si, c'est vrai !

l'indemnité kilométrique vélo

L’indemnité kilométrique vélo est une indemnité versée par l’employeur aux salariés qui utilisent un vélo pour leurs déplacements domicile-travail, à hauteur du nombre de kilomètres parcourus. Cette indemnité vise à encourager l’usage du vélo en tant que mode de transport principal. L’indemnité kilométrique vélo est fixée à 0,25 €/km en France. Elle bénéficie d’un dispositif d’exonération de cotisations sociales pour les employeurs et d’impôt sur le revenu pour les salariés.

L’initiative est louable, mais reste timide. Si elle constitue la première mesure d’une série de mesures, alors c’est un bon début, vivement la suite. Mais si cela reste une mesure isolée, alors c’est un coup pour rien.

Tout d’abord contrairement aux frais de transport pour les automobiles qui viennent réduire l’impôt sur le revenu, l’indemnité kilométrique vélo est versée par l’employeur et non par l’état (comme une réduction de l’impôt sur le revenu). Elle est donc réservée à ceux qui ont un employeur. Les chômeurs et les indépendants ne peuvent pas en bénéficier.

En outre, le fait que le plafond d’exonération de cotisation sociale est fixé à 200 euros amène bien souvent les entreprises à plafonner l’indemnité kilométrique vélo à 200 euros. La conséquence est donc une indemnité kilométrique vélo au rabais.

Effectuons une petite simulation en considérant 3 cas différents :

  • Albert habite à 40 km de son travail, il effectue donc 80 km par jour travaillé. Il dispose d’une voiture berline de 6 chevaux fiscaux.
  • Bérénice habite à 10 km de son travail, elle effectue donc 20 km par jour travaillé. Elle dispose d’une petite voiture de 4 chevaux fiscaux.
  • Corinne habite à 10 km de son travail, elle effectue donc 20 km par jour travaillé. Elle a fait le choix d’effectuer ses trajets domicile-travail en vélo depuis que son employeur propose l’indemnité kilométrique vélo.

Albert, Bérénice et Corinne travaillent tous les trois 220 jours par an.

Albert habite à 40 km de son travail, ce qui est le plafond de prise en charge des frais de transport. Il bénéficie donc du maximum de la prise en charge possible. Il parcours en voiture 80 x 220 = 17600 km par an dans le cadre de ses trajets domicile-travail. En utilisant le simulateur disponible sur le site web des impôts, Albert sait qu’il peut bénéficier de 6876 € de réduction de son revenu imposable. Cette réduction du revenu imposable correspond à 0,39 € par kilomètre.

Bérénice habite à 10 km de son travail. Elle parcours en voiture 10 x 220 = 2200 km par an dans le cadre de ses trajets domicile-travail. En utilisant le simulateur disponible sur le site web des impôts, Bérénice sait qu’elle peut bénéficier de 1085 € de réduction de son revenu imposable. Cette réduction du revenu imposable correspond à 0,49 € par kilomètre.

Corinne habite à 10 km de son travail. Elle parcours en vélo 10 x 220 = 2200 km par an dans le cadre de ses trajets domicile-travail. En bénéficiant de l’indemnité kilométrique vélo, Bérénice sait qu’elle peut bénéficier de 200 € d’indemnité versée par son employeur. Cette indemnité est assimilable à une subvention par son employeur de 0,09 centime par kilomètre. L’indemnité de 0,25 €/km tombe à 0,09 € du fait du plafonnement de l’indemnité à 200 €. En outre, cette indemnité n’est pas prise en compte dans l’impôt sur le revenu (du fait de l’exonération), mais elle ne viendra pas non plus le diminuer.

Il est certes délicat de comparer une réduction de son revenu imposable et une prime non imposable. Il est d’ailleurs problématique de ne pouvoir comparer ces deux mécanismes incitatifs. En premier lieu, les parties prenantes sont différentes : l’état dans un cas, l’employeur dans l’autre cas. En outre, les modalités sont éloignées : réduction du revenu imposable dans un cas, prime non imposable dans l’autre cas.

A la lumière de la simulation de ces 3 cas, il apparaît que l’indemnité kilométrique vélo est bien en deçà de l’effort consenti par l’état français à l’automobile, que ce soit en terme de montant numéraire, ou en terme de kilomètre. Au regard des différences d’ordre de grandeur dans les sommes en jeux, il est légitime de se demander en quoi l’indemnité kilométrique vélo inciterait un salarié à abandonner sa voiture pour opter pour le vélo comme mode de déplacement principal ?

L’indemnité kilométrique vélo aurait pu être gérée par l’état français, tout comme le sont les frais kilométriques domicile-travail. Elle aurait ainsi pu ne pas être plafonnée à 200 € (qui est une limitation pour éviter que les entreprises profitent de cette niche fiscale pour payer leurs salariés sans verser de cotisation sociale). L’état aurait également pu faire preuve d’une vision à long terme et programmer une augmentation mécanique prévue et régulière du montant de l’indemnité au kilomètre (0,25 €/km en 2016, 0,50 €/km en 2020), cela aurait pu permettre aux automobilistes d’anticiper et de prévoir de ne pas remplacer leur voiture vieillissante afin de passer au vélo.

On peut estimer que cette indemnité est mieux que rien, certes, mais elle manque singulièrement d’ambition pour réellement encourager l’usage du vélo.

j'ai pas voté

En France, les élections successives voient le taux d’abstention augmenter de manière régulière. Et la caractéristique des abstentionnistes, c’est qu’ils n’expriment pas d’opinion. Leur opinion est donc souvent interprétée à tort et à travers par des éditorialistes trop heureux de se donner la légitimité de parler en leur nom.

Le documentaire intitulé j’ai pas voté aborde le sujet des abstentionnistes pour tenter de comprendre le sens de leur geste sans se cantonner dans les analyses superficielles ou orientées.

L’analyse du documentaire démarre sur le fait que tous les grands partis sont alignés sur les questions des politiques économiques et sociales. Par conséquent, le débat de fond est anéantis par la recherche du pouvoir.

La suite du documentaire imagine une parodie où les résultats d’une élection (dans le cas présent, les élections législatives de 2012) ne dissimuleraient pas l’abstention. Cette simulation de résultat suppose qu’une circonscription n’a aucun député élu si jamais l’abstention est majoritaire. Elle entraînerait un résultat surprenant : 17 députés élus sur 577.

S’ils formaient un parti, les abstentionnistes constitueraient une force politique extrêmement influente. Aujourd’hui, une partie des abstentionnistes ne se désintéressent pas de la politique, ils sont au contraire sont extrêmement politisés. Ces abstentionnistes politisés ne voient pas l’élection comme un moyen d’exprimer leur avis ou de faire progresser leurs idées.

La stratégie consciente du Front National est de recruter parmi ces abstentionnistes, de ratisser large auprès de tous les déçu des partis traditionnels.

La caractéristique d’une démocratie représentative est que le peuple n’a pas de pouvoir entre 2 élections. Une illustration de cette caractéristique réside malheureusement dans le traité de Lisbonne où 80 % du parlement était pour la ratification tandis que 55 % des Français se sont positionnés contre la ratification. Le résultat du référendum de 2005 fut nié suite à la ratification du traité par le parlement en 2008. Le gouvernement a donné au peuple une illusion de pouvoir en organisant un référendum, mais à brisé cette illusion en décidant finalement la ratification du traité de Lisbonne par le parlement.

Le documentaire pose alors une question essentielle : une démocratie représentative est-elle réellement une démocratie ? En repartant de -500 av. JC, l’histoire de la démocratie en Grèce amène à penser qu’aujourd’hui, la France n’est pas en démocratie mais sous un régime représentatif (inventé fin du 18ième, comme alternative à la démocratie et à la monarchie). Le fondateur de ce régime représentatif est l’abbé Sieyès. Ce leader révolutionnaire - et inventeur du système représentatif - rejetait explicitement le gouvernement démocratique afin d’exclure le peuple des décisions politiques, estimant que le peuple n’était pas capable de prendre des décisions.

Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-même la loi. Ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet état représentatif, ce serait un état démocratique.

Le régime actuel, hérité de la révolution française, est un régime où la légitimité vient du peuple (et non plus du droit divin), mais le pouvoir de décider revient aux représentants, à quelques-uns. La révolution de 1789 était une révolution des bourgeois. Avec la mise en place du suffrage censitaire, seuls les riches votaient. Cette révolution était bien une victoire du tiers-état sur la noblesse et le clergé. Mais c’était surtout une victoire de l’élite du tiers-état, à savoir les bourgeois. Et comme les bourgeois représentaient la totalité du tiers-état, il est normal que le système mis en place soit un système représentatif : cela permettait aux bourgeois de garder le pouvoir, en évitant de le partager avec le reste du tiers-état. Lors de cette révolution, le peuple n’a pas su défendre ses droits, même si Jean-Jacques Rousseau défend une vision de démocratie directe, en expliquant qu’un système représentatif est voué à l’échec car il est impossible de représenter fidèlement un peuple. Jean-Jacques Rousseau ne sera pas entendu et la vision de l’abbé Sieyès prendra le dessus.

Dans notre démocratie représentative, le vote est l’élément démocratique du gouvernement représentatif. Mais le vote n’est pas le fondement de la démocratie, il en est juste une de ses composantes. La France est souvent qualifiée de démocratie, il serait plus juste de la qualifier d’aristocratie élective.

Les représentant ne sont sociologiquement pas représentatifs de la population, ce sont principalement de vieux mâles blancs éduqués. La représentativité des représentants n’est aucunement garantie par la constitution. Mais que dit la constitution alors ?

L’article 2 de la constitution est ambitieux mais aussitôt corrigé par l’article 3 :

  • article 2 :

Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. »

  • article 3 :

La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum.

Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice.

Le mandat impératif cher aux anarchistes est donc inconstitutionnel.

Une véritable démocratie repose sur le principe que chacun est jugé apte à produire du jugement politique, et donc à décider, directement, sans représentant.

Le système représentatif actuellement en vigueur en France repose sur le principe inverse : pour produire des décisions, il faudrait être qualifié, avoir des capacités supérieurs à celles du citoyen ordinaire. Le système politicien s’est organisé pour organiser cette qualification et produire ces capacités dites supérieures. Les politiciens sont presque tous des clones qui sortent des mêmes moules (Science Po, ENA) puis qui font leurs choix politique selon des stratégies d’opportunité de carrière plutôt qu’en fonction de leurs convictions. En ont-ils seulement ?

En outre, le cumul des mandats incite à la professionnalisation de la politique et est une des raisons de l’éloignement les citoyens de la chose publique. 80 % des députés et des sénateurs sont cumulards. Pourquoi voulez-vous qu’ils votent eux-même des lois mettant fin à cette situation confortable, ce verrou politique inamovible ? Ils cherchent seulement à protéger leur propre classe, la classe politique.

Dans le film le président de Henri Verneuil, le président joué par Jean-Gabin prononce un discours qui n’a pas pris une ride :

La politique devrait être une vocation, pas un métier.

Mais si l’élection ne permet pas de garantir le côté démocratique d’un système, comment faire pour se rapprocher de cet idéal démocratique ?

Le documentaire propose une idée qui est le fondement de la démocratie athénienne : le tirage au sort.

Il affirme que le tirage au sort de citoyens ordinaires à qui on permet d’avoir accès à des informations pertinentes et à une formation adéquate est une méthode très efficace pour mener un débat constructif. En définitive, ce documentaire un plébiscite du tirage au sort en remplacement de l’élection.

l'aiguille et la botte de foin

Un article passionnant intitulé l’aiguille et la botte de foin explique pourquoi la surveillance généralisée porte en elle le germe de l’erreur administrative et judiciaire.

Il prend l’exemple d’un algorithme basé sur une surveillance généralisée qui aurait 99 % de chance de signaler une personne liée à un réseau terroriste et seulement 0,1 % de chance de signaler un innocent comme étant lié à un réseau terroriste. L’algorithme semble d’excellente qualité, on serait évidemment tenté de le mettre en place.

Ce serait une très très mauvaise idée. En effet, en introduisant les notions de sensibilité d’un test, de spécificité d’un test et la fréquence de base, l’article explique que l’algorithme va certes détecter la majorité des terroristes, mais il va également accuser à tort énormément d’innocent.

Notre test (impossiblement bon) va détecter 99% * 7 000 = 6 930 des terroristes, en laissant passer 70 à travers les mailles du filet, ce qui parait intéressant, jusqu’à ce que l’on remarque qu’il va aussi détecter 0.1% des 69 993 000 innocents, soit 69 993 innocents.

Quand on sait que les algorithmes actuels présentent de bien moins bon résultats que cet algorithme fictif, on en arrive à la conclusion que la surveillance généralisée est une fausse solution dont l’effet principal est d’altérer la paix sociale.

élection et sincérité

Dans un article intitulé pour les socialistes en déroute, l’échec, c’est les autres…, Serge Halimi revient sur un discours prononcé par François Hollande, alors candidat à l’élection présentielle française.

M. Hollande avait en effet annoncé ceci dans son discours du Bourget (22 janvier 2012) : « Sur le plan européen, si les Français m’en donnent mandat, mon premier déplacement sera pour rencontrer la chancelière d’Allemagne et pour lui dire que nous devons ensemble changer l’orientation de l’Europe vers la croissance et dans le lancement de grands travaux. » Bilan : néant. Dans un livre-réquisitoire, son ancien conseiller Aquilino Morelle dévoile à ce propos que, « dès février 2012, juste après son discours du Bourget, Hollande envoyait, dans le plus grand secret, Emmanuel Macron à Berlin afin d’y rencontrer Nikolaus Meyer-Landrut, le conseiller d’Angela Merkel pour les affaires européennes, et, par son truchement, rassurer la chancelière sur la réalité de ses intentions. » Elle n’eut plus jamais motif à s’inquiéter.

Quand un mécanisme politique amène des politiciens à mentir sciemment dans le but de se faire élire, alors il est temps de reconnaître que le système en question est à revoir.

L’élection n’est pas un pilier de la démocratie, il n’en est qu’un mécanisme grippé.

coûts externes de l'automobile

En octobre 2012, le groupe des Verts/Alliance libre européenne au parlement européen a commandée à la Technische Universität Dresden une étude intitulée coûts externes de l’automobile, aperçu des estimations existantes dans l’Union européenne à 27.

Cette étude vise à montrer les affirmations qui voudraient que les voitures couvrent la totalité de leurs coûts internes et externes sont infondées. Elle cherche également à évaluer le montant des coûts externes de l’automobile, c’est à dire les coûts liés à l’automobile mais non pris en charge par les automobilistes.

Les coûts externes de l’automobile sont évalués à 373 milliards d’euros par an (dont 50 milliards pour la France), soit environ 3,0 % du PIB de l’UE. En répartissant cette somme pour chaque citoyen européen, on arrive à un montant conséquent.

Chaque citoyen de l’UE-27 paye pour son transport à titre privé. En moyenne, toutefois, chaque personne vivant dans l’UE-27, quel que soit son âge et son sexe, externalise 750 euros par an vers d’autres personnes, d’autres pays ou d’autres générations. Sur une période de 10 ans, une famille de quatre personnes accumule une «dette» de 30 000 euros.

En effectuant cette répartition par voiture et non plus par personne, on abouti à une idée du montant de la taxe qu’il faudrait instaurer sur la vente de chaque véhicule afin de couvrir ces coûts externes.

Pour chaque voiture européenne, 1 600 euros de coûts externes s’accumulent en moyenne chaque année. Pour une durée de vie d’environ 10 ans (moins de kilomètres sont parcourus pendant les dernières années), le coût pour la société par nouvelle voiture vendue pourrait tourner autour de 16 000 euros par voiture. Dans certains pays (par exemple, Singapour), les taxes à l’achat des véhicules se situent dans cette fourchette de prix ou même au-delà.

Une autre solution serait de taxer les véhicules en fonction de la distance parcouru, pour être plus juste.

Si nous utilisons ce chiffre de 50 euros par 1 000 vkm, nous parvenons à une proposition de redevance automobile de 5 centimes d’euro par kilomètre, selon la distance. Dans tous les pays européens, une taxe de protection du climat d’environ 5 centimes d’euro par kilomètre devrait être instaurée pour avancer en direction du principe de l’utilisateur payeur.

Si l’ordre de grandeur de cette taxe est donné (5 centimes d’euro par kilomètre), la manière de la percevoir n’est pas détaillée dans l’étude.

Les conclusions de la présente étude montrent que, de toute évidence, les affirmations fréquemment entendues qui voudraient que les voitures couvrent la totalité de leurs coûts internes et externes sont infondées. Même si cette étude ne se livre pas une estimation détaillée des redevances et des impôts spéciaux frappant les automobiles et attribuables à leurs coûts externes, il est évident qu’une somme de l’ordre de 300 à 400 millions d’euros réservés à ces coûts ne peut être atteinte. C’est tout le contraire, il faut constater que le trafic automobile dans l’UE est fortement subventionné par d’autres personnes, d’autres régions et par les générations futures: les personnes résidant le long de routes principales, les contribuables, les personnes âgées ne possédant pas une voiture, les pays voisins, les enfants, les petits-enfants et toutes les générations futures subventionnent le trafic actuel. Ils doivent ou devront payer une partie de la facture.

Cette subvention massive de l’automobile via les externalités est malheureusement complètement absent du débat public.

les prospérités du vice

Dans un article intitulé les prospérités du vice l’auteur cite bernard Mandeville - médecin et philosophe du 18ième siècle - qui nous propose une fable intitulée la fable des abeilles. Cette fable illustre le fait que la dimension individualiste du capitalisme fait partie de celui-ci depuis ses débuts, à l’inverse de l’image classique du capitalisme décrit comme “ascétique, rigoriste, autoritaire, puritain et patriarcal” par Max Weber.

Pour Mandeville, traduit en allemand dès 1761 et retraduit à l’époque de Weber, le vice, et non la vertu, se trouve à l’origine de ce qu’on appellera capitalisme. Mieux, le vice, moteur initial, parce qu’il recherche d’emblée la richesse et la puissance, produit malgré lui de la vertu. Ce dont témoigne la maxime centrale de la Fable : « Les vices privés font la vertu publique », non seulement parce qu’ils brisent les entraves morales véhiculées par les histoires édifiantes colportées de génération en génération (Mandeville, médecin, était plus précisément « médecin de l’âme », c’est-à-dire « psy » comme on dirait aujourd’hui), mais aussi parce qu’en libérant les appétits ils apportent une opulence supposée ruisseler du haut en bas de la société. Ce qui promet le passage d’un état de pénurie à celui d’abondance. Aussi Mandeville n’hésite-t-il pas à dire que la guerre, le vol, la prostitution et la luxure, l’alcool et les drogues, la recherche féroce du gain, la pollution (pour employer un mot contemporain), le luxe, etc., contribuent en fait au bien commun. Tous ces vices s’expriment, comme il le répète dans une formule rituelle, « à l’avantage de la société civile ».

Si “les vices privés font la vertu publique”, c’est que la mesure de la croissance est vue à travers le prisme du PIB dont la pertinence reste à démontrer. Si des accidents de voiture génèrent des soins, des réparations et des achats de voiture, ceux-ci génèrent du chiffre d’affaire pour certains mais n’augmente pas la qualité de vie globale de la société.

La dérive individualiste du néolibéralisme ne serait donc pas une dérive à corriger. Elle serait l’ADN même du libéralisme.

En redonnant à la conception mandevillienne toute sa place et en se libérant du conte wébérien, on découvre que le célèbre « nouvel esprit du capitalisme », jouisseur et hédoniste, est peut-être beaucoup plus ancien qu’on ne le croit : il a été énoncé comme le programme original du capitalisme aux prémices mêmes de la première révolution industrielle…

Si la seule mesure du progrès est la mesure économique et financière, alors on peut penser qu’en effet “les vices privés font la vertu publique”. En revanche, si le partage des richesses et le bien-être sont des notions qui font sens, alors la fable des abeilles est simplement l’illustration que l’esprit du capitalisme s’incarne dans des esprits égoïstes.

le mirage escrologique

Dans un article intitulé le mirage escrologique, l’auteur effectue une mise au point sur l’empreinte écologique globale de la voiture électrique. Le bilan est sans appel : la voiture électrique n’est pas écologique, elle est seulement un moyen de déplacer hors des agglomérations la pollution causée par nos déplacements.

Si le moteur à essence a un assez mauvais rendement (moins de 40 %) alors que le moteur électrique a un très bon rendement (environ 80 %), le rendement global de la voiture électrique reste moins bon (26,65 %) que celui de la voiture à essence (39 %) car la chaîne de production d’énergie est plus longue et moins efficace (en particulier : la production d’électricité a un mauvais rendement : 41,12 %).

En outre, le coût écologique de production et de recyclage des batteries nécessaires au fonctionnement des voitures électriques se heurte aux contraintes physiques du monde réel : la voiture électrique ne sera jamais la voiture de monsieur et madame tout-le-monde. Elle restera toujours l’apanage des plus privilégiés.

sept idées fausses sur les médias

Dans un article intitulé sept idées fausses sur les médias, Aude Lancelin révèle sept idées fausses sur les médias qu’elle détaille et explique tout au long de son article.

  1. les actionnaires de médias « n’interviennent » pas
  2. on ne peut pas se passer de ces grands capitaux privés
  3. critiquer les médias c’est attaquer les personnes
  4. la diversité existe, « les médias » ça n’existe pas
  5. les journalistes doivent être neutres
  6. les journaux sont par définition des forces démocratiques, à défendre quoiqu’il arrive
  7. les médias ne peuvent pas grand-chose

L’auteure estime que la diversité des médias n’existe pas et qu’il y a au contraire une communauté de vue […] totale partagée au sein des médias. Cela s’explique par le fait que les médias appartiennent quasiment tous au parti des affaires.

La possibilité même de quelque chose comme le macronisme a révélé la vérité définitive sur cette affaire : la droite LR et la gauche PS étaient en réalité deux factions d’un même « parti des affaires » qui vient officiellement de se réunifier.

Vous pouvez consulter l’affiche des médias français pour savoir à qui appartient les titres que vous lisez.

la loi sécuritaire, le bruit des bottes et le silence des pantoufles

Dans un article intitulé la loi sécuritaire, le bruit des bottes et le silence des pantoufles, Marwen Belkaid déplore la fin de l’état de droit en France, informé du vote à l’Assemblée Nationale du projet de loi sécurité avec 415 voix pour et 127 voix contre.

Monsieur Macron avait promis de sortir de l’état d’urgence et en intégrant toutes les mesures ou presque de l’état d’exception dans la loi, il va pouvoir se targuer d’avoir tenu sa promesse de sortir de l’état d’urgence. A ceci près que ce sera une sortie pour mieux y entrer de manière perpétuelle puisque l’état d’urgence est appelé à devenir obsolète dans la mesure où le droit classique contiendra les principales mesures (perquisition administrative, interdiction de déplacement, assignation à résidence) arbitraires de l’état d’urgence. Parce que c’est bien cela qui s’est joué en ce triste 3 octobre 2017, la fin de l’Etat de droit, le crépuscule d’une société non-arbitraire, l’attentat le plus grand contre les libertés. Désormais, au prétexte de motifs aussi flous qu’évanescents, l’Etat pourra décider de persécuter et d’harceler des terroristes potentiels dont la définition pourra allègrement être modifiée selon les circonstances ou le pouvoir en place.

Pendant l’état d’urgence, de nombreuses procédures abusives et inutiles ont été lancées, créant de la défiance chez les citoyens.

Sur les près de 6000 perquisitions administratives (qu’il faudra désormais appeler « visites domiciliaires », une pratique que n’aurait pas renié le novlangue orwellien), seulement 20 personnes ont été mises en examen pour un lien quelconque avec le terrorisme. 99,7% des perquisitions administratives étaient donc abusives et ont sans doute créé ou renforcé une défiance à l’égard de l’Etat. Parce que c’est là l’un des points les plus dramatiques de cette frénésie sécuritaire : elle ne fait que renforcer la défiance voire la haine que certains peuvent avoir envers l’Etat et elle peut même créer cette défiance chez des personnes qui étaient à mille lieues d’un tel ressentiment.

Les citoyens français sont toujours citoyens, mais avec moins de droits qu’avant…

nothing to hide

Le film documentaire intitulé nothing to hide est un film qui traite de la surveillance de masse et de son impact sur la société.

Une expérimentation volontaire est l’occasion d’illustrer ce qu’on peut déduire des méta-données collectés tous les jours via l’usage des smartphones.

Une personne lambda affirmant n’avoir rien à cacher se porte volontaire pour installer un logiciel espion sur son ordinateur et sur son téléphone mobile. Au bout d’un mois, deux analystes vont récupérer et analyser les données collectées sur les deux appareils de cette personne pour lui présenter ce qu’ils ont pu apprendre d’elle, non pas avec ses données, mais seulement avec ses simples méta-données.

Cette personne aura par la suite une vision différente de l’argument qu’elle utilisait souvent :

De toute façon, je n’ai rien à cacher.

Cette phrase a ceci de particulier qu’elle est souvent fausse, et surtout qu’elle s’applique généralement au passé.

Quand une personne affirme qu’elle n’a rien à cacher, elle affirme en réalité qu’on a rien à se reprocher de ce qui nous apparaît comme connu de notre propre histoire, et que l’on rend visible à travers nos usages numériques.

Nous ne savons en réalité pas grand chose des données collectées à notre insu, et nous en savons encore moins sur ce qui peut en être déduit par des algorithmes chaque jour plus perfectionnés.

Mais surtout, cette phrase s’applique à notre passé et devient une sorte de ligne de conduite, de cellule enfermante pour notre futur. En affirmant qu’on n’a rien à cacher, on affirme qu’on ne fera jamais rien qui puisse un jour être à cacher. On consent à l’avance à tout ce qui pourrait nous être imposé à l’avenir.

Et si d’aventure, un jour, une personne avait la moindre velléité de contester une décision, une loi, un projet, il serait alors trop tard tant l’individu est devenu transparent - et donc vulnérable - aux yeux de ses opposants.

“Ceux qui ne bougent pas ne sentent pas leurs chaînes” disait Rosa Luxembourg. Il serait temps, pour chaque citoyen, d’évaluer la longueur de sa chaîne avant qu’il ne soit trop tard…