si, c'est vrai !

le deuil de la démocratie représentative

Dans un article intitulé le deuil de la démocratie représentative, l’auteur analyse la montée du front national non pas comme une radicalisation de la société française, mais comme le signe de la mort de la démocratie représentative.

Il explique par la suite l’évolution progressive qu’il a suivi depuis 4 ans et qui l’amène aujourd’hui à ne plus voter. Tout d’abord, le vote utile est une première preuve qu’on ne vote plus pour ses idées, mais contre celles des autres. La démocratie représentative ne permet donc pas aux citoyens d’exprimer leurs idées.

Ensuite, l’illusion du changement c’est maintenant a achevé de le convaincre que cette démocratie représentative n’est finalement qu’un outil conservateur, dans le sens où il n’autorise ni changement, ni émergence d’idée nouvelle.

Enfin, les restrictions aux libertés publiques sont un signe que la démocratie représentative n’est en réalité pas une démocratie mais une aristocratie élective.

La vraie démocratie reste à inventer, et celle-ci ne proviendra pas des politiques aux idées trop étroites, mais du peuple, des citoyens quand leur nombre aura raison du pouvoir en place.

contre le défaitisme

Dans un article intitulé contre le défaitisme, Cédric Durand analyse la capitulation de Syriza en Grèce et la signification de cette défaite.

Cédric Durand évoque le motif principal de la défaite : le refus de la rupture avec l’euro.

Cette préférence pour la défaite au niveau national au nom d’une inaccessible victoire directement continentale est la raison principale pour laquelle les bifurcations possibles en Grèce ont été enterrées. Le refus de rompre avec l’euro par la gauche fut la pierre angulaire du problème […]

Projet inachevé, sans volet social, l’Europe est devenue un projet hors-sol, sans peuple et a-démocratique.

En accentuant la désarticulation des temps économiques et en excluant systématiquement les enjeux sociaux de l’agenda, l’Union économique et monétaire empêche la naissance d’une puissance populaire à l’échelle continentale. Supportant exclusivement les intérêts du capital, L’Union européenne est finalement elle-même la cause de l’inachèvement du proto-État européen.

Finalement, si la sortie de l’euro n’aurait probablement pas été une partie de plaisir, elle aurait été possible, et même probablement moins pire que l’austérité subie par la Grèce depuis plusieurs années.

Les quelques éléments [présentés dans l’article] montrent que le caractère apocalyptique d’une sortie de la zone euro dans le cas de la Grèce fut amplement exagéré. Tout donne au contraire à penser que se dégager du carcan de l’Union monétaire était le meilleur moyen de regagner des marges de manœuvre macroéconomiques permettant à un gouvernement de gauche radicale de mener sa propre politique.

L’euro est une monnaie faite par et pour les riches. Les pauvres n’en tirent aucun avantage. Passer d’une monnaie nationale à l’euro était donc une victoire des dominants dans la lutte des classes.

Proto-monnaie mondiale, l’euro est indispensable pour les grandes firmes et le secteur financier et bénéficie à tous ceux qui possèdent un patrimoine financier quelque peu significatif. Elle est aussi agréable aux classes culturellement les mieux dotées qui profitent des facilités de voyages qu’elle permet. Mais pour la majeure part de la population laborieuse et les privés d’emplois, tous ceux qui ne voyagent guère et n’ont pas de patrimoine à faire fructifier, la monnaie unique n’apporte rien. Un attachement symbolique peut subsister, mais il est ténu. Surtout qu’à travers les désalignements de taux de change et en l’absence de transferts budgétaires significatifs, l’euro est un canal essentiel de l’intensification de la concurrence et donc des fermetures d’établissements et des suppressions d’emplois dans les secteurs des biens et services échangeables. Pour les secteurs exposés et les chômeurs, vu sous cet angle, l’euro est un ennemi naturel.

L’Europe en tant que rêve est déjà morte. Elle consiste en une structure bureaucratique qui fonctionne sur l’élan des débuts de la construction européenne, mais elle est dorénavant bien pâle en comparaison du rêve qu’elle incarnait à ses débuts.

En quelques années le signifiant Europe a changé de contenu. Ce mot évoquait la fraternisation de peuples autrefois ennemis, la promesse d’une démocratie post-nationale, celle d’une prospérité partagée. Il est désormais synonyme de dépression économique, d’austérité, d’autoritarisme et de rancœur ravivées entre les peuples. Loin d’apporter une convergence des standards de vie à l’échelle continentale, il a produit une polarisation sociale accrue au sein des pays et entre les pays. Les économies de la périphérie sont cantonnées à un statut de semi-protectorat sous le joug d’un nouvel impérialisme orchestré au premier chef par les classes dominantes allemandes et leurs alliées européennes, à commencer par les multinationales françaises de l’industrie et de la banque.

La conclusion de Cédric Durand est sans appel : la gauche doit abandonner ses rêves européistes et revenir à un projet social, quitte à s’éloigner de celui de l’Europe.

Pour ne plus s’écraser dans l’insignifiant, la gauche doit s’arrimer solidement aux intérêts immédiats des subalternes, c’est-à-dire récuser l’austérité et préparer la sortie de la monnaie unique. Au défaitisme de l’autre Europe s’oppose la volonté de rompre.

Quand le rêve est devenu cauchemar, il est temps de se réveiller.

Yanis Varoufakis : Notre printemps d'Athènes

Notre printemps d’Athènes est la retranscription du discours de Yanis Varoufakis lors du rassemblement du parti socialiste à Frangy-en-Bresse le 23 août 2015.

Lors de ce discours, Yanis Varoufakis nous offre un aperçu des négociations entre la Grèce et la Troïka vues de l’intérieur au quotidien par un des protagonistes de premier plan : il était alors ministre de l’économie de la Grèce.

Le fait que l’Union européenne est un espace a-démocratique est complètement assumé. L’Union européenne est conçue pour qu’une élection ne puisse pas changer quoi que ce soit. C’est aussi l’occasion de constater l’impuissance de la France qui n’est plus que l’ombre d’elle-même.

Le ministre des finances allemand intervint immédiatement : “Les élections ne peuvent pas changer quoi que ce soit. Si à chaque fois qu’il y a une élection les règles changeaient, l’Eurozone ne pourrait pas fonctionner.”

Reprenant la parole, je répondis que, vu la façon dont notre Union était conçue (très, très mal!) peut-être que le Dr Schäuble marquait un point. Mais j’ajoutai « S’il est vrai que les élections ne peuvent rien changer, nous devrions être honnêtes et le dire à nos citoyens. Peut-être devrions-nous amender les traités européens et y insérer une clause suspendant le processus démocratique dans les pays obligés d’emprunter auprès de la Troïka. Suspendre les élections jusqu’à ce que la Troïka décide qu’elles pourront se tenir. Pourquoi soumettrions-nous notre peuple au rituel d’élections coûteuses si les élections ne peuvent rien changer? » Et, ai-je demandé à mes collègues ministres « Est-ce que l’Europe est d’accord avec ça ? Est-ce que nos peuples ont voté pour ça? »

« Pensez-y, admettre une telle chose serait le meilleur cadeau à faire au Parti Communiste de Chine, qui croit lui aussi que les élections constituent une complication dangereuse entravant l’efficacité du gouvernement. Bien sûr il a tort. Comme Churchill l’a dit, la démocratie est un système épouvantable. Mais c’est le meilleur choix possible, également en ce qui concerne l’efficacité économique à long terme ».

Un silence glacé s’est installé pendant quelques secondes dans l’Eurogroupe. Personne, même le si souvent abrasif Mr Djisselbloem, ne trouvait quoi que ce soit à dire, jusqu’à ce que des collègues d’Europe de l’Est brisent le silence avec une autre incantation sortie du Livre des Psaumes de l’Austérité de la Troïka. Du coin de l’œil je voyais l’air désolé de Michel Sapin. Je me rappelais une chose qu’il m’avait dite à Paris, quand je l’avais rencontré pour la première fois dans son bureau: « La France n’est plus ce qu’elle était ».

Depuis mon jeune âge c’est vers la France que je me tournais pour chercher l’inspiration, me souvenant peut-être de la façon dont la réémergence de la Grèce dans le monde moderne avait été inspirée par la Révolution française, et alors des citations de Voltaire et Rousseau résonnaient dans ma tête. En ce moment-là, le silence de Michel a été très difficile à supporter : l’impuissance évidente de la France était un symptôme de l’égarement de l’Europe.

La France n’est plus que l’ombre d’elle-même, soit. Mais si la démocratie en Grèce est aujourd’hui visée par la Troïka, la démocratie en France est également menacée. Une fois que la Grèce sera à terre, les démocraties des autres pays européens seront visées par l’ordolibéralisme européen, nouvelle doxa de la Troïka.

Amis, je ne suis pas ici aujourd’hui afin de rallier un soutien pour la démocratie grecque écrasée.

Je suis ici pour exprimer le soutien du peuple grec et sa solidarité avec la démocratie française.

Car c’est bien là ce qui est en jeu. La démocratie française. La démocratie espagnole. La démocratie italienne. La démocratie à travers toute l’Europe. La Grèce a été, et demeure malheureusement, un laboratoire où les forces destructrices de l’austérité ont été mises au banc d’essai et testées. La Grèce n’a jamais été la question pour la Troïka et ses favoris. C’est vous qui êtes la question !

Il n’est pas vrai que ce qui intéresse nos créanciers soit de récupérer leur argent auprès de l’état grec. Ou qu’ils veuillent que la Grèce soit réformée. Si tel avait été le cas, ils auraient discuté sérieusement nos propositions de restructurer la dette publique grecque de façon à récupérer un maximum de leurs fonds. Mais cela leur était complètement égal. Ce qu’ils voulaient, c’était notre reddition.

Yanis Varoufakis considère que le remède prescrit par le docteur Troïka est en réalité un remède toxique. Le remède n’a pas pour objet d’aider la Grèce à rembourser durablement sa dette, il a pour objet d’amener un gouvernement réformateur à se renier.

Assurément, la France se verrait prescrire le même remède si d’aventure elle souhaitait initier des réformes contraires aux intérêts de ceux qui orientent la politique de la Troïka.

Remède toxique

Beaucoup d’entre vous s’étonneront, à juste titre : Pourquoi donc les créanciers imposent-ils à la Grèce des conditions qui réduisent sa capacité à leur rembourser ses dettes? Pourquoi les créanciers demandent-ils au gouvernement grec de faire des choses qui l’empêchent de mettre en œuvre de vraies réformes? Des réformes qui amélioreraient la place de la Grèce en Europe? Se pourrait-il que la Troïka soit simplement en train d’essayer de faire prendre à la Grèce un remède amer mais nécessaire? Et que les Grecs ne veuillent pas prendre leur médicament ? Qu’ils ne veuillent pas « faire leurs devoirs », comme pourrait le dire Mme Merkel?

Ce sont des questions cruciales. Pour vous, pour le peuple de France. Pourquoi? Parce que si nous, Grecs, sommes responsables de nos propres problèmes, et s’il est vrai que nous soyons gâtés, paresseux, refusant de faire nos devoirs et de prendre notre remède amer, alors vous n’avez rien à craindre. Vous ne devriez pas perdre de temps à écouter des gens comme moi.

Mais si, en fait, le remède que l’on nous demande de prendre encore et encore est toxique, si nous avons fait nos devoirs mais que le maître ne veut même pas les lire, alors ce qui arrive dans des endroits comme la Grèce n’a rien à voir avec la Grèce. Cela concerne la politique de l’Europe et en particulier celle de la France.

Mais qui sont ceux qui orientent la politique de la Troïka ? Il suffit de regarder à qui profite le crime. Aux débuts de la crise grecque, la Troïka a eu pour objectif de sauver les banques européennes (et principalement les grandes banques allemandes et françaises) dont les intérêts en Grèce était menacés.

Tout le monde le savait. Alors, pourquoi l’Europe l’a-t-elle fait? Parce que l’objectif n’était pas de renflouer la Grèce, l’Irlande, le Portugal ou l’Espagne! L’objectif était de sauver la Deutsche Bank, BNP Paribas, Finanz Bank, la Société Générale, les banques allemandes et françaises, et cela avec l’argent des contribuables, en faisant peser peser le fardeau sur les plus faibles des Européens, en provoquant une crise humanitaire en Grèce et une récession à combustion lente en France.

La tactique de la Troïka était de contraindre le gouvernement grec à se renverser lui-même. Un coup d’état en utilisant la finance plutôt que les tanks. Une main de fer dans un gant de velours.

Leur stratégie était très, très simple: retarder tout accord avec nous, nous en faire porter le blâme, parler du manque de « crédibilité » de nos propositions, jusqu’à ce que notre gouvernement, l’État, soit à court de liquidités. Puis nous poser un ultimatum sous la menace de la fermeture immédiate des banques. Ce ne fut rien d’autre qu’un coup d’Etat.

Comme je l’ai déjà dit: en 1967, il y eut les tanks et en 2015 il y eut les banques. Mais le résultat a été le même: renverser le gouvernement ou le forcer à se renverser lui-même – ce que malheureusement le Premier Ministre Tsipras a décidé de faire le soir de notre magnifique référendum, le soir ou j’ai démissionné de mon ministère, et qu’il a confirmé le 12 juillet.

Alors que Yanis Varoufakis proposait une stratégie des petits pas - des réformes mises en oeuvre au fur et à mesure - la Troïka s’est frontalement opposée à cette stratégie et souhaitait que rien ne soit mis en oeuvre tant que le projet global n’était pas validé par elle-même. Le but de la Troïka était d’empêcher le gouvernement grec de faire la preuve de l’efficacité de ses premières réformes, et donc de l’empêcher de pérenniser son action et sa propre existence.

D’abord, je leur ai proposé ce qui me paraissait un compromis décent et raisonnable pour faire avancer la négociation. Je leur ai dit : convenons de trois ou quatre réformes importantes, comme le système fiscal, la TVA, un système pour lutter contre la corruption dans les marchés publics, et mettons-les en œuvre immédiatement, cependant que la BCE assouplit les restrictions sur notre liquidité. Vous voulez un accord global ? Continuons la négociation pour y arriver - mais en attendant, laissez-nous nous soumettre ces réformes au parlement.

Leur réponse? “Non, non, non, ce doit être un examen complet. Rien ne sera mis en œuvre si vous osez introduire une législation. Ce sera considéré comme une action unilatérale hostile au processus pour parvenir à un accord”.

Yanis Varoufakis estime que l’unique but de la Troïka était d’assoir son pouvoir sur l’Europe. Le contrôle de la Grèce n’était qu’un moyen. L’objectif est le contrôle des peuples européens.

Le but recherché est la stabilité du pouvoir.

Donc, retour à la terrible question: Pourquoi les créanciers de la Grèce préfèrent-ils un nouveau paquet de prêts plus important que nécessaire? Pourquoi ont-ils ignoré nos propositions de réforme dont ils savaient que nous pouvions et voulions les mettre en œuvre? Pourquoi ont-ils gaspillé l’occasion favorable que nous représentions en tant que gouvernement ayant le soutien de la grande majorité du peuple grec? Nous pouvions demander aux Grecs de prendre un remède amer, mais pas toxique, de la médecine réformiste. Pourquoi ont-ils exigé que le médicament soit toxique et non thérapeutique?

La seule réponse n’est pas en termes économiques, mais en termes de pouvoir politique. La plus grande crainte de la Troïka était que notre gouvernement puisse réussir. Que sa grande sagesse et son autorité à elle, la Troïka, soient mises en cause par vous, chers amis, par les peuples d’Europe. La Troïka ne se préoccupe pas de la plaie purulente permanente qu’est la Grèce. Le ministre allemand des Finances ne se soucie même pas que les contribuables allemands soient remboursés.

Ceux qui mènent la danse en Europe sont prêts à verser beaucoup plus d’argent de leurs contribuables dans la fosse sans fond grecque, pendant que les Grecs souffrent, si c’est la seule façon qu’ils ont de perpétuer leur contrôle sur leur propre peuple.

La bataille en Grèce a été gagnée par la Troïka. Les prochaines batailles auront lieu dans les autres pays d’Europe, en commençant par ceux qui auraient l’impudence de tenter une autre politique.

Voilà pourquoi je suis ici. Je suis ici parce que ce qui nous est arrivé est en train de commencer à vous arriver. La Grèce est un champ de bataille sur lequel une guerre contre la démocratie européenne, contre la démocratie française, a été tentée et testée.

La zone euro était construite sur une base bancale. L’ancien président François Mitterrand se trompait lorsqu’il pensait que l’introduction de l’euro obligerait ses successeurs à introduire une union politique.

Et quel est le plan? François Mitterrand savait que la zone euro avait été mal construite. Il croyait que la première grande crise de l’euro obligerait ses successeurs à introduire l’union politique nécessaire pour sauver l’Europe d’une fragmentation semblable à celle des années 1930. Il avait tort.

L’union politique finira par exister un jour. D’une certaine manière, elle existe déjà à travers l’Eurogroupe. Mais ce qui devrait importer à chaque citoyen européen, c’est déterminer si cette union politique est démocratique ou non, si elle est légitime ou non.

A ceux qui disent « plus d’Europe » et parlent en faveur d’une « union politique », je dis: Méfiez-vous ! L’Union soviétique était aussi une union politique. La question est: Quel genre d’union politique ? Un royaume démocratique de prospérité partagée ? Ou une cage de fer pour les peuples d’Europe ?

La France était la prochaine sur la liste de la Troïka, elle n’a été sauvée (temporairement) que parce que la Grèce lui a grillé la priorité. Mais la Troïka reviendra assurément s’occuper de la France.

Ne vous méprenez pas : notre gouvernement a été écrasé, car nous avons osé dire non à la Troïka à une époque où elle avait des plans pour venir à Paris. Vous ne pourrez pas dire que vous n’avez pas été prévenus. “Nous sommes tous des Grecs désormais” non pas parce qu’il y a quelque chose de supérieur chez les Grecs, mais parce que le printemps d’Athènes a allumé une petite bougie d’espoir chez tous les Européens. Une bougie que la Troïka devait éteindre à tout prix, de peur que son autorité soit contestée par le spectre de la démocratie.

La Troïka luttant contre la démocratie ? L’image est un peu grosse. Et pourtant, l’argument du côté informel de l’Eurogroupe montre bien que le côté non démocratique des instances de la Troïka est clairement assumé par cette dernière.

Lors de cette réunion, le président Dijsselbloem a annoncé qu’il était sur le point de convoquer une deuxième réunion tard dans la soirée, sans moi : sans que la Grèce ne soit représentée. Je protestais qu’il ne pouvait pas, de lui-même, exclure le ministre des Finances d’un État-membre de la zone euro et j’ai demandé un avis juridique sur la question.

Après une courte pause, l’avis est tombé du Secrétariat de l’Eurogroupe: “L’Eurogroupe n’existe pas dans le droit européen. C’est un groupe informel et, par conséquent, aucune règle écrite ne peut contraindre son président”. Aucune règle écrite, aucun procès-verbal (permettant aux citoyens de voir ce qui a été dit en leur nom), aucun respect pour la démocratie. Voilà comment fonctionne l’institution qui décide pour vous et moi, pour vos enfants et les miens. Est-ce l’Europe pour laquelle Adenauer, De Gaulle, Brandt, Giscard, Schmidt, Kohl, Mitterrand, etc. avaient travaillé? Ou est-ce l’épitaphe de l’Europe que nous avions toujours pensée être notre base de référence, notre boussole?

Une semaine plus tard, le peuple de Grèce, malgré les banques fermées et la peur exploitée par des médias grecs corrompus, a prononcé un NON retentissant au référendum. Le lendemain, le Sommet Euro a répondu en imposant à notre Premier ministre un accord qui ne peut être décrit qu’en termes de capitulation de notre gouvernement. Et l’arme de choix du Sommet Euro? La menace illégale d’amputer la Grèce de la zone euro.

Quoi que l’on pense de notre gouvernement, et malgré les divisions que cette capitulation a occasionnées entre nous, cet épisode restera dans l’histoire de l’Europe comme le moment où l’Europe officielle a déclaré la guerre à la démocratie européenne. La Grèce a capitulé, mais c’est l’Europe qui a été défaite.

Yanis Varoufakis est resté solidaire du premier ministre Alexis Trispras en espérant que ce dernier durcisse le ton. Mais face à la volonté de la Troïka d’humilier le gouvernement grecque, Alexis Tsipras a préféré se soumettre et Yanis Varoufakis a alors préféré démissionner.

Si je n’ai pas démissionné alors, fin Avril et début mai, c’est parce que j’étais certain que la Troïka ne donnerait pas à mon Premier ministre un accord à moitié décent, même après qu’il lui eut accordé presque tout ce qu’elle avait demandé. Car leur but était notre humiliation, plutôt qu’un accord très dur d’austérité. Et donc j’ai attendu que Alexis durcisse le ton. Le référendum lui a donné cette chance.

Alexis Tsipras doit maintenant mettre en application un programme qu’il n’a pas choisi et dont il connait à l’avance l’échec prévisible.

Ces désaccords entre Alexis Tsipras et moi sont maintenant de l’eau coulant sous le pont. Je suis désolé que nos chemins aient divergé. En particulier, je me désole d’entendre mon camarade se battre pour appuyer un programme dont il sait qu’il n’est pas fait pour marcher.

C’est finalement une guerre des classes qui se déroule actuellement lieu en Europe. La même que lors des siècles précédents. La même qui oppose les riches aux pauvres. La même qui s’intensifie lorsque les inégalités s’accroissent.

Pour en revenir à ce vieux Manifeste avec lequel j’ai commencé mon discours, il reste vrai que l’histoire de l’humanité est l’histoire de la lutte des classes. La seule force politique qui l’a oublié est la … Gauche. La droite n’a jamais cessé de poursuivre la guerre de classes dans la pratique tout en utilisant chaque crise pour opposer les nations fières les unes aux autres.

Le problème de l’Europe n’est pas la diversité de ses peuples, de ses langues, de ses cultures ou de ses coutumes. Le problème de l’Europe est d’avoir dépolitisé l’argent et la politique.

Chers amis, la diversité et la différence n’ont jamais été le problème de l’Europe.

Notre continent a commencé à se réunir avec de nombreuses langues et des cultures différentes, mais il est en train de finir divisé par une monnaie commune.

Pourquoi? Parce que nous laissons nos dirigeants faire quelque chose qui ne peut pas être fait: dépolitiser l’argent, pour faire de Bruxelles, de l’Eurogroupe, de la BCE, des zones franches apolitiques.

Quand la politique et l’argent sont dépolitisés, la démocratie meurt. Et quand la démocratie meurt, la prospérité est réservée au très petit nombre de gens… à un très petit nombre de gens… qui ne peuvent même pas en profiter derrière les portes et les clôtures qu’ils ont érigées pour se protéger de leurs victimes.

Pour contrer cette dystopie, les peuples d’Europe doivent de nouveau croire que la démocratie n’est pas un luxe offert aux créanciers et refusé aux endettés.

Le salut de l’Europe viendra d’une lutte citoyenne pour repolitiser la vie publique.

Sinon, ce qui reste encore de la démocratie en Europe disparaîtra.

la défaite de la Grèce, la défaite de l'Europe

Romaric Godin est journaliste à La Tribune et s’est beaucoup intéressé à la Grèce au cours du printemps 2015.

Dans un article intitulé la défaite de la Grèce, la défaite de l’Europe, il présente une analyse sévère de l’Union européenne et de son attitude lors de la phase de négociation avec la Grèce au printemps 2015.

Le refus du gouvernement grec d’envisager la possibilité d’une sortie de l’euro lui a coupé toute marge de manoeuvre. La Troika s’est alors emparé de l’argument qui faisait si peur au gouvernement grec et l’a utilisé pour transformer la négociation en humiliation.

[…] pour un petit pays aussi affaibli et endetté que la Grèce, la seule force dans les négociations était la menace de la sortie de la zone euro. Menace que, sans doute, il fallait éviter de mettre en oeuvre si c’était possible, mais qu’il fallait brandir assez sérieusement pour faire douter le camp d’en face. Dès lors que cette menace était levée, Athènes n’avait aucun moyen de pression. La position grecque s’était alors entièrement découverte. Et les créanciers ont pu, sans crainte d’une rupture, augmenter leurs exigences. Pour cela, le moyen était fort simple : il suffisait de menacer la Grèce d’une sortie de la zone euro. Comme cette dernière n’en voulait à aucun prix, il était simple de lui faire accepter d’autres conditions et d’annuler ainsi une partie des succès obtenus durant six mois de négociations, notamment le retour des « revues » de la troïka, l’instauration du travail du dimanche et la mise en place d’un fonds de 50 milliards d’euros issus des privatisations pour recapitaliser les banques, rembourser la dette et faire des investissements productifs. Et pour bien faire comprendre à la Grèce qu’elle devait filer droit cette semaine et voter les « réformes » souhaitées, le premier ministre néerlandais Mark Rutte a prévenu que le « Grexit n’était pas encore exclu. »

L’attitude des gouvernants européens aura pour effet de renforcer les euro-sceptiques en démontrant que l’euro est non seulement une monnaie mais également une politique économique prédéterminée et figée.

Ce lundi 13 juillet, on y voit plus clair sur ce qu’est la zone euro. A l’évidence, les gouvernants européens ont agi comme aucun Eurosceptique n’aurait pu l’espérer.

D’abord, on a appris que l’euro n’était pas qu’une monnaie, mais aussi une politique économique particulière, fondée sur l’austérité. Le premier ministre grec avait fait le pari que l’on pouvait modifier la zone euro de l’intérieur et réaliser en son sein une autre politique économique. Preuve est désormais faite de l’impossibilité d’une telle ambition.

En outre, en menaçant la Grèce d’une sortie de l’euro, l’Eurogroupe a reconnu que la sortie d’un pays de l’euro est une possibilité établie.

Du reste, ceux qui se réjouissent d’avoir sauvé l’intégrité de la zone euro se mentent à eux-mêmes. Pour la première fois, l’impensable a été pensé. L’irréversibilité de l’euro est morte au cours des deux dernières semaines. Grexit ou pas, la possibilité d’une sortie de la zone euro est désormais établie. La BCE l’a reconnue par la voix de deux membres de son directoire, Benoît Coeuré et Vitor Constancio, et l’Eurogroupe en a explicitement menacé la Grèce. Dès lors, la zone euro n’est plus un projet politique commun qui supposerait la prise en compte des aspirations de tous ses Etats membres par des compromis équilibrés. Elle est un lieu de domination des forts sur les faibles où le poids de ces derniers ne comptent pour rien.

L’euro devient un moyen de pression pour contraindre un gouvernement, un peuple, à se plier aux exigences des dominants.

L’euro devait être une monnaie qui rapprochait les peuples. Ce devait être la monnaie de tous les Européens. Or, cette crise a prouvé qu’il n’en est rien. On sait que, désormais, on peut priver certains habitants de la zone euro de l’accès à leur propre monnaie. Et que cette privation est un moyen de pression sur eux. Il sera donc bien difficile de dire encore « l’euro, notre monnaie » : l’euro est la monnaie de la BCE qui la distribue sur des critères qui ne prennent pas en compte le bien-être des populations, mais sur des critères financiers dissimulant mal des objectifs politiques. L’euro est, ce matin, tout sauf un instrument d 'intégration en Europe. En réalité, on le savait depuis la gestion de la crise de Chypre en 2013, qui, on le comprend maintenant, n’était pas un « accident. »

Peu après le précédent article, Romaric Godin publie un nouvel article intitulé Grèce : la vraie nature du troisième mémorandum dans lequel il montre que les plans d’aide à la Grèce ne sont que des montages financiers qui relèvent du système de Ponzi.

Les gouvernements de la zone euro, en se cachant derrière des arguments moraux qui ne soutiennent pas l’examen historique et économique (« il faut payer ses dettes »), ont ainsi imposé un nouveau tour de cavalerie financière : la Grèce s’endettera donc auprès du MES (Mécanisme européen de stabilité) pour rembourser les dettes dues à « sa » banque centrale et au FMI. Avec le rapport du FMI, c’est donc l’absurdité du nouveau « plan d’aide » à la Grèce qui éclate au grand jour. Nul besoin de s’interroger longtemps pour le comprendre : ce troisième plan ressemble furieusement aux deux précédents : faire financer ce montage à la Ponzi par des mesures d’austérité qui garantissent avec certitude l’augmentation du poids de la dette grecque et l’incapacité future de rembourser cette dette. Immanquablement, il faudra proposer un quatrième plan qui augurera d’un cinquième…

L’objectif réel des créanciers est simplement et prosaïquement de cacher leurs mensonges et d’essayer de faire retomber les responsabilités sur leurs successeurs.

L’objectif réel des créanciers : cacher leurs mensonges

Ce n’est donc pas la « Grèce » qui a été sauvée lundi 13 juillet, ce sont les non-dits des dirigeants européens qui, pour ne pas perdre la face, pour ne pas reconnaître devant leurs électeurs leurs erreurs, sont prêts à placer un pays de la zone euro dans une position sociale, économique et politique désastreuse. L’erreur d’Alexis Tsipras aura été de croire qu’il pouvait obtenir un « accord mutuellement favorable » comme il l’a martelé pendant cinq mois. L’objectif des créanciers n’étaient pas de trouver un tel accord, c’était de dissimuler leur choix d’avoir monté un monstre financier à partir de 2010 derrière un discours moral pour empêcher d’en assumer les conséquences logiques : le renoncement à une partie de la dette grecque. Irréalisme et populisme : ces deux critiques que l’on a tant appliquées à Alexis Tsipras auraient en réalité dû s’adresser aux créanciers.

Faire payer les générations futures

Les dirigeants de la zone euro sont comme ces « grands menteurs » qui se créent des vies parallèles et doivent en permanence ajouter de nouveaux mensonges aux anciens pour maintenir la cohérence d’une vie qui, au fil du temps, devient de plus en plus intenable. Ces affaires se terminent toujours mal, car le château de cartes finit par s’effondrer. Dans le cas grec, il faudra immanquablement, d’une façon ou d’une autre, en venir à l’annulation des dettes. Si les créanciers s’y refusent, les Grecs feront défaut unilatéralement. L’irresponsabilité des dirigeants de la zone euro éclatera alors au grand jour, car leurs « plans » continuels n’auront fait qu’augmenter la facture. En attendant, tout se passe comme si ces dirigeants ne poursuivaient qu’un seul but : faire porter la responsabilité de cet inévitable moment à leurs successeurs et le fardeau de ses conséquences aux générations futures. Voici où mèneront les leçons de morale de ces dirigeants inconscients.

Occasion perdue

Décidément, la zone euro a raté, durant ce premier semestre 2015, une occasion unique. Dès les premiers moments, Yanis Varoufakis, le ministre grec des Finances d’alors, a proclamé qu’il « ne voulait pas de l’argent des créanciers. » Son but était alors d’ouvrir un vrai débat sur la dette afin que la Grèce puisse rembourser ce qu’elle pouvait rembourser. On comprend alors mieux la haine qui l’a immédiatement entouré : il était celui qui voulait mettre à jour l’immense refoulé qu’il y a sur la dette, celui qu’il s’agit de cacher à tout prix. L’occasion d’en finir avec cette logique a été perdue. Les Grecs et tous les Européens le paieront, au final, très cher.

Si la Grèce est dans la situation financière qu’on lui connaît, c’est aussi à cause de l’attitude irresponsable des créanciers. Mais ce secret de Polichinelle, ces derniers ne veulent pas le reconnaître publiquement.

Pour avoir voulu révéler au grand jour cette vérité, Yánis Varoufákis a rapidement été ostracisé.

La Grèce n’est pourtant pas le seul pays dont la situation est préoccupante.

Grèce : pas de démocratie sans désobéissance aux traités

Dans un article intitulé Grèce : pas de démocratie sans désobéissance aux traités, Gwenaël Breës met en perspective la période de négociation entre la Grèce et la Troïka.

En se référant aux déclarations d’Aléxis Tsípras, on comprend qu’il ait pu susciter de grands espoirs lors de son élection en janvier 2015. Et par conséquent la déception en juillet 2015 fut à la hauteur des espoirs déçus.

« Nous serons originaux, en respectant après les élections ce que nous disions avant », avait annoncé Alexis Tsípras. Quelques mois plus tard, force est de constater que l’originalité se situe ailleurs : un nouveau paquet d’austérité est endossé par la « gauche radicale » élue pour y mettre fin. Pour justifier cette mutation, toute critique est renvoyée à cette question : « Qu’auriez-vous fait à sa place ? » Ce à quoi on peut répondre, sans hésitation : autre chose, autrement.

Mais en fin de compte, il apparaît que Syriza a été élu sur un programme qui était une illusion de radicalité. Les alternatives existaient mais n’ont pas été exploitées.

Une série de témoignages nous permettent de reconstituer les négociations menées pendant cinq mois par Syriza et de comprendre que sa défaite, certes spectaculaire, s’explique davantage par les illusions de « radicalité mouvementiste » entretenues envers ce parti (pourtant largement converti à la realpolitik et, désormais, au culte du chef), que par l’absence d’alternatives — lesquelles sont trop souvent présentées comme un choix caricatural entre monnaie commune ou nationale, entre « stabilité » et « chaos »…

Il convient cependant de rappeler que Syriza évoluait dans un contexte autoritaire qui ne laissait d’autres choix à Aléxis Tsípras que la soumission ou l’affrontement.

Le 28 janvier, le patron de la Commission européenne Jean-Claude Juncker déclarait : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ». Deux jours plus tard, le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, confirmait : « Soit vous signez le mémorandum, soit votre économie va s’effondrer. Comment ? Nous allons faire tomber vos banques. »

Il fit le choix de la soumission.

Au lieu de rompre avec la logique des memoranda et de la Troïka, comme il l’avait promis, il demanda aux « institutions » de négocier un « plan de sauvetage » — ce qui, excepté la nuance sémantique, revient au même.

Peut-être Aléxis Tsípras et ses proches avaient-ils le secret espoir de trouver le chemin de la négociation, en naviguant habilement entre soumission et affrontement.

« Notre principale erreur ? Avoir mal mesuré leur volonté de nous détruire », admet un ministre. « M. Tsípras et son entourage (principalement MM. Pappas, Dragasákis et M. Alekos Flambouraris, ministre d’État pour la coordination gouvernementale) étaient en effet convaincus qu’ils pourraient parvenir à un meilleur compromis avec les institutions européennes en créant un rapport de confiance avec elles », résume un observateur.

Mais le rapport de confiance ne fut jamais réciproque. Et Aléxis Tsípras n’en a jamais pris acte et s’est donc laissé glisser vers la soumission alors qu’il aurait pu faire le choix de l’affrontement.

Le plus inexplicable, c’est que l’état-major grec se laissa acculer, « un revolver sur la tempe », à signer l’accord ravageur qu’on connaît, sans avoir cherché à renverser le rapport de force, ni mis à profit les cinq mois de négociations pour élaborer des plans B, C ou D. La réponse de Tsípras est déconcertante : « D’après ce que je sais, […] des alternatives que nous aurions prétendument ignorées, n’existent pas ! » Pourtant, la situation imposait d’être préparé à différentes options, et des réponses existaient noir sur blanc dans le programme de Syriza.

Le chemin de l’affrontement était simple : arrêter de rembourser la dette et discuter de l’origine de celle-ci.

L’alternative consistait à faire défaut ou appliquer un moratoire sur la dette, afin de sortir de la spirale infernale des emprunts destinés à rembourser les emprunts antérieurs et leurs intérêts. Les travaux de la Commission de vérité sur la dette publique, salués par les organes compétents de l’ONU, ont d’ailleurs conclu que cette dette est « illégale, odieuse, et insoutenable ». Mais « le gouvernement fait comme si tout cela n’existait pas », préférant tenter de rallier ses « partenaires » à l’idée d’une conférence européenne sur la dette — en vain.

Comme l’option de la sortie de l’euro n’a jamais été sérieusement envisagée, elle ne pouvait servir d’argument de poids dans la négociation qui aurait pu naître de ce rapport de force.

Comme l’a rappelé la Plateforme de gauche, « une option [de sortie de l’euro] n’existe réellement que si on la présente. » Or, Syriza n’a jamais préparé les esprits à l’éventualité d’un Grexit. Le cabinet Tsípras ne l’a étudiée qu’en surface, paniqué par l’idée de créer une prophétie auto-réalisatrice. Et il s’est lui-même interdit d’en utiliser stratégiquement la menace, permettant à l’Allemagne de s’en emparer comme arme de négociation en dernière minute. Avec le résultat que l’on sait.

Or la sortie de l’euro est un passable obligé pour la Grève si elle veut se dégager de la soumission à l’Union européenne et retrouver des perspectives.

Un Grexit ne peut être un objectif en soi : le choix d’une monnaie, même nationale, repose sur des rapports de domination. Mais on sait désormais que sortir de l’euro est un passage obligé pour qui veut mener des transformations sociales sans attendre une hypothétique « Europe sociale ». Voici la Grèce face à un vrai choix : une voie la maintient dans l’engrenage de la déflation, la récession, la mise sous tutelle, l’asservissement à la dette pour les quarante années à venir ; une autre la fait bifurquer dans le registre de l’inconnu — mais pourquoi en avoir peur, quand on voit à quoi ressemble le connu ? Certes, reconstruire un système monétaire en sortant d’une monnaie unique est une aventure, impliquant une transition de plusieurs mois ou années très difficiles. Faut-il pour autant ne pas en considérer les conséquences positives ? Car elle permettrait de rendre aux Grecs quelque chose de précieux que les mémoranda leur ont durablement retiré : des perspectives. Une prise en mains de leur destin.

Dès son élections, l’équipe d’Aléxis Tsípras s’est coupée de sa base militante et du soutien populaire, et s’est focalisée sur l’approche institutionnelle.

L’équipe Tsípras s’est immédiatement autonomisée du parti et coupée de sa base sociale et militante. Pendant les négociations, pensant que leur réussite en dépendait, elle a tout fait pour « éviter une montée des tensions en Grèce et un emballement de la base du parti », au motif d’une nécessaire paix sociale pendant ce moment de « lutte nationale » (jusqu’au 15 juillet, il n’y eut aucune grève et, au contraire, des manifestations de soutien au gouvernement). Elle a privilégié une approche uniquement institutionnelle, sans articulation avec la vague de solidarité qui émergeait spontanément à travers l’Europe et qui aurait pu compliquer la victoire des créanciers. Sans mobiliser la population grecque, laissée sans prise ni explications sur le scénario qui se jouait et ses conséquences.

Yánis Varoufákis, ministre des Finances du premier gouvernement d’Aléxis Tsípras déclarait peu après sa démission : “Il n’y a jamais eu une négociation entre l’UE et la Grèce en tant qu’État membre.”

Même si le gouvernement d’Aléxis Tsípras a demandé l’organisation d’un référendum à la suite de l’échec des négociations avec la troïka, Syriza n’a jamais réellement fait campagne dans la semaine qui précédait le référendum.

Un seul rassemblement est organisé par Syriza, le 3 juillet, à trente-six heures du vote. Le faible équipement prévu (podium, sonorisation, écrans) pour accueillir la foule qui déborde de tous les côtés de la place Syntagma, indique que les organisateurs n’ont pas prévu l’ampleur de la mobilisation. Des proches de Tsípras racontent que celui-ci, pris au dépourvu par ce succès, préfère écourter son discours et quitter aussitôt le meeting. Curieuse attitude pour un dirigeant vivant un tel moment de communion avec son peuple…

Suite à la trahison de leur programme électoral, Yánis Varoufákis a décidé de démissionner tandis qu’Aléxis Tsípras a décidé de poursuivre son action.

« Lors de notre arrivée au pouvoir », poursuit Varoufákis, « nous nous étions dit deux choses, Alexis Tsípras et moi : premièrement, que notre gouvernement essaierait de créer la surprise en faisant réellement ce que nous avions promis de faire. Deuxièmement, que […] nous démissionnerions plutôt que de trahir nos promesses électorales. […] Je pensais que c’était notre ligne commune. »

Et les derniers soutiens d’Aléxis Tsípras au sein de Syriza lui ont petit à petit retiré leur soutien.

Zoe Konstantopoulou, la présidente du Parlement, qui défendait encore Tsípras à son retour de Bruxelles, déplore depuis sa décision de « gouverner sans la société, sans le peuple, en créant une alliance avec les forces les plus anti-populaires d’Europe. »

La volte-face sur le fond fut accompagnée rapidement par une volte-face sur la forme avec une ouverture vers des partis situés à droite de Syriza.

« Si nous n’avons pas la majorité absolue […], nous n’allons pas coopérer avec [les partis de] l’ancien système. Nous n’allons pas faire revenir par la fenêtre ceux que le peuple a fait sortir par la porte », annonce le candidat au début de la campagne. Il ne lui faudra qu’une semaine pour se dédire, en se déclarant ouvert à une coalition avec le Pasok, voire avec La Rivière (To Potámi – une formation européiste souvent présentée comme la « créature de Bruxelles »).

Le bilan de Syriza et d’Aléxis Tsípras au cours du printemps 2015 apparaît donc comme mitigé pour certains, catastrophique pour d’autres.

Le troisième mémorandum comprenant d’ailleurs des mesures qu’aucun gouvernement de droite n’avait jusqu’à présent osé signer. Mais « ce n’est qu’en ayant le courage de regarder la réalité en face que l’on peut lutter contre elle » et il faut bien l’admettre aujourd’hui : Syriza est à ranger au rayon des adversaires les plus pervers. Son retournement, particulièrement insidieux, a mis le moral en berne de ceux qui ont porté le mouvement anti-austérité et qui avaient vu en ce parti une réponse à leurs aspirations de dignité et de justice sociale. C’est sans doute là l’enjeu principal des luttes sociales aujourd’hui : transformer le désespoir en colère, la résignation en engagement et les plans B en plans A.

Au delà des accords signés, Syriza et Aléxis Tsípras pourraient bien avoir sérieusement blessé une disposition essentielle de l’esprit grec : l’espoir !

pour en finir (vraiment) avec le terrorisme

Dans un article intitulé pour en finir (vraiment) avec le terrorisme, Alain Gresh propose quelques pistes pour désamorcer l’escalade de violence usant de moyens de coercition qui se traduit par des guerres et du terrorisme.

Les combattants ont toujours été nommés de manière différente selon le point de vue de l’observateur : ils pouvaient tout aussi bien être des “soldats” que des “terroristes” selon qu’ils étaient du même bord ou non que l’observateur.

Résistants ? Combattants de la liberté ? Délinquants ? Barbares ? On sait que le qualificatif de « terroriste » est toujours appliqué à l’Autre, jamais à « nos combattants ». L’histoire nous a aussi appris que les terroristes d’hier peuvent devenir les dirigeants de demain.

Mais tous les terroristes ont un point commun : ce sont tous des groupes de taille limitée qui se battent contre une force démesurément plus grande qu’eux et à tendance totalitaire.

Au mieux, on peut inscrire le terrorisme dans la liste des moyens militaires. Et, comme on l’a dit souvent, il est l’arme des faibles.

Ironiquement, rares sont les journalistes occidentaux à faire le lien entre les nombreuses “opérations” qui ont lieu dans les ex-colonies occidentales et les événements terroristes qui ont lieu dans les pays occidentaux ex-colonisateurs.

Si les frères Kouachi et Amedy Coulibaly, auteurs des attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, sont mus fondamentalement par leur haine de la liberté d’expression, comme l’ont proclamé les principaux responsables politiques français, il est inutile de s’interroger sur les conséquences des politiques menées en Libye, au Mali et dans le Sahel. Le jour où l’Assemblée nationale rendait hommage aux victimes des attentats de janvier, elle votait d’un même élan la poursuite des opérations militaires françaises en Irak.

La guerre contre le terrorisme génère du terrorisme.

Ce bilan de la « guerre contre le terrorisme » serait bien fragmentaire s’il ne prenait en compte les désastres géopolitiques et humains. Depuis 2001, les Etats-Unis, parfois avec l’aide de leurs alliés, ont mené des guerres en Afghanistan, en Irak, en Libye et, de manière indirecte, au Pakistan, au Yémen et en Somalie. Bilan : l’Etat libyen a disparu, l’Etat irakien sombre dans le confessionnalisme et la guerre civile, le pouvoir afghan vacille, les talibans n’ont jamais été aussi puissants au Pakistan. Mme Condoleezza Rice, ancienne secrétaire d’Etat américaine, évoquait un « chaos constructif » en 2005 pour justifier la politique de l’administration Bush dans la région, annonçant des lendemains qui chanteraient l’hymne de la démocratie. Dix ans plus tard, le chaos s’est étendu à tout ce que les Etats-Unis appellent le « Grand Moyen-Orient », du Pakistan au Sahel. Et les populations ont été les premières victimes de cette utopie dont on a du mal à mesurer ce qu’elle a de constructif.

Les faibles sont anéantis sans aucune forme de procès tandis que les puissants sont intouchables et ne sont pas inquiétés.

Faut-il s’étonner que leur souvenir alimente une haine grandissante contre les Etats-Unis et l’Occident ? Peut-on envisager que l’ancien président Bush soit traîné devant la Cour pénale internationale pour avoir envahi et détruit l’Irak ? Ces crimes jamais poursuivis confortent le crédit des discours les plus extrémistes dans la région.

Lorsque - enfin - une parole sensée est tenue par un dirigeant politique, cette parole s’envole aussi rapidement qu’elle était arrivée.

Certains dirigeants américains ont parfois des éclairs de lucidité. En octobre 2014, le secrétaire d’Etat John Kerry, célébrant avec les musulmans américains la « fête du sacrifice », déclarait en évoquant ses voyages dans la région et ses discussions concernant l’OEI : « Tous les dirigeants ont mentionné spontanément la nécessité d’essayer d’aboutir à la paix entre Israël et les Palestiniens, parce que [l’absence de paix] favorisait le recrutement [de l’OEI], la colère et les manifestations de la rue auxquels ces dirigeants devaient répondre. Il faut comprendre cette connexion avec l’humiliation et la perte de dignité. »

Selon Alain Gresh, “l’Islam n’est pas le problème” et la situation actuelle au moyen orient ne serait guère différente sans l’Islam.

Ancien de la CIA, excellent spécialiste de l’islam, Graham Fuller vient de publier un livre, A World Without Islam (« Un monde sans islam »), dont il résume lui-même la conclusion principale : « Même s’il n’y avait pas eu une religion appelée islam ou un prophète nommé Mohammed, l’état des relations entre l’Occident et le Proche-Orient aujourd’hui serait plus ou moins inchangé. Cela peut paraître contre-intuitif, mais met en lumière un point essentiel : il existe une douzaine de bonnes raisons en dehors de l’islam et de la religion pour lesquelles les relations entre l’Occident et le Proche-Orient sont mauvaises (…) : les croisades (une aventure économique, sociale et géopolitique occidentale), l’impérialisme, le colonialisme, le contrôle occidental des ressources du Proche-Orient en énergie, la mise en place de dictatures pro-occidentales, les interventions politiques et militaires occidentales sans fin, les frontières redessinées, la création par l’Occident de l’Etat d’Israël, les invasions et les guerres américaines, les politiques américaines biaisées et persistantes à l’égard de la question palestinienne, etc. Rien de tout cela n’a de rapport avec l’islam. Il est vrai que les réactions de la région sont de plus en plus formulées en termes religieux et culturels, c’est-à-dire musulmans ou islamiques. Ce n’est pas surprenant. Dans chaque grand affrontement, on cherche à défendre sa cause dans les termes moraux les plus élevés. C’est ce qu’ont fait aussi bien les croisés chrétiens que le communisme avec sa “lutte pour le prolétariat international”. »

Allons-nous longtemps continuer à croire la novlangue qui répète à l’envi que “la guerre, c’est la paix” ?

les rendements de l'agriculture biologique, un quiproquo tenace

Il est “faux et trompeur” d’affirmer que “l’agriculture biologique présente des limites à cause de ses rendements inférieurs à ceux de l’agriculture conventionnelle”. C’est ce qu’explique Jacques Caplat - agronome et fils de paysan - dans un article intitulé les rendements de l’agriculture biologique, un quiproquo tenace.

Les études académiques généralement citées pour comparer les rendements en agriculture biologique et en agriculture conventionnelle présentent deux points communs qui ne sont pas anodins : elles sont réalisées en milieux tempérés (Europe et Amérique du Nord) et leur méthodologie est caricaturalement réductionniste.

Il est trompeur d’affirmer une généralité qui ne s’applique en réalité qu’à une fraction de la totalité des terres arables :

[…] les milieux tempérés ne couvrent qu’un quart de la planète et ne concernent qu’un dixième de sa population !

Mais il surtout faux de se prononcer sur les rendements de l’agriculture biologique alors que la méthodologie employée lors de ces études ne permet pas de pratiquer l’agriculture biologique :

[…] la définition originelle et fondamentale de l’agriculture biologique est de constituer un système agricole, mettant en relation agrosystème, écosystème et humains. En bio, les paramètres n’ont de sens que dans leurs relations mutuelles et varient toujours de façon combinée. Par conséquent, faire varier « un unique paramètre » dans un système biologique signifie très exactement nier ce système, le détruire, le trahir. Dans la mesure où l’agriculture conventionnelle est, à l’inverse, précisément basée sur une démarche réductionniste et sur des paramètres isolés […]

Il faut également souligner que la part de production comptabilisée ne tient pas compte de la totalité de la production de la parcelle en agriculture biologique :

[les agronomes qui mènent ces pseudo-comparaisons] semblent par ailleurs avoir oublié que, lorsqu’une plante est cultivée en association avec d’autres plantes (cultures associées), le rendement global de la parcelle est toujours supérieur à celui de cultures pures séparées (même si, bien entendu, le rendement particulier de la culture principale est plus faible).

La méthodologie employée est stérile car elle compare l’agriculture conventionnelle à une agriculture qui n’est pas l’agriculture biologique :

D’un côté, ils implantent un blé conventionnel. Pour cela, ils utilisent des semences d’une variété inscrite au catalogue officiel (ce qui est impératif pour autoriser sa culture commerciale), c’est-à-dire une variété standardisée qui a été sélectionnée strictement pour la chimie depuis 70 ans. Ils la sèment en culture pure dans un champ sans relations écosystémiques, puis la cultivent avec le soutien de la chimie (engrais et pesticides).

D’un autre côté, ils implantent la même variété (dogme de toute comparaison réductionniste : un seul facteur doit varier), c’est-à-dire une variété standardisée qui a été sélectionnée strictement pour la chimie depuis 70 ans. Ils la sèment en culture pure dans un champ sans relations écosystémiques, puis la cultivent sans aucun recours à la chimie.

Vous avez bien lu. La deuxième partie de la comparaison est intégralement conventionnelle, à l’exception de la suppression des engrais et pesticides de synthèse. Il s’agit donc d’une comparaison entre un « blé conventionnel standard » et un « blé conventionnel sans chimie ».

Voilà le cœur du malentendu : la plupart des agronomes, par incompréhension ou négligence, semblent croire sincèrement que l’agriculture biologique serait « la même chose moins la chimie », comme s’il existait une seule voie agronomique, comme si les techniques actuelles étaient les seules possibles. C’est hélas la preuve d’une méconnaissance inquiétante de l’histoire agricole mondiale et de la profonde multiplicité des solutions imaginées dans les divers « foyers » d’invention de l’agriculture. Une agriculture basée sur des variétés standardisées (et en outre sélectionnées pour être soutenues par la chimie de synthèse, dans des procédés de sélection qui emploient trois fois plus de chimie que les cultures commerciales !), en culture pure, sans écosystème, n’est pas autre chose que de l’agriculture conventionnelle. Avec ou sans chimie, elle n’est certainement pas une culture biologique.

Ces comparaisons consistent donc à dépenser des millions d’euros (ou de dollars) pour constater qu’un modèle agricole intégralement construit autour de la chimie fonctionne moins bien lorsqu’on lui supprime le recours à la chimie. En d’autres termes, pour enfoncer des portes ouvertes. J’oubliais : cela permet également de publier. Les résultats n’apportent strictement aucune information, mais ils sont conformes aux règles de publication.

Mais la critique est facile, Jacques Caplat tente donc de répondre à la question originelle :

Nous en revenons alors à la question sensible : comment comparer les deux agricultures ?

Sa réponse est simple : passer d’une étude limitée et quasiment hors-sol à un grand échantillon statistique d’études in situ.

L’agriculture biologique est, dans sa définition originelle et sa mise en œuvre concrète, un organisme systémique. Elle est donc obligatoirement liée à un environnement et à des pratiques sociales (techniques, outils, traditions, savoirs, besoins, choix de société), et aucune « parcelle expérimentale » artificielle ne peut la réduire à un modèle simple. Chaque ferme est unique… mais les fermes se comptent par millions en Europe et par centaines de millions dans le monde. Il suffit dès lors de mesurer les rendements réels, sur plusieurs années, dans un vaste échantillon de fermes réelles.

Il est parfaitement possible de définir les pratiques permettant de classer chaque ferme dans la catégorie « conventionnelle » ou dans la catégorie « biologique » : présence ou absence de produits chimiques (qui ne suffisent pas à définir la bio… mais dont la suppression met en branle ses pratiques systémiques), culture pure ou associées, absence ou présence des arbres, semences standardisées ou adaptées aux milieux, etc. Il est parfaitement possible ensuite de mesurer les rendements pluriannuels et de les soumettre à un traitement statistique. Pour peu que l’échantillon soit suffisant, le résultat est parfaitement scientifique… et même publiable dans les revues académiques.

Ce type d’étude a d’ailleurs déjà été mené, et il n’est pas difficile d’imaginer pourquoi les résultats de ces études n’ont pas été plus médiatisés.

Le résultat est édifiant : toutes ces études, réalisées dans les pays non-tempérés (c’est-à-dire les trois-quarts de la planète), montrent que l’agriculture biologique y obtient des rendements supérieurs à ceux de l’agriculture conventionnelle.

En Europe, l’agriculture conventionnelle présente cependant le meilleur rendement. Cela s’explique aisément par des questions de règlementation, de fiscalité, de manque de savoir et de savoir-faire.

Pourtant, il faut l’admettre, les rendements sont moins favorables à la bio dans les milieux tempérés. […] Cela est inévitable, puisque l’agriculture bio de nos pays est soumise à des distorsions considérables : règlementations sur les semences qui obligent à utiliser des variétés standardisées et sélectionnées pour la chimie, faibles connaissances en matière de cultures associées et d’utilisation des arbres en agriculture, fiscalité construite depuis 70 ans pour faire peser les contributions sociales sur le travail (et donc défavoriser le travail au profit du pétrole), etc.

En outre, l’agriculture biologique favorise les 4 facteurs identifiés par la FAO pour lutter contre la famine :

  • la disponibilité alimentaire
  • l’accès à la nourriture
  • la qualité des aliments
  • la résilience de l’environnement (au changement)

TODO check

Le mythe des rendements bio insuffisants pour nourrir le monde est ainsi le résultat combiné d’une erreur méthodologique monumentale, d’un ethnocentrisme occidental et de politiques publiques qui entravent les pratiques biologiques. Il est temps de relever notre regard et d’avancer.

Donner la priorité à l’agriculture biologique, c’est aussi promouvoir la souveraineté alimentaire des êtres humains.

cotisations sociales : pourquoi les patrons fraudeurs sont si rarement poursuivis

Dans un article intitulé cotisations sociales : pourquoi les patrons fraudeurs sont si rarement poursuivis, on découvre un moyen simple de résoudre la question du déficit de la sécurité sociale.

Il existe un moyen pour résorber le déficit de la Sécurité sociale, sans rogner sur les remboursements de soins, les retraites ou les indemnités chômage : combattre réellement les fraudes patronales aux cotisations sociales.

En effet, le montant des fraudes patronales aux cotisations sociales et le déficit de la sécurité sociale sont du même ordres de grandeur.

Selon la Cour des comptes, en 2012, [les fraudes patronales aux cotisations sociales] représentent entre 16,8 milliards et 20,8 milliards d’euros ! Ce montant correspond à celui du déficit des régimes obligatoires de base et du fonds de solidarité vieillesse, soit 19,1 milliards. En clair, si la fraude était réduite à néant – hypothèse utopique s’il en est – la dette cesserait de se creuser, sans avoir à fournir d’effort supplémentaire.

Ainsi, il suffirait de lutter contre les premières pour combler le second, automatiquement.

Ce qui semble évident au citoyen lambda semble pourtant compliqué à comprendre pour un responsable politique.

un code du travail en miettes

Dans un article intitulé un code du travail en miettes, Martine Bulard analyse les projets de modification du code du travail.

Ces réformes se résument souvent à des régressions des droits des salariés au profit des employeurs. Le code du travail est le résultat de plus d’un siècle de luttes sociales. Il résulte d’un compromis entre le patronat et le salariat. Il est stratégiquement hasardeux de remettre en cause profondément ce compromis au risque de rompre l’équilibre entre salariés et employeurs.

Trop complexe, trop confus, trop lourd… Le code du travail est devenu l’ennemi public numéro un — celui qui empêche d’embaucher, de licencier, de créer des emplois, de donner une place aux jeunes, d’innover, d’exporter, etc. L’acte d’accusation se nourrit chaque jour de nouveaux éléments.

On pourrait pourtant faire remarquer qu’il suffit d’enlever toutes les dérogations exigées et obtenues par le patronat (sur le temps de travail, l’intérim, les types de contrat de travail, etc.) pour alléger sensiblement ledit code…

On pourrait se livrer comme certains petits malins au jeu de « qui pèse le plus lourd » : le code du travail (sans les commentaires de l’éditeur Dalloz) atteindrait 0,789 kilogramme (kg), contre 1,450 kg pour le code du commerce ou encore 1,100 kg pour celui des sociétés.

On pourrait tout aussi bien regarder l’évolution de l’épaisseur des différents codes pour s’apercevoir que le premier a augmenté de 3 % par an entre 2003 et 2013… bien moins que tous les autres.

On pourrait, plus sérieusement, se plonger dans les travaux du Fonds monétaire international (FMI) et constater que, contrairement à ce que les idéologues du laisser-faire prétendent, « la réglementation du marché du travail n’a pas d’effets statistiquement significatifs sur la productivité » et donc sur les performances économiques et l’emploi. Ce qui n’empêche pas le docte organisme de réclamer, en toute incohérence, des mesures de déréglementation — on ne plaisante pas avec les dogmes au FMI.

Le code du travail existe pour protéger les salariés de leur employeur. Il vient contre-balancer le lien de subordination du salarié envers son employeur.

Bien sûr, jeter aux orties deux siècles de droits du travail peut s’avérer socialement dangereux et politiquement acrobatique.

Le code du travail date de 1910 mais hérite des lois concernant le travail du code civil depuis 1841. Il permet au salarié de défendre ses droits face à son employeur et donc de limiter le lien de subordination sans verser dans le lien de sujétion.

Auparavant, le code civil comprenait des lois concernant le travail : en 1841, une loi réglemente le travail des enfants, en 1884, les syndicats sont autorisés ; en 1890 un loi instaure le contrat de louage des services sans détermination de durée, ancêtre du CDI.

Les réformes et simplifications envisagées pour le code du travail masquent un renversement de la hiérarchie des normes qui autorise un large régime dérogatoire en marge d’un code du travail dont les lois perdent leur caractère contraignant.

MM. Cette et Barthélemy, eux, avancent sensiblement les mêmes mesures que leurs illustres prédécesseurs, mais ils les enveloppent dans un jargon plus technocratique. Les « grands principes » de M. Badinter deviennent des dispositifs « d’ordre public absolu », le reste étant renvoyé à la négociation : « l’accord collectif pourrait déroger à certaines normes du code du travail ». Ainsi, par exemple, le salaire minimum continuerait d’exister, mais il serait possible d’y « déroger par accord de branche » ; il pourrait donc varier selon les régions, selon l’âge (le retour du Smic-jeune cher à l’ex-premier ministre Edouard Balladur). Trop direct dans ses propositions, le duo joue les idiots utiles pour faire passer le rapport Combrexelle qui propose la même chose mais avec doigté. S’il envisage une « nouvelle architecture du code du travail », il veut l’étaler sur quatre ans. De quoi faire passer la pilule. Mais il entend bien, comme les autres « experts », « faire prévaloir les accords collectifs sur les contrats de travail ». Un renversement de la hiérarchie des normes qui fait voler en éclats deux siècles de progrès social.

Au prétexte de créations d’emploi - supposées, et de fait non avérées - les réformateurs du code du travail cherchent en réalité à renforcer le pouvoir des employeurs sur les salariés.

Qui peut croire qu’un code du travail, fût-il allégé, créera des emplois ? En 2008, il avait déjà perdu des plumes (500 lois, 10 % de texte en moins) avec comme maître d’œuvre, déjà, M. Combrexelle… sous l’autorité de M. Sarkozy. On connaît le résultat sur l’emploi.

Lorsque le taux de chômage est élevé, c’est les droits des salariés qu’il faut renforcer, pas ceux des employeurs !

les droits de la femme et de la citoyenne

Si la déclaration des droits de l’homme et du citoyen est une déclaration écrite en 1789 et qui concernait les êtres humains masculins, certaines femmes avaient bien compris ce qui se jouait à cette époque et ont réagi avec force et intelligence.

Olympe de Gouges est une femme de lettre et une femme politique ayant marqué son temps et pourtant aujourd’hui injustement oubliée. Elle fut l’une des premières à défendre les opprimés, comme les femmes, les esclaves ou les noirs.

Elle rédigea une déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, calquée sur la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, dans laquelle elle affirmait l’égalité des droits civils et politiques des deux sexes, insistant pour qu’on rendît à la femme des droits naturels que la force du préjugé lui avait retirés.

Ainsi elle écrivait : “la femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune.”

Cette déclaration donne toute justification à son combat, car elle périt par l’échafaud pour être monté à la tribune !