si, c'est vrai !

la menace protectionniste

D’aucuns nous avertissent de la menace que constituerait le retour du protectionnisme. Frédéric Lordon estime que le protectionnisme ne nous a jamais quitté et que l’idée d’un retour du protectionnisme est aussi inepte que l’existence d’une concurrence libre et non faussée.

L’article de Frédéric Lordon intitulé la menace protectionniste, ce concept vide de sens démonte certains des artifices qui tentent de masquer qu’une autre relance est possible.

le travail moderne est incompatible avec une vie épanouie

De nos jours, pour beaucoup, la vie quotidienne est une course, une course après le temps où chacun doit jongler entre :

  • sa vie privée
    • sa vie personnelle
    • sa vie amicale et familiale
    • sa vie associative
  • sa vie professionnelle

Et qui n’a pas entendu un ami, un collègue, un parent lui répondre : “j’ai pas l’temps !”

C’est pourtant faux, on a tous du temps, on a tous le même temps, on a tous 24 heures par jour dont on dispose pour faire ce qu’on veut.

Seulement, certains choix nous engagent. Ces engagements à plus ou moins long terme nous amènent à considérer que ces contraintes s’imposent à nous alors que c’est nous-même qui nous les sommes imposées un jour, en faisant un choix.

Et il faut bien avouer que la manière dont on fait des choix donne souvent la priorité à la vie professionnelle. Et cette vie professionnelle est chronophage, le travailleur-fou ne butera jamais contre une limite maximale, il ne trouvera que rarement un chef pour lui dire de travailler moins, de rentrer chez lui. Augmenter le chiffre d’affaire, maximiser les bénéfices, assurer la part variable implique de travailler plus. Parfois ce n’est pas l’appât du gain mais la précarité qui implique de travailler plus (sans gagner plus). A chaque fois pourtant, c’est la vie privée qui en pâti.

Pourtant, une fois qu’on est riche, qu’on a une belle situation, qu’on est physiquement et moralement usé, qu’on est vieux, est-ce qu’on est bien avancé si on a tout au long de sa vie négligé sa vie personnelle, si on a perdu de vue ses amis et qu’on a l’impression de ne pas avoir vu grandir sa famille, si on a pris aucun engagement associatif ou militant (qui est l’essence même de la citoyenneté) ?

Les gains de productivités devraient permettre une réduction du temps de travail et un meilleur partage du travail. Au lieu de cela, ces gains de productivité sont toujours mis au service de l’augmentation de l’activité de l’entreprise. On produit plus avec autant de monde, ou on licencie et on produit autant avec moins de monde. Mais jamais on ne fera le choix de produire autant, avec autant de monde, mais en moins longtemps, de manière à libérer du temps libre.

En 1936, le front populaire vote les 40 heures de travail hebdomadaires. Aujourd’hui, la durée légale du travail est de 48 heures, beau progrès ! Comment ont été utilisés les gains de productivité accumulés depuis 1936 ? Ils ont permis de faire redémarrer l’économie après la seconde guerre mondiale, d’élever le niveau de vie des Français, jusqu’à l’emballement économique de ces dernières décennies. Mais ils n’ont pas été utilisés pour développer ou améliorer la qualité de vie des citoyens.

La seule initiative en faveur de la réduction du temps de travail, les 35 heures, a rapidement été compensée par le déplafonnement des heures supplémentaires et leur défiscalisation. Le débat sur le travail le dimanche vise - in fine - à transformer le dimanche en un jour travaillé comme les autres.

Il existe un moyen d’éviter d’atteindre le NAIRU, d’éviter d’avoir affaire à des citoyens trop instruits et en mesure de remettre en cause les orientations des gouvernements, d’éviter que l’activité non-marchande ne se développe, d’inciter le citoyen à muter en consommateur et à devenir dépendant de ce qu’il achète et frustré de ce qu’il n’a pas encore acheté.

Ce moyen simple, c’est augmenter la charge de travail, c’est précariser le travailleur et le chômeur pour les amener à s’intéresser au menu du soir plutôt qu’à un projet démocratique leur permettant d’améliorer leur qualité de vie. C’est rendre le travail est incompatible avec une vie épanouie.

les médias et la crise

Le jeudi 5 février 2009, l’économiste Frédéric Lordon intervenait à la Bourse du travail de Paris dans le cadre d’une conférence sur les médias et la crise organisée par Acrimed.

Lors de cette conférence, Frédéric Lordon explique qu’il est inutile de rechercher des responsabilités au niveau des individus. En effet, le comportement des individus est déterminé par les logiques structurelles, par les règles des structures auxquelles ils appartiennent (structures institutionnelles, structures règlementaires, structures légales).

Il faut donc s’abstraire de l’individu et s’intéresser aux forces directrices, aux forces inscrites dans les structures. En conséquence, les véritables responsables sont les architectes de ces structures. Et les architectes de ces structures sont les gouvernements, aidés des médias.

C’est qu’évoquait déjà le billet intitulé le piège du too big to fail : “les gouvernements sont complices d’avoir laissé faire”.

une autre relance est possible

Certains affirment vouloir moraliser le capitalisme ou réguler les excès du capitalisme financier. Les gouvernements s’attachent surtout à mettre en oeuvre des plans de relance de juguler la crise et relancer la croissance au plus vite.

Actuellement, le système capitaliste active ses défenses immunitaires, il se défend pour ne pas mourir. Les gouvernements jouent le jeu : à force de mettre l’accent sur les plans de relance qui constituent l’essentiel de l’urgence, on passe sous silence l’urgence de l’essentiel : pour qui, pour quoi et jusqu’où la croissance ?

Il parait que la croissance conditionne l’emploi, qu’elle est une condition nécessaire à l’emploi. Mais il faut croire les économistes qui l’affirment sur parole car ils ne sont pas en mesure de fournir une preuve tangible (corrélation n’est pas causalité). Or, d’autres économistes pensent que la croissance n’est pas une condition nécessaire à l’emploi.

C’est le terrain sur lequel s’aventure Jean Gadrey pour qui une autre relance est possible : “créer des emplois sans croissance, c’est possible mais il faut réduire fortement les inégalités”.

sortir de la crise

Pour sortir de la crise, les gouvernements consultent leurs meilleurs experts en économie, ceux-là même qui semblent avoir été incapables de sentir le vent tourner. Il nous faut donc avoir confiance en nos gouvernements, ou pas.

Pour sortir de la crise, encore faudrait-il analyser cette crise, en déterminer les causes afin de pouvoir trouver les réponses adaptées. Dave Lindorff estime que l’économie américaine ne se rétablira jamais comme elle était avant.

Ce n’est pas un modèle économique soutenable et c’est un modèle qui vient juste d’encaisser ce qui est certainement un coup mortel.

Tout est résumé dans cette phrase, le modèle économique occidental actuel n’est pas soutenable. Cette crise n’est finalement qu’un retour à la normale après une période de surchauffe. Vouloir mettre en application un plan de relance, c’est s’entêter à mettre en application les méthodes ayant conduit à cette période de surchauffe. Et, en admettant que ces plans de relance atteignent leurs objectifs (de faire perdurer un peu plus cette période de surchauffe), ils ne seraient que le ferment d’une future crise, similaire dans les grandes lignes à celle que nous traversons actuellement.

La vérité est que nous ne sommes menacés sérieusement ni par le communisme, ni par les seigneurs de la drogue, ni par les djihadistes musulmans. Nous sommes plutôt devenus nous-mêmes notre pire ennemi.

Regardons la vérité en face, au lieu de chercher des coupables et des boucs émissaires, reconnaissons que nous avons chacun notre part de responsabilité et qu’il nous faut maintenant inventer un autre modèle économique, durable celui-là.

La question n’est pas de savoir comment relancer la consommation, ou la production, ou l’investissement. La question est de savoir comment gérer la transition vers un modèle économique soutenable, tenant compte des contingences environnementales, sociales et écologiques.

le mandat impératif

Connaissez-vous le mandat impératif ?

Le mandat impératif désigne un pouvoir octroyé à un élu dans lequel ses décisions sont liées à un ensemble d’instructions obligatoires auxquelles il ne peut déroger. Il s’oppose au mandat représentatif. L’actuelle Constitution française indique dans le titre consacré au Parlement que « tout mandat impératif est nul » (article 27).

Comment justifier que le mandat impératif est incompatible avec la constitution française de la cinquième république ?

L’actuelle constitution française se limite au mandat représentatif. Les représentants du peuple (président, députés, sénateurs) sont élus par le peuple, ils le représentent. Le peuple accorde sa confiance à chaque élu en lui donnant carte blanche pour la durée de son mandat. Sauf faute grave, un élu ne peut pas être révoqué avant la fin de son mandat par ceux qui l’ont élu, même si ses décisions ou ses actions vont à l’encontre de son programme électoral. La gouvernance du pays résulte donc du rapport de force entre les différents élus, le rôle de la constitution étant d’assurer la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire et d’équilibrer les rapports de force qui s’établissent entre eux.

A l’inverse, le mandat impératif permet d’élire un commissaire mandaté par le peuple dans le cadre d’une mission précise et pour une durée déterminée. Il est révocable à tout moment par le peuple si ce dernier estime qu’il ne remplit pas sa mission.

Le mandat impératif ne serait-il pas un moyen de combler le fossé grandissant entre les citoyens et les élus ? Ne serait-ce pas un moyen pour le peuple de se réapproprier la vie politique en confiant un mandat précis aux mandatés plutôt que d’élire des représentants tous les 5 ans et d’être contraint de leur faire confiance jusqu’à l’élection suivante ?

l'écologie doit s'émanciper de la sphère individuelle

Le pacte écologique de Nicolas Hulot a fait grand bruit pendant la campagne présidentielle française mais n’a rien donné, le rapport Stern été largement relayé par les média mais n’a pas (encore ?) été suivi d’effets, le grenelle de l’environnement contraste avec les mesures de relance initiées récemment par le gouvernement français. Jusqu’à présent, les grandes initiatives en faveur de l’écologie n’ont pas débouché sur des résultats concrets.

Dans ce contexte, on serait tenté de déserter le terrain politique et médiatique pour se concentrer sur les initiatives individuelles. Cependant, plusieurs voix s’élèvent pour affirmer que pour sauver la planète, les petits gestes ne suffisent pas.

Le rapport Stern montre qu’il est urgent d’agir afin que l’humanité limite ses émissions de gaz à effet de serre avant que le changement climatique n’induise de trop nombreux changements dans notre environnement. Or notre objectif n’est pas de diminuer individuellement notre empreinte écologique un petit peu plus chaque année, mais bien d’arriver collectivement à une empreinte écologique durable, et ce dans une durée limitée ! Même si la démarche écologique commence souvent par des initiatives individuelles, elle doit nécessairement se traduire, à un moment ou à un autre, par des choix collectifs donc politiques (au sens du vivre ensemble).

Le petit pas individuel est certes une avancée sur la voie de la durabilité, mais uniquement s’il est suivi d’autres pas, uniquement si on a conscience de l’état global de l’environnement et des progrès qu’il reste à faire à chacun pour adopter un mode de vie durable. Le pire danger est bien qu’un premier pas soit aussi le dernier, juste un moyen de se donner bonne conscience à peu de frais.

Alors, à tous ceux qui se donnent bonne conscience en fermant le robinet pendant qu’ils se lavent les dents et attendent que tout le monde en fasse autant pour faire un deuxième pas, sachez que l’urgence n’attend pas, surtout quand l’auteur même du rapport Stern, Nicholas Stern, reconnaît avoir « gravement sous-estimé » l’ampleur des risques climatiques !

Finalement, quand on marche, il est quand même essentiel de savoir vers quel objectif on marche, non ?

le rapport Stern

Ancien économiste en chef de la banque mondiale, Nicholas Stern a dirigé la rédaction d’un rapport remis au gouvernement britannique en octobre 2006. Ce rapport est disponible auprès du ministère de l’économie et des finances britannique en plusieurs langues, dans une version résumée de 34 pages et sous la forme d’une note de synthèse de 5 pages.

Voici quelques extraits marquants tirés du résumé :

  • Les bénéfices d’une action forte et rapide sur le changement climatique dépassent considérablement les coûts.
  • L’électricité n’est pas l’énergie miracle du futur : elle contribue à hauteur de 24% aux émissions de gaz à effet de serre (en 2000).
  • Les effets du changement climatique ne sont pas également répartis – ce sont les pays et les populations les plus pauvres qui seront les premiers et les plus durement touchés. Et lorsque les dommages éventuels apparaîtront, il sera trop tard pour faire machine arrière. Nous sommes donc contraints de tourner notre regard vers des horizons lointains.
  • Les analyses qui prennent en compte les gammes complètes à la fois des effets et des résultats éventuels – c’est-à-dire qui emploient l’économie basique du risque – suggèrent que le changement climatique dans le scénario d’inaction (BAU) réduira le bien-être d’un montant équivalent à une réduction de la consommation par habitant allant de 5% à 20%. Si l’on tient compte des preuves scientifiques de plus en plus grandes de risques accrus, du refus face aux possibilités de catastrophes et d’une approche plus vaste face aux conséquences que ne le laissaient entendre des mesures de sortie étroites, il est probable que l’estimation correcte se situera dans la partie supérieure de cette fourchette.
  • Les estimations des coûts de ressources suggèrent qu’il est probable que, pour une trajectoire menant à une stabilisation à 550 ppm éq. CO2, le plafond du coût annuel attendu des réductions d’émissions se situera autour de 1% du PIB d’ici 2050.
  • L’infléchissement vers une économie mondiale moins carbonée se fera dans le contexte de ressources abondantes en combustibles fossiles. Par cela, on veut dire que les stocks d’hydrocarbures qu’il est rentable d’extraire (dans le cadre des politiques actuelles) sont plus que suffisants pour amener le monde à des niveaux de concentrations de gaz à effet de serre bien supérieures à 750 ppm éq. CO2, ce qui aurait des conséquences désastreuses. En effet, dans un scénario d’inaction (BAU), il est probable que les utilisateurs d’énergie s’orienteront vers des shales de charbon et de pétrole qui rejettent davantage de carbone, augmentant par là même les taux de croissance des émissions.
  • La politique sur le changement climatique peut contribuer à traquer les incompétences actuelles. Au niveau des sociétés, l’application des politiques concernant le climat peut attirer l’attention sur des possibilités d’épargner. Au niveau de l’ensemble de l’économie, la politique sur le changement climatique peut être un moyen de pression pour réformer les systèmes énergétiques inefficaces et retirer les subventions énergétiques qui faussent les marchés et pour lesquelles les gouvernements du monde entier dépensent actuellement près de 250 milliards de dollars US par an.
  • Trois éléments sont essentiels pour les mesures d’atténuation : le prix du carbone, la politique en matière de technologie et le démantèlement des obstacles au changement de comportement. Si l’on retire l’un quelconque de ces éléments, cela accroîtra considérablement les coûts de l’action.
    • Fixer un prix du carbone, au travers de taxes, du commerce ou d’une réglementation, constitue une assise essentielle pour toute politique sur le changement climatique. Le premier élément de cet axe d’action est la fixation du prix du carbone. Les gaz à effet de serre sont, en termes économiques, une externalité : ce sont ceux qui produisent des émissions de gaz à effet de serre qui engendrent le changement climatique, par là même imposant des coûts au monde et aux générations futures ; par contre, ils ne sont pas eux-mêmes confrontés aux pleines conséquences de leurs actions. Mettre un prix approprié sur le carbone – ouvertement au travers de taxes ou du commerce, ou implicitement au travers de la réglementation – signifie que les gens sont confrontés au plein coût social de leurs actions. Ceci amènera les particuliers et les entreprises à se détourner des biens et des services à fortes émissions de carbone et à investir dans des technologies alternatives moins carbonées. L’efficacité économique fait ressortir les avantages que présenterait un prix mondial commun du carbone : les réductions d’émissions auront alors lieu là où elles coûtent moins cher.
    • Des lignes d’actions sont indispensables pour encourager le développement de toute urgence d’une gamme de technologies moins carbonées et à haut rendement.
    • Le démantèlement des obstacles au changement de comportement est le troisième élément essentiel, un élément qui est particulièrement important pour encourager la saisie des opportunités en matière d’efficacité énergétique.
  • Il est crucial d’encourager une compréhension commune de la nature du changement climatique et de ses conséquences pour façonner le comportement, de même que pour étayer l’action nationale et internationale. Les gouvernements peuvent servir de catalyseur pour le dialogue grâce aux preuves, à l’éducation, à la persuasion et à la discussion. Eduquer sur le changement climatique ceux qui sont actuellement à l’école contribuera à façonner et à soutenir l’élaboration des décisions futures ; d’autre part, un débat public et international de grande envergure encouragera les décideurs d’aujourd’hui à adopter une action vigoureuse dès à présent. Une politique d’adaptation est cruciale pour traiter les effets inévitables du changement climatique mais, dans de nombreux pays, on ne lui donne pas beaucoup d’importance.
  • Le défi à relever en matière d’adaptation sera particulièrement intense dans les pays en développement où une vulnérabilité et une pauvreté plus grandes limiteront la capacité à agir. Tout comme pour les pays industrialisés, il est difficile d’en estimer les coûts, mais il est probable qu’ils atteindront des dizaines de milliards de dollars.
  • Il est urgent d’agir : la demande en matière d’énergie et de transport grandit rapidement dans de nombreux pays en développement, et de nombreux pays industrialisés sont également sur le point de renouveler une proportion considérable de leur capital social. Les investissements qui seront effectués au cours des dix à vingt prochaines années pourraient sceller de très fortes émissions pour le demi-siècle à venir ou, au contraire, présenter l’occasion de positionner le monde sur une voie plus durable.
  • Garantir une coopération générale et soutenue requiert une répartition équitable des efforts à la fois sur les pays industrialisés et sur les pays en développement. Il n’y a pas de formule unique qui, à elle seule, saisisse toutes les dimensions de l’équité, mais les calculs basés sur le revenu, sur la responsabilité historique et sur les émissions par habitant indiquent toutes que les pays riches devraient accepter la responsabilité de réduire d’ici 2050 les émissions de 60% à 80% par rapport aux niveaux de 1990. La coopération peut être encouragée et soutenue par une plus grande transparence et une plus grande comparabilité de l’action nationale.
  • Mais par dessus tout, réduire les risques du changement climatique exige une action collective. Cela exige une coopération entre les pays, à travers des cadres internationaux qui soutiennent la réalisation d’objectifs partagés.
  • Il est encore possible d’éviter les pires effets du changement climatique ; mais cela exige une action collective vigoureuse de toute urgence. Tout retard serait coûteux et désastreux.

Vous devriez plutôt lire le résumé complet, d’autant plus que Nicholas Stern reconnaît avoir « gravement sous-estimé » l’ampleur des risques climatiques !

adaptabilité des espèces et longévité

D’aucuns considèrent que l’espèce humaine est la plus évoluée, la plus puissante, la plus intelligente. L’espèce ultime en quelque sorte.

Et si ce n’était pas le niveau d’évolution, ni la puissance ou la force, ni l’intelligence pure qui assurent la longévité d’une espèce ? Et si c’était son adaptabilité ?

C’était en tout cas l’avis de Charles Darwin :

It is not the strongest of the species that survives, nor the most intelligent that survives. It is the one that is the most adaptable to change.

Traduction en français :

Ce n’est pas la plus forte des espèces qui survit, ni la plus intelligente. C’est celle qui est la plus adaptable au changement.

Et si dans la collaboration et l’intelligence collective résidait la possibilité de faire émerger des solutions permettant à l’espèce humaine de s’adapter aux changements qu’elle est en train de causer ?

nous y sommes

par Fred Vargas, archéologue et écrivain

le mardi 16 décembre 2008

Nous y voilà, nous y sommes. Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes.

Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance.

Nous avons chanté, dansé.

Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine.

Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés.

On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.

Franchement on s’est marrés.

Franchement on a bien profité.

Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.

Certes.

Mais nous y sommes.

A la Troisième Révolution.

Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie.

« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.

Oui.

On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.

C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.

La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets.

De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau.

Son ultimatum est clair et sans pitié :

Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse).

Sauvez-moi, ou crevez avec moi.

Évidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux.

D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance.

Peine perdue.

Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais.

Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, (attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille) récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés).

S’efforcer. Réfléchir, même.

Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.

Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.

Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.

Pas d’échappatoire, allons-y.

Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.

Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible.

A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut être.

A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.

A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.