si, c'est vrai !

et l'industrie naquit dans les monastères

Dans un article intitulé et l’industrie naquit dans les monastères, Pierre Musso affirme que l’industrie et le capitalisme trouvent leur origine dans le modèle de fonctionnement des monastères. Ces derniers, en mettant en avant l’importance du travail et la rationnalisation du temps, ont établi les bases permettant à l’industrie et au capitalisme de se développer.

À la fin du XIe siècle, l’accélération de la circulation monétaire et la multiplication des échanges transforment l’organisation monastique. Deux modèles s’affrontent : Cluny et Cîteaux. Le premier prospère, développe ses opérations commerciales ; ses moines vivent dans l’opulence. Mais bientôt l’ordre se désagrège : la complaisance envers le luxe et l’accumulation financière font que les donateurs se détournent du monastère. À Cîteaux, on refuse le luxe, on dépense peu. Mais, dans le même temps, le capital foncier rapporte toujours plus, provoquant un enrichissement qui contraste avec l’ascétisme des moines. Là sont mises en place toutes les infrastructures de la production - réseau de drains, moulins, chemins de desserte, ateliers, forge, pressoir, grenier, maison des convers - qui font de l’abbaye une “fabrique”.

L’argent corrompt et la réussite de certains ordres monastiques ont entraîné leur désagrégation.

A la lumière de cet éclairage historique, le capitalisme apparaît comme efficace pour sortir de la misère mais semble devenir un frein dès lors qu’on atteint un certain niveau de confort et de richesse.

capitalisme, socialisme et démocratie

Dans un article intitulé Kenneth Arrow, avocat du socialisme, Gilles Raveaud dresse un portrait tout en nuance de Kenneth Arrow, économiste de renommée et décédé au début de l’année 2017.

Kenneth Arrow est principalement connu pour son rôle de co-fondateur de l’école néo-classique moderne d’économie.

Il est également connu pour 2 publications importantes pour le courant de l’école néo-classique :

Mais Kenneth Arrow est peut-être trop connus pour son travail sur les modèles mathématiques évoqués ci-dessus, et pas assez pour l’ensemble de sa pensée. Il a en effet pensé l’économie et la politique avec un point de vue global et dépassant les clivages.

Il a écrit un article dans lequel il propose “une défense prudent du socialisme” en expliquant que c’est un système mieux à même de promouvoir la liberté et l’efficacité que le capitalisme. Pour Kenneth Arrow, le capitalisme repose sur “une oppression des travailleurs et une destruction de la liberté”. Le capitalisme est donc un danger pour la démocratie car “la classe capitaliste renverserait la démocratie plutôt que de perdre le pouvoir”.

Il considérait que l’égalité s’étendait également à l’égalité de pouvoir, et que l’absence de liberté se traduisait en une grande inégalité de pouvoir. Pour Kenneth Arrow, les notions d’égalité et de liberté tendent à se confondre.

A l’argument que le socialisme mène forcément à l’autoritarisme, il oppose l’argument que le capitalisme ne protège pas de l’autoritarisme, comme le prouve le basculement totalitaire de pays comme l’Allemagne d’Adolf Hitler, l’Italie de Benito Mussolini, l’Espagne de Francisco Franco et l’Amérique Latine.

Le socialisme a longtemps été marginalisé aux Etats-Unis, il est intéressant de constater qu’une figure de proue de l’école néo-classique l’a défendu dans un article datant des années 1970.

le délit de consultation des sites terroristes : l'éblouissante démonstration de François Sureau

Dans un article intitulé le délit de consultation des sites terroristes : l’éblouissante démonstration de François Sureau, on peut lire la retranscription de l’intervention de maître François Sureau devant le conseil constitutionnel, le 31 janvier 2017 pour le compte de la Ligue des droits de l’homme.

Les temps sont difficiles bien sûr, mais ceux de nos grands ancêtres ne l’étaient pas moins. L’idée informulée des gouvernements et des législateurs contemporains, c’est que les principes ne valent que par temps calme. C’est à l’évidence le contraire qui est vrai, et là-dessus nos prédécesseurs ne se trompaient pas. […] Non, rien n’a changé. Les temps, au fond, sont toujours difficiles pour ceux qui n’aiment pas la liberté.

La décision a abouti le vendredi 10 février 2017 à la censure par le conseil constitutionnel de l’article 421-2-5-2, créé par la loi du 3 juin 2016.

de la justice privatrice à la justice réparatrice

Dans un article intitulé il y a le procès, la condamnation… et puis plus rien, les auteures Léa Ducré et Margot Hemmerich parlent d’une nouvelle forme de justice, une alternative à la justice privatrice.

Une critique de la justice privatrice est que son principal objectif est de punir le condamné par la privation de liberté, et de protéger la société de ce condamné … pendant sa période de privation de liberté.

La justice réparatrice a pour objectif d’amener à le condamné à comprendre son erreur, à la réparer, et à le réinsérer dans la société. Elle a donc un objectif de protection à long terme de la société par la réintégration sociale du condamné.

« Restaurative », « réparatrice » ou « restauratrice » : les termes renvoient à une autre vision de la justice. Théorisé dans les années 1990 par le criminologue américain Howard Zehr, le concept vise à réunir l’auteur des faits, la victime et la société dans un objectif de responsabilisation, de réparation et de réconciliation. Si le maintien de l’ordre public reste à la charge de l’État, le rétablissement de l’harmonie sociale reviendrait plus largement à la communauté. Celle-ci prendrait ainsi conscience du fait que l’auteur d’un crime ou d’un délit, quel que soit le temps passé en détention, a vocation à la rejoindre.

« Il y a le procès, la condamnation, et puis après… plus rien. » De nombreuses victimes essorées par la machine judiciaire partagent ce constat posé par Marie-José. Pour le psychologue Jacques Lecomte, la justice pénale poursuit trois objectifs : qualifier l’acte commis, identifier l’auteur et déterminer la sanction à appliquer. « Dans ce système, l’infracteur est incité à se défendre, à mettre en avant des circonstances atténuantes, explique-t-il. Sa défense creuse davantage le fossé entre lui et la victime. » Or ce que recherche cette dernière n’est pas la vengeance, mais que l’auteur « reconnaisse la souffrance qu’il a engendrée à travers l’acte commis et, en second lieu, qu’il s’engage à ne pas recommencer ».

« Pour nous, le procès a permis de tourner une page. Mais quelque chose n’était pas fini », dit Marie-José.

La privation de liberté, la prison, pourrait être l’occasion d’une éducation sociale là où elle n’est aujourd’hui bien souvent qu’une épreuve de survie où règne la loi du plus fort.

Aux yeux de M. François Goetz, le directeur de la maison centrale de Poissy à l’origine de ces rencontres, ces pratiques devraient être généralisées, quelle que soit l’infraction : « En prison, l’objectif premier, c’est de survivre. Il faudrait pourtant que l’enfermement offre l’occasion d’une prise de conscience. Après les sessions, les détenus acceptent bien mieux leur peine. Ils s’investissent en détention, ils font beaucoup plus de projets. »

Avec la justice privatrice, un procès et une condamnation ne règlent parfois pas le problème, mais au contraire attisent les rancoeurs et la haine. La justice réparatrice vise avant tout à rétablir le lien, à rétablir la relation, préalables nécessaires à l’apaisement des parties.

Au-delà de son manque de visibilité, la justice restaurative peut aussi susciter des craintes, tant elle remet en question le rôle du juge. L’ancien magistrat lyonnais, désormais installé à Rouen, reconnaît lui-même que, dans certaines situations, son intervention n’apporte pas de solution satisfaisante : « Trancher, je sais faire ; mais parfois le fait de trancher cause autant de dégâts que le litige lui-même. » En effet, l’intervention de la justice s’avère souvent contre-productive pour la résolution de conflits impliquant des personnes en interdépendance — voisins, famille ou collègues, par exemple. La sanction tombe, mais le conflit demeure, exacerbé. La philosophie restaurative, elle, admet que les professionnels de la justice ne peuvent agir seuls et bouscule le sens de la peine.

En droit moderne, l’infraction apparaît d’abord comme la violation d’une règle : un acte répréhensible contre l’État. C’est donc lui qui sanctionne. Un processus de justice réparatrice met l’accent sur le rétablissement des relations, sans nécessairement solliciter l’intervention de l’État.

La justice privatrice est plutôt une invention moderne qui a éclipsé des pratiques plus anciennes ancrées dans certaines communautés, comme les peuples autochtones au Canada :

Dans les années 1970, les peuples autochtones revendiquent leur droit à réhabiliter certaines pratiques de leur justice traditionnelle. Les cercles de sentence et les cercles de guérison plaçant la communauté au cœur de la résolution des conflits sont réactualisés et adoptés. Au même moment, la justice institutionnelle s’attire les critiques les plus vives. Les premières mesures de déjudiciarisation voient le jour pour les adolescents contrevenants. Les programmes restauratifs se développent rapidement, jusqu’à devenir l’essentiel des réponses alternatives proposées aux mineurs délinquants.

Les peuples modernes gagneraient à se souvenir de leurs anciennes pratiques pour panacher la justice privatrice et la justice réparatrice. Tout le monde y gagnerait : les condamnés comme les victimes, mais également la société dans son ensemble.

quand parler de terrorisme ?

Dans un article intitulé quand parler de terrorisme ?, Vincent Sizaire estime que la notion de terrorisme est une notion piégée.

Depuis 1986 et l’adoption de la première loi dite « antiterroriste », l’arsenal répressif destiné à répondre au phénomène n’a pourtant cessé de s’étoffer. Au rythme d’une réforme tous les dix ans, puis tous les cinq ans et, désormais, tous les vingt-quatre mois. Chaque fois, il est question de défendre la démocratie contre le terrorisme, dont la plus grande victoire serait de nous voir renoncer à nos libertés publiques. Et, chaque fois, on assiste à leur érosion.

Le terrorisme extérieur serait le meilleur ennemis des libertés publiques intérieures. L’état de droit fait place à l’état d’urgence.

information sous contrôle

Dans un article intitulé information sous contrôle, Serge Halimi et Pierre Rimbert dressent un portrait sans concession du microcosme politique français.

La presse agit comme la caisse de résonance d’un bloc politique, mais lequel ? Il n’a pas de nom, pas de visage. Il ne présentera jamais de candidat. Et pourtant, il gouverne… les conduites et les consciences. Du moins s’y emploie-t-il. Ce parti de l’ordre recrute dans un large spectre politique, au croisement des mondes patronaux et syndicaux réformistes, de la haute administration, de la finance, du journalisme de marché et des intellectuels de pouvoir. Sa formation remonte à l’aplatissement idéologique intervenu en France à partir des années 1980 et au recentrage des partis de gouvernement autour d’un tronc commun de thèmes irrécusables : libre-échange, construction européenne, atlantisme, guerres “humanitaires”.

La France ne serait donc pas une démocratie, mais une autocratie.

comment tout peut s'effondrer

Dans un livre intitulé comment tout peut s’effondrer, et sous titré “petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes”, les auteurs Pablo Servigne et Raphaël Stevens mènent une étude de collapsologie sur l’avenir de nos sociétés.

A la page 183, les auteurs citent Jared Diamond qui a identifié 5 facteurs récurrents d’effondrement, dont un est systématiquement présent.

Jared Diamond a identifié 5 facteurs d’effondrement - récurrents et souvent synergiques - des sociétés qu’il a étudiées :

  • les dégradations environnementales ou déplétions des ressources
  • le changement climatique
  • les guerres
  • la perte soudaine de partenaire commerciaux
  • et les (mauvaises) réactions de la société aux problèmes environnementaux

Le seul facteur commun à tous les effondrements est bien le cinquième, celui d’ordre sociopolitique : les dysfonctionnements institutionnels, les aveuglements idéologiques, les niveaux des inégalités et surtout l’incapacité de la société - et particulièrement des élites - à réagir de manière appropriée à des événements potentiellement catastrophiques.

Dans la fin de son livre Jared Diamond s’interroge sur les raisons qui poussent les “sociétés” à prendre des mauvaises décisions. Il explique donc que les groupes humains subissent des catastrophes pour plusieurs raisons : parce qu’ils n’arrivent pas à les anticiper, parce qu’il n’en perçoivent pas les causes, parce qu’ils échouent dans leurs tentatives de “résolution des problèmes”, ou simplement parce qu’il n’y a pas de “solutions” adaptés dans l’état de leurs connaissances.

En fait, ce fameux cinquième facteur accentue la vulnérabilité d’une société (son manque de résilience) au point de la rendre très sensible aux perturbations qu’elle encaisse habituellement sans problème. C’est ce qui a poussé récemment l’archéologue et géographe Karl W. Butzer à proposer une nouvelle classification, distinguant les “préconditions” d’un effondrement (ce qui rend les sociétés vulnérables) des “déclencheurs”, (les chocs qui peuvent la déstabiliser). Les préconditions sont souvent endogènes (incompétence ou corruption des élites, diminution de la productivité agricole, pauvreté, mais aussi diminution des ressources naturelles, etc.), elles réduisent la résilience de la société et sont des facteurs de déclin ; alors que les déclencheurs, plus rapides et souvent exogènes (événements climatiques extrêmes, invasions, épuisement de ressources, mais aussi crises économiques, etc.), provoquent des effondrements s’ils sont précédés de préconditions “favorables”. Autrement dit, ce qu’on appelle habituellement une catastrophe “naturelle” n’est jamais vraiment étranger à l’action humaine.

Joseph Tainter complète cette idée de dysfonctionnement politique en y ajoutant un facteur thermodynamique, c’est-à-dire en constatant que la complexité croissante des institutions sociopolitiques se fait à un “coût métabolique” toujours plus élevé, c’est à dire des besoins croissants en matière, en énergie et en basse entropie. En fait, les grandes civilisations sont prises dans un piège entropique dont il est presque impossible d’échapper. Pour reprendre les mots du politologue américain William Ophuls, lorsque les quantités disponibles de ressources et d’énergie ne permettent plus de maintenir de tels niveaux de complexité, la civilisation commence à se consumer en empruntant au futur et en se nourrissant du passé, préparant ainsi la voie à une nouvelle implosion. S’ensuit une grande période de “simplification” de la société comme ce fut le cas en Europe après l’effondrement de l’Empire romain, durant tout le Moyen Age : moins de spécialisation économique et professionnelle, moins de contrôle centralisé, moins de flux d’informations entre les individus et entre les groupes, et moins de commerce et de spécialisation entre les territoires.

La grille d’analyse précédente appliquée à la civilisation thermo-industrielle actuelle met en lumière la fragilité de cette dernière, illustrée à la page 186.

Notons d’abord que le monde présente des signes alarmants au moins pour trois des cinq facteurs identifiés par Diamond : dégradation environnementale, changement climatique, et surtout dysfonctionnement sociopolitique (verrouillage sociotechnique, aveuglement des élites, niveau ahurissant des inégalités, etc.). La civilisation thermo-industrielle, quant à elle, qui ne concerne qu’une partie de la population du globe, présente en plus, les signes caractéristiques d’un effondrement selon Tainter : une complexité croissante très énergivore couplée à l’arrivée d’une phase de rendements décroissants.

Comment se déroule un effondrement ? Il n’est homogène ni dans le temps ni dans l’espace, mais l’ingénieur russo-américain Dmitry Orlov a analysé l’effondrement de l’Union soviétique et en tire 5 stades d’effondrement, par ordre de gravité croissante :

  • effondrement financier
  • effondrement économique
  • effondrement politique
  • effondrement social
  • effondrement culturel

Michel Rocard, cité en page 246, écrivait en 2011 dans un article du Monde intitulé le genre humain, menacé que l’effondrement politique se manifestera par la chute de la démocratie.

La démocratie sera la première victime de l’altération des conditions universelles d’existence que nous sommes en train de programmer. […] Lorsque l’effondrement de l’espèce apparaîtra comme une possibilité envisageable, l’urgence n’aura que faire de nos processus, lents et complexes, de délibération. Pris de panique, l’Occident transgressera ses valeurs de libertés et de justice.

Nous payons aujourd’hui les choix faits par nos ancêtres depuis 200 ans (page 254).

Le choix a été de ne pas le faire. Depuis les années 1990, tout à même continué à accélérer, malgré les nombreuses mises en garde. Et aujourd’hui il est trop tard.

Il est donc légitime de se demander si nos ancêtres ont réellement souhaité une société “durable”. La réponse est non. En tout cas, certains ancêtres, ceux qui ont eu à un moment donné le pouvoir d’imposer des décisions techniques et politiques aux autres, ont fait le choix d’une société non durable en connaissance de cause. Par exemple, là question de l’épuisement (et donc du gaspillage) des énergies fossiles s’est posée dès le début de leur exploitation, autour de 1800. Certains plaidaient pour une consommation très raisonnables, mais leur voix fut marginalisée. L’économiste britannique William Stanley Jevons résumait très bien en 1866 cette question du charbon (qui peut très bien s’appliquer à toutes les énergies fossiles) à “un choix historique entre une brève grandeur et une plus longue médiocrité”. Vous devinerez aisément l’option pour laquelle il a plaidé, et qui l’a emporté…

Pour en savoir plus, une émission de radio intitulée l’effondrement de la société industrielle propose une interview d’environ une heure de Pablo Servigne.

L’effondrement apparaît aujourd’hui comme inévitable. La collapsologie permettra de l’anticiper au mieux afin d’en limiter les dégâts.

pratique de la communication non violente

Dans un livre intitulé pratique de la communication non violente, Wayland Myers présente les principes de la communication non violente.

Dans la CNV, notre objectif principal est de réussir à savoir comment va chacun et ce qui peut être fait maintenant pour améliorer le bien-être de tout le monde. La liste de contrôle, comme je l’appelle, nous concentre sur certaines informations qui nous aident à réaliser cet objectif ; quant aux trois recommandations, elles nous aident à communiquer cette information de la façon qui soit le plus susceptible d’inspirer de la bienveillance et de la générosité mutuelles. Il est temps maintenant de voir comment ces deux aides fonctionnent ensemble mais, auparavant, résumons-les ci-dessous.

La liste de contrôle

  1. Quel événement déclenche la motivation de s’exprimer chez l’un et l’autre : qu’est-ce qui est observé, senti, entendu, pensé et remémoré… ?
  2. Quels sentiments sont éveillés en chacun : la peur, la colère, l’enthousiasme, la peine, la curiosité… ?
  3. Quels besoins personnels génèrent ces sentiments : le besoin de sécurité, le besoin d’information, de soutien, de compagnie, de respect, de compréhension… ?
  4. Quelles actions concrètes et positives chacun souhaite-t-il accomplir (ou voudrait qu’autrui accomplisse), maintenant : donner son point de vue sur la situation, entendre les raisons qui ont empêché l’autre de répondre à notre demande précédente, convenir d’un temps d’échange, aller faire la vaisselle… ?

Les trois recommandations

  1. Décrire les événements, les sentiments et les besoins sans recourir aux jugements, aux étiquetages moralisants, ou aux qualitatifs désobligeants.
  2. Éviter de faire des reproches ou de se mettre sur la défensive. Il est plus productif de mettre en lumière quels besoins personnels provoquent les sentiments et déterminent les choix de chacun.
  3. Demander à chaque personne ce qu’elle souhaite faire ou ce qu’elle attend des autres maintenant. Éviter d’essayer de satisfaire ses besoin en recourant aux exigences, à la menace, à la culpabilisation, à la honte ou à des manipulations.

Ce petit livre de moins de 100 pages se lit en une heure ou deux. Il comporte de nombreux cas concrets permettant d’appréhender la communication non violente via des mises en situation et des exemples de dialogue.

Il constitue par conséquent une excellente introduction à la communication non violente.

j'aime pas Facebook

Le collectif Ippolita est auteur d’un livre intitulé j’aime pas Facebook (également disponible en français chez l’éditeur Payot et Rivages).

Le collectif estime que Facebook vient remplir un vide existentiel, la crainte de se confronter à soi-même. Plonger dans Facebook serait en quelque sorte une fuite de soi. Savoir communiquer avec les autres commence par l’acceptation de soi et la communication avec soi-même.

Il faut renverser l’idéologie de la transparence radicale et l’appliquer aux technologies que nous utilisons, à ces médias sociaux qui se disent immédiats et sont au contraire des intermédiaires opaques. Il est vital pour l’individu de maintenir des sphères privées, une intériorité secrète et personnelle, qui ne soit pas profilée ni profilable. Il est vital d’apprendre à passer du temps avec soi-même, dans la solitude et le silence, et d’apprendre à s’aimer, en affrontant la peur du vide, cette horror vacui intime que les médias sociaux essaient en vain de combler. Seuls les individus qui s’estiment et se plaisent suffisamment, malgré leurs points faibles, peuvent trouver assez d’énergie pour construire un espace communicatif sensé dans lequel rencontrer les autres. Seuls les individus qui ont acquis un savoir-faire qui va au-delà du faire savoir, c’est à dire des compétences qui prennent d’autres formes que celles de l’autopromotion, peuvent avoir quelque chose d’intéressant à communiquer et à partager. Une communication efficace exige qu’on ait des capacités d’écoute envers soi avant même que de savoir écouter les autres. Mais la logique algorithmique est insuffisante et humiliante. Ce n’est pas l’individu qui doit se rendre transparent pour la technique, mais bien la médiation technique qu’il faut rendre aussi transparente et compréhensible que possible pour les gens. Il faut expliciter les processus de construction des mondes partagés.

Si l’outil n’est pas au service de l’utilisateur, alors l’utilisateur finit au service de l’outil.

Le collectif élargit ensuite le périmètre de son étude en analysant ce qui fait qu’un collectif est pérenne ou non, en fonction du degré d’implication des membres du collectif et des attentes respectives de chacun.

Il sera d’autant plus difficile d’harmoniser un projet qu’il existe de grande différences d’investissement personnel. En effet, il est clair que ceux qui investissent le plus ne peuvent fournir encore davantage d’efforts ni pallier les manques, réels ou présumés, des autres. Il y a deux raisons à cela, deux raisons analogues mais opposées : la première est extérieure à l’individu. En s’investissant davantage, il risquerait de faire de l’ombre aux autres participants, en empêchant, dans les faits, l’autonomie diffuse. La seconde raison concerne l’individu lui-même : en fournissant plus d’efforts, il risquerait d’assumer trop de responsabilités, lesquelles, pour ne pas se transformer en sources de frustration (les phrases du genre « c’est moi qui fait tout ! » ou encore « je suis indispensable ! » sont les signes extérieurs de cette frustration) devraient recevoir en échange une certaines formes de reconnaissance que les autres ne sont pas disposés à offrir, pour ne pas disqualifier le collectif ni leur apport personnel. D’un point de vue écologique, faire plus ne signifie pas toujours mieux faire : la collaboration exige que les limites et les règles qui définissent ces limites soient constamment renégociées.

Le volontarisme pur est aveugle et même souvent contre-productif. Un déséquilibre sain et constructif vers le chaos et l’imprévisible créatif exige souvent qu’on recule de quelques pas pour mieux redistribuer ses énergies en faveur des autres, non pas par altruisme, mais pas stratégie. D’un côté, il faut éviter le déséquilibre excessif, et, de l’autre, il faut éviter le nivellement par le bas, en s’efforçant de ne pas suivre le rythme de celui qui manifeste le moins d’enthousiasme et le moins de disponibilité. Le fait de modérer les enthousiasmes revient souvent à imposer un point de vue conservateur, c’est-à-dire un point de vue déjà connu, qui ne sert pas à surmonter les difficultés. L’enthousiasme doit être encouragé par la confiance et la confiance doit avoir pour contrepoids l’esprit critique, c’est-à-dire la réflexivité. Les efforts réciproques doivent servir à développer l’espace autonome sans prendre appui sur le devoir ni sur les nécessités, mais sur le plaisir. Dans le cas contraire, les frustrations risquent de prendre le dessus. Le désir de domination personnelle se nourrit du désir des autres d’être dominés, et vice versa. Pour cette raison, l’équilibre doit être dynamique et se préparer à utiliser les énergies pour de nouvelles individuations, en évitant l’apparition de dynamiques hégémoniques et la cristallisation de hiérarchies. L’immobilisme ne peut être surmonté sans faire appel au résidu chaotique, au déséquilibre vers l’avant régulé par des méthodes partagées.

Créer et faire vivre un collectif n’est pas seulement une question d’outil de communication. L’outil de communication est même un sujet qui vient après les question humaines et interpersonnelles. Si l’outil de communication est un support au dialogue et à la discussion, il ne peut en aucun cas les remplacer.