si, c'est vrai !

euro : en sortir ou pas ?

Dans son article intitulé euro : en sortir ou pas ?, Michel Husson analyse les points forts et les points faibles de la zone euro et de son histoire.

Il commence par un rapide résumé de la crise que nous traversons :

Le déroulement de la crise peut se résumer de manière simple: le capitalisme s’est reproduit durant les deux décennies précédant la crise en accumulant une montagne de dettes. Pour éviter l’effondrement du système, les Etats ont repris à leur compte l’essentiel de ces dettes qui, de privées, sont devenues publiques. Leur projet est dorénavant de présenter la facture aux citoyens sous forme de coupes budgétaires, d’augmentation des impôts les plus injustes et de gel des salaires. En résumé la majorité de la population (travailleurs et retraités) doit assurer la réalisation de profits fictifs accumulés durant de longues années.

Et remet aussitôt en cause l’histoire de l’Europe et la base sur laquelle l’espace économique a été fondé :

Le ver était dans le fruit. Vouloir construire un espace économique avec une monnaie unique, mais sans budget, n’était pas un projet cohérent. Une union monétaire tronquée devient une machine à fabriquer de l’hétérogénéité et de la divergence. Les pays connaissant une inflation supérieure à la moyenne perdent en compétitivité, sont incités à fonder leur croissance sur le surendettement.

Selon Michel Husson, la solution a cette crise passe par un autre partage des richesses. Il point en effet le fait que la part des salaires dans le PIB de la France n’a cessé de baisser depuis 1980 (voir aussi l’article intitulé partage des richesses, la question taboue) :

Le principe essentiel, c’est la satisfaction optimale des besoins sociaux. Le point de départ est donc la répartition des richesses. Du point de vue capitaliste, la sortie de crise passe par une restauration de la rentabilité et donc par une pression supplémentaire sur les salaires et l’emploi.

Mais c’est la part du revenu national ponctionnée sur les salaires qui a nourri les bulles financières. Et ce sont les contre-réformes néolibérales qui ont creusé les déficits, avant même l’éclatement de la crise.

L’équation est donc simple: on ne sortira pas de la crise par le haut sans une modification significative de la répartition des revenus. Cette question vient avant celle de la croissance. Certes, une croissance plus soutenue serait favorable à l’emploi et aux salaires (encore faut-il en discuter le contenu d’un point de vue écologique) mais, de toute manière, on ne peut pas tabler sur cette variable si, en même temps, la répartition des revenus devient de plus en plus inégalitaire.

Il faut donc prendre en tenailles les inégalités: d’un côté par l’augmentation de la masse salariale, de l’autre par la réforme fiscale. La remise à niveau de la part des salaires pourrait suivre une règle des trois tiers: un tiers pour les salaires directs, un tiers pour le salaire socialisé (la protection sociale) et un tiers pour la création d’emplois par réduction du temps de travail. Cette progression se ferait au détriment des dividendes, qui n’ont aucune justification économique, ni utilité sociale.

Il envisage ensuite la possibilité d’une sortie de l’euro :

Quel serait l’avantage d’une sortie de l’euro? L’argument principal est qu’il rendrait possible une dévaluation de la nouvelle monnaie qui rétablirait la compétitivité du pays concerné. Il redonnerait à la Banque centrale la possibilité d’émettre de la monnaie afin de financer autrement son déficit. Les plus optimistes y voient un moyen de réindustrialiser une économie, d’atteindre une croissance plus élevée et de créer des emplois.

Mais repousse cette éventualité pour la raison que c’est une mesure non-coopérative :

Une dévaluation rend les produits d’un pays plus compétitifs, en tout cas à l’égard des pays qui ne dévaluent pas. Il faudrait donc que la sortie de l’euro ne concerne qu’un petit nombre de pays. C’est donc une solution nationale non coopérative où un pays cherche à gagner des parts de marché sur ses partenaires commerciaux.

En outre ce serait une mesure potentiellement dangereuse :

Un gouvernement de transformation sociale commettrait d’ailleurs une terrible erreur stratégique en commençant par sortir de l’euro, puisqu’il s’exposerait ainsi à toutes les mesures de rétorsion.

Et enfin, cette éventualité ne serait pas une protection contre un plan d’austérité :

C’est le fond de la question. La mondialisation et l’intégration européenne néolibérales renforcent le rapport de forces en faveur du capital. Mais il n’est pas possible d’en faire la cause unique, comme si un meilleur partage des richesses pouvait s’établir spontanément, à l’intérieur de chaque pays, à la seule condition de prendre des mesures protectionnistes. Laisser croire que la sortie de l’euro pourrait en soi améliorer le rapport de forces en faveur des travailleurs est au fond l’erreur d’analyse fondamentale. Il suffit pourtant de considérer l’exemple britannique : la livre sterling ne fait pas partie de l’euro, mais cela ne met pas la population à l’abri d’un plan d’austérité parmi les plus brutaux en Europe.

Au final, Michel Husson prône plutôt une stratégie de refondation de l’Europe :

Le choix semble donc être entre une aventure hasardeuse et une harmonisation utopique. La question politique centrale est alors de sortir de ce dilemme. Pour essayer d’y répondre, il faut travailler la distinction entre les fins et les moyens. L’objectif d’une politique de transformation sociale, c’est, encore une fois, d’assurer à l’ensemble des citoyens une vie décente dans toutes ses dimensions (emploi, santé, retraite, logement, etc.). L’obstacle immédiat est la répartition des revenus qu’il faut modifier à la source (entre profits et salaires) et corriger au niveau fiscal. Il faut donc prendre un ensemble de mesures visant à dégonfler les revenus financiers et à réaliser une réforme fiscale radicale. Ces enjeux passent par la mise en cause des intérêts sociaux dominants, de leurs privilèges, et cet affrontement se déroule avant tout dans un cadre national. Mais les atouts des dominants et les mesures de rétorsion possibles dépassent ce cadre national : on invoque immédiatement la perte de compétitivité, les fuites de capitaux et la rupture avec les règles européennes.

La seule stratégie possible doit alors s’appuyer sur la légitimité des solutions progressistes, qui résulte de leur caractère éminemment coopératif. Toutes les recommandations néo-libérales renvoient en dernière instance à la recherche de la compétitivité: il faut baisser les salaires, réduire les « charges » pour, en fin de compte, gagner des parts de marché. Comme la croissance sera faible dans la période ouverte par la crise en Europe, le seul moyen pour un pays de créer des emplois, sera d’en prendre aux pays voisins, d’autant plus que la majorité du commerce extérieur des pays européens se fait à l’intérieur de l’Europe. C’est vrai même pour l’Allemagne (premier ou deuxième exportateur mondial avec la Chine), qui ne peut compter sur les seuls pays émergents pour tirer sa croissance et ses emplois. Les sorties de crise néo-libérales sont donc par nature non coopératives: on ne peut gagner que contre les autres, et c’est d’ailleurs le fondement de la crise de la construction européenne.

La grande qualité de cet article de Michel Husson est d’ouvrir le débat :

Le débat ne peut être enfermé dans une opposition entre anti-libéraux et anti-capitalistes. Cette distinction a évidemment un sens, selon que le projet est de débarrasser le capitalisme de la finance ou de nous débarrasser du capitalisme. Mais cette tension ne devrait pas empêcher de faire un long chemin ensemble, tout en menant ce débat. Le «programme commun» pourrait reposer ici sur la volonté d’imposer d’autres règles de fonctionnement au capitalisme. Et c’est bien la ligne de partage entre la gauche radicale de rupture et le social-libéralisme d’accompagnement. La tâche prioritaire aujourd’hui est en tout cas, pour la gauche radicale, de construire un horizon européen commun, qui serve de base à un véritable internationalisme.

Prenez quelques minutes pour lire dans son intégralité l’article intitulé euro : en sortir ou pas ?, un article à lire et à relire.

pour de nouvelles formes de débat démocratique

Pour de nouvelles formes de débat démocratique, l’association Virus 36 expérimente et transmet de nouvelles formes de débat démocratique.

Rares sont les réflexions sur les moyens d’aider les personnes timides à s’exprimer, sur les moyens de lutter contre le sexisme dans un débat, sur les manières d’améliorer le taux d’écoute. C’est d’ailleurs fou de constater combien les gens s’écoutent très peu dans les débats. En général, chacun-e est davantage préoccupé-e par préparer son intervention que vraiment écouter ce qui se dit autour. Au final, dans la plupart des discussions, plein de petits avis morcelés se juxtaposent, sans réellement construire une pensée collective. Chacun-e arrive avec une idée préétablie, puis repart avec. La discussion collective ne nous transforme pas, elle est vide.

Virus 36 propose une brochure de 16 pages comportant une interview de deux membres de l’association ainsi que la présentation de quelques techniques de débat développées ou utilisées par l’association Virus 36.

les mensonges du lobby de l'atome

Le militant Takashi Hirose dresse un sévère réquisitoire contre les fournisseurs d’électricité. Dans son article intitulé les mensonges du lobby de l’atome, il leur reproche de dissimuler la vérité sur le coût de l’énergie nucléaire et de réaliser des bénéfices en monopolisant les réseaux de l’archipel.

Encore une fois, énergie nucléaire et transparence de l’information ne font vraisemblablement pas bon ménage.

chantage à Washington

Dans un court article intitulé chantage à Washington, Serge Halimi nous donne un aperçu des négociations actuellement tenues aux États-Unis au sujet l’équilibre budgétaire fédéral pour les années à venir et jusqu’en 2050.

Le 5 avril dernier, M. Paul Ryan, président de la commission budgétaire de la Chambre des représentants, a d’ailleurs détaillé les projets des républicains pour les décennies à venir. Son plan prévoit que les dépenses publiques, actuellement égales à 24 % du produit intérieur brut (PIB), n’atteindront plus que 14,75 % du PIB en 2050, le taux d’imposition maximal passant de 35 % à 25 % (niveau le plus bas depuis 1931). Toutes les niches fiscales des privilégiés seraient préservées, mais les remboursements de santé destinés aux personnes âgées et aux pauvres seraient gelés.

A supposer que les États-Unis ont quelques années d’avance sur l’Europe en terme de régression sociale, cet aperçu n’est pas de nature à rassurer.

des chiffres et des hommes

Alors que la question démographique est trop rarement abordée dans les média, le Monde Diplomatique a publié un dossier démographie intitulé des chiffres et des hommes.

Epidémies, guerres, chaos politique, habitudes culturelles… autant de facteurs qui orientent la démographie d’un pays. En Russie, la population avait décliné avant l’implosion de l’URSS, mais la « thérapie de choc » a accéléré la chute. Dans les pays arabes, le poids de la jeunesse a contribué à la révolte. La vision que les peuples ont d’eux-mêmes influe également sur leur nombre. A certaines époques, la peur de la surpopulation a envahi les esprits, tandis qu’à d’autres c’est la crainte du dépeuplement qui a dominé. En Chine, la grande inquiétude vient du vieillissement accéléré. Partout, la part croissante des personnes âgées constitue l’une des caractéristiques majeures du XXIe siècle.

Cité dans le dossier en question, Alfred Sauvy ne manque pas de rappeler dans son ouvrage intitulé la France ridée que la question démographique reste fondamentale et que c’est par lâcheté qu’elle est devenue taboue :

Si fondamentaux sont les problèmes de population qu’ils prennent de terribles revanches sur ceux qui les ignorent. Extrêmement rare est le nombre des auteurs parlant du vieillissement de la population : il n’y en a à peu près aucun qui ose examiner les conséquences morales, parce que cela fait trop peur. C’est la fuite générale, le sauve-qui-peut, l’immense lâcheté.

On pourrait donc considérer que le simple faire de lire ce dossier démographie serait déjà faire preuve de courage !

le libre-échange, c'est la dictature des entreprises

Écrivain, physicienne, prix Nobel alternatif, la militante écologiste indienne Vandana Shiva trace un parallèle entre la frontière d’un organisme vivant et les frontières artificielles appliquées par les états et les entités économiques :

Aucune frontière n’est jamais totalement fermée. C’est comme la frontière de notre peau, qui nous protège de l’invasion de toute infection : des ouvertures permettent à la transpiration de sortir, pour maintenir notre équilibre, préserver notre santé. Toutes les frontières sont poreuses. Un corps souverain sait comment réguler ces entrées et sorties. Il sait quand trop de chaleur entre dans le corps. Il sait comment s’opposer aux virus. Quand un corps perd cette autonomie, cette souveraineté, il devient malade. C’est la même chose pour un pays, gouverné par un peuple souverain et autonome. Ce peuple peut dire : « Notre lait est vendu 14 roupies/litre, votre lait européen qui débarque à 8 roupies/litre va détruire l’économie laitière en Inde, donc j’ai le droit de réguler ce qui entre. » La régulation est vitale pour tout système vivant. La dérégulation, c’est l’appel de la mort. Un corps dérégulé meurt. De même, une nation, une économie dérégulée meurt.

De cette hypothèse découle une vision plutôt originale du libre-échange :

Le libre-échange est un protectionnisme pour les puissants. Le libre-échange, dans la manière dont il a été façonné, n’est pas du tout libre. Il n’est pas démocratique.

Enfin, elle conclut en militant pour l’action non-violente :

Personne n’a mieux parlé du pouvoir de la non-violence que Gandhi. « Nous ne pouvons pas démanteler la maison du maître avec les outils du maître », a dit la poétesse américaine Audre Lorde. Nous avons besoin d’outils différents. Ils doivent être non-violents, parce que la non-violence est plus soutenable, et qu’elle efface vos peurs. Ceux qui luttent de manière violente doivent se cacher tout le temps. Je préfère me tenir droite face aux multinationales pour leur dire ce que je pense d’elles. Agir « sans peur » est notre plus puissante arme. Et la non-violence crée également un soutien plus large. Et nous vivons à une époque où une poignée de personnes ne peut pas mener les batailles pour toute la société. C’est toute la société qui doit être engagée. Les actions non-violentes sont une invitation à toute la société à participer au combat.

L’article intitulé le libre-échange, c’est la dictature des entreprises est publié sur le site de Basta!.

la TVA est-elle juste ?

Les taxes indirectes (telles que la TVA) représentent près de 17% des revenus des plus démunis, deux fois plus que pour les ménages les plus aisés.

Alors que dans le cas des impôts “progressifs” (l’impôt sur le revenu en particulier) le taux augmente avec le niveau de vie, dans le cas des taxes indirectes, il diminue.

A la lumière de ces éléments, on peut légitimement se poser la question : la TVA est-elle juste ?

l'organisation et le nombre

Albert Einstein disait : “Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire.”

Comment faire alors pour amener ceux qui regardent et laissent faire à ne plus laisser faire mais à faire ? C’est à cette question que s’intéresse Alain Accardo dans son article intitulé l’organisation et le nombre.

Sa thèse est que le point de départ de toute démarche de changement social débute au niveau de l’individu, de l’auto-analyse qu’il peut avoir sur lui-même et sur sa place dans la société.

Se socioanalyser consiste à se demander, en toutes circonstances, en quoi ce que l’on est et ce que l’on fait ou projette de faire, est déterminé, dans sa matérialité et/ou ses modalités, par ses conditions sociales d’existence, c’est-à-dire par la socialisation subie, par la position sociale qu’on occupe, par la trajectoire que l’on a suivie, par son appartenance à tel(s) ou tel(s) groupe(s), à telle classe ou fraction de classe, par les capitaux matériels et symboliques que l’on détient ou que l’on convoite, etc., et en même temps à se demander en quoi les « choix » de toute nature que l’on opère à tout instant, parfois après en avoir délibéré mais le plus souvent sans même y réfléchir vraiment, contribuent au maintien et à la reproduction de l’ordre social établi. La socioanalyse est donc un travail d’élucidation, de mise en lumière de ce qui habituellement fonctionne dans le clair-obscur, voire dans l’inconscience totale, à savoir les rapports d’homologie ou, pour parler plus simplement, les correspondances et les déterminations réciproques plus ou moins étroites, plus ou moins immédiates, entre les deux formes conjointes sous lesquelles existe toujours le monde social : les structures objectives en dehors de nous et les structures subjectives au dedans de nous. C’est un exercice difficile sans doute, mais ni plus ni moins que toute autre tâche intellectuelle, pour peu qu’on ait le temps et les moyens de s’informer et de réfléchir. La qualité du résultat dépend évidemment des ressources théoriques dont on dispose, mais je ne crois pas qu’il existe de méthode de la socioanalyse sans peine ni de recette magique pour acquérir la volonté de savoir, de comprendre et d’en tirer les conséquences. La véritable difficulté est ailleurs.

Elle tient au fait que, généralement, ceux qui entreprennent ce retour sociologique sur eux-mêmes y sont conduits parce qu’ils s’interrogent sur la façon dont le monde social fonctionne. Et s’ils s’interrogent, c’est d’abord parce qu’ils ne s’y sentent pas bien. Ceux qui s’y sentent confortables sont plutôt enclins à considérer que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais ceux qui éprouvent un malaise, une des nombreuses formes de la « misère de position », finissent par s’interroger sur la racine de leur mal avec peut-être l’espoir d’y remédier. L’ennui, c’est qu’en même temps que certaines des raisons pour lesquelles on souffre, l’analyse critique découvre les conditions et donc les limites dans lesquelles on peut y remédier. On commence à comprendre que tous ces problèmes sont structurels, inhérents à une logique objective de fonctionnement, à un agencement systémique qui se moque des humeurs individuelles tant qu’elles ne se transforment pas en une force sociale organisée. On découvre qu’on n’est pas aussi étranger qu’on pouvait le croire au fonctionnement des structures et que, alors même qu’on aurait des raisons de se plaindre, on se comporte en victime consentante quand ce n’est pas en collaborateur zélé du système qui vous opprime. Pis encore, on découvre aussi – et ça, c’est très déstabilisant – qu’on n’a pas uniquement des raisons de se plaindre du monde dans lequel on vit, mais qu’il a aussi, en compensation, quelques côtés plus supportables, quelques avantages dont on imagine mal qu’on puisse se passer. Mais ce progrès dans la connaissance de soi-même n’a malheureusement pas d’effet automatique.

Il en conclut que cette auto-analyse conduit forcément sur un point de vue novateur sur soi-même et sur les autres.

En définitive, je dirai que que l’effort de se socioanalyser, s’il est suffisamment poussé, en toute rigueur, a une grande probabilité de déboucher sur l’adoption d’un point de vue révolutionnaire, une volonté de transformation radicale des rapports sociaux. La difficulté c’est de constituer la force sociale indispensable à la réalisation de ce projet. En tout état de cause, cela implique le rassemblement de la masse des intéressés potentiels (l’immense majorité des salariés aujourd’hui) autour d’un nouveau projet de société. Encore faudrait-il que tous les intéressés arrivent à faire le lien entre leur mal-être existentiel et la logique du système qu’ils ont intériorisée, et donc qu’ils entament, d’une façon ou d’une autre, leur socioanalyse.

Quoi qu’il en soit, la mise en évidence des liens étroits et incorporés que chacun entretient avec l’ordre établi, est la seule voie, non pas pour échapper miraculeusement aux pesanteurs sociales – ce qui est impossible – mais pour commencer à remédier à la cécité volontaire et plus encore involontaire qui assujettit tout agent au système et fait de lui un esclave qui s’ignore.

Cette analyse intéressante montre qu’une initiative isolé ou limitée n’a que peu de chance d’aboutir à un véritable changement. A l’inverse, une initiative qui débute au niveau de l’individu et qui - par l’organisation et le nombre - arrive à fédérer tout ou partie d’une classe sociale, est la seule à même d’aboutir à un mouvement doté d’une volonté politique de changement.