si, c'est vrai !

partager quand on sait d'où vient sa richesse

Warren Buffett est un homme d’affaire multimilliardaire. Sa fortune ne lui a pourtant pas tourné la tête et il estime que “le vrai luxe, c’est le temps”. Il remarque en outre que, parvenus à un certain niveau de richesse, nous ne sommes plus les possesseurs des choses, et que ce sont au contraire les choses qui nous possèdent. Pour lui, ce qui compte vraiment, mis à part la santé, ce sont des amis de longue date, divers et intéressants.

Il reconnait également qu’il doit en partie sa fortune à des facteurs externes à sa personne et à ses actions :

Ma richesse provient de trois facteurs : le fait d’être né en Amérique, d’avoir reçu de bons gènes, et d’avoir profité des intérêts composés. Mes enfants et moi-même, nous avons gagné à la loterie génétique. (Pour rappel, je n’avais environ qu’une chance sur 30 de naître en Amérique en 1930. De plus, le fait d’être un homme et d’être blanc m’a épargné les obstacles gigantesques qu’une majorité d’Américains ont du affronter).

Ma chance a été encore accrue parce que j’ai vécu au sein d’une économie de marché qui produit parfois des résultats faussés, mais qui, dans l’ensemble, bénéficie à notre pays. J’ai travaillé dans une économie qui récompense une personne qui sauve la vie des autres sur un champ de bataille avec une médaille, qui récompense un grand professeur avec des notes de remerciement des parents, mais qui récompense ceux qui peuvent détecter les erreurs d’évaluation des titres avec des sommes atteignant des milliards. Bref, la distribution des longues pailles par le destin est follement capricieuse.

Enfin, Warren Buffet prône une véritable rénovation de la fiscalité. Ses arguments sont simples : au minimum, les riches doivent verser la même part de leurs revenus en impôts que les moins riches. Il s’étonne en effet de payer moins d’impôt que sa secrétaire.

Je paie moins d’impôts que ma réceptionniste, vous trouvez cela normal ? Et pourtant, je n’abrite pas mon argent dans des paradis fiscaux, j’applique juste des lois votées par le Congrès.

Ces idées se retrouvent développées aux côtés d’autres idées tout aussi intéressantes dans un article de Gilles Raveaud intitulé Warren Buffett partage car il sait d’où vient sa richesse.

rapport riches / pauvres : 3 fois plus, ou 60 ?

Gilles Raveaud illustre le fait qu’on peut faire dire ce qu’on veut aux chiffres et que les statistiques sont autant un outil pour ceux qui les maîtrisent qu’un piège pour ceux qui n’y comprennent rien (et qui peuvent se laisser berner par ceux qui les maîtrisent). Dans son article intitulé rapport riches / pauvres : 3 fois plus, ou 60 ?, il montre qu’on peut évaluer à 3 ou à 60 le rapport d’inégalités de revenu entre deux déciles de la population française selon le degré d’honnêteté du locuteur.

En réaction à un éditorialiste du journal les Echos qui écrit que “le niveau de vie des 10% de Français les plus aisés est 3,4 fois plus élevé que celui des 10% les plus modestes”, Gilles Raveaud montre que l’éditorialiste joue sur les mots à dessein (ou bien fait preuve d’un incroyable manque de précision) dans sa manière de présenter son interprétation de ces chiffres :

De plus et surtout, ce que [l’éditorialiste] compare, ce n’est pas, contrairement à ce qu’il écrit, “le niveau de vie des 10% de Français les plus aisés” au “niveau de vie des 10% les plus modestes”. En effet, le rapport de 3,4 qu’il affiche est le résultat de la comparaison entre le revenu de la personne qui est classée 90ème sur 100 au revenu de la personne classée 10ème sur 100.

Et comme le résume très bien Denis Clerc, “le rapport D9/D1, ce n’est pas autre chose que le rapport entre le plus pauvre des riches et le plus riche des pauvres”.

La perception de son propre niveau de richesse et des inégalités de répartition des richesses est éminemment subjective et invite à se positionner sur une échelle objective d’évaluation de la richesse. Chacun constaterait alors qu’il existe d’importantes différences entre l’idéal, la perception et la réalité de la répartition des richesses.

de l'avenir d'internet et de notre société

Benjamin Bayart est l’auteur de la conférence intitulée Internet libre, ou Minitel 2.0 ? au cours de laquelle il explique l’importance de défendre, protéger et promouvoir la caractéristique décentralisée d’internet.

Faisant suite à cette conférence, un “entretien numérique” intitulé il est désormais possible de relocaliser le monde lui donne l’occasion de revenir sur des sujets importants liés à internet mais qui dépassent la problématique technique d’internet pour s’intéresser aux effets qu’il peut induire sur la société.

En fait, il ne s’agit pas de comprendre le réseau, mais la société qui vient. Et parmi ces fondamentaux, il y a d’abord la nécessité de comprendre la modification du tissus social. C’est assez facile à expliquer. Posons qu’une société se définit par les interactions entre les gens : le média structure la société. Il n’y a là rien de neuf. C’est-à-dire qu’il y a eu la société de l’écriture manuscrite, puis la société que l’imprimerie a formé – qui est l’un des facteur-clés dans le passage du Moyen-Âge à la Renaissance. Il y a ensuite la société que la télévision a formé, qui est encore différente. Et enfin, il y a Internet, qui change beaucoup plus profondément les choses que la télévision.

Ces évolutions techniques portent des modèles profonds. L’imprimerie, c’est un éditeur qui juge que l’écrit est suffisamment important pour être publié et qui le diffuse vers des lecteurs n’ayant pas eu leur mot à dire dans cette décision. C’est un monde vertical. Alors qu’avec Internet, tout le monde publie, et lit qui veut bien lire. Le modèle – je parle bien du réseau, pas de services à la Google ou Facebook – est ainsi totalement horizontal.

Il aborde ensuite le sujet de la propriété intellectuelle, qui a bien occupé nos politiciens et la scène médiatique ces dernières années avec les lois à répétition qui concourent à filtrer internet à le recentraliser.

Bien sûr que non. Parce qu’une idée ne peut pas être à vous. Si vous étiez né dans une grotte d’ermite, abandonné par vos parents et élevé par des loups, et qu’il vous vienne une idée géniale, on pourrait légitimement supposer qu’elle est un peu à vous ; elle serait à 90 % aux loups, mais un peu à vous. La véritable quantité d’innovation dans une œuvre de l’esprit est toujours marginale. À preuve, si une œuvre de l’esprit est trop innovante, elle devient incompréhensible : si vous inventez la langue dans laquelle votre texte est écrit, il ne sera jamais lu.

La très grande majorité d’une œuvre appartient donc de facto à la société. L’apport de l’auteur est extrêmement faible – ce qui ne veut pas dire qu’il n’a pas de valeur. C’est l’une des raisons pour laquelle, dans les débats sur le droit d’auteur au début du XIXe, un grand principe s’est imposé, celui du domaine public. Par principe, toute œuvre appartient au domaine public ; par exception et pendant un temps donné, une exclusivité est accordée à l’auteur. C’était alors une exception de très courte durée ; de mémoire, ce devait être neuf ans renouvelables une fois. Aujourd’hui, cette durée est devenue délirante : on parle de rémunérer les petits-enfants pour le travail effectué par le grand-père…

Enfin, la problématique de la décentralisation peut très bien trouver sa solution dans l’auto-hébergement de ressources informatiques et réseaux.

Il en va de même en ce qui concerne les serveurs. Si vous avez chez vous un petit bout de serveur qui correspond parfaitement à la puissance dont vous avez besoin (soit moins de puissance qu’un iPhone pour la majorité des gens, c’est-à-dire une quantité d’énergie très limitée) : parfait. Pas besoin d’alimenter des bandes passantes énormes vers des serveurs qui sont à l’autre bout de la planète, stockés par centaines de milliers dans un data-center de 30 000 mètres carrés qu’il faut refroidir en permanence – pour peu que ce soit dans les déserts de Californie, il faut les climatiser… L’efficacité énergétique est bien meilleure quand le réseau est décentralisé, il est même possible de l’alimenter avec un petit peu de photovoltaïque. Essayez un petit peu d’alimenter un data-center avec du photovoltaïque, on va doucement rigoler…

Pour résumer : tel qu’il existe aujourd’hui, le coût énergétique du réseau est négligeable par rapport aux gains qu’il permet ; mais il est très important par rapport à ce qu’il pourrait être. Par contre, le coût énergétique des machines de Google – qui ne participe pas du réseau, mais des services – est tout simplement énorme. Vous saviez que Google, qui doit faire tourner peu ou prou dix millions de machines, était le deuxième ou troisième plus gros fabricant d’ordinateur au monde ? Juste pour ses propres besoins… C’est du délire.

L’avenir nous dira si nous avons su tirer partie d’internet comme un levier de progrès social, ou comme un facteur de régression sociale.

le commencement de la fin

Quand Frédéric Lordon intitule son article le commencement de la fin, c’est qu’il est temps d’interrompre les déclarations tonitruantes d’optimiste et de regarder la situation en face.

Alors que d’autres affirmeront un mois plus tard qu’il vaut mieux se préparer au pire (même si c’est pour l’éviter), Frédéric Lordon affirme que “la certitude de la catastrophe finale commence à se profiler”.

Maintenant que sont bruyamment signifiées, à propos du cas a priori le plus favorable, l’impossibilité de le régler dans un horizon de moyen terme et l’injonction sans appel d’aller se jeter dans l’impasse de l’austérité, la certitude de la catastrophe finale commence à se profiler. C’est sous cette perspective qu’il est plus judicieux de reformuler le problème général de la dette – mais évidemment en de tout autres termes : la mondialisation néolibérale va périr par la dette parce que, à l’encontre de l’idée reçue qui le présente comme la raison économique même, le néolibéralisme est fondamentalement le régime économique du surendettement généralisé.

Ensuite, l’outil de secours mis en place par l’Union européenne, le FESF n’est vraiment pas à la hauteur du péril qui vient.

Il faut s’y faire : les ruines fumantes, l’insuffisance générale des dynamiques politiques européennes, nous y conduit tout droit. Si l’Espagne et l’Italie basculent, adieu Berthe ! L’EFSF saute comme un bouchon de champagne, la spéculation se déchaîne contre toutes les dettes souveraines, plus aucun dispositif ne peut l’enrayer, une série de défauts importants devient quasi-certaine, les systèmes bancaires européens, puis étasunien, s’écroulent dans un fracas qui fera passer la chute de Lehman pour une animation d’ambiance. Rendu à cette extrémité, il n’y a plus qu’une voie de recours : on ne sortira de pareil effondrement que par une opération de création monétaire inouïe et tout ça se finira dans un océan de liquidités.

Enfin, il estime que le lobby de la finance ne se rendra pas de lui-même, mais qu’il succombera des conséquences de son essence même plutôt que d’un mouvement insurrectionnel.

Mais l’essentiel est ailleurs : il est dans le fait que jamais un groupe d’intérêt aussi puissant que celui qui s’est constitué autour de la finance lato sensu ne renoncera de lui-même au moindre de ses privilèges, et que seuls peuvent le mettre à bas la force d’un mouvement insurrectionnel – puisqu’il est bien clair par ailleurs qu’aucun des partis de gouvernement nulle part n’a le réel désir de l’attaquer –, ou bien la puissance dévastatrice d’une catastrophe que son système aura lui-même engendré. A l’évidence, c’est cette dernière hypothèse qui tient la corde, et puisqu’elle déploie maintenant ses effets avec la force de fatalité du tsunami évoqué en ouverture, il ne reste plus qu’à attendre qu’elle accomplisse pleinement ses virtualités… pour en tirer le meilleur parti : reconstruire les institutions de la création monétaire souveraine, avec tout ce qu’elle suppose et de possibilités rouvertes et aussi de rigoureux encadrements ; réinventer des structures bancaires qui à la fois échappent aux prises d’otage de la banque privée et dépassent la forme « nationalisation » vers un système socialisé du crédit ; réduire au minimum minimorum la structure des marchés de capitaux pour lui ôter tout pouvoir de nuisance et d’usurpation. Soit, sur les ruines, enfin tout rebâtir.

Une fois le système à terre, il sera alors temps d’en reconstruire un autre. D’où l’importance de diffuser les idées et de les maintenir en vie pour qu’elles soient prêtes à germer le moment venu, lorsque le printemps sera là.

se préparer au pire

En septembre 2011, Jacques Attali invitait à se préparer au pire, pour l’éviter.

Il serait temps, en France, de se préparer au double choc à venir de la crise bancaire et de la crise des finances publiques. Il vient. Il sera là bientôt. Et personne ne réfléchit assez au scénario du pire ; comme s’il suffisait, pour le conjurer, de ne pas y penser.

Il proposait alors un déroulement en dix étapes. Quatre mois plus tard, son intuition ne semble toujours pas démentie par les faits.

Reste à déterminer quelle est l’étape que nous traversons actuellement…

rendre inaliénables les biens communs

Alors que certains cherchent à définir la notion de bien commun, à défendre les moyens de rendre communs certains biens d’intérêt général, Ugo Mattei réfléchit à l’étape suivante : comment protéger les biens communs d’un gouvernement indélicat ou illégitime qui privatiserait des biens communs préservés ou construits par des générations précédentes ?

Comment protéger la propriété collective lorsque, pour « équilibrer » leur budget, des gouvernements bradent les services publics ou dilapident les ressources naturelles ? Forgée dans le monde anglo-saxon et développée dans des pays aux états peu centralisés comme l’Italie, la notion de « biens communs » propose de dépasser l’antinomie entre propriété publique et propriété privée.

L’objectif défendu par Ugo Mattei est bien de rendre inaliénables les biens communs.

le trilemme de Rodrik

Un article des Echos intitulé du dilemme qu’impose le triple A au trilemme de Rodrik soutien qu’il n’est pas possible qu’il existe simultanément les trois éléments suivants :

  • une intégration économique et financière poussée (libre échange, flux de capitaux, monnaie unique),
  • des états-nations souverains et
  • la démocratie.

le trilemme de Rodrik

En suivant la thèse de Dani Rodrik, on peut donc se poser la question de savoir si les trois éléments sont présents (à l’échelle de la France, de l’Europe ou de tout autre pays) et quelle est leur dynamique d’évolution.

Avec la commission européenne, la BCE, l’OMC et le FMI, on constate que l’intégration économique et financière est chaque jour un peu plus poussée. L’augmentation du commerce international, des flux financiers et de la vitesse de ces flux financiers en est l’indicateur.

Le bourbier dans lequel patauge l’Union Européenne met en lumière les craintes des pays de l’Union Européenne de renoncer à leur souveraineté pour la transférer à l’Union Européenne. Les pays membres de l’Union Européenne ne semblent pas prêt à abandonner leur souveraineté.

En conséquence, c’est bien la démocratie qui semble pâtir du chemin pris par la construction européenne et la mondialisation.

Alors si la mondialisation met en danger la démocratie, est-ce que la dé-mondialisation signifie la re-démocratisation ?

un futur fondamentaliste ?

Dans son article intitulé pourquoi les islamistes devraient remercier Israël, Uri Avnery - écrivain et journaliste israélien - explique en quoi Israël a une responsabilité dans le renforcement de mouvements fondamentalistes au moyen-orient.

Si l’article est intéressant, sa conclusion fait froid dans le dos :

Un jour peut-être, un Israël fondamentaliste fera la paix avec un monde musulman fondamentaliste, sous l’égide d’un président américain fondamentaliste.

Une vision donne à réfléchir sur le sens de la paix.

la semaine de quatre jours, solution à la crise ?

Pierre Larrouturou, ancien socialiste dorénavant membre d’Europe Ecologie revient sur les mesures de réduction du temps de travail : les 35 heures et les 32 heures.

Il défend l’idée que la principale cause du chômage réside dans les gains de productivité non reportés sur la réduction du temps de travail. Les délocalisations souvent évoquées par les politiciens pour justifier leur inaction ne seraient responsables que d’environ 15% des destructions d’emplois.

Le débat public se concentre actuellement sur la mondialisation (ou la démondialisation), mais la plupart des économistes reconnaissent que les délocalisations ne sont responsables que d’environ 15 % des destructions d’emplois. La vraie cause du chômage, ce sont les gains de productivité colossaux enregistrés depuis les années 1970. La productivité a étéultipliée « seulement » par 2 entre 1820 et 1960, puis par 5 depuis 1960 grâce à la multiplication des robots et des ordinateurs. C‘est prodigieux ! Parallèlement, sur les quatre dernières décennies, le temps de travail hebdomadaire a quasiment stagné, alors qu’il avait presque diminué de moitié durant le siècle précédent. Mécaniquement, si la révolution de l’informatique ne s’est pas répercutée sur une réduction du temps de travail, elle s’est convertie en destructions d’emplois.

Son article intitulé la semaine de quatre jours, solution à la crise ? mérite une lecture attentive.

ceci n'est pas une crise

Ceci n’est pas une crise, ou alors elle est écologique !

Les faits racontent que la richesse mondiale, elle, progresse sans cesse, que l’humanité n’a jamais été aussi riche qu’en ce moment. Ce qui signifie, concrètement, qu’il n’y a aucune crise économique en cours. Ce qui signifie, concrètement, que toute politique visant à réduire encore un peu plus les moyens de subsistance d’une partie de plus en plus importante de la population mondiale est une politique délibérée de paupérisation à grande échelle, une politique de création artificielle d’inégalités insupportables, une politique de confiscation des ressources du plus grand nombre pour le profit de quelques-uns.

La conclusion de cet article intitulé effet ciseau donne à réfléchir…