politique, au profit d’une participation directe des citoyens, visant à faire régner l’opinion authentique du peuple, sans médiation.

Cette politique citoyenniste est centrée sur les citoyens et sur les idées plutôt que sur les partis.

La conception citoyenniste de la politique, par son refus principiel des schémas de la politique partisane, n’est pas seulement ouverte à la « récupération », terme clé de la politique des partis : elle cherche à être reprise, diffusée, réappropriée, par qui que ce soit. En cela, elle est bien plus ouverte que la politique partisane, elle n’a pas de coût d’entrée, pas de langage spécifique à manier, pas de jeu à saisir – elle est, disons le mot, éminemment démocratique.

Alors que la république française a opté pour un régime aristocratique ou oligarchique, c’est le rêve d’une démocratie réelle qui anime les gilets jaunes.

C’est cette question que le pouvoir n’arrive même pas à entendre : le mouvement des Gilets jaunes puise sa force dans la revendication démocratique. Alors que la politique professionnelle s’appuie sur la monopolisation du pouvoir par un petit groupe, une oligarchie, la politique citoyenniste entend, par le référendum, donner le pouvoir à n’importe qui, c’est-à-dire à tout le monde à égalité. C’est le sens qu’avaient les termes démocratie et aristocratie en Grèce antique, et qu’ils ont gardé jusqu’au XVIIIe siècle : la démocratie, c’est le règne du peuple agissant directement, ou bien par des citoyens tirés au sort ; l’élection, quant à elle, est la procédure aristocratique par excellence, elle donne le pouvoir à une élite. Or le triomphe du gouvernement représentatif et de ses institutions, en premier lieu l’élection, s’est fait sur le refoulement de cette possibilité politique, sur l’oubli de ce que la démocratie pouvait vouloir dire, oubli renforcé par la récupération, pour qualifier le gouvernement représentatif, du vocabulaire de la démocratie. La politique démocratique s’est trouvée ainsi escamotée au profit d’une forme aristocratique de gouvernement, rebaptisée progressivement « démocratie représentative ». C’est pour cela qu’en temps normal, cette conception citoyenniste de la politique, refoulée, est peu audible – mais elle n’a jamais entièrement disparu. L’aspiration démocratique refait régulièrement surface, en 1848, en 1871, en 1936, en 1968, en 2018, chaque fois qu’a lieu un mouvement de contestation générale des gouvernants et de leur jeu, au nom du peuple. Et chaque fois, les cadres d’analyse manquent aux professionnel.le.s pour comprendre ce qui a lieu, eux qui vivent par et pour le refoulement de ces aspirations démocratiques. Le mouvement des Gilets jaunes donne donc à voir une possibilité claire : déprofessionnaliser la politique, aller vers un règne des citoyen.ne.s, au nom de l’idéal qui forme désormais le sens commun du plus grand nombre, la démocratie.

Face à ce mouvement citoyenniste, qui ira défendre la vieille politique, celle des partis et des élu.e.s ? A part ceux qui sont payés pour, gageons qu’il y aura peu de monde. C’est que la politique partisane se trouve déjà fortement affaiblie, et ce de longue date. D’abord, le conflit partisan s’est émoussé : vu du dehors du monde des professionnel.le.s, il n’y a plus, depuis longtemps, de différence significative entre la droite et la gauche, qu’il s’agisse de l’origine sociale des candidat.e.s ou de la nature des politiques menées. Partout, avec quelques nuances indéchiffrables pour le plus grand nombre, on trouve la même marchandisation des services publics, les mêmes manœuvres de séduction adressées aux capitalistes pour attirer leurs précieux investissements, le même zèle à limiter les libertés publiques, surarmer les forces de l’ordre, enfermer les pauvres et expulser les étranger.e.s.

La politique partisane s’est sabordée elle-même en brouillant les frontière entre les partis, entre la droite et la gauche. L’absence d’alternative au néolibéralisme constitue une impasse qui démontre l’inutilité de cette politique.

Les tenants mêmes du pouvoir, les professionnel.le.s de la politique, semblent ne plus croire aux possibilités de l’action politique, et répètent avec diverses modulations qu’il n’y a pas d’alternative au néolibéralisme. Pourquoi alors défendre leur jeu, si de leur propre aveu, il n’a plus d’enjeu ?

Et cette absence d’alternative au néolibéralisme vise à instituer une forme d’ordolibéralisme où le champ des possibles d’un gouvernement est restreint par des lois que l’état s’impose à lui-même.

[…] la politique citoyenniste puise sa force dans le mécontentement justifié vis-à-vis de la politique partisane et dans une longue histoire de l’aspiration démocratique, mais aussi dans la montée en puissance des cadres de pensée du gouvernement des expert.e.s, de tous ceux qui veulent remplacer la politique (politics) par une série de mesures techniques (policies), néolibéraux en tête.

Selon l’auteur, la démocratie c’est le dissensus. La troisième voie qu’il propose entre la politique partisane et la politique citoyenniste consiste à déprofessionnaliser la politique, démocratiser le dissensus et à faire entrer les masses en politique.

Face à cette opposition entre une conception partisane professionnalisée et une conception citoyenniste consensuelle de la politique, une autre voie existe, même si les moyens de l’arpenter restent incertains. Il s’agit de chercher à déprofessionnaliser la politique sans en éliminer le caractère conflictuel, c’est-à-dire de démocratiser le dissensus. C’est ce qu’ont essayé de faire, en 1848, les défenseurs de la République démocratique et sociale : faire entrer les masses en politique, non pour les faire voter sur telle ou telle mesure, mais pour réaliser une politique de classe, le socialisme, dans l’intérêt des prolétaires et contre la bourgeoisie. Il s’agissait alors de donner une visibilité aux clivages sociaux, et non de les dissimuler derrière tel dispositif participatif, aussi démocratique fût-il.

Peut-être pourrait on s’inspirer du projet des défenseurs de la république démocratique et sociale de 1848 ?

la décroissance vise le travailler moins pour travailler mieux

Dans un article initulé la décroissance vise le travailler moins pour travailler mieux, Serge Latouche dresse un portrait noir de notre société et de son avenir.

Il explique que l’être humain ne souhaite pas modifier son mode de vie. Et les structures au pouvoir n’ont aucun intérêt à faire changer cela.

Nous sommes des toxicodépendants de la société de consommation. Comme tout drogué, nous préférons continuer à nous approvisionner, accumuler toujours plus, plutôt que d’entamer le sevrage. Nous savons tous que nous allons dans le mur, mais nous préférons ne pas y croire, car cela exige une rupture radicale. Un changement de civilisation.

L’homme est un animal routinier, pour qui tout changement est angoissant et douloureux. Surtout lorsque l’appareil économico-politique dominant entretient le système. Il est inutile de compter sur les dirigeants politiques pour initier le mouvement, car le vrai pouvoir est trop souvent aux mains du marché. Or, celui-ci n’a aucun intérêt à transformer un système qui lui profite.

Le problème n’est pas conjoncturel, mais structurel. C’est donc la structure elle-même qui est à changer.

Il faudrait ensuite engager des changements structurels. Et ce, en abordant le problème de façon systémique, plutôt que le découper en tranches, en traitant ses aspects un par un – le glyphosate, l’obsolescence programmée, etc. –, ce qui n’est pas efficace. En tout cas, la transition douce, je n’y crois plus.

Désormais, seul un choc peut nous permettre de nous ressaisir. Je crois beaucoup à la pédagogie des catastrophes – dans ces conditions, le virage peut être très rapide. L’histoire n’est pas linéaire. Regardez, en mai 1968, la France s’ennuyait, comme l’écrivait Le Monde, quelques jours avant le début des événements. Et puis éclata une révolte contre l’absurdité. A l’époque, on ne savait plus pourquoi on vivait… Le lien avec aujourd’hui est manifeste : le manque de sens caractérisant le marché de l’emploi et les métiers inutiles, l’absurdité d’accumuler toujours plus et de concourir à la destruction de la planète.

La démographie est une variable essentielle mais il n’est pas nécessaire de tenter de la réguler car elle devrait se réguler naturellement.

En outre, puisqu’une croissance infinie de la population est incompatible avec les limites de la planète, la question démographique va, je pense, se réguler naturellement. Il est donc inutile, dès lors, de mettre en place une politique restrictive de natalité.

L’auteur appelle à sortir du capitalisme pour retrouver du sens.

Cela implique-t-il de remettre en cause le capitalisme ?

Oui, dès lors que celui-ci se fonde sur la recherche de la croissance pour la croissance, l’accumulation sans limite du capital. La décroissance appelle à sortir de la production infinie pour retrouver le sens de la mesure.

Fondée sur une critique de la société de consommation et du libéralisme, elle est par essence de gauche et d’inspiration socialiste, mais en y ajoutant la dimension écologique. Cela signifie que tout est à repenser : l’appareil de production, la protection sociale, la solidarité entre les générations, l’emploi. La décroissance vise le travailler moins pour travailler mieux, avec, pour commencer, la réduction des heures de travail.

Si la transition douce n’est plus envisageable, nous allons donc un jour être confronté à une limite dure qui constituera un choc pour notre société.

Le pouvoir est une illusion, il a la puissance que l’on veut bien lui prêter. Le roi est nu, mais nous l’ignorons. Les milliards et les marchés nous oppriment car nous sommes dans la servitude volontaire, telle que La Boétie l’avait dépeinte. Seule une crise ou un choc peut permettre de s’en libérer.

Si l’on en croit Serge Latouche, en l’absence de transition douce, le choc est inévitable. Il importe donc de se préparer à se choc pour qu’il soit le moins négatif possible.

éloge de la gratuité

Dans un article intitulé éloge de la gratuité, Paul Ariès mets en regard le revenu universel avec la gratuité.

Son argument majeur est que le revenu universel nous maintient dans une logique marchande, dans une logique de société de consommation qui n’est pas à la hauteur des enjeux écologiques actuels.

Il invoque aussi l’argument que la mise en place de la gratuité est moins chère que la mise en place d’un revenu universel :

En 2017, l’University College de Londres a comparé le coût d’un revenu universel de base à celui d’une mise en oeuvre de la gratuité pour les services universels élémentaires (logement, nourriture, santé, enseignement, services de transport, services informatiques, etc.) au Royaume-Uni. La seconde coûterait 42 milliards de livres sterling (environ 48 milliards d’euros), contre 250 milliards pour le revenu universel (environ 284 milliards d’euros). D’un côté, l’équivalent de 2,2 % du produit intérieur brut (PIB) britannique ; de l’autre, 13 %.

Un autre argument est que la mise en place de la gratuité n’invite pas au gaspillage, au mésusage, mais au contraire au bon usage :

Mais imagine-t-on que l’on puisse payer son eau un même prix pour boire ou pour remplir sa piscine ? Il n’existe pas de définition scientifique, et encore moins moraliste, de ce que serait le bon ou le mauvais usage des biens communs. Il reviendra donc aux citoyens — c’est-à-dire aux processus politiques — de définir ce qui doit être gratuit, renchéri, voire interdit.

Les biens de consommation deviennent ainsi des biens communs dont les règles de gestion doivent alors être décidées collectivement, et démocratiquement.

climat et effondrement

Dans un article intitulé climat et effondrement : seule une insurrection des sociétés civiles peut nous permettre d’éviter le pire, l’auteur nous invite à éviter le piège d’un romantisme de l’effondrement et à anticiper la manière dont notre société pourrait espérer gérer un effondrement de civilisation.

Plutôt que de subir un effondrement non maîtrisé, il nous invite à le provoquer afin de tenter d’en maîtriser les conséquences.

Une définition plus intéressante, autrement plus probable au 21e siècle que l’extinction de l’espèce humaine, est celle donnée par Yves Cochet et l’Institut Momentum : l’effondrement comme « processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie…) ne sont plus fournis – à un coût raisonnable – à une majorité de la population par des services encadrés par la loi ». Comme la violence de la crise grecque nous l’indique, ce type d’effondrement peut toucher des pays entiers, y compris en Europe. Étant donné l’interconnexion de l’économie mondiale, on peut étendre l’hypothèse à celle de l’effondrement d’un système : la civilisation du capitalisme industriel et sa culture consumériste, civilisation aujourd’hui globalisée même si les disparités sociales et territoriales restent majeures.

Après l’effacement de tant de systèmes politiques au cours des 50 derniers siècles et alors que de toutes parts nous parviennent des rapports sur les bouleversements qui affectent la Terre, n’est-il pas téméraire de considérer le capitalisme industriel et consumériste comme immortel ? Étant donné qu’il est la cause du dérèglement planétaire, il me semble plutôt intéressant de penser son effondrement, voire même de le préparer !

En multipliant par exemple les actes de non-coopération avec le modèle consumériste, en résistant aux dérives fascisantes ou aux oppressions que la crise écologique ne manque pas de favoriser, en s’opposant aux projets inutiles et à la poursuite de l’extraction des énergie fossiles comme des minerais, en renforçant les alternatives qui émergent. A l’image du « dernier homme » post-apocalyptique et individualiste hollywoodien, je préfère plutôt l’image des collectifs qui participent à l’effondrement d’un vieux monde productiviste : ceux qui bloquent les mines et font chuter le cours des actions des multinationales, ceux qui réinventent des communs – du mouvement de la transition aux zones à défendre. Une autre fin du monde est possible !

Si on ne peut éviter la fin du monde, autant choisir la fin du monde qu’on souhaite !

Un effondrement civilisationnel n’affectera pas les uns et les autres de la même manière.

[…] les impacts des catastrophes écologiques et climatiques, dans leurs causes comme dans leurs conséquences, ne sont jamais séparés des formes de domination et d’exploitation. Du coup, on ne peut pas penser politiquement l’effondrement en confrontant simplement une courbe de la population mondiale à une courbe de disponibilité des ressources ou de dépassement de limites planétaires. Ces courbes ne disent rien sur ce qui se passent au plan géopolitique, sur la manière dont évoluent les rapports sociaux et politiques, sur qui sont les gagnants et les perdants de ces bouleversements. Les plus pauvres peuvent perdre encore plus, et les 1 % des plus riches s’en sortir très correctement.

Un scénario catastrophe serait celui d’une Terre déréglée, moins habitable en bien des régions, avec des centaines de millions de réfugiés ruinés et obligés de quitter leur foyer, des sous-continents entiers livrés au chaos des guerres civiles et de l’extraction des ressources, et des puissances mondiales ultra-militarisées. Ces régimes autoritaires s’affronteraient entre eux pour le contrôle des ressources de la Terre, et feraient en interne régner une dictature au nom de l’urgence écologique et de l’exclusion des miséreux étrangers se pressant à leurs portes.

Au nom de l’urgence climatique et face à des dégradations rapides de l’habitabilité de la Terre, ces régimes aboliront les frontières morales, sociales : on nous proposera l’asservissement et la soumission en échange de la survie. Le contrôle de nos données personnelles orientera nos comportements. Cet ordre totalitaire se présentera comme écolo et rationnera l’usage des ressources, mais maintiendra des inégalités énormes entre une plèbe à la vie diminuée et une élite qui continuera à surconsommer.

Certains seront plus touchés que d’autres, et ce sont probablement ceux qui sont aujourd’hui les plus exposés, les plus précaires, les plus fragiles.

Si on regarde, à court terme, comment le dérèglement planétaire redistribue la donne, il semble que pour un certain nombre d’années encore, les 5 % à 10 % les plus aisés du monde, habitant principalement au sein des pays de l’OCDE ainsi que la Chine et la Russie, ne s’aperçoivent pas encore véritablement de la gravité de la situation : ils sont moins fragilisés, vivent dans des États relativement stables qui érigent des barrières contre les migrants, ont accès à un standing de vie qui nécessite un échange écologique inégal avec le reste de la planète, où se trouve l’essentiel des ateliers de production et des sites d’extraction. Pour eux, « tout va bien » tant qu’ils continuent à bénéficier d’un système politique et économique qui externalise la violence vers les autres territoires, populations et espèces du monde.

De l’autre côté, la moitié la plus défavorisée de l’humanité, pourrait se trouver en danger vital. Cette moitié n’a rien reçu des richesses générées en 2017 dans le monde tandis que 82 % de celles-ci ont profité aux 1 % les plus riches du monde. Alors que les uns s’achètent des canots de sauvetage, les autres triment dans les ateliers du monde dans des conditions de pollution extrême, ou sur des terres de moins en moins fertiles. Entre 200 millions et un milliard d’humains pourraient devenir des réfugiés à l’horizon 2050. Il faut se rendre compte de la violence du changement climatique qui s’ajoute et se combine aux violences sociales subies par ces « damnés de la terre ».

Nous vivons certes tous sur la même planète, mais nous n’avons pas tous le même destin. Certains groupes sociaux n’ont aucun intérêt à ce que cela change.

Quand on voit l’écart entre les plus riches et les milliards de personnes les plus affectées par les dégâts climatiques, ou les écarts des coûts et bénéfices du réchauffement selon les régions et les États, force est de constater que le discours qui consiste à clamer « Nous sommes tous concernés, nous devons agir ensemble », ne tient pas la route. Il y aura des gagnants et des perdants du réchauffement climatique. Certains pays – comme la Russie et les monarchies pétrolières du Golfe – et certains groupes sociaux n’ont aucun intérêt à ce que cela change. Non, nous ne sommes pas tous dans le même bateau, ou alors pas dans la même classe ni avec le même accès au restaurant et aux canots.

Et dans l’affaire, la planète est neutre : ce n’est pas elle qui limitera notre folie consumériste.

Nous ne pouvons donc plus compter sur ces limites et sur une pénurie de ressources – le fameux « pic » pétrolier – pour nous arrêter à temps. Seul le volontarisme politique, aiguillonné par une insurrection des sociétés civiles, peut permettre d’éviter le pire.

Nous connaissons l’existence de réserves fossiles sous nos pieds, que pourtant nous devons absolument apprendre à ne pas extraire.

Comme les initiatives individuelles ne suffiront pas à changer de modèle de société, il faudra nécessairement en passer par le politique.

En politique, il est temps que le sérieux change de camp. Des leaders politiques, des institutions ou des entreprises ne peuvent plus être considérés comme sérieux s’il n’ont pas des propositions claires, pour réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre et l’empreinte écologique d’ici cinq ans. S’ils placent la compétitivité, la croissance et le business avant, ils devront laisser la place à des politiques plus à même de préserver nos vies, nos valeurs de solidarité, et un état habitable du monde.

Mais qu’est-ce qui pourrait amener les politiques de l’ancien monde à laisser place aux politiques d’un monde nouveau ? Une insurrection des sociétés civiles ?

la fabrique des démagogues

Dans un article intitulé au Brésil, la fabrique des démagogues, Glenn Greenwald illustre le fait que la santé d’une démocratie et les libertés politiques sont indissociables de la confiance en les institutions.

Cette situation générale démontre ce que les élites […] refusent toujours d’admettre : l’autoritarisme ne naît pas de nulle part. Les démagogues ne peuvent pas s’épanouir au milieu d’institutions fonctionnelles, justes et équitables. Menacer la démocratie et les libertés politiques ne devient possible que lorsque la population perd la confiance qui la liait aux institutions.

Dans les pays où l’abstention est élevée, il pourrait y avoir un lien avec les scandales à répétition concernant le monde politique et institutionnel, à commencer par ceux liés à la corruption.

le retour des boulots à la con

L’anthropologue américain David Graeber a publié en 2013 une théorie qui postule que la société moderne repose sur l’aliénation de la vaste majorité des travailleurs de bureau, amenés à dédier leur vie à des tâches inutiles et sans réel intérêt pour la société, mais qui permettent malgré tout de maintenir de l’emploi.

A l’occasion de la sortie de son livre bullshit jobs: a theory, un article intitulé le retour des boulots à la con reprend les 5 catégories de boulots à la con :

Les « flunky jobs » existent pour flatter l’ego d’un supérieur. Certaines catégories de domestiques, déjà analysées par T. Veblen dans sa Théorie de la classe de loisir, peuvent être considérées comme des ancêtres de nos « flunky jobs » contemporains.

Les « goons » existent par mimétisme – puisque d’autres les emploient, on se doit d’en employer – et ont très souvent une dimension agressive ou manipulatrice, par exemple les lobbyistes, les opérateurs télémarketing ou les avocats d’entreprises.

Les « duct tapers » dont la raison d’être est due à des défauts structurels, souvent de conception, d’une organisation et qu’ils doivent colmater en permanence. Ces emplois sont habituellement occupés par des femmes ou par la classe ouvrière.

Les « box tickers » permettent à une organisation de dire qu’elle fait quelque chose qu’en fait elle ne fait pas.

Enfin, les « taskmasters » que Graeber classe en deux sous-catégories : les supérieurs qui distribuent du travail qui pourrait très bien être réalisé sans leur intervention et ceux qui encadrent la réalisation de boulots à la con et surtout en inventent de nouvelles formes.

Si la théorie de David Graeber fait polémique dans le monde du travaille, elle amènera peut-être certains à se poser des questions sur l’utilité réelle de leur boulot.

l'indemnité kilométrique vélo

L’indemnité kilométrique vélo est une indemnité versée par l’employeur aux salariés qui utilisent un vélo pour leurs déplacements domicile-travail, à hauteur du nombre de kilomètres parcourus. Cette indemnité vise à encourager l’usage du vélo en tant que mode de transport principal. L’indemnité kilométrique vélo est fixée à 0,25 €/km en France. Elle bénéficie d’un dispositif d’exonération de cotisations sociales pour les employeurs et d’impôt sur le revenu pour les salariés.

L’initiative est louable, mais reste timide. Si elle constitue la première mesure d’une série de mesures, alors c’est un bon début, vivement la suite. Mais si cela reste une mesure isolée, alors c’est un coup pour rien.

Tout d’abord contrairement aux frais de transport pour les automobiles qui viennent réduire l’impôt sur le revenu, l’indemnité kilométrique vélo est versée par l’employeur et non par l’état (comme une réduction de l’impôt sur le revenu). Elle est donc réservée à ceux qui ont un employeur. Les chômeurs et les indépendants ne peuvent pas en bénéficier.

En outre, le fait que le plafond d’exonération de cotisation sociale est fixé à 200 euros amène bien souvent les entreprises à plafonner l’indemnité kilométrique vélo à 200 euros. La conséquence est donc une indemnité kilométrique vélo au rabais.

Effectuons une petite simulation en considérant 3 cas différents :

  • Albert habite à 40 km de son travail, il effectue donc 80 km par jour travaillé. Il dispose d’une voiture berline de 6 chevaux fiscaux.
  • Bérénice habite à 10 km de son travail, elle effectue donc 20 km par jour travaillé. Elle dispose d’une petite voiture de 4 chevaux fiscaux.
  • Corinne habite à 10 km de son travail, elle effectue donc 20 km par jour travaillé. Elle a fait le choix d’effectuer ses trajets domicile-travail en vélo depuis que son employeur propose l’indemnité kilométrique vélo.

Albert, Bérénice et Corinne travaillent tous les trois 220 jours par an.

Albert habite à 40 km de son travail, ce qui est le plafond de prise en charge des frais de transport. Il bénéficie donc du maximum de la prise en charge possible. Il parcours en voiture 80 x 220 = 17600 km par an dans le cadre de ses trajets domicile-travail. En utilisant le simulateur disponible sur le site web des impôts, Albert sait qu’il peut bénéficier de 6876 € de réduction de son revenu imposable. Cette réduction du revenu imposable correspond à 0,39 € par kilomètre.

Bérénice habite à 10 km de son travail. Elle parcours en voiture 10 x 220 = 2200 km par an dans le cadre de ses trajets domicile-travail. En utilisant le simulateur disponible sur le site web des impôts, Bérénice sait qu’elle peut bénéficier de 1085 € de réduction de son revenu imposable. Cette réduction du revenu imposable correspond à 0,49 € par kilomètre.

Corinne habite à 10 km de son travail. Elle parcours en vélo 10 x 220 = 2200 km par an dans le cadre de ses trajets domicile-travail. En bénéficiant de l’indemnité kilométrique vélo, Bérénice sait qu’elle peut bénéficier de 200 € d’indemnité versée par son employeur. Cette indemnité est assimilable à une subvention par son employeur de 0,09 centime par kilomètre. L’indemnité de 0,25 €/km tombe à 0,09 € du fait du plafonnement de l’indemnité à 200 €. En outre, cette indemnité n’est pas prise en compte dans l’impôt sur le revenu (du fait de l’exonération), mais elle ne viendra pas non plus le diminuer.

Il est certes délicat de comparer une réduction de son revenu imposable et une prime non imposable. Il est d’ailleurs problématique de ne pouvoir comparer ces deux mécanismes incitatifs. En premier lieu, les parties prenantes sont différentes : l’état dans un cas, l’employeur dans l’autre cas. En outre, les modalités sont éloignées : réduction du revenu imposable dans un cas, prime non imposable dans l’autre cas.

A la lumière de la simulation de ces 3 cas, il apparaît que l’indemnité kilométrique vélo est bien en deçà de l’effort consenti par l’état français à l’automobile, que ce soit en terme de montant numéraire, ou en terme de kilomètre. Au regard des différences d’ordre de grandeur dans les sommes en jeux, il est légitime de se demander en quoi l’indemnité kilométrique vélo inciterait un salarié à abandonner sa voiture pour opter pour le vélo comme mode de déplacement principal ?

L’indemnité kilométrique vélo aurait pu être gérée par l’état français, tout comme le sont les frais kilométriques domicile-travail. Elle aurait ainsi pu ne pas être plafonnée à 200 € (qui est une limitation pour éviter que les entreprises profitent de cette niche fiscale pour payer leurs salariés sans verser de cotisation sociale). L’état aurait également pu faire preuve d’une vision à long terme et programmer une augmentation mécanique prévue et régulière du montant de l’indemnité au kilomètre (0,25 €/km en 2016, 0,50 €/km en 2020), cela aurait pu permettre aux automobilistes d’anticiper et de prévoir de ne pas remplacer leur voiture vieillissante afin de passer au vélo.

On peut estimer que cette indemnité est mieux que rien, certes, mais elle manque singulièrement d’ambition pour réellement encourager l’usage du vélo.

j'ai pas voté

En France, les élections successives voient le taux d’abstention augmenter de manière régulière. Et la caractéristique des abstentionnistes, c’est qu’ils n’expriment pas d’opinion. Leur opinion est donc souvent interprétée à tort et à travers par des éditorialistes trop heureux de se donner la légitimité de parler en leur nom.

Le documentaire intitulé j’ai pas voté aborde le sujet des abstentionnistes pour tenter de comprendre le sens de leur geste sans se cantonner dans les analyses superficielles ou orientées.

L’analyse du documentaire démarre sur le fait que tous les grands partis sont alignés sur les questions des politiques économiques et sociales. Par conséquent, le débat de fond est anéantis par la recherche du pouvoir.

La suite du documentaire imagine une parodie où les résultats d’une élection (dans le cas présent, les élections législatives de 2012) ne dissimuleraient pas l’abstention. Cette simulation de résultat suppose qu’une circonscription n’a aucun député élu si jamais l’abstention est majoritaire. Elle entraînerait un résultat surprenant : 17 députés élus sur 577.

S’ils formaient un parti, les abstentionnistes constitueraient une force politique extrêmement influente. Aujourd’hui, une partie des abstentionnistes ne se désintéressent pas de la politique, ils sont au contraire sont extrêmement politisés. Ces abstentionnistes politisés ne voient pas l’élection comme un moyen d’exprimer leur avis ou de faire progresser leurs idées.

La stratégie consciente du Front National est de recruter parmi ces abstentionnistes, de ratisser large auprès de tous les déçu des partis traditionnels.

La caractéristique d’une démocratie représentative est que le peuple n’a pas de pouvoir entre 2 élections. Une illustration de cette caractéristique réside malheureusement dans le traité de Lisbonne où 80 % du parlement était pour la ratification tandis que 55 % des Français se sont positionnés contre la ratification. Le résultat du référendum de 2005 fut nié suite à la ratification du traité par le parlement en 2008. Le gouvernement a donné au peuple une illusion de pouvoir en organisant un référendum, mais à brisé cette illusion en décidant finalement la ratification du traité de Lisbonne par le parlement.

Le documentaire pose alors une question essentielle : une démocratie représentative est-elle réellement une démocratie ? En repartant de -500 av. JC, l’histoire de la démocratie en Grèce amène à penser qu’aujourd’hui, la France n’est pas en démocratie mais sous un régime représentatif (inventé fin du 18ième, comme alternative à la démocratie et à la monarchie). Le fondateur de ce régime représentatif est l’abbé Sieyès. Ce leader révolutionnaire - et inventeur du système représentatif - rejetait explicitement le gouvernement démocratique afin d’exclure le peuple des décisions politiques, estimant que le peuple n’était pas capable de prendre des décisions.

Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-même la loi. Ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet état représentatif, ce serait un état démocratique.

Le régime actuel, hérité de la révolution française, est un régime où la légitimité vient du peuple (et non plus du droit divin), mais le pouvoir de décider revient aux représentants, à quelques-uns. La révolution de 1789 était une révolution des bourgeois. Avec la mise en place du suffrage censitaire, seuls les riches votaient. Cette révolution était bien une victoire du tiers-état sur la noblesse et le clergé. Mais c’était surtout une victoire de l’élite du tiers-état, à savoir les bourgeois. Et comme les bourgeois représentaient la totalité du tiers-état, il est normal que le système mis en place soit un système représentatif : cela permettait aux bourgeois de garder le pouvoir, en évitant de le partager avec le reste du tiers-état. Lors de cette révolution, le peuple n’a pas su défendre ses droits, même si Jean-Jacques Rousseau défend une vision de démocratie directe, en expliquant qu’un système représentatif est voué à l’échec car il est impossible de représenter fidèlement un peuple. Jean-Jacques Rousseau ne sera pas entendu et la vision de l’abbé Sieyès prendra le dessus.

Dans notre démocratie représentative, le vote est l’élément démocratique du gouvernement représentatif. Mais le vote n’est pas le fondement de la démocratie, il en est juste une de ses composantes. La France est souvent qualifiée de démocratie, il serait plus juste de la qualifier d’aristocratie élective.

Les représentant ne sont sociologiquement pas représentatifs de la population, ce sont principalement de vieux mâles blancs éduqués. La représentativité des représentants n’est aucunement garantie par la constitution. Mais que dit la constitution alors ?

L’article 2 de la constitution est ambitieux mais aussitôt corrigé par l’article 3 :

  • article 2 :

Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. »

  • article 3 :

La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum.

Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice.

Le mandat impératif cher aux anarchistes est donc inconstitutionnel.

Une véritable démocratie repose sur le principe que chacun est jugé apte à produire du jugement politique, et donc à décider, directement, sans représentant.

Le système représentatif actuellement en vigueur en France repose sur le principe inverse : pour produire des décisions, il faudrait être qualifié, avoir des capacités supérieurs à celles du citoyen ordinaire. Le système politicien s’est organisé pour organiser cette qualification et produire ces capacités dites supérieures. Les politiciens sont presque tous des clones qui sortent des mêmes moules (Science Po, ENA) puis qui font leurs choix politique selon des stratégies d’opportunité de carrière plutôt qu’en fonction de leurs convictions. En ont-ils seulement ?

En outre, le cumul des mandats incite à la professionnalisation de la politique et est une des raisons de l’éloignement les citoyens de la chose publique. 80 % des députés et des sénateurs sont cumulards. Pourquoi voulez-vous qu’ils votent eux-même des lois mettant fin à cette situation confortable, ce verrou politique inamovible ? Ils cherchent seulement à protéger leur propre classe, la classe politique.

Dans le film le président de Henri Verneuil, le président joué par Jean-Gabin prononce un discours qui n’a pas pris une ride :

La politique devrait être une vocation, pas un métier.

Mais si l’élection ne permet pas de garantir le côté démocratique d’un système, comment faire pour se rapprocher de cet idéal démocratique ?

Le documentaire propose une idée qui est le fondement de la démocratie athénienne : le tirage au sort.

Il affirme que le tirage au sort de citoyens ordinaires à qui on permet d’avoir accès à des informations pertinentes et à une formation adéquate est une méthode très efficace pour mener un débat constructif. En définitive, ce documentaire un plébiscite du tirage au sort en remplacement de l’élection.

l'aiguille et la botte de foin

Un article passionnant intitulé l’aiguille et la botte de foin explique pourquoi la surveillance généralisée porte en elle le germe de l’erreur administrative et judiciaire.

Il prend l’exemple d’un algorithme basé sur une surveillance généralisée qui aurait 99 % de chance de signaler une personne liée à un réseau terroriste et seulement 0,1 % de chance de signaler un innocent comme étant lié à un réseau terroriste. L’algorithme semble d’excellente qualité, on serait évidemment tenté de le mettre en place.

Ce serait une très très mauvaise idée. En effet, en introduisant les notions de sensibilité d’un test, de spécificité d’un test et la fréquence de base, l’article explique que l’algorithme va certes détecter la majorité des terroristes, mais il va également accuser à tort énormément d’innocent.

Notre test (impossiblement bon) va détecter 99% * 7 000 = 6 930 des terroristes, en laissant passer 70 à travers les mailles du filet, ce qui parait intéressant, jusqu’à ce que l’on remarque qu’il va aussi détecter 0.1% des 69 993 000 innocents, soit 69 993 innocents.

Quand on sait que les algorithmes actuels présentent de bien moins bon résultats que cet algorithme fictif, on en arrive à la conclusion que la surveillance généralisée est une fausse solution dont l’effet principal est d’altérer la paix sociale.